Les grands changements de la société, des années 50 aux années 80, et les grands bouleversements qui ont suivi
Des départements à la planète : ce qui a changé pendant les Trente Glorieuses et les années 70-80, et ce qui a changé depuis, jusqu'à aujourd'hui
26/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction
Ce dernier article prend du recul. Il ne raconte pas un aspect particulier de la vie des années 1950 à 1980 (les métiers, l'enfance, les femmes, l'urbanisation, les modes de vie), déjà traités dans d'autres articles du site, mais cherche à en dégager le sens d'ensemble, puis à répondre à une question que se posent tous ceux qui ont vécu cette époque : qu'est-il arrivé ensuite ?
Il est construit en quatre temps :
- Un bilan des grands changements de 1950 à 1990, facette par facette (population, travail, territoire, famille, mœurs, consommation, techniques, culture, religion, politique, protection sociale), avec un tableau « la France de 1950, la France de 1990 » ;
- Les mêmes changements vus à quatre échelles : les départements et les régions, la France, l'Europe, le monde ;
- Les grands bouleversements de 1990 à aujourd'hui : la fin de la guerre froide et la mondialisation, la révolution numérique, l'Europe et l'euro, les transformations du travail, des territoires, de la famille, du climat, les crises ;
- Un bilan nuancé : ce qui a été gagné, ce qui a été perdu, ce qui reste à transmettre.
Le sujet de la modernisation de la France a été abordé dans l'article « Modernisation et changements », et les grandes étapes politiques dans l'article « Présidents, gouvernements, Parlement et grandes réformes ». Cet article s'appuie sur ces travaux sans les répéter, et se concentre sur ce qu'ils ne couvraient pas : les échelles (du département au monde) et l'après-1990.
Une précision : cet article a été écrit en septembre 2026. Les événements les plus récents sont évoqués avec prudence, car l'histoire n'a pas encore fait son tri.
1. Le grand bilan : ce qui a changé entre 1950 et 1990
La population : plus nombreuse, plus âgée, plus diverse
La France métropolitaine comptait environ 42 millions d'habitants en 1950, et 56,6 millions en 1990. Cette croissance exceptionnelle (après un siècle de quasi-stagnation) s'explique par le baby-boom (plus de 850 000 naissances par an pendant près de trente ans ; 872 900 naissances encore en 1968), l'allongement de la vie, le retour des rapatriés d'Algérie (environ un million en 1962) et l'immigration de travail (Italiens, Espagnols, Portugais, Maghrébins, Africains, Asiatiques), qui répond aux besoins de main-d'œuvre de la reconstruction et de l'industrie.
L'espérance de vie à la naissance passe de 63,4 ans pour les hommes et 69,2 ans pour les femmes en 1950 à plus de 72 et 80 ans en 1990. On vit plus longtemps, en meilleure santé, grâce aux progrès de la médecine (antibiotiques, vaccins), de l'hygiène, du logement, de l'alimentation et de la Sécurité sociale.
Le travail : des champs aux bureaux
C'est sans doute le changement le plus profond (voir l'article « Les métiers disparus ou transformés »). La part de l'agriculture dans l'emploi s'effondre (16 % en 1962, 2 % en 2007) ; l'industrie culmine au début des années 1970, puis recule ; les services deviennent majoritaires. Les ouvriers restent nombreux, mais les employés, les techniciens, les cadres, les enseignants, les travailleurs sociaux se multiplient. Les femmes entrent massivement dans le salariat.
Le chômage, presque inexistant dans les années 1960 (2,6 % au début de 1968 selon l'Insee), explose après les chocs pétroliers : il dépasse 8 % au début des années 1980, et culmine autour de 10,5 % au milieu des années 1990. Le « plein emploi » des Trente Glorieuses devient un souvenir.
Le territoire : de la campagne à la ville
La France devient urbaine (voir l'article « Urbanisation, grands ensembles et exode rural ») : exode rural, grands ensembles, villes nouvelles, puis périurbanisation. Les autoroutes, le TGV (1981), le téléphone, la télévision rapprochent les territoires, mais les inégalités entre régions dynamiques et régions en déclin (bassins miniers et sidérurgiques, campagnes isolées) se creusent.
La famille et les mœurs : une révolution des mentalités
Le modèle familial des années 1950 (père chef de famille, mère au foyer, mariage indissoluble, familles nombreuses) laisse place à une grande diversité : travail des femmes, contraception (1967), IVG (1975), divorce par consentement mutuel (1975), autorité parentale partagée (1970), majorité à 18 ans (1974), cohabitation hors mariage, familles recomposées et monoparentales (voir les articles « Le rôle de la femme et la condition féminine » et « Relations entre générations et solidarités de voisinage »). La dépénalisation de l'homosexualité (1982) et l'abolition de la peine de mort (1981) marquent aussi l'évolution des valeurs.
La consommation : l'entrée dans l'abondance
En quarante ans, les Français sont passés de la pénurie (tickets de rationnement jusqu'en 1949) à la société de consommation : réfrigérateur, machine à laver, télévision, voiture, téléphone, vacances, supermarché, crédit (voir l'article « Modes de vie, prix et salaires »). La part de l'alimentation dans le budget des ménages recule (35 % en 1960), tandis que celles du logement, des transports et des loisirs augmentent.
Les techniques : un monde transformé
Le nucléaire (le programme électronucléaire est lancé en 1974), l'aéronautique (Caravelle, Concorde en 1969, Airbus), l'espace (Ariane, 1979), le TGV (1981), le Minitel (généralisé à partir de 1982-1983), l'informatique (voir l'article « Histoire de l'informatique »), la télévision couleur (1967) transforment la vie quotidienne et l'image que la France a d'elle-même.
La culture et les médias
La télévision devient le premier loisir des Français (voir l'article « Histoire de la télévision »). La culture de masse (chanson, cinéma, bande dessinée) s'impose, en même temps que se développent une politique culturelle de l'État (Malraux, puis Lang) et un vaste mouvement d'Éducation Populaire. La jeunesse devient un acteur culturel à part entière.
La religion et les valeurs
La pratique religieuse catholique, encore forte dans les années 1950 (surtout dans l'Ouest, l'Est, le Massif central, les Alpes), recule fortement à partir des années 1960, malgré le renouvellement du concile Vatican II (1962-1965). La société se sécularise. Dans le même temps, l'islam devient la deuxième religion du pays avec l'immigration.
La politique et les institutions
La France passe de la IVe République (1946-1958), instable, à la Ve République (1958), voulue par le général de Gaulle, avec un président élu au suffrage universel à partir de 1965. Elle sort de ses guerres coloniales (Indochine en 1954, Algérie en 1962). Elle connaît l'alternance en 1981, puis la cohabitation en 1986. Elle s'engage dans la construction européenne et dans la décentralisation (voir l'article « Présidents, gouvernements, Parlement et grandes réformes »).
La protection sociale
La Sécurité sociale (1945), les allocations familiales, les retraites, l'assurance chômage (1958), le minimum vieillesse (1956), le SMIG (1950) puis le SMIC (1970), l'allocation aux adultes handicapés (1975), le RMI (1988) construisent un État-providence parmi les plus protecteurs du monde.
Tableau : la France de 1950, la France de 1990
| Indicateur | Vers 1950 | Vers 1990 |
|---|---|---|
| Population (France métropolitaine) | environ 42 millions | 56,6 millions |
| Espérance de vie à la naissance | 63,4 ans (hommes), 69,2 ans (femmes) | plus de 72 ans (hommes), plus de 80 ans (femmes) |
| Part de l'agriculture dans l'emploi | environ 16 % en 1962 (bien plus en 1950) | moins de 6 % |
| Logements avec baignoire ou douche | environ 10 % (1954) | près de 85 % (1984) |
| Foyers équipés de la télévision | environ 1 % (1954) | la quasi-totalité |
| Part d'une génération obtenant le baccalauréat | environ 5 % | environ 40 à 45 % |
| Taux de chômage | quasi nul (2,6 % en 1968) | environ 9 % |
| Femmes de 30 à 50 ans actives | 40 à 45 % (1962) | environ 70 % |
| Salaire minimum horaire (en euros de 2025) | environ 2,60 € (1950) | environ 8,60 € |
2. Les changements vus à quatre échelles
À l'échelle des départements et des régions
Des départements transformés. Les départements, créés en 1790, restent le cadre de vie administratif des Français, mais leur carte évolue : en région parisienne, les anciens départements de la Seine et de la Seine-et-Oise sont remplacés en 1968 par sept nouveaux départements (Paris, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Essonne, Yvelines, Val-d'Oise) ; la Corse est divisée en deux départements en 1976 ; les anciennes colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de La Réunion sont devenues des départements d'outre-mer en 1946 (Mayotte le deviendra en 2011).
Des destins départementaux contrastés. Entre 1950 et 1990, certains départements se dépeuplent et vieillissent (la Creuse, la Lozère, le Cantal, la Nièvre, les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence dans certaines vallées), tandis que d'autres explosent (l'Île-de-France, les départements des grandes métropoles, le littoral méditerranéen et atlantique, les Alpes du Nord avec le tourisme d'hiver). Les départements industriels du Nord, de la Lorraine, de la Loire, des Ardennes, subissent de plein fouet la désindustrialisation. Le tourisme transforme les départements de montagne et du littoral.
La naissance des régions. Des « régions de programme » sont créées en 1955-1956 pour la planification économique. Les établissements publics régionaux apparaissent en 1972. Avec les lois de décentralisation de 1982-1983 (lois Defferre), les régions deviennent de véritables collectivités territoriales, avec des conseillers régionaux élus au suffrage universel à partir de 1986. Les départements et les communes gagnent aussi en autonomie : le préfet n'exerce plus la tutelle a priori sur leurs décisions, et le président du conseil général devient l'exécutif du département.
Les identités régionales. Les années 1970 voient un renouveau des identités et des langues régionales : chanteurs bretons (Alan Stivell, Gilles Servat), occitans, basques, alsaciens, corses ; écoles bilingues (Diwan en Bretagne en 1977, Calandretas occitanes, Ikastolak basques) ; revendications autonomistes, parfois violentes en Corse. Le Larzac (voir l'article « Engagés associatifs et héros du quotidien ») mêle cause paysanne et identité occitane.
À l'échelle de la France
À l'échelle nationale, les grands changements de 1950 à 1990 peuvent se résumer en quelques transformations majeures :
- d'une puissance coloniale à une puissance européenne ;
- d'une société rurale à une société urbaine et tertiaire ;
- d'une économie fermée et protégée à une économie ouverte sur l'Europe et le monde ;
- d'une société de pénurie à une société de consommation, puis à une société marquée par le chômage de masse ;
- d'une République parlementaire instable à une République présidentielle stable, qui connaît l'alternance ;
- d'un État centralisé à un État décentralisé ;
- d'une société homogène dans ses modes de vie à une société plus diverse, plus individualiste, plus libre.
À l'échelle de l'Europe
La construction européenne est l'un des grands projets de la période :
| Date | Étape |
|---|---|
| 1950 | Déclaration de Robert Schuman (9 mai) |
| 1951 | Traité de Paris : Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), à six pays |
| 1957 | Traités de Rome : Communauté économique européenne (CEE) et Euratom |
| 1962 | Politique agricole commune (PAC), qui transforme l'agriculture française |
| 1963 | Traité de l'Élysée : réconciliation franco-allemande |
| 1968 | Achèvement de l'union douanière |
| 1973 | Entrée du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark |
| 1979 | Première élection du Parlement européen au suffrage universel ; Simone Veil en devient présidente |
| 1981 | Entrée de la Grèce |
| 1985 | Accords de Schengen (libre circulation) |
| 1986 | Entrée de l'Espagne et du Portugal ; Acte unique européen |
| 1987 | Lancement du programme Erasmus |
| 1989 | Chute du mur de Berlin (9 novembre) |
| 1992 | Traité de Maastricht : Union européenne |
Pour les Français, l'Europe a d'abord été celle de la réconciliation avec l'Allemagne (les jumelages de communes, très nombreux dans les années 1950 à 1970, et l'Office franco-allemand pour la jeunesse, créé en 1963, qui a permis à des millions de jeunes de se rencontrer), puis celle de la PAC, qui modernise et subventionne l'agriculture, puis celle du marché unique et de la libre circulation.
À l'échelle du monde
Le monde des années 1950 à 1980 est dominé par la guerre froide entre les États-Unis et l'URSS (crise de Cuba en 1962, guerre du Vietnam, course aux armements et à l'espace, premier homme sur la Lune le 21 juillet 1969). La décolonisation donne naissance à des dizaines de nouveaux États en Asie et en Afrique. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 marquent la fin de l'énergie bon marché et de la croissance rapide. La mondialisation commence, avec la concurrence des pays nouvellement industrialisés (Japon, puis Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong, Singapour). En 1989, la chute du mur de Berlin annonce la fin du monde bipolaire.
Page mise à jour le 03/10/2026
