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Une enfance et une jeunesse dans les Hautes-Alpes – Suite 02

L'adolescence à Embrun : les copains, les boums du Club J2, la Boule d'Or, Mai 68 vécu à Paris, la farce radiophonique de 1978, et le retour aux sources

29/09/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

Vie sociale et adolescence

A cette époque, Embrun était une petite ville à taille humaine, nichée au cœur des Hautes-Alpes, où presque tout le monde se connaissait de vue ou de nom. L'air pur des montagnes, le parfum des pins et le soleil généreux donnaient à chaque journée une saveur particulière, comme un secret partagé entre habitants.

Les « boums » du samedi après-midi, organisées dans des garages transformés en pistes de danse improvisées, étaient le cœur battant de notre jeunesse. Les 45 tours crachaient du Johnny, du Claude François ou des Stones sur des tourne-disques capricieux, tandis que l'on dansait maladroitement, épaule contre épaule, dans une lumière tamisée par des guirlandes d'ampoules. Les rires fusaient, les premières amours timides se dessinaient dans un slow hésitant, et le monde extérieur semblait s'effacer derrière les rideaux de fortune.

Les parties de loto « chez Janine » se déroulaient au sous-sol du bar, les dimanches après-midi d'hiver, animées par Titin qui faisait tourner la boule et annonçait chaque numéro pour que chacun pose son pion sur le carton. Ces rendez-vous chaleureux réunissaient habitués et familles dans une ambiance simple et conviviale, faisant du bar un véritable petit lieu de vie sociale embrunais pendant la saison froide.

Le samedi soir, le Foyer Cinéma près de l'école primaire se métamorphosait en véritable salle des fêtes : le patron et son équipe démontaient les fauteuils en bois pour installer la piste de danse. Les bals populaires avec orchestre y créaient une ambiance exceptionnelle, où jeunes et moins jeunes se retrouvaient pour danser et faire vivre la vie sociale embrunaise.

À la sortie du collège-lycée, direction la Brasserie « La Boule d'Or » chez Coco, temple sacré des parties endiablées de flipper et de baby-foot. Une menthe à l'eau fraîche, servie dans un grand verre embué, trônait sur le comptoir en zinc pendant qu'on se disputait la machine, chacun son tour, avec des cris de victoire ou des jurons bon enfant quand la bille nous échappait. Coco, derrière son bar, surveillait d'un œil amusé ces tournois acharnés, lançant parfois une pièce de 5 francs aux plus chanceux. Sans oublier bien sûr le jukebox, symbole de la culture populaire des années rock'n'roll.

À cette époque, le Stade d'Embrun accueillait une patinoire naturelle, inondée puis gelée pendant tout l'hiver, qui devenait un lieu central des loisirs hivernaux pour les jeunes. En fin de journée, vers 18 h, il arrivait que des élèves du bahut, accompagnés d'un pion du lycée, viennent arroser la surface pendant plusieurs soirs de suite, pour faire prendre la glace couche après couche et préparer ainsi la patinoire pour tous les copains-copines du bassin embrunais.

Ces bandes de copains-copines, inséparables l'été comme l'hiver, se retrouvaient pour partager ces instants simples mais précieux : un footing improvisé vers le lac de Serre-Ponçon, une partie de pétanque sur la place au coucher du soleil, ou simplement flâner sur les quais en refaisant le monde. Cette période a été particulièrement importante pour moi. Elle a construit une partie essentielle de mon socle de vie : l'amitié sincère, le goût de l'effort partagé, la joie des moments spontanés. Embrun m'a appris qu'on n'a pas besoin de grand-chose pour être heureux, juste des gens qu'on aime et du temps qui semble ne jamais finir. Ces souvenirs sont comme des photos jaunies que l'on ressort avec tendresse, toujours aussi vibrants dans le cœur.

Les pièces de 5 francs de Coco

La pièce de 5 francs « Semeuse » que Coco lançait parfois aux plus chanceux était, jusqu'en 1969, une pièce en argent (12 grammes, dont 10 grammes d'argent pur) : une belle pièce pour un gamin ! J'ai appris depuis qu'à cause de la hausse du prix de l'argent, elle a été frappée en nickel à partir de 1970.

Les boums des années 1970

Quand les adolescents inventaient leurs fêtes

Dans la France des années 1970, il existait un mot qui faisait battre le cœur de tous les adolescents : la boum. Selon les villes, les familles et les époques, on disait aussi « surboum », « surpatte » ou, pour la génération précédente, « surprise-partie ». Mais derrière ces mots se cachait toujours la même chose : une fête organisée par des jeunes, pour des jeunes, dans le salon d'un appartement ou d'une maison. C'était bien plus qu'une simple soirée. Pour toute une génération, la boum fut un premier territoire de liberté, le lieu où l'on apprenait à grandir, un peu à l'écart du regard des adultes.

La fête à la maison

Tout commençait par une négociation délicate avec les parents. Il fallait obtenir le salon pour un après-midi ou une soirée, promettre de tout ranger, de ne rien casser, de ne pas faire trop de bruit. Les plus chanceux profitaient d'un week-end où les parents s'absentaient ; les autres composaient avec la présence des adultes, retirés dans une autre pièce mais jamais très loin, l'oreille attentive.

Préparer une boum, c'était d'abord transformer un lieu du quotidien. On poussait la table et les fauteuils contre les murs, on roulait le tapis, on dégageait un espace pour danser. Sur une table, on disposait le buffet : des chips, des cacahuètes, des biscuits apéritif, parfois un gâteau préparé par une mère complice. Pour boire, du Coca-Cola, des jus de fruits, de la limonade — et, glissée discrètement, peut-être une bouteille qui circulait entre initiés.

Les invitations se faisaient de bouche à oreille, au collège ou au lycée, dans la cour ou sur le chemin du retour. Inviter, c'était déjà un acte social chargé d'enjeux : qui convier, qui oublier, comment équilibrer le nombre de garçons et de filles. Une boum réussie se préparait des jours à l'avance, et son souvenir se commentait des semaines après.

La musique, cœur battant de la soirée

Sans musique, pas de boum. L'objet roi de la soirée était l'électrophone : ce petit tourne-disque portatif, souvent logé dans une valise que l'on refermait après usage. On posait dessus, l'un après l'autre, des disques 45 tours — ces petits disques qui ne contenaient qu'une ou deux chansons et que l'on s'échangeait précieusement. Celui ou celle qui possédait la plus belle collection arrivait en héros : sa pile de 45 tours, transportée dans une sacoche, faisait la valeur de la soirée.

La musique mélangeait les genres. On y entendait la variété française, les chansons anglaises et américaines, le rock que l'on dansait avec énergie. Au fil de la décennie, le disco fit son entrée : à partir de 1977 et 1978, ses rythmes venus d'outre-Atlantique envahirent les boums et donnèrent envie de danser jusqu'à l'épuisement. Vers la fin des années 1970, l'électrophone commença aussi à céder la place à la chaîne hi-fi, avec ses éléments séparés — platine, amplificateur, enceintes — objet de convoitise et de fierté, tandis que le radiocassette permettait d'enregistrer ses morceaux préférés sur des cassettes.

S'habiller pour la boum

On ne se rendait pas à une boum dans n'importe quelle tenue. C'était l'occasion de soigner son apparence, de montrer que l'on suivait la mode — une mode qui, dans les années 1970, ne manquait ni de couleurs ni d'audace.

Les garçons portaient volontiers le pantalon « pattes d'éléphant », resserré sur la cuisse et largement évasé vers le bas. Les chemises s'ornaient de grands cols pointus, parfois surnommés « cols pelle à tarte », dans des tissus à motifs et à couleurs vives. Les cheveux se portaient longs, les favoris fournis. Les filles jouaient elles aussi des contrastes : robes, jupes courtes ou longues, pantalons, et partout le jean, qui s'imposait comme le vêtement de toute une jeunesse. Les semelles compensées surélevaient la silhouette des unes et des autres. S'habiller pour la boum, c'était déjà entrer dans le jeu : se rendre désirable, affirmer qui l'on était.

L'ambiance et les codes

Une boum suivait, presque immanquablement, le même scénario. Au début de la soirée, une certaine gêne flottait dans la pièce. Les garçons se regroupaient d'un côté, les filles de l'autre, et chacun s'observait sans oser franchir l'espace qui les séparait. On parlait fort, on riait entre soi pour se donner une contenance, on guettait du coin de l'œil.

Puis la musique faisait son travail. Les morceaux rythmés finissaient par attirer quelques danseurs au centre du salon, et l'ambiance se réchauffait peu à peu. On dansait en groupe, on se déhanchait, on imitait les pas vus à la télévision. Entre deux chansons, on retournait vers le buffet, on échangeait des nouvelles, on commentait les tenues et les présences. La lumière, souvent tamisée, contribuait à créer cette atmosphère particulière, à mi-chemin entre la fête et le secret.

Les flirts et la timidité

La boum était, avant tout, le théâtre des premiers émois. C'est là que beaucoup d'adolescents firent l'apprentissage du sentiment amoureux, dans un mélange de désir et de timidité.

Tout y était affaire de courage et de regards. On s'était peut-être déjà remarqué au lycée ; la boum offrait enfin un cadre pour se rapprocher. Mais traverser la pièce pour aborder quelqu'un demandait de vaincre une peur réelle, celle du refus, celle du ridicule devant les camarades. Les amis servaient d'intermédiaires, transmettaient des messages, encourageaient les hésitants. Une soirée pouvait sceller le début d'une histoire — ou se solder par une déception que l'on ruminait longtemps. C'est dans ces salons que se donnèrent bien des premiers baisers, gravés pour toujours dans la mémoire de ceux qui les vécurent.

Le slow, moment suspendu

S'il fallait ne retenir qu'un instant de la boum, ce serait celui-là. À un moment de la soirée, quelqu'un baissait la lumière et posait un disque lent. Le rythme tombait, les conversations se faisaient murmures, et chacun comprenait : c'était l'heure du slow.

Alors le rituel se mettait en place. Le garçon traversait la pièce vers la fille qu'il espérait inviter, le cœur battant, et prononçait la formule attendue : « Tu danses ? » Un oui, et l'on se rapprochait, une main sur l'épaule, une main dans le creux du dos, joue contre joue, à se balancer doucement sur place plus qu'à véritablement danser. Le slow abolissait la distance que toute la soirée avait maintenue. Quelques minutes durant lesquelles on n'osait parfois rien dire, où la simple présence de l'autre suffisait à faire chavirer. Les derniers slows, en fin de soirée, étaient les plus chargés d'émotion : on savait qu'ils décideraient peut-être de la suite.

Un témoignage : les boums à Embrun (1969-1978)

Si je ferme les yeux, je revois Embrun. Une petite ville de montagne des Hautes-Alpes — à peine plus de quatre mille habitants à l'époque — posée au milieu des sommets. C'est là que j'ai passé mon enfance et mon adolescence, et c'est là, entre 1969 et 1978, que j'ai vécu mes premières boums.

Nous formions une bande. Une vingtaine de copains et de copines, soudés comme on sait l'être à cet âge, lorsque l'amitié semble devoir durer toujours. Nous fréquentions tous le même établissement — le collège d'abord, le lycée ensuite, à Embrun — si bien que nos vies se mêlaient du matin au soir. Les boums n'étaient, au fond, que le prolongement naturel de nos journées de classe, le moment où la camaraderie scolaire se faisait fête.

Nous n'avions pas toujours un salon à notre disposition : qu'à cela ne tienne, nous faisions preuve d'imagination. Le plus souvent, c'était le garage d'un copain ou d'une copine qui se métamorphosait, le temps d'un après-midi, en piste de danse. Mais nous avions aussi nos repaires à nous, et j'en garde un souvenir attendri. Rue Savines, on nous avait confié une salle au-dessus de la Cure : à l'étage en dessous, c'était le logement des deux jeunes prêtres du collège-lycée. Nous l'avions baptisée le « Club J2 », et ce nom, à lui seul, disait notre fierté d'avoir enfin un endroit bien à nous. Toujours rue Savines, il y avait encore une salle de l'ancienne école maternelle, une ancienne classe où nous dansions désormais, là où des tout-petits avaient appris à lire quelques années plus tôt.

Nos boums ont grandi en même temps que nous. Du temps du collège, elles se tenaient en plein jour, le mercredi, le samedi ou le dimanche après-midi : on se retrouvait après le déjeuner, on dansait quelques heures, et chacun rentrait avant le soir. Puis vint le lycée, et avec lui une liberté nouvelle, presque solennelle : la permission de minuit. La boum du samedi soir devenait alors un petit événement — on la préparait, on l'attendait, on savait qu'elle durerait jusqu'à une heure que, enfants, nous n'aurions jamais imaginé connaître.

Et puis, il y avait la musique. Sur l'électrophone que l'un de nous trimballait jusqu'au garage ou au Club J2, les 45 tours s'enchaînaient toute la soirée. Au début, c'était le temps du jerk : on s'agitait sur « Les Cactus » de Jacques Dutronc, persuadés d'être les plus délurés de la vallée. Les années passant, les rythmes ont changé — « Kung Fu Fighting » nous faisait rire et danser, puis le disque a tourné vers le disco, et « Stayin' Alive » des Bee Gees a fini par envahir nos samedis soir. Mais ce que je n'ai jamais oublié, ce sont les slows. Quand quelqu'un posait « Et si tu n'existais pas » de Joe Dassin ou « Nights in White Satin » des Moody Blues, la lumière baissait d'un cran et toute la salle retenait son souffle. Ces chansons-là, aujourd'hui encore, me ramènent d'un coup rue Savines.

Quand je repense à ces années, ce ne sont pas seulement des danses et des chansons qui me reviennent, mais un sentiment : celui d'avoir appartenu à un groupe, à un lieu, à une époque. Embrun, le Club J2, la bande des copains — ces mots n'ont l'air de rien, et pourtant ils contiennent toute une part de ma jeunesse.

Un rite de passage

Avec le recul, la boum apparaît comme bien davantage qu'une distraction. Elle fut, pour la jeunesse des années 1970, un véritable rite de passage. Dans une France qui changeait vite — où les mœurs se libéraient, où la société de consommation transformait le quotidien, où l'adolescent devenait une figure sociale à part entière — la boum offrait un premier espace d'autonomie. On y apprenait à organiser, à inviter, à séduire, à gérer ses émotions et ses échecs, hors de la tutelle directe des adultes.

C'est sans doute pour cela que ces fêtes ont laissé une trace si vive dans la mémoire de toute une génération. Derrière les pattes d'éléphant et les 45 tours, derrière l'électrophone et les slows, il y avait l'essentiel : l'apprentissage de la liberté, de l'amitié et de l'amour. Se souvenir des boums, c'est se souvenir d'un moment où, le temps d'une après-midi ou d'une soirée, on tenait entre ses mains un peu de sa propre jeunesse.

Les disques de nos boums

– Nos chansons : « Les Cactus » de Jacques Dutronc date de 1967 ; « Nights in White Satin » des Moody Blues, de 1967 aussi, avait connu un nouveau succès en 1972 ; « Kung Fu Fighting » de Carl Douglas est sorti en 1974 et fut la cinquième meilleure vente de l'année en France ; « Et si tu n'existais pas » de Joe Dassin date de 1975 (album « Le Costume blanc ») ; « Stayin' Alive » des Bee Gees est sorti en décembre 1977, et j'ai appris depuis qu'il avait été en partie enregistré en France, au Château d'Hérouville, dans le Val-d'Oise.

– Le film « La Boum » : en 1980, peu après mes années de boums, Claude Pinoteau a fait de ces fêtes le sujet d'un film, avec Sophie Marceau, alors âgée de 13 ans ; il a attiré environ 4,3 millions de spectateurs, et sa chanson « Reality » est devenue le slow de toute une nouvelle génération.

Évènement marquant : Mai 68

Début mai 1968, à l'occasion du baptême de mon petit frère Sylvain, nous passons quelques jours à Noisy-le-Sec, tout près de Paris. Ma grand-mère maternelle, la marraine de Sylvain, nous accueille avec cette tendresse chaleureuse des dimanches en famille : odeur de gigot rôti, rires autour de la table et échanges de regards complices entre cousins.

Nous en profitons, maman, mon frère Gil et moi, pour découvrir Paris, cette ville-miracle qui scintillait déjà dans mes rêves de gamin. Nous nous promenons dans le quartier de la Préfecture de Police, à deux pas du Quartier Latin, là où l'air bourdonne d'une énergie différente. Un remue-ménage inhabituel agite les rues : des Dauphines blanches et noires, ces petites voitures trapues de l'époque avec leur gyrophare clignotant au milieu du toit, s'alignent en file indienne. Des agents en casquette s'affairent, chargeant des brassées de matraques et de boucliers, l'atmosphère est électrique, presque palpable. On sent que quelque chose de gros se prépare, sans encore en saisir la portée, juste ce frisson d'imprévu qui fait battre le cœur plus vite.

Le soir, rentrés à Noisy-le-Sec, nous nous installons devant le Journal Télévisé de 20 heures, religieusement, comme un rituel. Et là, sur le petit écran en noir et blanc, c'est le choc : les premières barricades de Mai 68 se dressent rue Gay-Lussac ! Des étudiants en jeans usés, cheveux au vent, érigent des pavés et des pneus enflammés sous les fumées âcres des gaz lacrymogènes. Les commentateurs parlent d'agitation, de révolte étudiante, mais pour mes yeux d'enfant de 12 ans, c'est comme un film d'aventures qui prend vie en direct depuis la capitale.

J'ai donc vécu le début des événements de Mai 68 presque en direct, à quelques encablures de l'épicentre. Ce séjour, mêlant joie familiale et grondements d'histoire, a marqué mon imaginaire pour toujours : Paris n'était plus seulement la ville des lumières, mais celle des éclats, des colères jeunes et des espoirs qui débordent dans la rue. Une leçon précoce sur le monde qui bouge, imprégnée de l'amour simple d'une mère et d'une grand-mère.

Ce que j'ai appris depuis sur la nuit des barricades

J'ai su plus tard que la première grande nuit des barricades avait eu lieu du 10 au 11 mai 1968, rue Gay-Lussac et dans les rues voisines du Quartier Latin : la première barricade s'est élevée vers 21 h 15, et les CRS ont donné l'assaut vers 2 h 30 du matin. Les radios RTL et Europe 1 l'ont racontée en direct. Le journal de 20 heures que nous regardions à Noisy-le-Sec s'appelait alors « Télé-Soir », sur la première chaîne de l'ORTF ; pendant les grèves de mai et juin, il a été réalisé par une équipe réduite. Je consacre un récit complet à Mai 68 sur ce site.

Anecdote : la farce radiophonique (1978)

Parmi mes grandes passions de jeunesse (toujours intactes aujourd'hui) figuraient les radiocommunications dans toutes leurs formes : Citizen-Band, radioamateurs, écoutes à longue distance, et même les frémissantes radios pirates et radios libres qui défiaient les ondes. L'été 1978 reste gravé dans ma mémoire comme si c'était hier, une époque où l'électronique artisanale était une aventure de pionnier.

Un jour, profitant d'une faiblesse technique de l'époque, j'ai décidé de faire une farce mémorable à des amis habitant à la campagne, près d'Embrun. À cette période, certaines télévisions manquaient de bons filtres, rendant leur réception vulnérable aux interférences radio. Pile à l'heure des jeux et infos télévisées du midi, je me suis discrètement planqué avec ma fidèle deudeuche (2CV) non loin de leur maison. À l'aide de mon émetteur-récepteur CB « Président Grant », j'ai lancé d'une voix grave et officielle :

« Ceci est un message de la Sécurité Civile de la région PACA et de Jean-Claude Bourret : un imposant engin non identifié s'est posé au nord-est de la commune d'Embrun. Les militaires et les gendarmes sont sur place et viennent de quadriller un très large périmètre de sécurité. Cet atterrissage représente un grave danger pour la population. Nous demandons à tous les Embrunais de rester cloîtrés chez eux ou sur leur lieu de travail, volets fermés et portes verrouillées à clé. »

Effet garanti : mon signal a complètement écrasé l'audio de leur émission TV en cours, tandis que l'image se mettait à zigzaguer comme sous une tempête électromagnétique ! Mes amis ont strictement respecté les consignes, pétrifiés derrière leurs volets clos.

Après 15 minutes d'angoisse contenue, je frappe à leur porte en criant : « C'est la Gendarmerie ! » Quand ils m'ont reconnu, quelques secondes de stupéfaction ont précédé un éclat de rire général. La farce révélée, nous avons passé l'après-midi entier à parler des Martiens, passionnés par les émissions de Jean-Claude Bourret sur le sujet. J'avais bien pris soin de vérifier qu'aucune autre télévision alentour n'était affectée, propreté d'ingénieur oblige !

Lors de retrouvailles il y a une dizaine d'années, ce souvenir a refait surface. Pour l'occasion, nous avons regardé ensemble « La Rencontre du 3ème Type » et « E.T. l'extra-terrestre ». Les fous rires ont fusé comme en 78. J'en rigole encore aujourd'hui, une preuve que les meilleures farces sont celles qui soudent les amitiés à travers les décennies !

Ce que je sais aujourd'hui de la CB et des OVNI

– La CB en France : en 1978, la Citizen Band n'était pas encore autorisée en France ; nous, les cibistes, risquions en principe la saisie de notre poste et une amende, mais nous bénéficiions en pratique d'une large tolérance. La CB a été légalisée en 1981 (22 canaux), puis élargie à 40 canaux au 1er janvier 1983. Les perturbations des téléviseurs voisins, dont j'ai si bien profité ce jour-là, étaient un problème bien connu, qui n'a disparu qu'avec la télévision numérique.

– Mon « Président » : la marque de postes CB Président est née en 1978, l'année de ma farce ; le modèle Grant date de la fin des années 1970.

– Jean-Claude Bourret et les OVNI : au printemps 1974, ce journaliste avait présenté sur France Inter, dans l'émission de Claude Villers « Pas de panique », un « dossier OVNI » qui avait passionné la France ; il a ensuite publié plusieurs livres sur le sujet et présenté, à partir de 1975, les journaux du week-end sur TF1.

– Les films : « Rencontres du troisième type » de Steven Spielberg était sorti en France le 22 février 1978, quelques mois avant ma farce, avec François Truffaut dans le rôle du savant Claude Lacombe ; « E.T. l'extra-terrestre » est sorti le 1er décembre 1982.

Retour aux sources

Durant ma vie active, les obligations professionnelles m'ont contraint à m'éloigner des Hautes-Alpes, mais mon cœur restait accroché aux montagnes. Je revenais souvent à Embrun, parfois chaque week-end, filant sur les routes sinueuses dans ma 2CV (puis plus tard avec la 4L puis la R5) pour retrouver mes parents, mes amis d'enfance, les copains-copines du bahut. Ces retours avaient un goût de retrouvailles précieuses : embrassades chaleureuses devant la maison familiale, partie de belote endiablée autour d'un café noir, et longues balades autour du Plan d'Eau où l'on refaisait le monde jusqu'au crépuscule. Nos parents sont restés à Embrun (Saint-Surnin) jusqu'en 2015, année où ils ont rejoint les étoiles. Moi, je garde en mémoire ces années où la montagne était mon terrain de jeu, mon école de vie, mon refuge, ces pentes enneigées, ces lacs miroitants, ces amitiés forgées dans l'effort et le rire.

Les voitures de ma jeunesse

Ma 2CV, la Citroën présentée au Salon de Paris en 1948, a été produite jusqu'en 1990 ; la Renault 4, notre « 4L », lancée en 1961, a dépassé les huit millions d'exemplaires ; la Renault 5, la « R5 », a été lancée le 28 janvier 1972. Trois voitures populaires qui m'ont accompagné sur toutes les routes du retour au pays. Je leur consacre un récit sur ce site.

Conclusion

« Aujourd'hui, alors que nos parents ont rejoint les étoiles, je mesure combien ces années en altitude ont forgé mon identité. La montagne m'a appris la simplicité, la solidarité et la beauté brute de la nature. Ce récit est un hommage à ces racines, à ces paysages, et à cette vie authentique que je souhaite transmettre aux générations futures, comme un flambeau passé de main en main au fil des saisons. »

Chronologie

DateDans ma vieDans le monde autour de moi
Septembre 1956Naissance à Reims
1959Naissance de mon frère Gil à ReimsMise en eau du lac de Serre-Ponçon (à partir de novembre)
Juillet 1961Départ pour les Hautes-Alpes, installation à Monêtier-les-BainsCréation du plan d'eau d'Embrun
1962Premiers skis (à six ans)Première diffusion de « Bonne nuit les petits »
Vers 1964Première étoile de ski (à huit ans)
1965Premier été à Saint-Pons-les-Mûres (jusqu'en 1974)Permis de construire de Port-Grimaud
1967Naissance de Sylvain à Embrun ; installation à Embrun en juilletPremières maisons de Port-Grimaud
Mai 1968Séjour à Noisy-le-Sec, Mai 68 vu de prèsNuit des barricades (10-11 mai)
Juillet 1968Tournage du « Gendarme se marie » à Port-GrimaudLe film sort fin octobre 1968
1969-1978Les boums d'Embrun, le Club J2
1970Ski aux OrresOuverture de la station des Orres (Noël)
1974Dernier été complet au bord de la mer (dix-huit ans)Le « dossier OVNI » de Jean-Claude Bourret sur France Inter
Été 1978La farce radiophonique« Rencontres du troisième type » sort en France (février)
1981Dernière saison de papa au Camping de la PlageLégalisation de la Citizen Band en France
2015Nos parents rejoignent les étoiles

Espace pour les témoignages

À compléter : vos souvenirs des Hautes-Alpes et du golfe

J'ouvre cet espace à celles et ceux qui ont connu Monêtier-les-Bains, Embrun, Les Orres, Crévoux ou le lac de Serre-Ponçon dans les années 1960 à 1980, ou qui ont passé leurs étés dans les campings de Saint-Pons-les-Mûres, de Grimaud et du golfe de Saint-Tropez : un souvenir du Club J2, de la Boule d'Or, du Foyer Cinéma, de la patinoire du stade, du Ski Club Embrunais, du cinéma en plein air ou du bar dancing sur la plage. Vos photos, cartes postales et anecdotes seront les bienvenues : je serai heureux de les accueillir ici.

Pour aller plus loin

Vos souvenirs, vos précisions

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Page mise à jour le 04/10/2026