Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Les métiers disparus ou transformés des années 50, 60, 70 et 80 – Suite 02

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8. Les métiers de la rue et du quartier

Les cris de la rue

Dans les villes et les villages des années 1950, la rue résonnait encore de cris de métiers ambulants. Chacun avait son appel, reconnaissable de loin :

Ces métiers ont disparu avec la société de consommation : on ne répare plus une chaise ou un plat, on le remplace. Certains (rempailleurs, rémouleurs) survivent dans l'artisanat d'art ou sur les marchés.

Les livreurs : laitier, charbonnier et marchand de glace

Avant le réfrigérateur et le chauffage central, plusieurs livreurs passaient régulièrement :

Le réfrigérateur, présent dans environ la moitié des foyers au milieu des années 1960 et dans la quasi-totalité à la fin des années 1970, et le passage au fioul, au gaz et à l'électricité pour le chauffage ont fait disparaître ces tournées.

Les crieurs et vendeurs de journaux

Dans les grandes villes, les crieurs de journaux vendaient à la criée les éditions du jour (France-Soir, Paris-Presse, L'Intransigeant, les journaux du soir) dans les rues, les cafés et les bouches de métro. On les entendait annoncer les gros titres. Ils ont disparu avec le déclin de la presse du soir et l'arrivée de l'information à la radio, puis à la télévision.

9. Le commerce et l'artisanat de proximité

Le cordonnier

Dans les années 1950, chaque quartier et chaque bourg avait son cordonnier. On faisait ressemeler ses chaussures, poser des talons, recoudre, ajouter des « fers » pour éviter l'usure. La France comptait environ 45 000 cordonniers en 1950 ; il n'en reste aujourd'hui qu'environ 3 000. Les causes sont connues : la baisse du prix des chaussures, fabriquées à l'étranger et souvent collées plutôt que cousues, et la mode des chaussures de sport. Un reportage de l'INA de 1976, consacré à Monsieur Martinot, « réparateur de vieilles savates », montre déjà un métier conscient de son déclin.

Le métier connaît pourtant un petit renouveau : cordonneries spécialisées dans la réparation de baskets, services de clés et de petite maroquinerie, et une nouvelle sensibilité écologique à la réparation.

L'épicier, le crémier, la mercière et le quincaillier

Le petit commerce indépendant était la trame de la vie de quartier : l'épicerie (souvent un Félix Potin, un Casino, un Docks de France ou une « Coop »), la crèmerie (lait, beurre, fromages, œufs), la mercerie (fils, boutons, rubans, laine), la quincaillerie, la droguerie, la boucherie chevaline, la triperie. On y achetait au détail, souvent « à crédit » noté sur un carnet jusqu'à la fin du mois.

Le 15 juin 1963, Carrefour ouvre à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne) le premier hypermarché de France. Le modèle se diffuse très vite dans les années 1960-1970 : parkings immenses, libre-service, prix bas, tout sous le même toit. Les petits commerçants se mobilisent (le mouvement du CID-UNATI de Gérard Nicoud, à la fin des années 1960) et obtiennent la loi Royer de 1973, qui soumet l'ouverture des grandes surfaces à une autorisation. Mais la tendance ne s'inverse pas : des dizaines de milliers d'épiceries, de crèmeries et de merceries ferment.

Le bistrot

Le café du coin était un lieu essentiel de la sociabilité populaire, surtout masculine : on y prenait le petit blanc du matin, on y jouait aux cartes ou au baby-foot, on y regardait la télévision avant qu'elle n'entre dans les foyers, on y téléphonait. Il était souvent aussi épicerie, bureau de tabac, dépôt de pain ou relais de poste dans les villages.

Un chiffre est souvent cité : la France serait passée d'environ 200 000 cafés en 1960 à environ 35 000 à 40 000 aujourd'hui. Il faut le prendre comme un ordre de grandeur, mais il traduit un effondrement réel, lié à l'exode rural, à la télévision, à la lutte contre l'alcoolisme, au prix de la licence et au changement des modes de vie. Le métier de cafetier a survécu, mais le « bistrot de village » est devenu rare, au point que des communes rachètent aujourd'hui leur dernier café pour le sauver.

10. Les métiers du spectacle, de l'image et des loisirs

Les ouvreuses de cinéma

Dans les grandes salles de cinéma des années 1950 à 1980, l'ouvreuse, lampe de poche à la main, conduisait le spectateur jusqu'à sa place dans le noir. Elle vendait aussi les esquimaux, les bonbons et les programmes à l'entracte. Elle n'était souvent pas salariée ou très peu, et vivait essentiellement du pourboire laissé par les spectateurs, ce qui en faisait un métier précaire (un reportage de l'INA de 1986 montre cette précarité).

La disparition de l'entracte, la fin du pourboire obligatoire et surtout l'arrivée des multiplexes dans les années 1990, où l'on trouve seul sa place dans des salles numérotées, ont fait disparaître l'ouvreuse. (Sur l'histoire des salles et de la fréquentation, voir l'article « Le cinéma ».)

Les projectionnistes

Chaque cinéma avait son projectionniste (ou opérateur), dans sa cabine, qui chargeait les bobines de film 35 mm, surveillait la mise au point, enchaînait les bobines entre deux projecteurs sans que le public s'en aperçoive, et réparait les films cassés. Le passage à la projection numérique, généralisé en France au début des années 2010, a pratiquement supprimé ce métier : un serveur informatique lance désormais les séances.

Les speakerines

À la télévision, la speakerine annonçait les programmes, souriait, présentait la soirée, et faisait patienter en cas de panne. Jacqueline Joubert fut la première speakerine officielle après un concours en 1949 ; Catherine Langeais devint la première grande vedette du métier, suivie par Jacqueline Caurat, Jacqueline Huet, Anne-Marie Peysson, Denise Fabre, Évelyne Leclercq et bien d'autres. Elles étaient connues de tous les Français.

Le métier disparaît sur TF1 en 1992, puis sur France 2 et France 3 en 1993 : les speakerines sont remplacées par des voix off et des bandes-annonces. (Voir l'article « Histoire de la télévision ».)

Les photographes de quartier et les forains

Autres métiers transformés : le photographe de quartier, qui faisait les photos de mariage, de communion et d'identité, développait les pellicules et vendait les appareils, a été fortement touché par la photo numérique puis par le téléphone portable. Le photographe de plage ou de fête foraine, qui nous prenait en photo à notre insu et nous vendait le tirage le lendemain, a disparu. Les musiciens de bal (accordéonistes, orchestres de bal populaire) ont été remplacés en partie par les disc-jockeys à partir des années 1960-1970 (voir l'article « Les bals populaires et les boîtes de nuit »).

11. Les métiers de la maison : bonnes, domestiques et nourrices

Jusqu'aux années 1950, de nombreuses familles bourgeoises, mais aussi des familles de commerçants, de médecins, de notaires, employaient une bonne à tout faire, souvent une jeune fille venue de la campagne (de Bretagne, du Massif central, de Savoie), logée dans une chambre de bonne sous les toits, au sixième étage sans ascenseur. Elle travaillait de l'aube jusqu'au soir, souvent six jours et demi sur sept, pour un salaire faible, logée et nourrie.

On trouvait aussi des cuisinières, des femmes de chambre, des nourrices (qui allaitaient ou gardaient les enfants), des cochers puis des chauffeurs, des jardiniers, des concierges.

Ce monde domestique s'est réduit à partir des années 1950-1960 pour plusieurs raisons : les jeunes filles de la campagne trouvent d'autres emplois (dans les bureaux, les usines, le commerce), les appareils ménagers allègent le travail, les appartements modernes sont plus petits, et les salaires augmentent. La bonne logée disparaît progressivement ; elle est remplacée par la femme de ménage payée à l'heure, puis, bien plus tard, par les services à la personne. Le métier de concierge (gardien d'immeuble), si présent dans la vie parisienne, a lui aussi fortement reculé avec les digicodes et les interphones.

Il faut noter qu'à partir des années 1960, beaucoup d'emplois domestiques dans les grandes villes ont été occupés par des femmes immigrées, notamment espagnoles puis portugaises : la figure de la « concierge portugaise » est devenue un cliché, mais elle correspondait à une réalité sociale.

12. Disparus, transformés ou réinventés ?

Beaucoup de métiers n'ont pas disparu : ils se sont transformés au point de devenir méconnaissables. D'autres renaissent sous une forme nouvelle.

Des métiers profondément transformés

Des métiers qui renaissent

Certains métiers presque disparus connaissent un renouveau, souvent porté par le goût de l'artisanat, du patrimoine et de la réparation :

Ces renaissances restent modestes en nombre, mais elles montrent que les savoir-faire d'autrefois peuvent avoir un avenir, dès lors qu'on leur trouve une nouvelle utilité.

13. Grand tableau récapitulatif

MétierÂge d'orPrincipale cause du déclinDate cléSituation aujourd'hui
Mineur de charbon1946-1958Concurrence du pétrole, du charbon importé puis du nucléaire2004, fermeture de La HouveDisparu en France
SidérurgisteAnnées 1950-1970Crise de l'acier, concurrence mondiale1978-1984, grands plans de suppressionsTrès réduit
Ouvrier du textileJusqu'aux années 1960Concurrence des pays à bas salaires1990-2015, perte des deux tiers des effectifsLuxe et textiles techniques
Valet de ferme, journalierAnnées 1950Mécanisation, remembrementAnnées 1960Remplacé par des salariés agricoles saisonniers
Maréchal-ferrant, charron, bourrelierJusqu'aux années 1950Disparition du cheval de trait1948-1966, chevaux divisés par plus de deuxMaréchalerie de loisir
Bouilleur de cruAnnées 1950 (environ 3 millions)Privilège non transmissible1960600 à 700 en 2021
LavandièreJusqu'aux années 1950Eau courante, machine à laverAnnées 1960Disparu
Chauffeur de locomotive à vapeurJusqu'aux années 1960Électrification et dieselDébut des années 1970Disparu
Garde-barrièreAnnées 1950-1960Automatisation des passages à niveauAnnées 1960-1980Pratiquement disparu
Poinçonneur du métro1900-1973Ticket magnétique10 septembre 1973Disparu
PompisteAnnées 1960-1970Libre-service, stations d'hypermarchés1980-2010, stations divisées par troisQuasi disparu
Docker intermittent1947-1992Conteneur, réforme9 juin 1992Docker mensualisé
Tubiste de la poste pneumatique1866-1984Téléphone, télex1984Disparu
TélégraphisteJusqu'aux années 1970Téléphone30 avril 2018, fin du télégrammeDisparu
Demoiselle du téléphoneJusqu'aux années 1970Automatisation du réseau1979Disparu
Typographe, linotypisteJusqu'aux années 1970Photocomposition, PAO1975-1977, conflit du Parisien libéréAteliers d'art
SténodactyloAnnées 1950-1970Traitement de texte, informatiqueAnnées 1980Transformé en assistante
Rémouleur, vitrier, marchand de peaux de lapinJusqu'aux années 1950Société de consommationAnnées 1960Disparus ou marginaux
Laitier, charbonnier, marchand de glaceJusqu'aux années 1950-1960Réfrigérateur, chauffage centralAnnées 1960-1970Disparus
CordonnierAnnées 1950 (environ 45 000)Chaussures bon marché, basketsContinuEnviron 3 000
Épicier, crémier, mercièreAnnées 1950Hypermarchés15 juin 1963, premier hypermarchéFortement réduits
Ouvreuse de cinémaAnnées 1950-1980Multiplexes, fin du pourboireAnnées 1990Disparu
ProjectionnisteJusqu'aux années 2000Projection numériqueDébut des années 2010Quasi disparu
Speakerine1949-1993Voix off, bandes-annonces1992 (TF1), 1993 (France 2 et France 3)Disparu
Bonne à tout faireJusqu'aux années 1950Emplois alternatifs, électroménagerAnnées 1960Remplacée par les services à la personne
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Page mise à jour le 04/10/2026