Les bals populaires et les boîtes de nuit dans les années 50, 60, 70 et 80
De l'accordéon au disc-jockey : quarante ans de samedis soir, de la salle des fêtes à la discothèque
26/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : « Tu viens au bal samedi ? »
Le lieu de toutes les rencontres
Pendant des générations, le bal a été le grand lieu de rencontre de la jeunesse française. On y allait à pied, à vélo, à mobylette, puis en voiture, parfois à plusieurs kilomètres, pour danser, retrouver les copains, flirter, se mesurer aux garçons du village voisin. Une part importante des couples formés dans les campagnes entre 1945 et 1975 se sont rencontrés au bal. Puis, dans les années 1970, la discothèque a pris le relais, avec ses lumières, son disc-jockey et sa musique enregistrée.
Ce que propose cet article
Cet article raconte ce passage du bal populaire à la boîte de nuit entre 1950 et 1990 : les lieux, les orchestres, les danses, les rituels, les rivalités, puis l'arrivée des discothèques, des célèbres clubs parisiens aux grandes boîtes de campagne. Il aborde aussi le drame du « 5-7 » en 1970, qui a marqué toute une génération. Il se termine par un tableau des danses par décennie, une chronologie et un espace pour les témoignages.
1. Les origines du bal populaire
Une tradition ancienne
Le bal populaire plonge ses racines dans les fêtes villageoises d'autrefois : fêtes patronales, moissons, vendanges, mariages, où l'on dansait bourrées, gavottes et rondes au son de la vielle, de la cabrette ou du violon. Au XIXe siècle, les guinguettes des bords de Marne et de Seine attirent les Parisiens le dimanche, tandis que la valse et la polka conquièrent toute la société.
Le bal du 14 Juillet
En 1880, la Troisième République fait du 14 juillet la fête nationale, et le bal public devient l'un de ses rituels : drapeaux tricolores, lampions, estrade pour l'orchestre, danse sur la place du village ou de la mairie. Plus tard, à partir de la fin des années 1930 à Paris, les casernes de pompiers ouvrent leurs portes pour les célèbres bals des pompiers du 13 et du 14 juillet, une tradition toujours vivante.
Le bal musette
Au début du XXe siècle, à Paris, les Auvergnats installés dans le quartier de la Bastille dansent au son de la cabrette (la musette auvergnate). Les accordéonistes italiens les rejoignent, et de cette rencontre naît le bal musette, avec sa valse, sa java et son accordéon. La rue de Lappe, avec le célèbre Balajo ouvert en 1936, en devient le symbole. Le musette gagne toute la France et devient la musique du bal populaire pour plusieurs décennies.
2. Les années 1950 : l'âge d'or du bal
Partout, chaque samedi
Dans les années 1950, il y a des bals partout et tout le temps : bals du samedi soir et du dimanche après-midi, bals des fêtes patronales, bals des conscrits, bals des pompiers, bals des associations sportives, bals de mariage, bals de la Libération et du 14 Juillet. Ils se tiennent dans la salle des fêtes, dans l'arrière-salle du café, sous un chapiteau ou sur une place.
Les « parquets » itinérants
Dans les campagnes se développent les bals-parquets : des planchers démontables, entourés d'une palissade et parfois couverts d'une toile, que des entrepreneurs transportent de village en village pour les fêtes. On paye l'entrée à la porte, parfois chaque danse (« on paye au tour »). Ces parquets forment une véritable économie saisonnière.
L'orchestre et l'accordéon
Le bal, c'est d'abord un orchestre : trois ou quatre musiciens (un accordéoniste, un batteur, parfois un saxophoniste ou un guitariste), puis des formations plus importantes avec chanteur. Les grands accordéonistes deviennent de véritables vedettes nationales : Yvette Horner (qui suit le Tour de France dans les années 1950), André Verchuren, Aimable, Jo Privat, Marcel Azzola. Leurs disques se vendent par centaines de milliers.
Les danses
Le répertoire est codifié : valse, java, tango, paso doble, marche, boléro, puis les danses latines (mambo, cha-cha-cha) au milieu des années 1950. Les danses en ligne ou en groupe (le quadrille, la « danse des canards » plus tard) permettent à tout le monde de participer.
Les codes du bal
Le bal obéit à des règles implicites :
- les garçons invitent, les filles acceptent ou refusent — un refus est une petite humiliation publique ;
- les filles viennent souvent accompagnées d'une sœur, d'une amie ou d'une mère qui surveille depuis les bancs ;
- on s'habille : costume pour les garçons, plus belle robe pour les filles ;
- le slow ou la valse lente sont les moments attendus pour se rapprocher ;
- à la fin de la soirée, on raccompagne... ou pas.
Les bagarres
Le bal est aussi un lieu de rivalités : entre villages, entre quartiers, entre jeunes du bourg et jeunes des fermes. Les bagarres du samedi soir font partie du folklore, souvent pour une fille, un regard ou une vieille rancune. À la fin des années 1950, les blousons noirs qui débarquent dans les bals de banlieue suscitent l'inquiétude (voir l'article « Les Blousons Noirs »). Les gendarmes surveillent souvent la sortie.
3. Les années 1960 : le rock, le twist et les « surboums »
Le rock arrive au bal
Au début des années 1960, la jeunesse veut danser sur sa musique. Les orchestres de bal s'adaptent et ajoutent à leur répertoire le rock'n'roll, puis le twist (lancé en France en 1961 par Johnny Hallyday avec (Viens danser le twist)), le madison (1962), le hully-gully, puis le jerk au milieu de la décennie. Les formations s'électrifient : guitares, basse, orgue électrique, batterie. L'accordéon reste présent pour la « partie musette » destinée aux parents.
Les « surprises-parties » et les « surboums »
Chez eux, les jeunes organisent des surprises-parties (on dit bientôt « surboums », puis « boums ») : dans le salon ou le garage, avec l'électrophone, une pile de 45 tours, quelques bouteilles de soda et, parfois, la lumière tamisée par un foulard sur la lampe. Le quart d'heure américain (les filles invitent les garçons) et le slow sont les grands moments de ces soirées. La musique yé-yé, diffusée par (Salut les copains), en fournit la bande-son.
Les premières discothèques
C'est aussi le moment où apparaît un nouveau type de lieu : la discothèque, où l'on danse sur des disques et non plus sur un orchestre.
- À Paris, le Whisky à Gogo, ouvert en 1947 rue de Beaujolais, près du Palais-Royal, par Paul Pacini, est souvent présenté comme la première discothèque. Au début des années 1950, Régine, qui y travaille, remplace le juke-box par deux platines, pour enchaîner les disques sans interruption : c'est l'invention du disc-jockey.
- Régine ouvre ensuite ses propres clubs (Chez Régine, le New Jimmy's), et Jean Castel ouvre en 1962 son club de la rue Princesse, rendez-vous du Tout-Paris.
- Sur la Côte d'Azur, Saint-Tropez devient la capitale des nuits d'été, avec des boîtes comme Les Caves du Roy (1967).
Ces établissements restent au départ réservés à une clientèle aisée, citadine et branchée.
4. Les années 1970 : l'âge d'or des discothèques
Les boîtes partout
Dans les années 1970, les discothèques se multiplient dans toute la France, y compris en pleine campagne. On en compte environ 4 000 dans les années 1970 et au début des années 1980. Beaucoup sont de grandes salles construites au bord des routes départementales, loin des habitations, avec un grand parking : on y vient en voiture de trente ou quarante kilomètres à la ronde.
Le disco
À partir du milieu des années 1970, le disco triomphe : Donna Summer, les Bee Gees, Boney M., Village People, Gloria Gaynor, puis les Français Claude François (Alexandrie Alexandra), Patrick Hernandez ((Born to Be Alive), 1979), Dalida ((J'attendrai), version disco). Le film La Fièvre du samedi soir ((Saturday Night Fever), 1977), avec John Travolta, fixe l'image de la discothèque : piste lumineuse, boule à facettes, costumes blancs et chemises ouvertes.
Le disc-jockey, nouvelle vedette
Le DJ devient le maître de la soirée : il enchaîne les morceaux, fait monter l'ambiance, alterne séries rapides et séries de slows. Des « discomobiles » (DJ itinérants avec leur matériel sono et leurs lumières) animent les mariages, les fêtes de village et les soirées d'associations, remplaçant peu à peu les orchestres.
Le drame du « 5-7 » (1970)
Le 1er novembre 1970, un incendie ravage le dancing « 5-7 » à Saint-Laurent-du-Pont, en Isère. 146 jeunes, âgés pour la plupart de 14 à 25 ans, meurent asphyxiés ou brûlés. Les décorations en polyuréthane, très inflammables, ont brûlé en quelques minutes ; les issues de secours avaient été verrouillées pour empêcher les resquilleurs d'entrer ; l'enquête relève 68 infractions aux règles de sécurité. Le drame, éclipsé dans la presse par la mort du général de Gaulle huit jours plus tard, entraîne une application plus stricte des normes de sécurité incendie et la fermeture d'une centaine de salles de danse en France. (C'est à propos de ce drame et de la mort de De Gaulle que l'hebdomadaire satirique (Hara-Kiri Hebdo) publie une une célèbre qui lui vaut d'être interdit, avant de renaître sous le nom de (Charlie Hebdo).)
Le bal résiste... et recule
Pendant ce temps, le bal populaire décline. Plusieurs raisons se conjuguent :
- la télévision, qui retient les familles à la maison ;
- l'exode rural, qui vide les villages de leurs jeunes ;
- la voiture, qui permet d'aller danser plus loin, en discothèque ;
- l'évolution des goûts : les jeunes veulent la musique des disques, pas celle d'un orchestre qui la reproduit plus ou moins bien.
Les bals du 14 Juillet, des pompiers et des fêtes de village survivent, mais les bals du samedi soir se raréfient.
5. Les années 1980 : les grandes nuits et les tribus
Le Palace et les nuits parisiennes
Le 1er mars 1978, Fabrice Emaer ouvre Le Palace, dans un ancien théâtre du faubourg Montmartre. Pendant quelques années, c'est la boîte la plus célèbre d'Europe : artistes, couturiers, écrivains, stars et anonymes s'y mêlent dans un mélange social et artistique inédit. Les Bains-Douches (1978), installés dans d'anciens bains publics, prennent le relais dans les années 1980. À Paris, la nuit devient un spectacle et un lieu de création.
Les boîtes de province et de campagne
En province, les grandes discothèques rurales vivent leur apogée. Le rituel du samedi soir s'installe : préparation, trajet en voiture entre copains, entrée filtrée par le « videur », consommation obligatoire, piste de danse, séries de slows à la fin de la nuit, retour à l'aube. Ce rituel a aussi sa face sombre : les accidents de la route du samedi soir, qui tuent de nombreux jeunes et deviennent une préoccupation majeure de la sécurité routière à la fin des années 1980.
Les nouvelles musiques et les nouvelles danses
Les années 1980 voient défiler :
- la new wave et la pop (Indochine, Téléphone, Depeche Mode) ;
- le funk et le smurf ; le breakdance popularisé en France par l'émission H.I.P. H.O.P. de Sidney sur TF1 (1984) ;
- les tubes de l'été et les danses de groupe (la danse des canards, 1980-1981 ; la lambada, 1989) ;
- à la fin de la décennie, la house et la techno, qui annoncent les raves des années 1990.
Le bal du 14 Juillet, toujours là
Malgré tout, le bal du 14 Juillet et le bal des pompiers gardent une place à part : chaque été, des milliers de communes organisent encore leur bal populaire, où se mêlent les générations, les accordéons et les tubes disco. Le bal est devenu une tradition nationale plus qu'une sortie ordinaire.
6. Tableau des danses et des lieux par décennie
| Décennie | Lieu principal | Musique | Danses emblématiques | Qui fait danser ? |
|---|---|---|---|---|
| Années 1950 | Salle des fêtes, parquet, guinguette | Musette, variété, latino | Valse, java, tango, paso doble, cha-cha-cha | L'orchestre et l'accordéoniste |
| Années 1960 | Bal, surboum, premières discothèques | Rock, yé-yé, twist | Rock, twist, madison, jerk, slow | L'orchestre électrifié, l'électrophone |
| Années 1970 | Discothèque, discomobile | Disco, variété, pop | Disco, slow, danses en ligne | Le disc-jockey |
| Années 1980 | Grande boîte de campagne, clubs parisiens | New wave, funk, variété, house | Smurf, breakdance, danse des canards, lambada | Le DJ vedette |
7. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1880 | Le 14 Juillet devient fête nationale ; premiers bals publics officiels |
| 1936 | Ouverture du Balajo, rue de Lappe ; congés payés |
| Fin des années 1930 | Premiers bals des pompiers à Paris |
| 1947 | Ouverture du Whisky à Gogo à Paris (Paul Pacini) |
| Années 1950 | Régine invente le principe du disc-jockey |
| 1961-1962 | Le twist et le madison arrivent dans les bals |
| 1962 | Ouverture du club de Jean Castel |
| 1967 | Les Caves du Roy à Saint-Tropez |
| 1er novembre 1970 | Incendie du « 5-7 » à Saint-Laurent-du-Pont : 146 morts |
| 1977 | La Fièvre du samedi soir |
| 1er mars 1978 | Ouverture du Palace à Paris ; ouverture des Bains-Douches |
| Années 1970-1980 | Environ 4 000 discothèques en France |
| 1984 | H.I.P. H.O.P. sur TF1 : le breakdance en France |
| Fin des années 1980 | Arrivée de la house et de la techno |
8. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs de bals et de boîtes
Cette partie est réservée à mes souvenirs : le nom des bals et des parquets de ma région, l'orchestre qui venait chaque année, la première danse, les bagarres de fin de soirée, les surboums chez les copains, la première discothèque, le DJ, les séries de slows, les trajets en voiture. Affiches de bals, cartes d'entrée, photos de soirées et récits de musiciens d'orchestre sont les bienvenus.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 03/10/2026
