Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Enfance, préadolescence et adolescence dans les années 50, 60, 70 et 80 – Suite 02

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9. Colonies de vacances, centres aérés et vacances chez les grands-parents

(L'histoire des colonies est racontée dans l'article « Les vacances ». Cette partie la reprend du point de vue de l'enfant, avec des éléments nouveaux sur les centres aérés.)

Les colonies : un phénomène de masse

Les colonies de vacances connaissent leur âge d'or dans les années 1950 et 1960. Selon les repères historiques publiés par le ministère des Sports, elles accueillaient environ 900 000 enfants en 1949, plus d'un million au début des années 1950, et 1,35 million d'enfants et d'adolescents en 1964.

Elles sont organisées par une multitude d'acteurs : les municipalités (surtout les municipalités ouvrières de la banlieue parisienne), les comités d'entreprise (SNCF, EDF, Renault, les PTT…), les mouvements laïques (Ligue de l'enseignement, Francas, Pupilles de l'école publique), les œuvres catholiques et protestantes, les caisses d'allocations familiales, les mouvements de jeunesse.

La vie en colo, vue par l'enfant

Pour l'enfant, la colonie commence par le départ : la valise préparée avec la liste du trousseau, les vêtements marqués au nom de l'enfant (les étiquettes cousues par la maman), le rendez-vous à la gare, l'étiquette autour du cou, les adieux sur le quai, le long voyage en train chantant.

Puis viennent trois ou quatre semaines de vie collective, avec ses rituels :

En 1966, Pierre Perret chante (Les Jolies Colonies de vacances) (« Merci maman, merci papa… »), qui caricature avec humour les colonies et devient un immense succès.

Les centres aérés

Pour les enfants qui ne partent pas, les centres aérés se développent à partir des années 1950. Une circulaire du ministre Jean Berthoin du 2 avril 1955 les définit comme des structures d'accueil sans hébergement pendant les vacances : les enfants y passent la journée, au grand air, dans un parc, un bois, une propriété, et rentrent dormir chez eux le soir. En 1958, une enquête nationale recense 370 centres accueillant 80 374 enfants en demi-pension (dont 64 centres et près de 15 000 enfants à Paris).

Dans les années 1960 et 1970, les centres aérés, puis les centres de loisirs sans hébergement (CLSH), reconnus par la réglementation en 1970, deviennent la solution de garde et de loisirs pour des millions d'enfants des villes, en particulier ceux des grands ensembles. Ils sont souvent organisés par les communes, les MJC, les centres sociaux, les Francas, les associations laïques. En 1973, le BAFA (brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur) remplace les anciens diplômes de moniteur créés en 1949 : des centaines de milliers de jeunes le passeront, souvent pour leur premier « job » d'été.

Les vacances chez les grands-parents

Pour beaucoup d'enfants des villes, les grandes vacances, ce sont d'abord de longues semaines chez les grands-parents, à la campagne ou à la mer : la liberté, la ferme, les animaux, les cousins, les fêtes de village, les promenades, les fruits cueillis sur l'arbre. Pour les enfants de familles issues de l'exode rural, c'est le retour au « pays ». Ce sont souvent les souvenirs les plus lumineux de l'enfance.

Mon souvenir — Suis-je parti en colonie ? Où, avec quel organisme ? Qu'en ai-je gardé ? Ai-je fréquenté un centre aéré ? Où passais-je mes grandes vacances ?

10. Les débuts du mouvement associatif jeune

Cette partie intéresse particulièrement l'histoire de l'Éducation Populaire. Pour beaucoup d'enfants et d'adolescents des années 1950 à 1980, la première expérience de la vie associative a été vécue au patronage, chez les scouts, dans un club, une MJC ou un centre social. Ces lieux ont formé des générations de futurs animateurs, militants et responsables associatifs.

Les patronages

Le patronage (le « patro ») est, dans les années 1950, le grand lieu de loisirs des enfants le jeudi et le dimanche. Il en existe deux grandes familles :

La rivalité entre les deux (la « guerre des deux écoles ») est vive dans certaines régions. Les patronages évoluent dans les années 1960 et 1970 vers des formes plus modernes : centres de loisirs, centres aérés, clubs.

Le scoutisme

Le scoutisme attire des centaines de milliers d'enfants et d'adolescents. En France, il existe plusieurs mouvements : les Scouts de France et les Guides de France (catholiques), les Éclaireurs de France (laïques, mixtes à partir des années 1960), les Éclaireurs unionistes (protestants), les Éclaireurs israélites, et d'autres.

Les enfants y découvrent :

Le scoutisme connaît de profondes transformations dans les années 1960 et 1970 : réformes pédagogiques (création de la branche « pionniers » chez les Scouts de France en 1964), débats sur l'uniforme et la mixité, scissions (création de mouvements plus traditionnels au début des années 1970).

Les mouvements d'Action catholique et les mouvements d'enfants

Les MJC et les clubs de jeunes

Les Maisons des jeunes et de la culture (voir l'article « Les MJC ») se multiplient dans les années 1960, en ville comme dans les bourgs. Pour les adolescents, la MJC est un lieu de liberté : on y fait du théâtre, de la photo, de la musique (les premiers groupes de rock), du cinéma (ciné-club), de la poterie, du sport, on y organise des bals et des concerts, on y discute. L'opération « Mille clubs de jeunes », lancée en 1966, dote de nombreuses communes de petits bâtiments préfabriqués destinés aux jeunes, souvent construits par les jeunes eux-mêmes.

Les centres sociaux et les clubs de quartier

Dans les quartiers populaires et les grands ensembles, les centres sociaux accueillent les enfants le jeudi (puis le mercredi) et pendant les vacances, avec des activités, des sorties, des séjours, l'aide aux devoirs, les clubs d'adolescents. Les clubs de quartier, les clubs de prévention (avec leurs éducateurs de rue), les clubs sportifs (football, basket, judo, gymnastique) complètent ce tissu.

Les foyers ruraux

À la campagne, les foyers ruraux (fédérés au niveau national depuis 1946) jouent un rôle équivalent : cinéma itinérant, bibliothèque, théâtre, sport, fêtes, voyages, bals. Pour beaucoup de jeunes ruraux, c'est la seule structure de loisirs.

Une école de la responsabilité

Tous ces lieux ont en commun de confier très tôt des responsabilités aux enfants et aux adolescents : chef de patrouille à 14 ans, animateur de club à 16 ans, moniteur de colonie à 17 ou 18 ans, trésorier d'un club, organisateur d'une fête. Beaucoup de responsables associatifs, d'élus, de militants et de professionnels de l'animation des décennies suivantes y ont fait leurs premières armes.

Mon souvenir — Ai-je fréquenté un patronage, un mouvement scout, un club, une MJC, un centre social, un foyer rural ? Quelles activités y faisais-je ? Quelles personnes (animateurs, prêtres, instituteurs, bénévoles) m'ont marqué ? Est-ce là qu'est né mon engagement ?

11. La préadolescence : entre deux âges

De l'école au collège

Vers 10 ou 11 ans, l'enfant entre en sixième. Pour les enfants des années 1950, c'est un tournant majeur, réservé à une minorité : le lycée (souvent en internat, loin de chez soi) pour les « bons élèves » et les enfants des milieux aisés, le cours complémentaire pour d'autres, l'apprentissage ou le travail pour beaucoup. Pour les enfants des années 1960 et 1970, avec les CES (1963) et le collège unique (1975), l'entrée en sixième devient la règle pour tous.

Le collège, c'est la découverte de plusieurs professeurs, des langues vivantes, du latin pour certains, de l'emploi du temps, du carnet de correspondance, des surveillants (les « pions »), des interclasses, de la permanence. C'est aussi l'apprentissage de l'autonomie : on prend le car ou le vélo, on gère ses affaires, on s'organise.

Les rites de passage

Plusieurs rites marquent le passage de l'enfance à l'adolescence :

L'argent de poche

L'argent de poche reste modeste dans les années 1950 ; il augmente dans les années 1960 et 1970, et les adolescents deviennent un marché. On achète des bonbons (les rouleaux de réglisse, les Carambar, les Malabar avec leur tatouage, les bonbons à un centime), des journaux, des disques, des places de cinéma, des cigarettes pour certains.

Mon souvenir — Comment s'est passée mon entrée en sixième ? Ma communion ? Mon premier argent de poche, mon premier achat ?

12. L'adolescence : musique, idoles et culture « copains »

Salut les copains

Au tournant des années 1960, les adolescents découvrent qu'ils forment un monde à part. L'émission (Salut les copains), lancée sur Europe 1 en 1959 par Daniel Filipacchi et Frank Ténot, diffuse chaque jour les chansons des nouvelles idoles (Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Françoise Hardy, Sheila, Claude François, Richard Anthony, Eddy Mitchell et les Chaussettes noires, Dick Rivers et les Chats sauvages). Le magazine du même nom, créé en 1962, s'arrache chaque mois, avec ses posters que l'on punaise au mur de sa chambre. Le 22 juin 1963, le concert gratuit de la place de la Nation, à Paris, rassemble environ 150 000 jeunes (voir les articles « Les Blousons Noirs » et « Yé-yé, hippies, Woodstock et les grands concerts »).

D'autres magazines suivent : (Mademoiselle Âge tendre) (à partir de 1964), (Podium) (dans les années 1970), puis (Salut !), (OK !) et (Star Club) dans les années 1980.

Le transistor et l'électrophone

Deux objets changent la vie des adolescents :

Dans les années 1970, viennent le radiocassette, les cassettes que l'on enregistre à la radio (en essayant de couper l'animateur), puis, au début des années 1980, le baladeur (le Walkman).

Les musiques de chaque époque

Le look

Chaque génération d'adolescents a son look, qui scandalise souvent les parents (voir l'article « La mode ») : le blouson de cuir et la banane des années 1950-1960, la minijupe et les cheveux longs des années 1960, les pattes d'éléphant, les sabots suédois et les cheveux au vent des années 1970, les tenues punk, new wave, « BCBG » ou « baba cool » des années 1980.

Mon souvenir — Quelle était mon idole ? Mon premier disque ? Avais-je un transistor, un électrophone ? Quels posters décoraient ma chambre ?

13. Les sorties en mobylette

La liberté sur deux roues

Pour des millions d'adolescents, surtout à la campagne et dans les petites villes, la mobylette est synonyme de liberté. Dès 14 ans, on peut conduire un cyclomoteur (moins de 50 cm³) sans permis. La mobylette permet d'aller au collège ou au lycée, à l'apprentissage, au travail, mais surtout de retrouver les copains, d'aller au bal du samedi soir, à la fête du village voisin, à la piscine, au lac, de sortir du regard des parents.

Les modèles mythiques

Débridage, pannes et bricolage

Les adolescents passent des heures à bricoler leur mobylette : changer le pot d'échappement (pour qu'elle fasse plus de bruit), débrider le moteur (pour qu'elle aille plus vite que les 45 km/h réglementaires), changer le gicleur, décorer le réservoir, régler l'allumage. On pousse, on pédale, on tombe en panne, on se dépanne. Les garages et les stations-service de village voient défiler des bandes d'adolescents à la recherche d'un mélange deux-temps ou d'une bougie.

La sécurité

La mobylette a aussi son revers : les accidents, nombreux et souvent graves. Le port du casque devient progressivement obligatoire pour les cyclomotoristes à partir du milieu des années 1970, d'abord hors agglomération, puis partout. Beaucoup de familles gardent le souvenir d'un accident, parfois d'un drame.

Mon souvenir — À quel âge ai-je eu ma première mobylette ? Quel modèle ? Où allais-je avec ? L'ai-je « trafiquée » ? Des souvenirs de pannes, de chutes, de virées entre copains ?

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Page mise à jour le 04/10/2026