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Yé-yé, hippies, Woodstock, Monterey et les grands concerts en France

De « Salut les copains » à Woodstock, des Beatles à l'Olympia à Bob Marley au Bourget : quarante ans de musique et de rassemblements

26/09/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

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Introduction : quand la musique devient l'affaire de la jeunesse

Une révolution musicale et sociale

Au début des années 1960, pour la première fois dans l'histoire, la jeunesse a sa propre musique, ses propres idoles, ses propres radios, ses propres journaux. Le rock'n'roll venu d'Amérique se francise avec les yé-yé ; quelques années plus tard, la vague hippie fait de la musique un mode de vie et un message de paix. Les festivals de Monterey (1967) et de Woodstock (1969) deviennent les symboles de cette génération. En France, les grands concerts et les festivals, d'abord regardés avec méfiance par les autorités, finissent par faire partie du paysage.

Ce que propose cet article

Cet article présente :

Il se termine par des tableaux, une chronologie et un espace pour les témoignages.

1. Les yé-yé : la jeunesse française chante (1959-1966)

« Salut les copains »

Tout commence à la radio. Le 19 octobre 1959, sur Europe n°1, Daniel Filipacchi et Frank Ténot lancent l'émission Salut les copains : chaque fin d'après-midi, à l'heure où les lycéens rentrent de classe, elle diffuse les nouveaux disques de rock, de twist et de variétés. Le succès est immédiat. En juillet 1962 naît le magazine du même nom, qui atteint rapidement un tirage énorme (on parle d'environ un million d'exemplaires au milieu des années 1960). Posters, photos, courrier des lecteurs, vie privée des idoles : (Salut les copains) invente la presse pour adolescents.

Pourquoi « yé-yé » ?

Le mot vient des « yeah, yeah » que les chanteurs français reprennent des chansons anglo-saxonnes. Le sociologue Edgar Morin popularise l'expression dans un article du (Monde) en 1963. Beaucoup de succès yé-yé sont d'ailleurs des adaptations en français de tubes américains et britanniques.

Les idoles

La nuit de la Nation (22 juin 1963)

Pour fêter le premier anniversaire du magazine, Europe n°1 organise un concert gratuit place de la Nation à Paris, le 22 juin 1963, avec Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Richard Anthony, les Chats Sauvages et d'autres. On attendait quelques dizaines de milliers de jeunes : il en vient 150 000 à 200 000 selon les estimations de l'époque. Quelques débordements et dégradations suffisent à déclencher une polémique nationale (« Salut les voyous », titre (Paris-Presse)). Ce soir-là, la France découvre que sa jeunesse est devenue une force collective.

La « photo du siècle » (1966)

Le 12 avril 1966, le photographe Jean-Marie Périer réunit 46 vedettes de la chanson française dans un studio pour une photo de groupe publiée par (Salut les copains) : la « photo du siècle ». On y voit notamment Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Françoise Hardy, Eddy Mitchell, Claude François, Sheila, France Gall, Jacques Dutronc, Michel Polnareff, Christophe, Dick Rivers... Elle marque l'apogée et presque la fin de la vague yé-yé, bientôt dépassée par les Beatles, le folk et la contestation.

2. Les hippies : « Peace and love » (1965-1975)

Naissance à San Francisco

Le mouvement hippie naît au milieu des années 1960 en Californie, notamment dans le quartier de Haight-Ashbury à San Francisco. Héritiers de la (Beat Generation) (Jack Kerouac, Allen Ginsberg), les hippies rejettent la société de consommation, la guerre du Vietnam, le conformisme et le matérialisme. Ils prônent la paix, l'amour libre, la vie en communauté, le retour à la nature, la spiritualité orientale et, souvent, l'usage de drogues comme le LSD.

Le « Summer of Love » (1967)

L'été 1967 devient le « Summer of Love » : des dizaines de milliers de jeunes convergent vers San Francisco. La chanson (San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair)), écrite par John Phillips (des Mamas & Papas) et chantée par Scott McKenzie pour promouvoir le festival de Monterey, en devient l'hymne. Le flower power (« le pouvoir des fleurs ») s'affiche partout.

Le style hippie

Cheveux longs, barbes, robes longues et fleuries, chemises indiennes, pantalons à pattes d'éléphant, sandales, colliers de perles, bandeaux, symboles de la paix, couleurs psychédéliques, combi Volkswagen peints : le style hippie influence durablement la mode (voir l'article « La mode »).

Les hippies en France

En France, le mouvement arrive surtout après 1968. Des jeunes partent sur la « route de Katmandou » (Istanbul, Téhéran, Kaboul, Katmandou), d'autres s'installent en communautés dans les régions rurales dépeuplées (Ardèche, Cévennes, Ariège, Alpes-de-Haute-Provence, Larzac) pour élever des chèvres et vivre autrement : c'est le « retour à la terre ». Le magazine Actuel (relancé en 1970 par Jean-François Bizot) diffuse la contre-culture. Les autorités et une partie de la population regardent ces « hippies » avec méfiance.

3. Le festival de Monterey (16-18 juin 1967)

Le premier grand festival pop

Le Monterey International Pop Festival se tient du 16 au 18 juin 1967 sur le champ de foire du comté de Monterey, en Californie. C'est le premier grand festival de musique rock et pop de l'histoire, et le modèle de tous ceux qui suivront.

Les organisateurs

Il est organisé en seulement sept semaines par :

Un festival sans profit

Monterey est organisé sans but lucratif : les artistes jouent gratuitement (seul le joueur de sitar Ravi Shankar reçoit 3 000 dollars) et les bénéfices vont à des œuvres. Les billets coûtent de 3 à 6,50 dollars. L'arène principale peut accueillir environ 7 000 personnes (8 500 le samedi soir), mais les estimations du nombre total de visiteurs sur trois jours vont de 25 000 à 90 000.

Les grands moments

Les absents et le film

Les Beach Boys se désistent au dernier moment ; Donovan n'obtient pas de visa. Le cinéaste D. A. Pennebaker filme l'événement : son documentaire Monterey Pop sort à la fin de 1968. Pour l'éditeur du magazine (Rolling Stone), Jann Wenner, « Monterey a été le nœud : il est né de ce que les Beatles avaient commencé, et tout ce qui a suivi en est né ».

4. Le festival de Woodstock (15-18 août 1969)

« Trois jours de paix et de musique »

Le Woodstock Music and Art Fair, annoncé comme « An Aquarian Exposition : 3 Days of Peace & Music », se tient du vendredi 15 au lundi 18 août 1969 (il devait finir le 17) à Bethel, dans l'État de New York, à environ 95 km de la petite ville de Woodstock qui lui a donné son nom. C'est le plus célèbre festival de l'histoire.

Les organisateurs

Quatre jeunes hommes fondent en janvier 1969 la société Woodstock Ventures :

Leurs bureaux sont à Manhattan. Les deux financiers, rigoureux, et Michael Lang, plus décontracté, ne s'entendent pas toujours.

La recherche d'un terrain

Trouver un lieu se révèle difficile :

Max Yasgur et sa ferme

C'est alors qu'entre en scène Max Yasgur, 49 ans, producteur laitier de Bethel, dans le comté de Sullivan. Il accepte de louer une partie de sa ferme, dont un champ en forme de cuvette naturelle qui descend vers un étang : un amphithéâtre idéal. (Le montant de la location est généralement cité à 75 000 dollars.) Républicain conservateur, Yasgur défend pourtant le festival face à ses voisins hostiles, au nom de la liberté. Le dernier jour, il monte sur scène pour saluer la foule, qu'il félicite d'avoir montré que « un demi-million de jeunes peuvent passer trois jours ensemble dans la musique et la paix ». Des habitants de Bethel boycotteront ensuite ses produits laitiers.

Les partenaires et les services

Le public

Les organisateurs avaient annoncé aux autorités 50 000 spectateurs au maximum. Environ 186 000 billets sont vendus à l'avance (18 dollars en prévente, 24 dollars sur place pour les trois jours). Mais il vient entre 400 000 et 500 000 personnes ; plus de 100 000 autres restent bloquées sur des routes embouteillées sur des dizaines de kilomètres. Faute d'avoir eu le temps de terminer les clôtures et les guichets (la priorité ayant été donnée à la scène), les organisateurs annoncent que le festival devient gratuit.

Le public est surtout composé de jeunes Blancs des classes moyennes, étudiants ou lycéens, venus de toute la côte Est et au-delà. Ils affrontent la pluie, la boue, le manque de nourriture, d'eau et de toilettes. Pourtant, l'ambiance reste remarquablement pacifique : le médecin-chef et les habitants saluent le comportement des festivaliers.

Le bilan humain

On déplore trois morts (deux par overdose, et un jeune de 17 ans écrasé par un tracteur alors qu'il dormait dans un champ voisin) et de très nombreux malaises dus aux drogues (742 cas recensés). Les naissances souvent évoquées pendant le festival n'ont jamais pu être confirmées par les chercheurs.

Les artistes, jour par jour

32 artistes ou groupes se succèdent, souvent avec des heures de retard, jour et nuit :

JourArtistes (dans l'ordre de passage)
Vendredi 15 août (et nuit)Richie Havens (ouverture), Swami Satchidananda, Sweetwater, Bert Sommer, Tim Hardin, Ravi Shankar, Melanie, Arlo Guthrie, Joan Baez
Samedi 16 août (et nuit)Quill, Country Joe McDonald, Santana, John Sebastian, Keef Hartley Band, The Incredible String Band, Canned Heat, Mountain, Grateful Dead, Creedence Clearwater Revival, Janis Joplin, Sly and the Family Stone, The Who, Jefferson Airplane (au petit matin)
Dimanche 17 août (et nuit)Joe Cocker, Country Joe and the Fish, Ten Years After, The Band, Johnny Winter, Blood, Sweat & Tears, Crosby, Stills, Nash & Young, Paul Butterfield Blues Band, Sha Na Na
Lundi 18 août (matin)Jimi Hendrix (clôture, vers 9 heures)

Les moments légendaires

Les grands absents

Beaucoup d'artistes ont décliné l'invitation : les Beatles (en plein enregistrement d'(Abbey Road) et au bord de la séparation), Bob Dylan (qui habitait pourtant Woodstock et préfère le festival de l'île de Wight), les Rolling Stones, Led Zeppelin, The Doors, The Byrds, Simon & Garfunkel, Joni Mitchell (qui écrira pourtant la chanson (Woodstock) en regardant les images à la télévision), Jethro Tull, Frank Zappa...

Le budget et les finances

Le festival, conçu pour être rentable, est un désastre financier immédiat. Il aurait coûté plusieurs millions de dollars (le montant exact varie selon les sources), avec des recettes limitées à la prévente. Environ 80 procès sont intentés contre Woodstock Ventures, surtout par des agriculteurs voisins dont les champs ont été saccagés. Roberts et Rosenman frôlent la faillite. Ce sont les droits du film et des disques qui sauveront l'entreprise : ils permettront de régler les procès et de rembourser une dette de 1,4 million de dollars.

Le film et le mythe

Le documentaire Woodstock de Michael Wadleigh, monté notamment par Thelma Schoonmaker et avec le jeune Martin Scorsese dans l'équipe, sort en mars 1970 et remporte l'Oscar du meilleur documentaire. Avec le triple album de la bande originale, il fait de Woodstock un mythe mondial. Le site de Bethel est aujourd'hui classé et accueille un musée (Bethel Woods Center for the Arts, 2006-2008). Le personnage de l'oiseau Woodstock, dans la bande dessinée (Peanuts) de Charles Schulz, lui doit son nom.

L'après-Woodstock : Altamont

Quatre mois plus tard, le 6 décembre 1969, le concert gratuit des Rolling Stones à Altamont, en Californie, tourne au drame : un jeune spectateur, Meredith Hunter, est tué par des membres des Hells Angels chargés du service d'ordre. Pour beaucoup, Altamont marque la fin du rêve hippie.

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Page mise à jour le 03/10/2026