La période François Mitterrand – Suite 01
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8. Le ministère du Temps libre (1981-1984)
Une idée venue du Front populaire
En 1936, le Front populaire avait créé un sous-secrétariat d'État aux Sports et à l'Organisation des loisirs, confié à Léo Lagrange. En 1981, François Mitterrand veut prolonger ce geste : si l'on réduit le temps de travail (39 heures, cinquième semaine, retraite à 60 ans), il faut une politique pour que ce temps libéré soit un temps d'épanouissement, de culture, de sport, de vie associative, et non un temps vide ou seulement commercial.
L'organisation
Le ministère du Temps libre, dont les attributions sont fixées par un décret du 10 juin 1981, regroupe le Tourisme, la Jeunesse et les Sports et l'Éducation Populaire. Il est organisé en trois têtes :
- André Henry, ministre du Temps libre : ancien instituteur, ancien secrétaire général de la Fédération de l'Éducation nationale (FEN), grand syndicaliste enseignant ;
- Edwige Avice, ministre déléguée chargée de la Jeunesse et des Sports ;
- François Abadie, secrétaire d'État au Tourisme.
Cette organisation « tricéphale » se révélera plus source de difficultés que d'efficacité.
Les valeurs : l'Éducation Populaire au cœur
André Henry résume sa mission : « conduire par l'éducation populaire une action de promotion du loisir vrai et créateur ». Sa méthode : donner une orientation, puis s'appuyer sur les collectivités locales et le tissu associatif. On retrouve les valeurs de l'Éducation Populaire : émancipation, accès de tous aux loisirs et à la culture, vie associative, démocratie, refus d'un loisir purement marchand. Pour le monde associatif, la création de ce ministère est vécue comme une reconnaissance et une « grande espérance ».
Les actions et réformes
- Les chèques-vacances : créés par l'ordonnance du 26 mars 1982, gérés par l'Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV), ils permettent aux salariés, avec l'aide de leur employeur ou de leur comité d'entreprise, de payer leurs vacances et leurs loisirs. C'est la réalisation la plus durable du ministère : en 2016, plus de 4 millions de Français en bénéficiaient.
- Le tourisme social : soutien aux villages de vacances, aux centres de vacances associatifs, aux auberges de jeunesse, au départ en vacances des familles modestes.
- Le soutien aux associations et à l'Éducation Populaire : hausse des subventions aux fédérations, développement des postes d'animateurs (voir ci-dessous).
- Le recrutement de personnels : le ministère recrute plusieurs centaines de conseillers techniques et pédagogiques (environ 750), qui deviendront les conseillers d'Éducation Populaire et de jeunesse (CEPJ) et leurs chefs de service, chargés d'accompagner les associations sur le terrain.
- La jeunesse et les sports : Edwige Avice prépare la loi sur le sport de 1984 et développe les actions en direction des jeunes, notamment dans les quartiers.
Les postes d'animateurs
Le soutien à l'emploi associatif passe principalement par les postes FONJEP (Fonds de coopération de la jeunesse et de l'éducation populaire, créé en 1964), qui cofinancent le salaire d'animateurs et de directeurs dans les associations d'Éducation Populaire. Leur nombre augmente au début des années 1980.
À compléter — Les « postes A et B » d'animateurs. Cette distinction (catégories de postes, montants, nombre) reste à documenter à partir de documents ou de souvenirs précis.
Les mesures en faveur des associations
- Le Conseil national de la vie associative (CNVA), créé par décret du 25 février 1983, placé auprès du Premier ministre, donne pour la première fois aux associations une instance officielle de représentation et de dialogue avec l'État (il deviendra le Haut Conseil à la vie associative en 2011).
- La délégation interministérielle à l'économie sociale, créée en décembre 1981, reconnaît l'économie sociale (coopératives, mutuelles, associations), ancêtre de l'Économie Sociale et Solidaire.
- Le Fonds national pour le développement de la vie associative (FNDVA), créé en 1985, financera la formation des bénévoles.
- Pierre Mauroy lui-même, fondateur de la Fédération Léo Lagrange, est très attaché à la vie associative.
Les obstacles et la fin
Le ministère se heurte à de nombreux obstacles : un budget étroit, des conflits de compétences avec la Culture, l'Éducation nationale et les Sports, une administration peu habituée à l'innovation, et les moqueries (l'humoriste Coluche parle du « ministre du Temps perdu »). Surtout, avec la crise et le chômage (plus de deux millions de chômeurs), le « temps libre » devient pour beaucoup un temps subi. En mars 1983, André Henry quitte le gouvernement ; Edwige Avice prend en charge le Temps libre, la Jeunesse et les Sports jusqu'en juillet 1984, où l'intitulé « Temps libre » disparaît. L'historienne Marion Fontaine a montré que ce projet réutilisait les recettes de 1936 dans une société où les loisirs de masse et les industries culturelles avaient déjà tout changé.
9. Le ministère de la Culture de Jack Lang
Jack Lang
Jack Lang, 41 ans en 1981, juriste, fondateur du festival mondial de théâtre universitaire de Nancy, ancien directeur du théâtre de Chaillot, devient ministre de la Culture (1981-1986, puis 1988-1993). Charismatique, médiatique, il donne à ce ministère une visibilité sans précédent.
Le doublement du budget et l'objectif du 1 %
La promesse est spectaculaire : consacrer 1 % du budget de l'État à la culture. Dès 1982, le budget du ministère est doublé (de l'ordre de 3 à 6 milliards de francs), passant d'environ un demi pour cent à près de 0,8 % du budget de l'État. L'objectif symbolique du 1 % sera approché, puis atteint au début des années 1990 selon la façon de compter.
Une nouvelle conception de la culture
Jack Lang élargit la notion de culture à des pratiques jusque-là jugées mineures : rock, jazz, chanson, bande dessinée, mode, cirque, arts de la rue, design, gastronomie, graffiti... Cette ouverture est saluée par les uns, critiquée par d'autres comme un « tout culturel ».
La Fête de la musique (21 juin 1982)
Inspirée par une idée du directeur de la musique Maurice Fleuret, la première Fête de la musique a lieu le 21 juin 1982, jour du solstice d'été : tous les musiciens, amateurs et professionnels, sont invités à jouer gratuitement dans la rue. Le succès est immédiat et durable ; la fête est aujourd'hui célébrée dans plus d'une centaine de pays.
Les autres grandes mesures
- Le prix unique du livre (loi Lang du 10 août 1981), qui protège les librairies indépendantes ;
- les FRAC (Fonds régionaux d'art contemporain, 1982) ;
- les Journées du patrimoine (1984) ;
- les droits voisins des artistes-interprètes (loi de 1985) ;
- le soutien aux scènes de musiques actuelles, aux festivals, aux écoles de musique ;
- le développement des établissements culturels en région.
Les grands travaux du président
François Mitterrand lance de grands chantiers culturels à Paris : le musée d'Orsay (1986), la Cité des sciences et de l'industrie de la Villette (1986), l'Institut du monde arabe (1987), la pyramide du Louvre (1989) et le Grand Louvre, l'Opéra Bastille (1989), la Grande Arche de la Défense (1989), la Bibliothèque nationale de France (1995).
10. Tableaux de synthèse
Les Premiers ministres de François Mitterrand
| Premier ministre | Période | Parti | Fait marquant |
|---|---|---|---|
| Pierre Mauroy | Mai 1981 - juillet 1984 | PS | Grandes réformes, tournant de la rigueur |
| Laurent Fabius | Juillet 1984 - mars 1986 | PS | Modernisation, Plan Informatique pour Tous |
| Jacques Chirac | Mars 1986 - mai 1988 | RPR | Première cohabitation, privatisations |
| Michel Rocard | Mai 1988 - mai 1991 | PS | RMI, CSG, accords de Matignon |
| Édith Cresson | Mai 1991 - avril 1992 | PS | Première femme Premier ministre |
| Pierre Bérégovoy | Avril 1992 - mars 1993 | PS | Franc fort |
| Édouard Balladur | Mars 1993 - mai 1995 | RPR | Seconde cohabitation |
11. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| Juin 1971 | Congrès d'Épinay : Mitterrand à la tête du PS |
| 27 juin 1972 | Signature du programme commun |
| 10 mai 1974 | Premier débat télévisé : « le monopole du cœur » |
| 19 mai 1974 | Élection de Valéry Giscard d'Estaing |
| Septembre 1977 | Rupture de l'union de la gauche |
| Janvier 1981 | Les 110 propositions (congrès de Créteil) |
| 26 avril 1981 | Premier tour de la présidentielle |
| 5 mai 1981 | Débat : « l'homme du passif » |
| 10 mai 1981 | Élection de François Mitterrand ; fête de la Bastille |
| 21 mai 1981 | Investiture ; le Panthéon |
| 22 mai 1981 | Gouvernement Mauroy I |
| 10 juin 1981 | Décret sur les attributions du ministre du Temps libre |
| 14 et 21 juin 1981 | Législatives : majorité absolue pour le PS |
| 22 juin 1981 | Gouvernement Mauroy II, avec quatre ministres communistes |
| 10 août 1981 | Loi sur le prix unique du livre |
| 9 octobre 1981 | Abolition de la peine de mort |
| 1982 | Doublement du budget de la Culture ; 39 heures, cinquième semaine, retraite à 60 ans, chèques-vacances |
| 21 juin 1982 | Première Fête de la musique |
| 25 février 1983 | Création du CNVA |
| Mars 1983 | Tournant de la rigueur ; gouvernement Mauroy III |
| Juillet 1984 | Gouvernement Fabius ; départ des ministres communistes ; fin de l'intitulé « Temps libre » |
| Mars 1986 | Première cohabitation |
| 8 mai 1988 | Réélection de François Mitterrand (54,02 %) |
| 1989 | Pyramide du Louvre, Opéra Bastille, Grande Arche |
| Mai 1995 | Fin du second septennat |
| 8 janvier 1996 | Mort de François Mitterrand |
12. Espace pour les témoignages
À compléter : mon 10 mai 1981 et les années Mitterrand
Cette partie est réservée à mes souvenirs : où étais-je le 10 mai 1981 à 20 heures ? Étais-je à la Bastille sous l'orage ? Comment mon association, ma MJC, mon centre social ou ma fédération ont-ils vécu la création du ministère du Temps libre ? Ai-je bénéficié d'un poste FONJEP, connu les « postes A et B », rencontré André Henry, Edwige Avice ou Pierre Mauroy ? Photos, tracts, affiches de campagne et souvenirs de la première Fête de la musique sont les bienvenus.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
