Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Modes de vie, prix et salaires dans les années 50, 60, 70 et 80

Famille, foyer, logement, assiette, porte-monnaie : combien coûtait la vie, et comment on la vivait

26/09/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

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Introduction

« Une baguette coûtait trois sous », « avec un mois de salaire, on ne se payait même pas un vélo », « on n'avait pas grand-chose, mais on ne manquait de rien »… Les souvenirs de prix et de salaires font partie des conversations familiales, et ils sont souvent justes dans leur esprit, mais trompeurs dans leurs chiffres. Car un prix de 1955 ne se compare pas directement à un prix d'aujourd'hui : entre-temps, la France a changé de monnaie (en 1960, puis en 2002), et les prix comme les salaires ont été multipliés par des dizaines.

Cet article a deux ambitions. La première est de décrire la vie quotidienne des familles françaises des années 1950 à 1980 : la taille des familles, le logement et son confort, l'alimentation, l'équipement de la maison, la consommation, les vacances. La seconde est de donner des repères chiffrés fiables sur les salaires (le SMIG puis le SMIC) et sur les prix de quelques produits essentiels (le pain, le lait, le beurre, la viande, l'essence, le timbre, la voiture populaire), en les traduisant en euros d'aujourd'hui avec la méthode officielle de l'Insee, et surtout en temps de travail : combien de minutes fallait-il travailler au salaire minimum pour se payer une baguette ? Combien d'heures pour une 2CV ?

Cette seconde approche est la plus parlante. Elle montre que certaines choses étaient beaucoup plus chères qu'aujourd'hui (la voiture, l'électroménager, le beurre), et d'autres à peine différentes (le pain, le lait).

Plusieurs sujets voisins sont traités dans d'autres articles (l'école, les vacances, les voitures populaires, la modernisation de la France). Ils sont abordés ici sous l'angle nouveau du budget des familles, avec un renvoi vers l'article concerné quand c'est utile. Le logement et les grands ensembles, ainsi que la condition des femmes, font l'objet de deux articles dédiés (« Urbanisation, grands ensembles et exode rural » et « Le rôle de la femme et la condition féminine »).

1. Comment comparer les prix d'hier et d'aujourd'hui ?

Anciens francs, nouveaux francs, euros

Trois monnaies se sont succédé depuis 1950 :

Ainsi, 100 anciens francs = 1 nouveau franc = environ 0,15 euro en valeur nominale. Mais ce calcul ne dit rien du pouvoir d'achat, car les prix ont beaucoup augmenté entre-temps.

Le convertisseur de l'Insee

Pour savoir ce que représente une somme d'autrefois en argent d'aujourd'hui, l'Insee publie un convertisseur franc-euro qui tient compte de l'inflation (la hausse générale des prix). Il repose sur l'indice des prix à la consommation, reconstitué année par année depuis 1901.

Dans cet article, tous les montants en « euros 2025 » ont été calculés avec la série officielle de l'Insee (base 2025). Voici ce que valait, en euros de 2025, un franc (ou 100 anciens francs) de chaque époque :

Année1 franc de cette année (ou 100 anciens francs avant 1960) vaut, en euros de 2025
19503,37 €
19552,60 €
19601,92 €
19651,59 €
19681,44 €
19701,29 €
19750,83 €
19800,50 €
19850,32 €
19900,27 €

On voit que l'inflation a été particulièrement forte dans les années 1970 et au début des années 1980 : un franc de 1975 vaut 0,83 € d'aujourd'hui, un franc de 1985 n'en vaut plus que 0,32. Entre 1973 et 1983, les prix ont presque triplé. C'était l'époque où l'on parlait sans cesse de « la vie chère » et où les salaires étaient régulièrement revalorisés pour suivre les prix.

Une autre mesure : le temps de travail

Le convertisseur a une limite : il suppose que tous les prix ont évolué comme la moyenne. Or ce n'est pas le cas. Pour mieux se représenter le coût réel des choses, il est souvent plus parlant de calculer combien de temps il fallait travailler au salaire minimum pour acheter un produit. C'est ce que fait cet article chaque fois que les chiffres le permettent.

2. La famille : le temps du baby-boom

Des familles nombreuses et jeunes

Au lendemain de la guerre, la France connaît un baby-boom spectaculaire. Alors que le pays se dépeuplait avant 1939, les naissances bondissent à partir de 1946 et restent à un niveau très élevé pendant près de trente ans. Les familles de trois, quatre enfants ou plus sont courantes. Les écoles, les maternités, les colonies de vacances débordent ; il faut construire en urgence des classes et des logements.

Le mouvement s'inverse au milieu des années 1970. Plusieurs facteurs y contribuent : la diffusion de la contraception (légalisée par la loi Neuwirth de 1967, remboursée en 1974), la légalisation de l'IVG (loi Veil de 1975), le travail des femmes, l'allongement des études, la crise économique. Le nombre moyen d'enfants par femme passe sous la barre des deux enfants et y reste.

La taille des ménages diminue régulièrement : selon l'Insee, un ménage comptait en moyenne 3,06 personnes en 1954, contre 2,31 en 2004. On vit de moins en moins à plusieurs générations sous le même toit (ce sujet est approfondi dans l'article « Relations entre générations et solidarités de voisinage »).

Le modèle familial des années 1950-1960

Le modèle dominant, au moins dans les représentations, est celui du père qui travaille à l'extérieur et de la mère au foyer qui élève les enfants et tient la maison. La réalité est plus nuancée : dans les campagnes, les femmes travaillent à la ferme ; dans les milieux ouvriers et commerçants, beaucoup travaillent (à l'usine, à la boutique, en faisant des ménages). Mais la politique familiale encourage le modèle de la mère au foyer, notamment par l'allocation de salaire unique, versée aux familles où un seul parent travaille.

Les allocations familiales, généralisées en 1945-1946 avec la Sécurité sociale, représentent alors une part importante du revenu des familles nombreuses. Elles contribuent à expliquer le baby-boom et à faire reculer la misère des familles.

Le père détient l'« autorité paternelle » jusqu'en 1970, date à laquelle la loi la remplace par l'« autorité parentale » partagée. La femme mariée ne peut ouvrir un compte en banque ou exercer une profession sans l'accord de son mari qu'à partir de 1965. (Ces évolutions sont détaillées dans l'article « Le rôle de la femme et la condition féminine ».)

Le mariage, une étape presque obligée

Dans les années 1950 et 1960, on se marie jeune (souvent avant 25 ans), et le mariage est une étape quasi obligatoire pour fonder une famille et quitter ses parents. Le divorce reste rare et mal vu ; la loi de 1975 introduit le divorce par consentement mutuel, qui le facilite. Dans les années 1970-1980, la cohabitation hors mariage (on disait « vivre à la colle ») se répand chez les jeunes, puis devient banale.

La vie familiale au quotidien

Quelques traits de la vie familiale de l'époque, qui reviennent dans la plupart des témoignages :

3. Le foyer : un logement qui gagne peu à peu en confort

La crise du logement des années 1950

Au sortir de la guerre, la France manque cruellement de logements : des centaines de milliers d'immeubles ont été détruits ou endommagés, et presque rien n'a été construit depuis 1914. Les jeunes couples vivent chez leurs parents, dans des chambres meublées, des garnis, des baraquements. Pendant l'hiver 1954, particulièrement rigoureux, l'appel de l'abbé Pierre (1er février 1954) révèle au pays l'ampleur de la misère du logement. Les bidonvilles se développent aux portes des grandes villes, notamment celui de Nanterre.

La réponse viendra à partir du milieu des années 1950 avec la construction massive des grands ensembles et des HLM (ce sujet est traité en détail dans l'article « Urbanisation, grands ensembles et exode rural »).

Le confort sanitaire : une révolution silencieuse

Les chiffres de l'Insee sur le confort des logements donnent la mesure du changement :

AnnéeLogements avec baignoire ou doucheLogements avec WC intérieurs
1954environ 10 %environ un quart
196228,9 %40,5 %
196847,5 %54,8 %
197570,3 %73,8 %
198484,7 %85,0 %

En 1954, plus de 60 % des logements n'avaient même pas l'eau courante ! On allait chercher l'eau à la pompe, au puits ou à la fontaine ; on se lavait dans une bassine ou au « tub » le samedi soir ; les toilettes étaient au fond de la cour ou sur le palier, partagées entre plusieurs familles. Beaucoup de Français nés dans les années 1950 se souviennent de l'arrivée de la salle de bains comme d'un événement.

Des logements plus grands, des ménages plus petits

Le nombre moyen de pièces par logement est passé de 2,95 en 1954 à 3,99 en 2002, tandis que le nombre de personnes par ménage diminuait. Dans les années 1950, il était courant que plusieurs enfants dorment dans la même chambre, voire dans le même lit, et que la cuisine serve aussi de pièce à vivre. La « salle à manger », souvent réservée aux dimanches et aux grandes occasions, et le « salon » deviennent des signes de réussite dans les années 1960.

Le chauffage suit la même évolution : poêle à charbon ou à bois dans la cuisine, chambres glaciales l'hiver (les fameuses bouillottes et briques chaudes dans le lit), puis chauffage central au fioul ou au gaz dans les années 1960-1970, et chauffage électrique encouragé après les chocs pétroliers.

Propriétaires ou locataires ?

Dans les années 1950, la majorité des ménages urbains sont locataires. L'accession à la propriété se développe à partir des années 1960, encouragée par l'épargne-logement (créée en 1965) et les prêts aidés. En 1984, 50,7 % des ménages étaient propriétaires de leur résidence principale, et 56 % en 2002. Le pavillon avec jardin devient le rêve de nombreuses familles dans les années 1970, avec le développement des lotissements en périphérie des villes.

4. Les loyers : peu chers, mais des logements souvent médiocres

La loi de 1948

Pour comprendre les loyers de l'époque, il faut connaître la loi du 1er septembre 1948. Face à la pénurie de logements et pour protéger les locataires, elle encadre strictement les loyers des logements anciens (construits avant 1948) et donne aux locataires un droit au maintien dans les lieux. Les loyers de ces logements sont restés très bas pendant des décennies, ce qui protégeait les locataires modestes, mais décourageait les propriétaires d'entretenir leurs immeubles. Beaucoup d'appartements « loi de 48 » étaient vétustes, sans confort, mal chauffés.

Un taux d'effort très faible

Le taux d'effort est la part de ses revenus qu'un ménage consacre à son logement. Selon l'Insee, il était encore inférieur à 10 % en moyenne au cours des années 1960. En 2002, il atteignait 16,4 % pour les locataires et 17,6 % pour les accédants à la propriété, après déduction des aides au logement. Les études du ministère du Logement montrent que le poids du loyer dans le revenu des locataires a plus que doublé depuis les années 1970, notamment parce que les revenus des locataires ont progressé moins vite que ceux de l'ensemble des ménages.

Autrement dit : le logement coûtait beaucoup moins cher qu'aujourd'hui, mais on était beaucoup plus mal logé. Le confort a été acheté au prix d'une part croissante du budget.

Et les loyers en francs ?

Il n'existe pas de série simple de « loyers moyens » en francs pour les années 1950 à 1980 qui soit comparable d'une date à l'autre (les loyers variaient énormément selon qu'il s'agissait d'un logement ancien soumis à la loi de 1948, d'un HLM ou d'un logement récent du secteur libre). Les quittances de loyer conservées dans les familles en sont le meilleur témoignage.

5. L'alimentation : ce qu'on mettait dans son assiette

Une part du budget qui fond

En 1960, les ménages français consacraient 35 % de leur budget à l'alimentation. En 2014, cette part était tombée à 20 %, selon l'Insee. Ce recul ne veut pas dire que l'on mange moins, mais que les revenus ont augmenté bien plus vite que les prix alimentaires, et que les autres dépenses (logement, transport, loisirs, communication) ont pris plus de place.

La part des repas pris à l'extérieur (restaurants, cantines, cafés) dans le budget alimentaire est passée de 14 % en 1960 à 26 % en 2014.

Le pain, le vin et la soupe

Dans les années 1950, le pain reste l'aliment de base, surtout dans les milieux populaires et ruraux. On en mange à tous les repas, on trempe la soupe, on fait le « chabrot » dans certaines régions. Le vin ordinaire (le « gros rouge ») est présent sur toutes les tables, y compris parfois coupé d'eau pour les enfants ; la lutte contre l'alcoolisme ne commence vraiment qu'avec Pierre Mendès France, qui fait distribuer du lait dans les écoles en 1954.

Les repas suivent des rythmes réguliers : la soupe du soir, le pot-au-feu du dimanche, le poisson du vendredi (tradition catholique), le poulet des grandes occasions (le poulet était un plat de fête, plus cher que la viande de bœuf ordinaire). On cuisine beaucoup les restes, les abats, les légumes du jardin ; on fait ses conserves (bocaux de haricots verts, de tomates, de confitures) à la fin de l'été.

Les nouveautés des années 1960-1980

La société de consommation transforme l'assiette :

La consommation de pain, de pommes de terre et de vin ordinaire recule fortement ; celle de viande, de produits laitiers, de fruits et de produits transformés augmente. La part du bœuf dans les dépenses de viande culmine en 1967, selon l'Insee.

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Page mise à jour le 03/10/2026