Enfance, préadolescence et adolescence dans les années 50, 60, 70 et 80 – Suite 01
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5. La cantine
Du panier à la cantine
Dans les années 1950, à la campagne, beaucoup d'enfants qui habitent loin de l'école apportent leur repas dans un panier ou une gamelle, que l'on fait réchauffer sur le poêle de la classe. En ville et dans les bourgs, les cantines scolaires se développent, souvent gérées par la commune ou par une caisse des écoles, dans un préau aménagé ou une salle dédiée.
Le verre de lait de Mendès France
En 1954, le président du Conseil Pierre Mendès France, inquiet de la malnutrition et de la consommation précoce d'alcool chez les enfants (il n'était pas rare de donner du vin coupé d'eau aux enfants), fait distribuer chaque jour un verre de lait sucré aux écoliers. Le slogan de l'époque résume l'intention : les enfants doivent être « studieux, solides, forts et vigoureux ». Beaucoup d'enfants de cette génération se souviennent de ce lait, parfois tiède, qu'il fallait boire à la récréation.
À table
Les repas de cantine des années 1950-1970 sont simples et copieux : potage, carottes râpées ou betteraves, viande en sauce, purée, lentilles, haricots, poisson pané le vendredi, yaourt, fromage ou fruit, flan, compote, riz au lait. La règle est de finir son assiette (« il y a des petits Chinois qui meurent de faim »). Les dames de service (souvent des mères de famille du quartier) servent à table. On mange par tables de huit, on se passe le pain, on échange ce qu'on n'aime pas. La cantine est aussi un lieu de sociabilité, de négociations et de souvenirs, bons ou mauvais.
Pour les collégiens et lycéens, la demi-pension et l'internat se développent, avec leurs réfectoires, leurs dortoirs et leurs règles strictes.
Mon souvenir — Mangeais-je à la cantine ou à la maison ? Quels plats m'ont marqué (en bien ou en mal) ? Le verre de lait, je m'en souviens ?
6. Les jeux de cour de récréation
La cour, un monde à part
La cour de récréation est un monde avec ses règles, ses saisons, ses modes, ses échanges, ses hiérarchies. Les jeux s'y transmettent d'une génération d'enfants à l'autre, sans intervention des adultes. Jusqu'aux années 1960, la cour des garçons et celle des filles sont souvent séparées, et les jeux sont très différents.
Les billes
Les billes sont le grand jeu des garçons (et de nombreuses filles), avec des saisons de billes, un vocabulaire et des règles qui varient d'une région, voire d'une école à l'autre. On y joue accroupi dans la terre ou sur le gravier. On distingue :
- les billes en terre (les plus simples, peu chères) ;
- les billes en verre, avec leurs spirales colorées à l'intérieur ;
- les agates, très recherchées ;
- les calots, grosses billes de valeur ;
- les boulets ou « mammouths », les plus grosses ;
- les billes en acier (roulements récupérés), redoutées.
Les jeux les plus courants sont le pot (faire entrer les billes dans un petit trou creusé dans la terre), le triangle ou le carré (sortir les billes d'une figure tracée au sol), la tic (toucher la bille de l'adversaire), le château (viser une pyramide de billes). On joue « pour de vrai » (on garde les billes gagnées) ou « pour de faux ». Les sacs de billes en tissu, cousus par les mamans, sont de véritables trésors, et les disputes sont fréquentes.
Les osselets
Les osselets, à l'origine des petits os de mouton, puis en métal ou en plastique de couleur, se jouent assis par terre : on lance un osselet en l'air et on ramasse les autres avant de le rattraper, selon des figures de plus en plus difficiles.
La marelle, la corde et l'élastique
Les jeux « de filles » (même si les garçons y jouaient aussi) demandent de l'adresse et accompagnent souvent des comptines :
- la marelle, tracée à la craie, du « ciel » à la « terre », où l'on pousse un palet à cloche-pied ;
- la corde à sauter, seule ou à plusieurs (deux tourneuses et une sauteuse), avec ses comptines (« Un, deux, trois, nous irons au bois… ») ;
- l'élastique, très à la mode dans les années 1970 : deux filles tendent un long élastique autour de leurs chevilles, puis de leurs genoux, de leurs hanches, pendant que la troisième saute en faisant des figures ;
- les jeux de mains et de balle contre un mur, avec des chansons à répétition.
Les jeux de course et de groupe
- le chat (ou « chat perché », où l'on est à l'abri si l'on est en hauteur) ;
- un, deux, trois, soleil ;
- les gendarmes et les voleurs ;
- la balle au prisonnier ;
- l'épervier (traverser la cour sans se faire attraper) ;
- saute-mouton ;
- le béret, la queue du diable, cache-cache ;
- le jeu du loup, colin-maillard ;
- les bagarres et les « guerres » entre bandes de la cour.
Les comptines pour choisir
Pour désigner celui qui « y est », on récite des comptines : « Am stram gram, pic et pic et colégram… », « Une poule sur un mur, qui picore du pain dur… », « Plouf, plouf, ce sera toi… ». Elles se transmettent de bouche à oreille avec d'innombrables variantes régionales.
Les modes et les collections
Chaque période a ses modes, qui envahissent la cour pendant quelques semaines ou quelques mois :
- les toupies et les yo-yo (grande mode du yo-yo au début des années 1960, relancée par les marques de boissons) ;
- les capsules de bouteilles, décorées de coureurs du Tour de France, qu'on fait avancer d'une pichenette sur un circuit tracé à la craie ;
- les images et les vignettes à collectionner et à échanger (images de chocolat, de chewing-gum, puis les albums Panini de footballeurs à partir des années 1970) : « Je l'ai, je l'ai, je l'ai pas… » ;
- les pin's, plus tard, à la fin des années 1980.
Mon souvenir — Quels étaient mes jeux préférés dans la cour ? Comment appelait-on les différentes billes chez nous ? Quelles comptines me reviennent en mémoire ?
7. Jeux et loisirs de groupes d'enfants : la vie de bande
Le jeudi, jour des enfants
Jusqu'en 1972, les enfants n'ont pas classe le jeudi. C'est le jour du catéchisme le matin (pour beaucoup), du patronage, du cinéma, des devoirs, et surtout des jeux avec les copains. À partir de la rentrée 1972, le jour libre devient le mercredi.
Les bandes
Les enfants de cette époque vivent souvent en bandes : les enfants d'un même quartier, d'un même hameau, d'une même rue, d'une même cité se retrouvent tous les jours après l'école et pendant les vacances. Les grands mènent, les petits suivent. Les bandes ont leurs chefs, leurs territoires, leurs rivalités, leurs alliances, leurs guerres (à coups de pommes de pin, de mottes de terre, de lance-pierres), leurs réconciliations.
Le roman de Louis Pergaud, (La Guerre des boutons) (1912), porté à l'écran par Yves Robert en 1962, est devenu le symbole de ces guerres d'enfants entre villages voisins : le film a été vu par des millions de Français et beaucoup d'enfants s'y sont reconnus.
Les cabanes
Construire une cabane est l'une des grandes aventures de l'enfance : dans un arbre, au fond d'un bois, dans une haie, sur un terrain vague, dans un grenier ou une grange. On récupère des planches, des branches, des tôles, de vieilles couvertures ; on y apporte des provisions, des bougies, des trésors. La cabane est un territoire secret, interdit aux adultes (et parfois aux filles, ou aux garçons), avec ses mots de passe et ses rituels. On y fume parfois sa première cigarette (ou sa première liane).
Les jeux dehors
La liste des jeux et des activités de plein air est interminable :
- les cow-boys et les Indiens, avec des arcs, des flèches, des pistolets à amorces et des chapeaux de cow-boy, sous l'influence des westerns du cinéma et de la télévision ;
- les jeux de guerre, avec des épées de bois, des mitraillettes en bois ou en plastique, sous l'influence des souvenirs des parents et des films ;
- Zorro, Thierry la Fronde et Ivanhoé, dont on imite les exploits ;
- le lance-pierres (la fronde), fabriqué avec une branche fourchue et un morceau de chambre à air ;
- la pêche à la ligne, aux écrevisses, aux têtards ;
- la baignade en rivière, au lac, dans les « trous » d'eau, souvent sans surveillance ;
- la chasse aux hannetons, aux papillons, aux lézards, aux escargots ;
- la cueillette des mûres, des noisettes, des champignons, des fraises des bois ;
- les caisses à savon (voitures sans moteur fabriquées avec des planches et des roulements à billes), dévalant les rues en pente ;
- les patins à roulettes (à lanières, fixés sur les chaussures), la trottinette ;
- le vélo, qu'on reçoit souvent pour la communion, et avec lequel on part explorer les environs ;
- le cerf-volant ;
- l'hiver, la luge, les batailles de boules de neige, les bonshommes de neige, les glissades sur les flaques gelées, et en montagne le ski, souvent pratiqué dès le plus jeune âge avec du matériel de fortune ;
- le football dans la rue, sur la place ou au pré, avec deux pulls pour faire les buts.
Les « bêtises »
Les enfants de l'époque avaient aussi leurs bêtises, racontées avec délectation des années plus tard : sonner aux portes et s'enfuir, voler des fruits dans les vergers, faire exploser des pétards (les « amorces » et les « pétards à mèche », vendus librement), grimper sur les toits, jouer avec des allumettes, faire des « blagues » au téléphone quand il existait. Les punitions tombaient, mais on recommençait.
Les enfants au travail
Il ne faut pas oublier que beaucoup d'enfants, surtout à la campagne et dans les familles de commerçants et d'artisans, travaillaient : garder les vaches, ramasser les pommes de terre, aider aux foins et aux moissons, faire les courses, garder les petits frères et sœurs, aider au magasin. Les vacances scolaires d'été, longues, étaient encore calquées sur les travaux agricoles.
Mon souvenir — Avais-je une bande de copains ? Où construisions-nous nos cabanes ? Quelles étaient nos grandes aventures, nos grandes bêtises ? Travaillais-je à la ferme ou à la maison ?
8. Jouets, lectures et télévision
Les jouets
Les jouets des années 1950 sont souvent peu nombreux et précieux : on les reçoit à Noël ou à l'anniversaire, on les garde longtemps. Beaucoup sont fabriqués à la maison (poupées de chiffon, voitures en bois, arcs). Avec la prospérité des années 1960 et 1970, les jouets industriels se multiplient, présentés dans les catalogues de Noël des grands magasins et de la vente par correspondance, que les enfants épluchent pendant des semaines.
Parmi les jouets qui ont marqué ces décennies :
- pour les garçons (les jouets étaient alors très « genrés ») : les petites voitures (Dinky Toys, Solido, Norev, puis Majorette à partir des années 1960), les trains électriques (Hornby, Jouef), le Meccano, les soldats de plomb puis en plastique, les panoplies (cow-boy, Zorro, pompier, Thierry la Fronde), les pistolets à amorces, les circuits de voitures, les boîtes de chimiste ;
- pour les filles : les poupées (Bella, Petitcollin, puis les poupées mannequins comme Barbie, créée aux États-Unis en 1959, et d'autres), les dînettes, les poupons, les cuisinières miniatures, les machines à coudre pour enfants, les landaus de poupée ;
- pour tous : les Lego, le Spirograph, les pâtes à modeler, les moulages en plâtre (Mako), les puzzles, les jeux de construction ;
- les jeux de société : le Mille Bornes (créé en 1954), le Monopoly, les petits chevaux, le jeu de l'oie, les dames, le nain jaune, la bataille, le Cluedo ;
- dans les années 1970 : les Playmobil (lancés en 1974), les poupées Kiki et les poupées de la télévision ;
- à la fin des années 1970 et dans les années 1980 : les jeux électroniques de poche (Game & Watch, à partir de 1980), les premières consoles et le Rubik's Cube (grande mode au début des années 1980).
Les bandes dessinées et les journaux pour enfants
La lecture tient une place immense dans les loisirs des enfants de l'époque, qui n'ont pas encore les écrans :
- les journaux de bandes dessinées : (Le Journal de Tintin), (Spirou), (Le Journal de Mickey), (Vaillant) (qui deviendra (Pif Gadget) en 1969, avec son gadget chaque semaine), et à partir de 1959 (Pilote), où naît la même année Astérix ;
- les albums : (Tintin), (Spirou), (Lucky Luke), (Astérix), (Blake et Mortimer), (Les Schtroumpfs), (Gaston Lagaffe), (Boule et Bill) ;
- les petits formats populaires vendus en kiosque ((Blek le Roc), (Zembla), (Akim), (Kiwi)), qui passent de main en main ;
- les journaux catholiques pour enfants ((Cœurs Vaillants), (Âmes Vaillantes), (Fripounet et Marisette)) ;
- les romans de la Bibliothèque rose (la comtesse de Ségur, (Oui-Oui)) et de la Bibliothèque verte ((Le Club des Cinq), (Le Clan des Sept), (Les Six Compagnons), (Fantômette) à partir de 1961), la collection Signe de piste, les romans de Jules Verne, d'Alexandre Dumas, de Jack London.
La télévision des enfants
La télévision entre dans les foyers au cours des années 1950 et 1960 (voir l'article « Histoire de la télévision »). Au début, on la regarde chez le voisin ou au café. Les émissions pour enfants deviennent vite des rendez-vous incontournables :
- (Bonne nuit les petits) (à partir de 1962), avec Nounours, Nicolas, Pimprenelle et le Marchand de sable, qui marque l'heure d'aller au lit ;
- (Thierry la Fronde) (1963-1966), feuilleton de chevalerie qui fait fureur dans les cours de récréation ;
- (Kiri le clown), (Le Manège enchanté) (avec Pollux et Zébulon), (Les Shadoks) (1968), (Zorro), (Rintintin), (Belle et Sébastien) (1965), (Les Aventures de Tintin) en dessin animé ;
- (L'Île aux enfants) (à partir de 1974), avec Casimir ;
- (Récré A2) (à partir de 1978), avec Goldorak et les premiers dessins animés japonais, qui passionnent les enfants et inquiètent certains parents ;
- le (Club Dorothée) (à partir de 1987).
Le cinéma du jeudi (puis du mercredi), au patronage ou dans la salle du quartier, avec ses westerns, ses films de cape et d'épée, ses dessins animés de Walt Disney, est un autre grand souvenir.
Mon souvenir — Quel jouet ai-je le plus désiré ? Quel journal de BD lisais-je ? Quelles émissions de télévision attendais-je ? Où regardais-je la télévision ?
Page mise à jour le 04/10/2026
