Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Les métiers disparus ou transformés des années 50, 60, 70 et 80 – Suite 01

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4. Le fer, l'acier et le textile : l'industrie qui s'en va

Les sidérurgistes de Lorraine et du Nord

La sidérurgie a été, avec le charbon, l'autre grand pilier de l'industrie lourde française. En Lorraine, les vallées de la Fensch, de l'Orne, de la Moselle et le bassin de Longwy étaient couverts de hauts-fourneaux, d'aciéries et de laminoirs. On y parlait de « la Lorraine du fer », avec ses cités ouvrières, ses immigrés italiens, polonais, portugais puis maghrébins, et ses grandes familles de maîtres de forges (les de Wendel notamment).

En 1974, la sidérurgie lorraine emploie encore environ 78 000 salariés. Puis tout s'effondre. La production d'acier de la région chute de plus de 14 millions de tonnes en 1974 à environ 10 millions en 1975. Les plans de restructuration se succèdent :

À Longwy, l'usine de la Chiers passe de 5 hauts-fourneaux et 3 600 salariés en 1976 à 140 emplois en 1980. En 1982, la sidérurgie lorraine ne compte plus que 38 461 salariés, et environ 10 000 en 1987.

La colère est immense. À Longwy, en 1978-1979, les sidérurgistes multiplient les actions spectaculaires : blocages de routes, opérations « ville morte », occupation de relais de télévision. La CGT crée la radio libre Lorraine Cœur d'Acier (voir l'article « Histoire des radios pirates et des radios libres »), qui donne la parole aux ouvriers et à leurs familles. Le 23 mars 1979, une grande marche des sidérurgistes sur Paris rassemble 60 000 personnes selon la police, plusieurs centaines de milliers selon la CGT.

Les métiers de la sidérurgie, comme ceux de la mine, avaient leur vocabulaire et leur noblesse : le fondeur, le couleur (qui surveillait la coulée de la fonte), le lamineur, le chargeur de haut-fourneau, le pontier (qui conduisait les ponts roulants). Beaucoup de ces gestes ont disparu avec la fermeture des hauts-fourneaux, les derniers de Lorraine s'étant éteints au début des années 2010.

Le textile : la fin de la « Manchester française »

Le textile a été pendant plus d'un siècle l'une des premières industries de France. Roubaix, Tourcoing et Lille (surnommées la « Manchester française »), les Vosges, Lyon (la soie), Troyes (la bonneterie), le Choletais, la vallée de la Lys, les Ardennes, le Tarn (Mazamet, Castres) vivaient au rythme des filatures et des tissages.

Les métiers du textile étaient innombrables : fileuse, bobineuse, rattacheur (qui renouait les fils cassés sur le métier à filer), tisserand, peigneur (qui préparait la laine), teinturier, apprêteur, visiteuse (qui contrôlait les défauts du tissu), bonnetière, mécanicien de métiers. Le travail se faisait en équipes, dans le bruit assourdissant des métiers, la chaleur et l'humidité nécessaires au fil. Beaucoup d'ouvrières y entraient dès 14 ans.

Le déclin commence dès les années 1950-1960, s'accélère dans les années 1970 avec la concurrence des pays à bas salaires, et se poursuit sans interruption. Selon l'Insee, l'industrie du textile et de l'habillement employait encore 425 000 salariés en 1990 ; elle n'en comptait plus que 103 000 en 2015. Entre 1996 et 2015, elle a perdu 51 % de sa production et 66 % de ses effectifs salariés. Il faut imaginer que les chiffres des années 1950, avant ce déclin, étaient bien plus élevés encore.

Aujourd'hui, ce qui reste du textile français s'est concentré sur le luxe et les textiles techniques (pour l'automobile, la médecine, l'aéronautique). Les bâtiments des anciennes usines, eux, ont souvent été reconvertis : à Roubaix, l'ancienne usine Motte-Bossut accueille les Archives nationales du monde du travail, et l'ancienne piscine Art déco est devenue le musée La Piscine.

La chaussure et les autres industries de main-d'œuvre

La même histoire s'est répétée dans d'autres industries dites « de main-d'œuvre » : la chaussure (Romans-sur-Isère, Fougères, Limoges, les Mauges), la ganterie (Millau, Grenoble), la coutellerie (Thiers), la porcelaine (Limoges), la construction navale (La Ciotat, Dunkerque, Saint-Nazaire pour partie), l'horlogerie (Besançon, avec la célèbre lutte des Lip en 1973). À chaque fois, ce sont des milliers d'ouvriers qualifiés, fiers de leur savoir-faire, qui ont vu leur métier disparaître ou se réduire à quelques ateliers spécialisés.

5. Le rail, la route et les ports : cheminots, poinçonneurs, pompistes et dockers

Les cheminots : un monde qui se réduit et se transforme

La SNCF, créée en 1938, a hérité des grandes compagnies privées une armée de cheminots. Elle comptait 514 000 agents en 1938 (son maximum historique), encore 491 000 en 1946, puis 360 000 en 1964, 192 000 en 1993 et environ 136 000 en 2020. En moins d'un siècle, les effectifs ont été divisés par près de quatre, alors que le trafic voyageurs, lui, a fortement augmenté.

Plusieurs métiers du rail ont complètement disparu :

La maisonnette de garde-barrière, avec son petit jardin, sa cloche et ses barrières blanches et rouges, fait partie des images les plus attachantes de la France des années 1950-1960. Le métier était souvent confié à des épouses de cheminots, avec des horaires très longs (parfois jour et nuit), pour un salaire modeste compensé par le logement.

D'autres métiers se sont profondément transformés : le mécanicien est devenu conducteur (seul en cabine), l'aiguilleur travaille désormais sur des postes informatisés qui commandent des dizaines de kilomètres de voies, le contrôleur est devenu « chef de bord ». L'arrivée du TGV en 1981 a symbolisé cette modernisation.

Les poinçonneurs du métro

Le ticket de métro parisien est né le 19 juillet 1900. Pendant plus de soixante-dix ans, à l'entrée des quais, un agent assis dans une petite guérite poinçonnait chaque ticket d'un trou (d'abord de 6 mm) avec une pince qui imprimait aussi la date et l'heure au dos. C'était le poinçonneur, ou plus souvent la poinçonneuse, car le métier était très féminisé.

La chanson de Serge Gainsbourg, (Le Poinçonneur des Lilas), créée en 1958 (et interprétée aussi sur scène par les Frères Jacques à Montmartre), a immortalisé la monotonie de ce travail souterrain : « des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous ». En 1965, Bourvil incarne un poinçonneur dans le film (La Grosse Caisse).

Les essais de tickets magnétiques commencent en 1968. Le 10 septembre 1973, tous les tickets vendus dans le métro, à l'exception des billets touristiques et collectifs, deviennent magnétiques. Les portillons automatiques remplacent les poinçonneurs, qui sont reclassés dans d'autres fonctions de la RATP.

Les pompistes

Dans les années 1960 et 1970, on ne se servait pas soi-même à la station-service. Le pompiste, en bleu de travail ou en combinaison aux couleurs de la marque (Total, Esso, Shell, BP, Elf, Antar, Mobil), faisait le plein, nettoyait le pare-brise, vérifiait l'huile et la pression des pneus, et recevait souvent un pourboire. Beaucoup de stations étaient aussi de petits garages de village.

Le nombre de stations-service a fondu : environ 41 500 en 1980, 24 500 en 1990, 16 227 en 2000, 12 051 en 2010 et 11 160 en 2020. En trois décennies, il a été divisé par trois. Deux causes principales : l'arrivée du libre-service, avec paiement automatique par carte, et la conquête du marché par les stations des hypermarchés, qui ne détenaient que 12 % du marché des carburants en 1980, mais 63 % en 2013. Le pompiste, exposé toute la journée aux vapeurs d'essence, a pratiquement disparu du paysage.

Les dockers

Dans les grands ports (Marseille, Le Havre, Rouen, Nantes-Saint-Nazaire, Bordeaux, Dunkerque, Brest), les dockers chargeaient et déchargeaient les navires à la main, avec des crochets, des palans, des grues. Leur métier était encadré par une loi de 1947 qui leur reconnaissait un statut particulier : ils étaient des ouvriers intermittents, embauchés à la vacation (à la demi-journée ou à la journée) selon l'arrivée des bateaux, avec une carte professionnelle et une indemnisation des journées sans travail. Le métier était dur, dangereux, et très solidaire, avec un syndicat (la CGT) extrêmement puissant.

Deux bouleversements ont transformé le métier : le conteneur, qui se généralise à partir des années 1960-1970 et réduit massivement le besoin de main-d'œuvre, et la réforme du 9 juin 1992, qui met fin au régime d'intermittence et fait des dockers des salariés mensualisés des entreprises de manutention. Cette réforme a été précédée de très longues grèves dans tous les ports français en 1991-1992. Le docker d'aujourd'hui conduit des portiques et des engins géants ; le « docker à la main » a disparu.

6. La Poste, le télégraphe et le téléphone

Les PTT, une grande maison

Pendant les Trente Glorieuses, les PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones) forment une des plus grandes administrations de France. Le bureau de poste est au cœur de chaque commune, avec son receveur ou sa receveuse, ses guichetiers, ses facteurs. Le facteur fait sa tournée à pied ou à vélo (puis en mobylette, puis en voiture jaune), apporte le courrier, les mandats, la pension, les nouvelles ; il est souvent le seul lien quotidien des personnes âgées isolées avec l'extérieur.

Le 1er janvier 1991, conformément à une loi du 2 juillet 1990, les PTT sont séparés en deux établissements publics autonomes : La Poste et France Télécom. C'est la fin d'une époque et d'une « grande maison » où beaucoup de familles avaient fait carrière.

Le « petit bleu » et les tubistes de la poste pneumatique

Paris a possédé pendant plus d'un siècle un réseau unique : la poste pneumatique. Créé en 1866, ce réseau de tubes d'acier souterrains, dans lesquels circulaient des cartouches propulsées par air comprimé, atteint en 1946 sa longueur maximale de 427 kilomètres et dessert environ 130 bureaux. On y envoyait des « petits bleus », des cartes-lettres de couleur bleue qui traversaient Paris en moins d'une heure.

Le réseau faisait vivre des métiers spécialisés : les tubistes, qui réceptionnaient, triaient et réexpédiaient les cartouches, et les porteurs de pneumatiques, souvent à vélo, qui livraient les messages à domicile. Le trafic s'effondre avec la concurrence du téléphone et du télex : de 4 millions de plis en 1970, il tombe à 648 000 en 1980. Le service public de la poste pneumatique ferme en 1984.

La fin du télégramme

Le télégramme a longtemps été le moyen de transmettre une nouvelle urgente : une naissance, un décès, un résultat d'examen, une arrivée. Le télégraphiste, souvent un jeune homme à vélo, le portait à domicile, et son arrivée faisait souvent craindre une mauvaise nouvelle. Le service des télégrammes a été maintenu très longtemps, mais il a fermé en France le 30 avril 2018, après 139 ans d'existence.

Les demoiselles du téléphone

Avant l'automatisation, pour téléphoner, il fallait décrocher et demander le numéro à une opératrice (on disait les « demoiselles du téléphone »). Assises en rangs devant de grands standards, un casque sur la tête, elles établissaient les communications en branchant des fiches dans des jacks. Le métier était presque entièrement féminin, très surveillé, avec des règles strictes de politesse et de rapidité.

La France a longtemps souffert d'un grand retard téléphonique : jusqu'au milieu des années 1970, seul un Français sur sept disposait du téléphone chez lui. Les sketches de Fernand Raynaud, notamment le célèbre (Le 22 à Asnières), se moquaient de l'attente interminable pour obtenir une communication. Le grand plan de rattrapage lancé au milieu des années 1970 change tout : en quelques années, des millions de lignes sont installées, et le réseau devient entièrement automatique en 1979. Les derniers centraux manuels ferment ; les demoiselles du téléphone disparaissent.

Il faut ajouter à ce tableau les standardistes des entreprises et des administrations, métier très répandu jusqu'aux années 1990, que les standards automatiques et les messageries vocales ont fortement réduit.

7. L'imprimerie et le bureau : typographes, linotypistes et dactylos

Les « aristocrates » de la classe ouvrière

Pendant des siècles, l'imprimerie a reposé sur la composition au plomb. Le typographe (ou compositeur) assemblait lettre par lettre les caractères en plomb dans un composteur, pour former des lignes, puis des pages. À la fin du XIXe siècle, la Linotype permet de composer des lignes entières coulées en plomb à partir d'un clavier : le linotypiste devient la figure centrale des imprimeries de presse.

Ces ouvriers du Livre étaient souvent considérés comme les « aristocrates » de la classe ouvrière : très qualifiés, cultivés (ils devaient maîtriser l'orthographe et la grammaire mieux que beaucoup de rédacteurs), bien payés, et organisés dans un syndicat très puissant, la Fédération du Livre CGT, qui contrôlait l'embauche dans la presse parisienne.

Autour d'eux travaillaient les correcteurs, les metteurs en pages, les clicheurs, les rotativistes, les conducteurs de machines, les brocheurs et les relieurs.

La fin du plomb

Dans les années 1970, la photocomposition (composition par procédé photographique puis électronique) remplace progressivement le plomb. Pour les typographes, c'est la fin d'un savoir-faire séculaire. Le conflit le plus célèbre est celui du Parisien libéré (1975-1977), qui oppose pendant plus de deux ans le patron du journal, Émilien Amaury, aux ouvriers du Livre CGT, sur fond de modernisation et de suppressions d'emplois. Il reste un souvenir marquant de la presse parisienne des années 1970.

Dans les années 1980, la publication assistée par ordinateur (PAO), rendue possible par les premiers micro-ordinateurs à interface graphique (le Macintosh apparaît en 1984), achève la transformation : une seule personne peut désormais saisir, mettre en page et préparer un document pour l'impression. Le métier de typographe n'existe plus que dans quelques ateliers d'art et musées (le musée de l'Imprimerie et de la Communication graphique de Lyon, par exemple).

Les dactylos et les pools de secrétariat

Dans les bureaux des années 1950-1970, le travail d'écriture est confié à une armée de femmes : les dactylos (dactylographes), qui tapaient à la machine, les sténodactylos, qui prenaient le courrier sous la dictée en sténographie (une écriture abrégée, par exemple la méthode Prévost-Delaunay) avant de le taper, et les secrétaires. Dans les grandes entreprises et administrations, elles travaillent souvent dans des pools : de grandes salles où des dizaines de machines crépitent en même temps, sous l'œil d'une cheffe de pool.

Les concours de dactylographie étaient alors de vrais événements, couverts par la télévision. On apprenait la dactylo dans les écoles Pigier ou dans les collèges d'enseignement technique, et le CAP de sténodactylographe ouvrait les portes des bureaux à des milliers de jeunes filles.

Les machines à écrire électriques, puis les machines de traitement de texte au début des années 1980, puis les micro-ordinateurs, ont transformé ce métier. La sténographie a presque disparu (elle survit par exemple au service des comptes rendus des assemblées parlementaires). Le métier de secrétaire s'est transformé en « assistante », avec des tâches beaucoup plus variées.

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Page mise à jour le 04/10/2026