Présidents, gouvernements, Parlement et grandes réformes (années 50 à 80)
De la IVe République de Vincent Auriol à la Ve République de François Mitterrand : qui gouvernait la France, et qu'ont-ils changé ?
26/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : quarante ans de vie politique
Deux Républiques, six présidents
Entre 1950 et 1990, la France a connu deux régimes : la IVe République (1946-1958), régime parlementaire marqué par l'instabilité des gouvernements, puis la Ve République (depuis 1958), voulue par le général de Gaulle, avec un président fort. Pendant ces quatre décennies se succèdent six présidents de la République, une trentaine de chefs de gouvernement et des centaines de ministres, dans un pays qui se reconstruit, se modernise, se décolonise et connaît la première alternance de la gauche.
Ce que propose cet article
Cet article présente, décennie par décennie :
- les présidents de la République ;
- les gouvernements : leur composition politique, les présidents du Conseil puis les Premiers ministres, et les principaux ministres ;
- la composition du Parlement (Assemblée nationale et Sénat) ;
- les grandes décisions et les grandes réformes.
De nombreux tableaux permettent de s'y retrouver. L'article se termine par une chronologie et un espace pour les témoignages. Les années 1981-1990 sont traitées plus brièvement, car elles font l'objet de l'article « La période François Mitterrand ».
Quelques mots utiles
- Président du Conseil : sous la IVe République, le chef du gouvernement, qui dépend de la confiance de l'Assemblée nationale.
- Premier ministre : sous la Ve République, le chef du gouvernement, nommé par le président de la République.
- Législature : la période entre deux élections de l'Assemblée nationale.
- Cohabitation : situation où le président et la majorité de l'Assemblée sont de bords opposés.
1. La IVe République (1946-1958) : un régime parlementaire instable
Les institutions
La Constitution du 27 octobre 1946 donne l'essentiel du pouvoir à l'Assemblée nationale, élue à la proportionnelle. Le président de la République, élu par le Parlement pour sept ans, a surtout un rôle d'arbitre. Le gouvernement, dirigé par le président du Conseil, peut être renversé à tout moment. Résultat : une instabilité chronique. En douze ans, la IVe République connaît une vingtaine de gouvernements, dont certains ne durent que quelques jours.
Les deux présidents de la IVe République
- Vincent Auriol (1947-1954), socialiste, ancien ministre du Front populaire ;
- René Coty (1954-1959), modéré, élu au treizième tour de scrutin par le Congrès en décembre 1953, qui fera appel au général de Gaulle en mai 1958.
La vie politique
Après le « tripartisme » de la Libération (communistes, socialistes et démocrates-chrétiens du MRP gouvernent ensemble), les communistes sont exclus du gouvernement en mai 1947. Commence alors la « Troisième Force » : des coalitions fragiles entre socialistes (SFIO), MRP, radicaux et modérés, prises en tenaille entre le Parti communiste (premier parti de France, environ un quart des voix) et les gaullistes du RPF, tous deux hostiles au régime.
Les présidents du Conseil des années 1950
| Président du Conseil | Période | Parti |
|---|---|---|
| Georges Bidault | Octobre 1949 - juillet 1950 | MRP |
| Henri Queuille | Juillet 1950 (quelques jours) | Radical |
| René Pleven | Juillet 1950 - mars 1951 | UDSR |
| Henri Queuille | Mars - août 1951 | Radical |
| René Pleven | Août 1951 - janvier 1952 | UDSR |
| Edgar Faure | Janvier - mars 1952 | Radical |
| Antoine Pinay | Mars 1952 - janvier 1953 | Modéré (CNIP) |
| René Mayer | Janvier - juin 1953 | Radical |
| Joseph Laniel | Juin 1953 - juin 1954 | Modéré (CNIP) |
| Pierre Mendès France | Juin 1954 - février 1955 | Radical |
| Edgar Faure | Février 1955 - janvier 1956 | Radical |
| Guy Mollet | Février 1956 - juin 1957 | SFIO (socialiste) |
| Maurice Bourgès-Maunoury | Juin - novembre 1957 | Radical |
| Félix Gaillard | Novembre 1957 - avril 1958 | Radical |
| Pierre Pflimlin | Mai 1958 | MRP |
| Charles de Gaulle | Juin 1958 - janvier 1959 | Gaulliste |
Les figures marquantes
- Antoine Pinay (1952), l'homme au chapeau, symbole de la rigueur et de l'emprunt Pinay indexé sur l'or ;
- Pierre Mendès France (1954-1955), qui met fin à la guerre d'Indochine (accords de Genève, juillet 1954), engage l'autonomie de la Tunisie et s'adresse aux Français à la radio dans ses « causeries du samedi » ;
- Guy Mollet (1956-1957), qui accorde la troisième semaine de congés payés mais engage massivement le contingent en Algérie.
Le Parlement de la IVe République
- Élections de 1951 : la loi des « apparentements » avantage les partis de la Troisième Force face aux communistes et aux gaullistes.
- Élections de janvier 1956 : victoire relative du Front républicain (socialistes, radicaux mendésistes) ; surprise avec l'entrée de 52 députés poujadistes (mouvement de défense des commerçants et artisans de Pierre Poujade, parmi lesquels le jeune Jean-Marie Le Pen).
- Le Conseil de la République (seconde chambre) a peu de pouvoir.
Les grandes décisions et réformes (1947-1958)
- la reconstruction et le Plan Monnet ; l'aide du plan Marshall ;
- le salaire minimum (SMIG, 1950) ;
- la construction européenne : CECA (1951), échec de la Communauté européenne de défense (1954), traité de Rome créant la CEE (25 mars 1957) ;
- l'adhésion à l'OTAN (1949) ;
- la TVA (1954) ;
- la troisième semaine de congés payés (1956) ;
- le minimum vieillesse (Fonds national de solidarité, 1956) ;
- la fin de la guerre d'Indochine (1954), l'indépendance du Maroc et de la Tunisie (1956), la loi-cadre Defferre (1956) sur l'Afrique noire ;
- le début de la guerre d'Algérie (1er novembre 1954), qui va emporter le régime ;
- le premier programme nucléaire militaire.
La chute (mai 1958)
Le 13 mai 1958, à Alger, des partisans de l'Algérie française s'emparent du gouvernement général et réclament le retour du général de Gaulle. Le pays est au bord de la guerre civile. Le 1er juin 1958, l'Assemblée investit de Gaulle comme président du Conseil, avec les pleins pouvoirs pour rédiger une nouvelle Constitution.
2. Les années de Gaulle (1958-1969)
La Constitution de la Ve République
Rédigée sous la direction de Michel Debré, la nouvelle Constitution est approuvée par référendum le 28 septembre 1958 (79 % de oui) et promulguée le 4 octobre 1958. Elle renforce le pouvoir exécutif : le président nomme le Premier ministre, peut dissoudre l'Assemblée, recourir au référendum (article 11) et disposer de pouvoirs exceptionnels (article 16). Le Parlement voit ses pouvoirs encadrés. Le Conseil constitutionnel est créé.
Charles de Gaulle, président (1959-1969)
Élu président par un collège de grands électeurs en décembre 1958, le général de Gaulle entre à l'Élysée le 8 janvier 1959. En 1962, il fait adopter par référendum l'élection du président au suffrage universel direct. En décembre 1965, lors de la première élection de ce type, il est mis en ballottage par François Mitterrand et réélu au second tour avec 55,2 % des voix.
Les Premiers ministres du général de Gaulle
| Premier ministre | Période | Fait marquant |
|---|---|---|
| Michel Debré | Janvier 1959 - avril 1962 | Mise en place des institutions, guerre d'Algérie, nouveau franc |
| Georges Pompidou | Avril 1962 - juillet 1968 | Croissance, modernisation, Mai 68, Grenelle |
| Maurice Couve de Murville | Juillet 1968 - juin 1969 | Loi Faure sur l'université, crise monétaire |
Les principaux ministres
- André Malraux, ministre d'État chargé des Affaires culturelles (1959-1969) : premier ministère de la Culture, maisons de la culture, inventaire du patrimoine ;
- Antoine Pinay, Wilfrid Baumgartner, Valéry Giscard d'Estaing (1962-1966) puis Michel Debré (1966-1968) aux Finances ;
- Maurice Couve de Murville aux Affaires étrangères (1958-1968) ;
- Pierre Messmer aux Armées (1960-1969) ;
- Roger Frey puis Christian Fouchet à l'Intérieur ;
- Christian Fouchet, Alain Peyrefitte, puis Edgar Faure à l'Éducation nationale ;
- Edgard Pisani à l'Agriculture (1961-1966) ;
- Maurice Herzog à la Jeunesse et aux Sports (1958-1966), puis François Missoffe ;
- Alain Peyrefitte à l'Information (1962-1966).
Le Parlement des années de Gaulle
- Novembre 1958 : raz-de-marée gaulliste ; l'UNR (Union pour la nouvelle République) devient le premier groupe ; le Parti communiste tombe à 10 députés (en raison du retour au scrutin majoritaire).
- Novembre 1962 : après la dissolution qui suit la motion de censure contre Pompidou, l'UNR-UDT obtient 233 sièges et, avec les Républicains indépendants de Giscard, la majorité absolue.
- Mars 1967 : la majorité ne l'emporte que d'un siège (244 sur 487).
- Juin 1968 : après Mai 68, l'UDR obtient à elle seule 293 sièges sur 487, la majorité en compte 354 : une « chambre introuvable ».
- Le Sénat, présidé par Gaston Monnerville (1947-1968), résiste au général ; en 1969, son projet de réforme du Sénat provoque son départ. Alain Poher lui succède en 1968.
Les grandes décisions et réformes (1958-1969)
- la fin de la guerre d'Algérie : accords d'Évian (18 mars 1962), indépendance de l'Algérie (5 juillet 1962) ; indépendance des colonies d'Afrique noire (1960) ;
- le nouveau franc (1er janvier 1960) ;
- la force de dissuasion nucléaire (première bombe en 1960) ; la France quitte le commandement intégré de l'OTAN (1966) ;
- la réconciliation franco-allemande : traité de l'Élysée (22 janvier 1963) avec le chancelier Adenauer ;
- la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans (réforme Berthoin, 1959), les collèges d'enseignement secondaire (1963), la loi Debré sur l'enseignement privé sous contrat (1959) ;
- les lois d'orientation agricole (1960-1962) et la politique agricole commune (1962) ;
- l'aménagement du territoire (DATAR, 1963), les villes nouvelles ;
- la réforme des régimes matrimoniaux (1965) et la loi Neuwirth sur la contraception (1967) ;
- la participation et l'intéressement des salariés (1967) ;
- après Mai 68 : accords de Grenelle, section syndicale d'entreprise, loi Faure sur l'université (1968).
Le départ
Le 27 avril 1969, le référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat est rejeté (52,4 % de non). Le général de Gaulle démissionne le lendemain. Il meurt le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises. Le président du Sénat, Alain Poher, assure l'intérim.
3. Georges Pompidou (1969-1974)
Le président
Ancien Premier ministre du général, Georges Pompidou est élu le 15 juin 1969 avec 58,2 % des voix face à Alain Poher. Normalien, banquier, amateur d'art moderne, il incarne la modernisation industrielle et une ouverture relative (« le changement dans la continuité »). Malade, il meurt en fonction le 2 avril 1974. Alain Poher assure de nouveau l'intérim.
Les Premiers ministres
| Premier ministre | Période | Fait marquant |
|---|---|---|
| Jacques Chaban-Delmas | Juin 1969 - juillet 1972 | « Nouvelle Société », contrats de progrès, SMIC, libéralisation de l'ORTF |
| Pierre Messmer | Juillet 1972 - mai 1974 | Choc pétrolier, plan nucléaire |
Les principaux ministres
Valéry Giscard d'Estaing à l'Économie et aux Finances (1969-1974), Maurice Schumann aux Affaires étrangères, Raymond Marcellin à l'Intérieur, Olivier Guichard à l'Éducation puis à l'Aménagement du territoire, Jacques Chirac à l'Agriculture puis à l'Intérieur, Michel Debré à la Défense, Edgar Faure aux Affaires sociales.
Le Parlement
- La majorité issue de 1968 est très large.
- Mars 1973 : la majorité (UDR, Républicains indépendants, centristes) l'emporte de nouveau, mais la gauche unie derrière le programme commun progresse fortement.
- Edgar Faure préside l'Assemblée nationale de 1973 à 1978.
Les grandes décisions et réformes (1969-1974)
- la mensualisation des salaires et le SMIC (1970) ;
- la formation professionnelle continue (loi Delors, 1971) ;
- l'autorité parentale remplace la puissance paternelle (1970) ;
- l'égalité des salaires entre hommes et femmes inscrite dans la loi (1972) ;
- l'entrée du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark dans la CEE (1973), acceptée par Pompidou ;
- les grands projets industriels et urbains : TGV décidé, Concorde, Airbus, le futur Centre Pompidou ;
- le plan Messmer de construction de centrales nucléaires (mars 1974), après le choc pétrolier de 1973.
4. Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981)
Le président
Élu le 19 mai 1974 avec 50,81 % des voix face à François Mitterrand, Valéry Giscard d'Estaing, 48 ans, est le plus jeune président de la Ve République à cette date. Polytechnicien, énarque, ancien ministre des Finances, chef des Républicains indépendants, il veut une « société libérale avancée » et « décrisper » la vie politique : il remonte les Champs-Élysées à pied, s'invite à dîner chez des Français, joue de l'accordéon.
Les Premiers ministres
| Premier ministre | Période | Fait marquant |
|---|---|---|
| Jacques Chirac | Mai 1974 - août 1976 | Démission fracassante, création du RPR (décembre 1976) |
| Raymond Barre | Août 1976 - mai 1981 | « Meilleur économiste de France », plans de rigueur contre l'inflation |
Les principaux ministres
- Simone Veil à la Santé (1974-1979) : loi sur l'IVG ;
- Françoise Giroud, première secrétaire d'État à la Condition féminine (1974-1976) ;
- René Haby à l'Éducation : le collège unique (1975) ;
- Michel Poniatowski puis Christian Bonnet à l'Intérieur ;
- Jean Lecanuet à la Justice, puis Alain Peyrefitte (loi « Sécurité et liberté », 1981) ;
- Jean-Pierre Fourcade, puis Raymond Barre lui-même, puis René Monory à l'Économie et aux Finances ;
- Michel d'Ornano à l'Industrie puis à la Culture et à l'Environnement.
Le Parlement
- La majorité se divise entre gaullistes (RPR de Jacques Chirac, créé en 1976) et giscardiens (UDF, créée en 1978).
- Mars 1978 : alors que les sondages annonçaient la victoire de la gauche, désunie depuis 1977, la majorité conserve l'Assemblée (environ 290 sièges sur 491).
- La loi Simone Veil sur l'IVG (1975) n'est adoptée que grâce aux voix de la gauche, une partie de la majorité votant contre.
Les grandes décisions et réformes (1974-1981)
- majorité civile à 18 ans (5 juillet 1974) ;
- loi Veil sur l'interruption volontaire de grossesse (17 janvier 1975) ;
- divorce par consentement mutuel (11 juillet 1975) ;
- collège unique (loi Haby, 1975) ;
- saisine du Conseil constitutionnel par 60 députés ou 60 sénateurs (1974), qui renforce le contrôle des lois ;
- éclatement de l'ORTF (1974-1975) ;
- statut de Paris : premier maire élu depuis la Commune, Jacques Chirac (1977) ;
- plan téléphone (de 6 à 20 millions de lignes entre 1974 et 1980) ;
- création du Conseil européen (1974) et du Système monétaire européen (1979), première élection du Parlement européen au suffrage universel (juin 1979) ;
- face aux chocs pétroliers et au chômage : plans de rigueur de Raymond Barre, suspension de l'immigration de travail (1974), heure d'été (1976).
La défaite de 1981
Affaibli par la crise, le chômage (plus d'un million et demi de chômeurs), l'affaire des diamants de Bokassa et la division de la droite, Valéry Giscard d'Estaing est battu le 10 mai 1981 par François Mitterrand (voir l'article « La période François Mitterrand »). Son « au revoir » télévisé, où il quitte le champ de la caméra en laissant la chaise vide, est resté célèbre.
5. François Mitterrand (1981-1995) : l'alternance et la cohabitation
En résumé
Élu le 10 mai 1981 avec 51,76 % des voix, réélu le 8 mai 1988 avec 54,02 %, François Mitterrand est le premier président de gauche de la Ve République et le seul à avoir accompli deux septennats complets.
Les Premiers ministres des années 1980
| Premier ministre | Période | Majorité |
|---|---|---|
| Pierre Mauroy | Mai 1981 - juillet 1984 | PS, avec le PCF jusqu'en 1984 |
| Laurent Fabius | Juillet 1984 - mars 1986 | PS |
| Jacques Chirac | Mars 1986 - mai 1988 | RPR-UDF (première cohabitation) |
| Michel Rocard | Mai 1988 - mai 1991 | PS (majorité relative) |
Le Parlement des années 1980
- Juin 1981 : le Parti socialiste obtient seul la majorité absolue (« vague rose ») ; Louis Mermaz préside l'Assemblée.
- Mars 1986 : élections à la proportionnelle ; la droite RPR-UDF gagne de justesse ; le Front national entre à l'Assemblée avec 35 députés. Première cohabitation.
- Juin 1988 : retour au scrutin majoritaire ; le PS n'obtient qu'une majorité relative ; Michel Rocard gouverne avec des majorités d'idées ; Laurent Fabius préside l'Assemblée.
- Le Sénat reste à droite et au centre, présidé par Alain Poher de 1968 à 1992.
Les grandes réformes
Abolition de la peine de mort, décentralisation, nationalisations, 39 heures, cinquième semaine, retraite à 60 ans, radios libres, lois Auroux, puis tournant de la rigueur (1983), privatisations de la cohabitation (1986-1988), revenu minimum d'insertion (1988), CSG (1990). Voir l'article détaillé sur la période Mitterrand.
Page mise à jour le 03/10/2026
