Une enfance et une jeunesse dans les Hautes-Alpes – Suite 01
Embrun, « la Nice des Alpes », le lac de Serre-Ponçon, le ski aux Orres et à Crévoux, puis seize étés au bord de la mer, à Saint-Pons-les-Mûres, face à Saint-Tropez
29/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Embrun : la vie en ville de montagne (1967 et après)
En juillet 1967, à 11 ans, nous avons déménagé à Embrun, une petite ville de montagne de 4.270 habitants à l'époque (près de 6.412 aujourd'hui), entre Briançon (Nord du département) et Gap (Sud du département). Embrun est surnommée « La Nice des Alpes » pour son art de vivre et son charme, entre montagne et eau.
Un cadre exceptionnel
Perché à 870 m d'altitude sur une terrasse fluvio-glaciaire de poudingue, Embrun domine la vallée de la Durance, aux abords du lac de Serre-Ponçon, créé par un barrage dans les années 1950 qui a dynamisé l'économie locale. Son orientation plein sud lui assure un ensoleillement généreux, mêlant charme alpin et provençal. Aux portes du Parc National des Écrins, offrant des paysages grandioses et des activités de pleine nature.
À propos du Lac de Serre-Ponçon : construit entre 1955 et 1961, le barrage de Serre-Ponçon est l'un des plus grands barrages en terre d'Europe. Édifié à la confluence de la Durance et de l'Ubaye, il a permis de réguler les crues dévastatrices du fleuve tout en assurant l'irrigation et la production hydroélectrique de la région. Sa mise en eau a donné naissance au vaste lac de Serre-Ponçon, une étendue turquoise de 28 km², aujourd'hui haut lieu du tourisme et des loisirs nautiques. Le projet, ambitieux pour l'époque, a profondément transformé le paysage et les modes de vie locaux. Le village de Savines, englouti par les eaux, a été reconstruit sur la rive et a pris le nom de Savines-le-Lac, symbole d'un renouveau harmonieux entre nature, modernité et mémoire.
Ce que j'ai appris depuis sur Embrun et le lac de Serre-Ponçon
– Embrun en chiffres : quand nous y vivions, la ville comptait 4 273 habitants au recensement de 1968, puis 4 575 en 1975 et 5 214 en 1982 ; elle en compte environ 6 400 aujourd'hui. Sa Cathédrale Notre-Dame-du-Réal, construite entre 1170 et 1220 environ, est l'une des plus belles des Alpes du Sud. Embrun se trouve dans la zone périphérique du Parc National des Écrins, créé en 1973, pendant mon adolescence.
– Notre plan d'eau : l'idée d'un plan d'eau revient au maire Alexandre Didier, dès 1955, au moment du lancement du barrage. Créé en 1961, l'année de notre arrivée dans les Hautes-Alpes, il couvre 27 hectares, alimenté par la Durance et séparé du grand lac par une digue.
– Serre-Ponçon : la mise en eau avait commencé en novembre 1959. Le barrage en terre mesure environ 123 mètres de haut ; le lac couvre 2 800 hectares, retient environ 1,27 milliard de mètres cubes d'eau et compte près de 90 kilomètres de rives. Le village d'Ubaye a disparu sans être reconstruit, et plus de 1 100 personnes ont dû quitter leur maison. J'ai appris aussi, avec surprise, que le barrage n'a jamais été inauguré officiellement, le général de Gaulle en ayant été empêché par la Guerre d'Algérie.
Activités sportives et loisirs
Les Orres (mais également Crévoux) étaient mon terrain de jeu favori l'hiver, entre ski alpin et nordique. J'ai eu la fierté d'intégrer l'équipe de compétition du Ski Club Embrunais, glissant à vive allure sur la principale piste « La Portette » (arrivant au pied de l'Auberge de Jeunesse), le vent glacé piquant les joues et le cœur battant au rythme des virages serrés. Les matinées d'entraînement dans la neige fraîche, suivies de pauses réconfortantes au chalet avec un chocolat chaud, forgeaient un esprit d'équipe indéfectible. La piste « La Portette » est une difficulté rouge, raide et technique, longue d'environ 2 km, idéale pour les skieurs confirmés. Elle offre un dénivelé de 513 m et une vue panoramique exceptionnelle depuis le haut du domaine skiable.
L'été, les randonnées pédestres prenaient le relais, avec en point d'orgue l'ascension du Mont Guillaume (2.542 m), au départ d'Embrun. Ce sommet emblématique domine Embrun et offre un panorama exceptionnel sur le lac de Serre-Ponçon, où l'eau turquoise miroite sous un ciel alpin d'un bleu pur. Le sentier escarpé, entre pierriers et alpages parfumés au thym sauvage, récompensait chaque pas d'effort par des vues à couper le souffle, moment suspendu où l'on se sent minuscule et infiniment vivant face à la majesté des montagnes.
Au retour de la rando au Mont Guillaume en fin d'après-midi, halte au restaurant « Chez Pascal » à Calayère un établissement familial emblématique situé dans les hauteurs d'Embrun, connu pour sa cuisine authentique du terroir. Pas de carte ni de menu fixe, mais un plat unique copieux pour tous, partagé comme un repas familial : entrée, plat principal, fromage et dessert. Les produits sont frais, souvent issus du jardin ou de la ferme, préparés maison par Jocelyne et sa famille, avec un accueil chaleureux et sincère.
Les étés étaient rythmés par les baignades, les balades et les activités nautiques au plan d'eau. Pédalos bringuebalants, slaloms en canoë, éclats de rire quand une vague surprise trempait tout le monde : le soleil généreux des Hautes-Alpes transformait ces après-midis en bulles de bonheur simple, où le temps semblait s'étirer à l'infini au bord de l'eau scintillante.
Ce que j'ai appris depuis sur nos stations et nos sommets
– Crévoux : c'est l'une des plus anciennes stations des Alpes du Sud. Son premier remonte-pente datait de 1936, et la station avait été inaugurée le 25 avril 1937 sous le nom « Embrun Crévoux Parpaillon », sous l'égide du Ski Club d'Embrun, le club dont j'ai eu la fierté de faire partie.
– Les Orres : la station moderne a été créée en 1970, quand j'avais quatorze ans ; ses premières remontées mécaniques ont tourné à Noël 1970. Notre piste de « La Portette » était la piste traditionnelle des Embrunais, bien connue avant même la création de la station.
– Le Mont Guillaume : il culmine à 2 542 mètres. À son sommet se dressent une chapelle et une croix monumentale, but d'un pèlerinage annuel des Embrunais.
Vacances en bord de mer
Arriver à Saint-Pons-les-Mûres
Ce témoignage reconstitue l'atmosphère de mes étés à Saint-Pons-les-Mûres, dans les années 1960 et 1970, face au Camping de la Plage et au Trident Bleu, sur le golfe de Saint-Tropez.
Quand je repense à ces étés-là, ce sont d'abord les pins, la lumière et l'odeur du sable chaud qui me reviennent. Saint-Pons-les-Mûres n'était pas encore un simple nom sur une carte touristique : c'était un petit monde à part, rattaché à Grimaud, mais vivant à son propre rythme, entre la pinède, la plage et les campings installés au bord du golfe.
Durant seize années, de 1965 à 1981, papa passait chaque été (de mai à septembre) comme chef cuisinier au restaurant du « Camping de la Plage », à Saint-Pons-les-Mûres (en face de Saint-Tropez), entre Sainte-Maxime et Port-Grimaud, sur le magnifique Golfe de Saint-Tropez. De 1965 jusqu'à mes dix-huit ans, en 1974, j'ai donc eu la chance de passer toutes mes vacances d'été au bord de la mer, pendant deux mois complets. Nous campions sous tente dans une superbe pinède, au camping « Le Trident Bleu », tout près d'un cinéma en plein air aux cloisons en canisse. Chaque soir durant les 2 mois d'été, la projection d'un film rassemblait les vacanciers sur des fauteuils en bois (fauteuils traditionnels des salles de cinéma de l'époque), sous les étoiles, dans cette ambiance si particulière des étés d'antan. Une superbe et belle expérience ce cinéma en plein air. Ce cinéma en plein air était une expérience à part entière, presque magique.
On arrivait pour plusieurs semaines, parfois pour tout l'été, avec la voiture chargée jusqu'au toit. Il y avait les tentes, les sardines, les matelas gonflables, la table pliante, les chaises, les glacières, les sacs de provisions, et ce sentiment très fort que les vacances commençaient vraiment au moment où l'on s'installait sous les pins. Dans ce secteur de Saint-Pons-les-Mûres, Le Trident Bleu faisait partie de ce paysage de vacances dont beaucoup gardent encore le souvenir, associé au Camping de la Plage tout proche, souvent évoqués ensemble dans des diaporamas de cartes postales anciennes consacrés aux années 60-70.
La vie quotidienne au camping
La vie au camping était simple, mais elle paraissait immense. On vivait dehors du matin au soir. Le petit-déjeuner se prenait à l'ombre, avec les voix des voisins, le bruit des fermetures éclair des tentes, les enfants déjà en mouvement et, au loin, la mer qui attirait tout le monde.
Les installations n'avaient rien à voir avec les campings modernes. Dans les années 1950 puis 1960, le secteur s'est développé autour d'un tourisme de plein air encore très proche de l'esprit pionnier : tentes, caravanes, équipements modestes, mais un rapport direct à la nature et à la liberté. La cuisine de mon père au restaurant du Camping de la Plage faisait partie de ce décor : une activité intense, rythmée par les services de midi et du soir, pendant que nous, les enfants, vivions nos journées au Trident Bleu et sur la plage.
On faisait les courses simplement, on revenait avec le pain, les fruits, les boissons fraîches, et chacun retrouvait son emplacement. Les familles se connaissaient vite. On se prêtait un ouvre-boîte, un marteau, une bouteille d'eau, parfois même une casserole. En quelques jours, le camping devenait presque un village d'été.
Ce qui comptait, c'était moins le confort que l'ambiance. On supportait la chaleur, le sable partout, le vent parfois, les sanitaires sommaires, parce qu'en échange on gagnait une vie libre, collective, joyeuse, très différente du reste de l'année. Dans ce coin de pinède, le Trident Bleu et le Camping de la Plage faisaient partie d'un même univers, celui d'un camping familial, populaire, mais riche en instants inoubliables.
Les journées de juin à septembre
En juin, tout semblait encore respirer. La saison montait doucement. Les emplacements se remplissaient, les habitudes reprenaient, les premiers vacanciers retrouvaient leurs repères et leurs connaissances des étés précédents. Juillet amenait plus de monde, plus de bruit, plus d'animation. En août, le camping atteignait son plein régime ; puis septembre retrouvait une douceur particulière, avec une lumière plus calme et une mer encore chaude.
Dans ces années 1960 et 1970, la plupart des vacanciers étaient des habitués. Beaucoup venaient principalement de Provence-Alpes-Côte d'Azur, de Rhône-Alpes ou même du Nord. Ils revenaient chaque été, souvent pour un mois ou plus. Peu à peu, des liens se nouaient, des amitiés solides se formaient. Nous étions une belle bande de jeunes, impatients de nous retrouver chaque saison comme si le temps s'était arrêté depuis l'été précédent. C'était une époque simple et heureuse, pleine de camaraderie, de rires et d'insouciance, des vacances vraiment « super cool » et bon enfant, gravées à jamais dans ma mémoire.
Les journées s'organisaient presque naturellement. On allait à la plage plusieurs fois par jour, on revenait déjeuner à l'ombre, on repartait se baigner, on faisait parfois une sieste avant de ressortir en fin d'après-midi. Le rythme était dicté par le soleil, la chaleur et l'envie d'être dehors. La plage n'était pas seulement un lieu de baignade, mais un espace de rencontres, de jeux, de conversations interminables et de contemplation. Les enfants y passaient des heures ; les adultes surveillaient d'un œil, lisaient, parlaient, faisaient connaissance. Toute une sociabilité saisonnière se construisait là, jour après jour.
Les soirées festives
Le soir venu, une autre vie commençait. Une fois la chaleur tombée, on mangeait tard, souvent dehors. Puis on se retrouvait entre voisins, entre amis, ou avec des vacanciers rencontrés quelques jours plus tôt et qui devenaient déjà des compagnons de vacances.
Je me souviens d'un temps où les feux de camp étaient encore autorisés sur la plage. C'était une autre époque, plus simple, plus libre… Le soir venu, quand le soleil disparaissait derrière les pins, nous nous retrouvions entre copains et copines, chargés de guitares, de couvertures et d'un peu de vin rosé dans des gobelets en plastique. On allumait un grand feu, et la nuit pouvait commencer. Le bois crépitait doucement, projetant des étincelles dans l'air tiède, tandis que les guitares accompagnaient nos voix un peu hésitantes au début, puis de plus en plus assurées. Les chansons, les blagues et les rires se mêlaient au clapotement des vagues, qui semblaient suivre le rythme. On sentait autour de nous ce mélange inimitable d'odeurs : la pinède chauffée par le jour, le sel de la mer et cette senteur de liberté qui n'existe que l'été. Sur cette plage, chaque soir avait sa magie. Parfois, quelqu'un proposait un bain de minuit. Alors, d'un même élan, on courait vers la mer en poussant des cris, le sable froid sous les pieds. L'eau nous surprenait toujours, mais quel bonheur ! On ressortait trempés, riant aux éclats, grelottant un peu, mais heureux, vivants, jeunes.
Un témoignage consacré au Camping de la Plage à Saint-Pons-les-Mûres évoque exactement ces soirées autour d'un feu sur la plage, avec des guitares, des chansons et des bains de minuit, confirmant combien cette ambiance était partagée par toute une génération de vacanciers. Ces soirées étaient sans programme compliqué. Il suffisait d'un poste de radio, de quelques disques, d'une guitare, d'une envie de rire et de prolonger la nuit. Ce qui faisait la fête, ce n'était pas le luxe ; c'était la disponibilité des gens, le sentiment de vivre un été hors du temps.
Le bar dancing sur la plage
Non loin de là, sur la plage voisine de Port Grimaud, se trouvait un Bar Dancing en plein air. Un endroit incroyable, simplement décoré de lampions colorés qui balançaient au vent, mais qui avait un charme fou. On y venait danser pieds nus dans le sable, au bord de l'eau, sur des airs de jerk et de rock qui faisaient tourner les têtes. Et quand la musique ralentissait, les slows des sixties et des seventies prenaient le relais, créant ces moments suspendus où les regards se cherchaient et les mains se frôlaient. Le bar restait ouvert tous les soirs jusqu'à une heure du matin, pendant les deux mois d'été. Il faisait partie de notre rituel, comme un point de repère dans la saison. En y repensant aujourd'hui, je me rends compte combien ces soirées ont marqué nos jeunes années. Tout semblait plus vrai, plus simple. Le sable collait à la peau, les cheveux embaumaient la mer, et la vie, à ce moment-là, semblait ne jamais devoir s'arrêter.
Un autre témoignage de vacancier mentionne, à cinq minutes du Camping de la Plage, un bar en plein air au bord de l'eau où l'on dansait sur les airs des années 60-70, dans une ambiance « du tonnerre ». Ce souvenir fait écho au mien : c'était vraiment le top du top, un concentré de liberté, de jeunesse et de musique, posé sur le sable du golfe de Saint-Tropez.
Saint-Tropez, la grande sortie
Parmi les sorties les plus attendues, il y avait Saint-Tropez. Depuis les abords du camping, on pouvait s'y rendre en bateau en une quinzaine de minutes, et cette traversée faisait déjà partie de l'excursion. Au départ, tout près du Camping de la Plage, nous embarquions en regardant s'éloigner la pinède et les tentes, avec le sentiment de partir vers un autre monde.
Aller à Saint-Tropez, c'était changer d'univers sans vraiment quitter ses vacances. On passait de la pinède et du camping à l'animation du port, aux terrasses, aux places ombragées et à cette vie tropézienne qui fascinait déjà. Mais les témoignages rappellent qu'à l'époque l'atmosphère restait encore accessible, presque familière, loin de l'image plus mondialisée que la ville prendra ensuite.
La place des Lices restait un lieu emblématique. Certains vacanciers ont raconté qu'on pouvait y voir jouer à la pétanque des artistes comme Joe Dassin ou Henri Salvador, dans une ambiance simple et détendue, et cette idée correspond bien à ce que l'on ressentait : que l'on soit campeur modeste ou visiteur d'un soir, on avait le sentiment de participer à un même été méditerranéen.
Port-Grimaud en train de naître
Port-Grimaud représentait une autre forme d'émerveillement. Le site de la mairie rappelle que cette cité lacustre est lancée à partir de 1966, dans le grand mouvement de transformation touristique du territoire de Grimaud au XXe siècle. Quand nous traversions la plage depuis le Trident Bleu, Port-Grimaud n'était jamais bien loin : dix minutes à pied environ, les pieds dans le sable.
En juillet 1968, à Port-Grimaud (à seulement dix minutes à pied de notre campement, par le bord de plage), mon frère Gil et moi avons eu la chance d'assister au tournage de quelques scènes mythiques du film « Le Gendarme se marie ». L'excitation était à son comble : nous avons vu de nos yeux l'enlèvement de Josépha, puis la poursuite effrénée en bateau du côté de la « Place des 6 Canons » et la « Rue de l'Île du Couchant ». Sur une péniche amarrée, Coco de Saint-Tropez, juché sur son vélo, jouait les guignols avec une énergie débordante. C'est précisément là que Louis de Funès allait atterrir en voiture dans une scène hilarante, provoquant les rires du plateau et des curieux comme nous, massés sur les quais ensoleillés. L'air vibrait d'une joyeuse pagaille, mélange de cris de mise en scène, de moteur de bateau et de l'odeur saline du golfe. Plus tard, à Saint-Tropez, nous avons visité la Gendarmerie (aujourd'hui transformée en musée), ce bâtiment emblématique qui a servi de décor aux principaux films de la série des Gendarmes. Franchir son seuil, c'était comme entrer dans l'univers de Cruchot et de ses acolytes : les murs semblaient encore résonner de leurs gaffes légendaires et de leurs quiproquos inoubliables. Un vrai frisson de gamin, au cœur de l'été 68 !
Pour nous, ces moments faisaient entrer le cinéma dans nos vacances, comme si la fiction venait s'installer au milieu de nos tentes et de nos soirées de plage.
Au fil des années, Port-Grimaud changeait sous nos yeux. On passait des marécages aux premières maisons, puis à la cité lacustre telle qu'on la connaît mieux aujourd'hui. Pour les vacanciers du secteur, la promenade vers Port-Grimaud devenait une sortie à part entière, presque un spectacle de modernité au milieu du paysage traditionnel du golfe. On allait y flâner, regarder les maisons neuves, les quais, les bateaux, l'eau entre les façades. Pour ceux qui revenaient chaque année, le lieu se transformait comme un feuilleton d'été.
Sainte-Maxime et les alentours
Sainte-Maxime faisait aussi partie des horizons familiers de l'été. Le front de mer, les quais, les cafés, les boutiques, les animations et les promenades du soir participaient à la géographie affective des vacanciers du golfe. On pouvait y aller pour changer d'ambiance, pour marcher, pour manger une glace, pour regarder les bateaux, pour retrouver un peu d'animation urbaine après la journée de plage.
Entre Grimaud, Port-Grimaud, Sainte-Maxime et Saint-Tropez, les vacances formaient un petit territoire cohérent, que l'on parcourait selon l'envie, la météo et les rencontres. Ces déplacements n'étaient pas vécus comme du tourisme pressé. Ils faisaient partie du séjour, au même titre que la tente, la plage ou les soirées. On ne « consommait » pas les lieux : on les apprenait, on les retrouvait d'une année sur l'autre, et l'on finissait par y inscrire nos propres souvenirs.
Une sociabilité de saison
Ce qui frappait le plus, c'était la force des liens saisonniers. Beaucoup revenaient au même endroit plusieurs années de suite. Les enfants grandissaient ensemble d'un été à l'autre ; les adultes reprenaient des conversations interrompues dix mois plus tôt ; de nouvelles amitiés naissaient presque naturellement dans cette proximité de vie.
Le camping créait une forme de voisinage provisoire, mais intense. On partageait les nouvelles, les bons plans, les heures de départ pour une sortie, les commentaires sur le temps, l'état de la mer, l'animation du soir ou la foule de Saint-Tropez. Cette mémoire des gestes simples est au cœur de ce que furent les vacances populaires de la Côte d'Azur dans les années 1960 et 1970.
Même lorsque la saison touchait à sa fin, en septembre, il restait cette impression d'avoir vécu plus largement, plus librement, plus collectivement. Le départ avait toujours quelque chose d'un arrachement. On repliait la tente, on secouait le sable, on chargeait la voiture, mais une partie de l'été restait là-bas, sous les pins de Saint-Pons-les-Mûres.
Ce que ces vacances ont laissé
Avec le temps, les lieux changent, les campings se transforment, les générations passent, mais certains noms demeurent comme des points d'ancrage de la mémoire. Le Trident Bleu fait partie de ces noms-là, associé à la pinède, à la plage, au Camping de la Plage et à une manière de vivre les vacances qui appartient pleinement à l'histoire estivale de Grimaud et du golfe de Saint-Tropez.
Ce témoignage n'est pas seulement le souvenir d'un séjour. Il raconte aussi une époque où partir en camping signifiait entrer pour plusieurs semaines dans une communauté de bord de mer, entre simplicité matérielle, liberté des journées, soirées festives et découvertes progressives de lieux devenus mythiques. À travers les plages, les pinèdes, les feux du soir, les promenades à Port-Grimaud, les traversées vers Saint-Tropez, le bar dancing sur la plage et les retours tranquilles vers la tente, se dessine toute une mémoire des vacances populaires sur la Côte d'Azur.
C'est cette mémoire-là que Saint-Pons-les-Mûres, Le Trident Bleu et le Camping de la Plage permettent encore aujourd'hui de faire revivre, dès qu'on ferme les yeux et qu'on laisse revenir l'odeur des pins, du sable chaud et de la mer.
Ce que j'ai appris depuis sur le golfe de nos étés
– Port-Grimaud : l'architecte François Spoerry avait acheté les marais en 1962 ; le permis de construire avait été accordé en 1965 et les travaux de la première tranche avaient commencé en juin 1966. Les 75 premières maisons ont été livrées à l'été 1967 ; l'Église Saint-François-d'Assise, ornée de vitraux de Victor Vasarely, a été achevée en 1969. J'ai vu tout cela sortir des marécages, été après été.
– « Le Gendarme se marie » : le tournage a eu lieu du 21 mai au 19 juillet 1968, à Saint-Tropez, Grimaud, Cogolin et La Motte, puis aux Studios de Billancourt. À Port-Grimaud ont été tournés l'enlèvement de la mariée, rue de l'Île du Couchant, la poursuite place des Six-Canons, et le fameux saut de Cruchot en voiture sur le bateau où Josépha (Claude Gensac) était retenue : les scènes dont nous avons été témoins, Gil et moi. Sorti à la fin d'octobre 1968, le film a attiré plus de 6,8 millions de spectateurs.
– La gendarmerie de Saint-Tropez : le bâtiment que nous avons visité a abrité la gendarmerie de 1879 à 2003. Il est devenu le Musée de la Gendarmerie et du Cinéma, inauguré le 25 juin 2016.
– Les bateaux du golfe : la compagnie des Bateaux Verts, créée à Sainte-Maxime en 1961, relie aujourd'hui Sainte-Maxime, Port-Grimaud et les autres rives du golfe à Saint-Tropez.
– La place des Lices : ancien terrain de joutes ombragé de platanes, elle accueille chaque jour les joueurs de pétanque, et le marché provençal le mardi et le samedi.
À suivre
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Page mise à jour le 04/10/2026
