Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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La période François Mitterrand

Du programme commun au 10 mai 1981, des gouvernements Mauroy au ministère du Temps libre et à la Fête de la musique

26/09/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

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Introduction : « Une majorité politique a rejoint la majorité sociologique »

L'alternance

Le 10 mai 1981, pour la première fois sous la Ve République, la gauche arrive au pouvoir. François Mitterrand, 64 ans, battu en 1965 et en 1974, est élu président de la République. Pour des millions de Français, et en particulier pour le monde associatif, syndical et de l'Éducation Populaire, c'est un immense espoir ; pour d'autres, une inquiétude profonde. Les deux septennats de François Mitterrand (1981-1995) transforment durablement la France.

Ce que propose cet article

Cet article présente en détail :

Il se termine par des tableaux, une chronologie et un espace pour les témoignages.

1. François Mitterrand : un long chemin vers le pouvoir

Le parcours

Né le 26 octobre 1916 à Jarnac (Charente), dans une famille catholique et conservatrice, François Mitterrand fait des études de droit et de sciences politiques à Paris. Prisonnier de guerre en 1940, évadé, il travaille un temps à Vichy avant de rejoindre la Résistance (mouvement des prisonniers). Onze fois ministre sous la IVe République (Anciens combattants, Intérieur, Justice...), il devient un adversaire résolu du général de Gaulle, dont il dénonce le « coup d'État permanent » (1964).

Les défaites et la reconstruction de la gauche

2. Le programme commun de la gauche (1972-1977)

La signature

Le 27 juin 1972, le Parti socialiste (François Mitterrand) et le Parti communiste (Georges Marchais) signent un programme commun de gouvernement, rejoints quelques jours plus tard par les radicaux de gauche (MRG). C'est un événement : depuis la scission de Tours (1920), socialistes et communistes s'affrontaient.

Le contenu

Le programme prévoit notamment :

La rupture de 1977

En septembre 1977, lors de la « réactualisation » du programme, communistes et socialistes se déchirent sur l'ampleur des nationalisations. L'union se brise, et la gauche perd les législatives de 1978 qu'elle croyait gagner. Mais le Parti socialiste est devenu le premier parti de gauche.

Les 110 propositions (1981)

Pour la présidentielle de 1981, François Mitterrand présente, au congrès de Créteil (janvier 1981), ses 110 propositions pour la France, reprenant l'essentiel du programme commun : nationalisations, 39 puis 35 heures, cinquième semaine de congés, retraite à 60 ans, abolition de la peine de mort, décentralisation, radios libres, impôt sur les grandes fortunes...

3. Les débats des campagnes présidentielles

1974 : « le monopole du cœur »

Le 10 mai 1974, pour la première fois en France, les deux finalistes s'affrontent dans un débat télévisé, animé par Jacqueline Baudrier et Alain Duhamel. Valéry Giscard d'Estaing, jeune, moderne, à l'aise, lance à François Mitterrand, qui parle de justice sociale : « Vous n'avez pas, monsieur Mitterrand, le monopole du cœur ». La phrase fait mouche. Giscard l'emporte de justesse le 19 mai.

1981 : « l'homme du passif »

Le 5 mai 1981, les deux mêmes hommes se retrouvent face à face, dans un débat animé par Michèle Cotta et Jean Boissonnat. Cette fois, Mitterrand est préparé. Quand Giscard le traite d'« homme du passé », il répond : « Vous êtes devenu, vous, l'homme du passif », en rappelant le bilan du septennat (chômage, inflation). Les négociations avant le débat ont été minutieuses (disposition du plateau, cadrages, temps de parole).

1988 : face à Jacques Chirac

Le 28 avril 1988, président sortant, François Mitterrand affronte son Premier ministre de cohabitation, Jacques Chirac. Il l'appelle ostensiblement « monsieur le Premier ministre ». Chirac réplique : « Ce soir, je ne suis pas le Premier ministre et vous n'êtes pas le président de la République. Nous sommes deux candidats [...] », ce à quoi Mitterrand répond : « Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre ». Il est réélu le 8 mai 1988 avec 54,02 % des voix.

4. Le 10 mai 1981

Le premier tour (26 avril 1981)

Dix candidats se présentent. Participation : 81,09 %.

CandidatPartiVoixPourcentage
Valéry Giscard d'EstaingUDF (président sortant)8 222 43228,32 %
François MitterrandParti socialiste7 505 96025,85 %
Jacques ChiracRPR5 225 84818,00 %
Georges MarchaisParti communiste4 456 92215,35 %
Brice LalondeÉcologiste1 126 2543,88 %
Arlette LaguillerLutte ouvrière668 0572,30 %
Michel CrépeauRadicaux de gauche642 8472,21 %
Michel DebréGaulliste dissident481 8211,66 %
Marie-France GaraudDivers droite386 6231,33 %
Huguette BouchardeauPSU321 3531,11 %

Georges Marchais appelle à voter Mitterrand ; Jacques Chirac, dont les relations avec Giscard sont exécrables, ne donne qu'une consigne très réservée (« à titre personnel »).

Le second tour (10 mai 1981)

Environ un million de voix d'écart.

La soirée électorale

Ce dimanche-là, François Mitterrand attend les résultats dans son fief de Château-Chinon (Nièvre), à l'hôtel du Vieux Morvan. À 20 heures, les chaînes de télévision révèlent le nom du vainqueur : sur Antenne 2, le visage de François Mitterrand apparaît progressivement à l'écran, ligne par ligne, une image restée célèbre. Des scènes de liesse éclatent dans toute la France ; rue de Solférino, au siège du PS, la foule se presse. Dans les quartiers bourgeois, certains retirent en hâte leur argent des banques ; la Bourse chutera le lendemain.

La fête de la Bastille

À Paris, des dizaines de milliers de personnes convergent spontanément vers la place de la Bastille, lieu symbolique de la Révolution et du Front populaire. On danse, on chante, on brandit des roses, des drapeaux rouges et tricolores ; des musiciens et des chanteurs improvisent une scène. Vers minuit, un violent orage éclate : sous une pluie battante, la fête continue une partie de la nuit. Beaucoup de participants en garderont le souvenir d'une nuit unique.

L'investiture et le Panthéon (21 mai 1981)

Le 21 mai 1981, François Mitterrand est investi à l'Élysée. L'après-midi, seul, une rose à la main, il se rend au Panthéon pour se recueillir sur les tombes de Jean Jaurès, Jean Moulin et Victor Schœlcher, sous les caméras de la télévision, pendant que l'Orchestre de Paris joue l'(Hymne à la joie).

Les législatives de juin 1981 : la « vague rose »

Mitterrand dissout aussitôt l'Assemblée. Aux élections des 14 et 21 juin 1981, le Parti socialiste et ses alliés obtiennent à eux seuls la majorité absolue des sièges (environ 285 sur 491) : c'est la « vague rose ». Le Parti communiste recule fortement mais entre au gouvernement.

5. Les Premiers ministres

Pierre Mauroy (mai 1981 - juillet 1984)

Qui était Pierre Mauroy ?

Pierre Mauroy est né le 5 juillet 1928 à Cartignies (Nord), dans une famille modeste (son père était instituteur) ; il est l'aîné de sept enfants. Professeur de l'enseignement technique, il milite très jeune aux Jeunesses socialistes, dont il devient le secrétaire national. En 1950, il participe à la fondation de la Fédération Léo Lagrange, grand mouvement d'Éducation Populaire et de loisirs populaires qu'il animera pendant de longues années. Syndicaliste enseignant, élu du Nord, il devient maire de Lille en 1973 (jusqu'en 2001) et l'un des principaux dirigeants du Parti socialiste. Grand, jovial, chaleureux, attaché au monde ouvrier du Nord, il incarne un socialisme populaire et humaniste. Il est mort le 7 juin 2013.

Ses trois gouvernements

Son œuvre

Pierre Mauroy conduit les grandes réformes de 1981-1982 (voir partie 7). Face à l'inflation, au déficit extérieur et aux attaques contre le franc (trois dévaluations entre 1981 et 1983), il engage en mars 1983 le tournant de la rigueur : maintien dans le système monétaire européen, blocage des prix et des salaires, réduction des déficits. En juillet 1984, après la crise de l'école libre (immense manifestation du 24 juin 1984 contre le projet Savary d'unification de l'enseignement public et privé), il démissionne. Il devient ensuite premier secrétaire du Parti socialiste (1988-1992), puis président de l'Internationale socialiste.

Laurent Fabius (juillet 1984 - mars 1986)

À 37 ans, Laurent Fabius devient le plus jeune Premier ministre de la Ve République. Il incarne la « modernisation » : poursuite de la rigueur, Plan Informatique pour Tous (1985), sans ministres communistes (le PCF quitte le gouvernement). Son gouvernement est terni par l'affaire du Rainbow Warrior (1985).

Jacques Chirac (mars 1986 - mai 1988) : la première cohabitation

La droite gagne les législatives de mars 1986 : Mitterrand nomme Jacques Chirac Premier ministre. C'est la première cohabitation : privatisations, suppression de l'impôt sur les grandes fortunes, loi Pasqua, mouvement étudiant contre la loi Devaquet (mort de Malik Oussekine, décembre 1986).

Michel Rocard (mai 1988 - mai 1991)

Réélu en 1988, Mitterrand nomme Michel Rocard, son rival de toujours. Rocard crée le revenu minimum d'insertion (RMI, décembre 1988) et la CSG (1990), et signe les accords de Matignon sur la Nouvelle-Calédonie (juin 1988).

Édith Cresson (mai 1991 - avril 1992)

Édith Cresson devient la première femme Premier ministre de l'histoire de France. Son passage, court, est marqué par des polémiques et une forte impopularité.

Pierre Bérégovoy (avril 1992 - mars 1993)

Ancien ouvrier, Pierre Bérégovoy, partisan du « franc fort », conduit le gouvernement jusqu'à la défaite de la gauche en 1993. Mis en cause pour un prêt personnel, il se suicide le 1er mai 1993.

Édouard Balladur (mars 1993 - mai 1995)

Deuxième cohabitation avec Édouard Balladur jusqu'à la fin du second septennat.

6. Les ministres du gouvernement Mauroy II (1981-1983)

Les principaux ministres

Le gouvernement Mauroy II (juin 1981) compte 43 membres : 26 ministres (dont 5 ministres d'État), 8 ministres délégués et 9 secrétaires d'État, dont seulement 6 femmes. Voici les principaux :

MinistèreMinistreParti
Intérieur et Décentralisation (ministre d'État)Gaston DefferrePS
Plan et Aménagement du territoire (ministre d'État)Michel RocardPS
Recherche et Technologie (ministre d'État)Jean-Pierre ChevènementPS
Transports (ministre d'État)Charles FitermanPCF
Commerce extérieur (ministre d'État)Michel JobertDivers
Relations extérieuresClaude CheyssonPS
Économie et FinancesJacques DelorsPS
Budget (ministre délégué)Laurent FabiusPS
JusticeRobert BadinterPS
DéfenseCharles HernuPS
Éducation nationaleAlain SavaryPS
Solidarité nationaleNicole Questiaux (remplacée en 1982 par Pierre Bérégovoy)PS
TravailJean AurouxPS
AgricultureÉdith CressonPS
IndustriePierre Dreyfus (puis Jean-Pierre Chevènement en 1982)PS
CultureJack LangPS
Temps libreAndré HenryPS
Jeunesse et Sports (ministre déléguée au Temps libre)Edwige AvicePS
Tourisme (secrétaire d'État)François AbadieMRG
Droits de la femme (ministre déléguée)Yvette RoudyPS
Fonction publique et Réformes administrativesAnicet Le PorsPCF
SantéJack RalitePCF
Formation professionnelleMarcel RigoutPCF
Urbanisme et LogementRoger QuilliotPS
EnvironnementMichel CrépeauMRG
PTTLouis MexandeauPS
CommunicationGeorges FillioudPS
MerLouis Le PensecPS
Coopération et DéveloppementJean-Pierre CotPS

(Ce tableau présente les principaux ministres , sans tous les secrétaires d'État ni tous les remaniements. Les attributions de quelques ministres ont changé en cours de mandat.)

Quelques ministres marquants

7. Les grandes réformes de 1981-1984

DateRéforme
Juin 1981Hausse du SMIC de 10 %, des allocations familiales et du minimum vieillesse
9 octobre 1981Abolition de la peine de mort
9 novembre 1981Loi autorisant les radios locales privées (radios libres)
Décembre 1981Création d'une délégation interministérielle à l'économie sociale
16 janvier 1982Semaine de 39 heures et cinquième semaine de congés payés
13 février 1982Loi de nationalisation (grands groupes industriels, banques, compagnies financières)
2 mars 1982Loi de décentralisation (Gaston Defferre)
26 mars 1982Retraite à 60 ans ; création des chèques-vacances
1982Impôt sur les grandes fortunes ; lois Auroux ; loi Quilliot sur les droits des locataires
29 juillet 1982Loi sur la communication audiovisuelle : fin du monopole
4 août 1982Dépénalisation de l'homosexualité
Décembre 1982Remboursement de l'IVG par la Sécurité sociale
1983Conseil national de la vie associative (CNVA) ; loi Roudy sur l'égalité professionnelle
Mars 1983Tournant de la rigueur
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Page mise à jour le 03/10/2026