Vie rurale – vie urbaine – périurbanisation – Suite 01
L'aménagement du territoire, les résidences secondaires, les néo-ruraux, la rurbanisation et le lotissement : quand les citadins repartent vers les campagnes
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
4. Rééquilibrer la France : l'aménagement du territoire
« Paris et le désert français » (1947)
En 1947, le géographe Jean-François Gravier publie un livre au titre choc : « Paris et le désert français ». Il y dénonce la concentration excessive des hommes, des emplois et des pouvoirs dans la capitale, au détriment des provinces qui se vident. Ce livre inspire, pendant des décennies, la politique d'aménagement du territoire.
La DATAR (1963)
En février 1963, le général de Gaulle crée la Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale (DATAR), confiée à Olivier Guichard. Elle encourage les entreprises à s'installer en province, par des aides et des primes, et organise de grands programmes : en 1964, huit « métropoles d'équilibre » (Lille, Nancy-Metz, Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes-Saint-Nazaire) sont désignées pour contrebalancer Paris. Des usines automobiles, électroniques, aéronautiques s'installent en Bretagne, dans l'Ouest, dans le Sud-Ouest.
La mer et la montagne
L'État aménage aussi les espaces de loisirs : la Mission Racine, à partir de 1963, crée de nouvelles stations sur le littoral du Languedoc-Roussillon, comme La Grande-Motte, Port-Leucate ou le Cap d'Agde ; le Plan Neige, à partir de 1964, lance de grandes stations de sports d'hiver en altitude, en Savoie et dans les Alpes du Sud. Dans nos Hautes-Alpes, de nouvelles stations naissent dans ces années-là, et changent la vie de vallées entières. (Le site consacre un témoignage à une enfance dans les Hautes-Alpes.)
Les parcs naturels
Pour protéger les espaces et faire vivre les campagnes, l'État crée les parcs nationaux, dont le premier, la Vanoise, ouvre en 1963, et, à partir de 1967, les parcs naturels régionaux, qui associent protection de la nature, agriculture, artisanat et tourisme. (Le site consacre un récit au Parc National de la Vanoise.)
5. Les citadins à la campagne : résidences secondaires et néo-ruraux
La maison de campagne
Avec la voiture et les congés payés, les citadins découvrent ou redécouvrent la campagne. Beaucoup achètent ou héritent d'une résidence secondaire : la vieille ferme de la famille, la maison du grand-père, une grange à retaper. Le nombre de résidences secondaires passe d'environ un million au début des années 1960 à plus de deux millions au début des années 1980. La France devient l'un des pays du monde qui en compte le plus. Dans certains villages de montagne ou du Midi, les volets restent fermés dix mois sur douze ; ailleurs, les « résidents secondaires » font revivre des maisons qui tombaient en ruine.
Le retour à la terre
Après Mai 68, une partie de la jeunesse rejette la société de consommation et la vie urbaine. Des jeunes citadins, souvent diplômés, partent s'installer dans les régions les plus isolées : l'Ardèche, les Cévennes, l'Ariège, la Haute-Provence, le Larzac, la Creuse. Les premières communautés apparaissent dès 1967, en Ardèche et en Ariège. Ils élèvent des chèvres, fabriquent du fromage, relancent la culture des châtaignes, des petits fruits, ouvrent des ateliers d'artisanat, de poterie, de tissage.
Une cohabitation parfois difficile
L'accueil des habitants est mitigé : curiosité, méfiance, parfois hostilité envers ces « hippies » aux cheveux longs. Beaucoup repartent après un ou deux hivers difficiles. Mais d'autres s'installent durablement, se font accepter, deviennent conseillers municipaux, créent des marchés de producteurs, des festivals, des gîtes ruraux, des écoles de cirque, des chorales. Selon l'historienne Catherine Rouvière, ces néo-ruraux ont contribué à faire revivre des campagnes qui se mouraient. (Le site consacre un récit à la lutte du Larzac.)
6. La renaissance des campagnes et la rurbanisation
La fin de l'exode rural
Au recensement de 1975, puis surtout à celui de 1982, les statisticiens de l'INSEE constatent un fait nouveau : pour la première fois depuis plus d'un siècle, l'exode rural s'est arrêté, et beaucoup de communes rurales gagnent à nouveau des habitants, tandis que les centres des grandes villes en perdent. On parle de « renaissance rurale ».
La « ville éparpillée »
Mais cette renaissance a une explication : ce sont surtout les communes proches des villes qui grandissent. En 1976, deux sociologues, Gérard Bauer et Jean-Michel Roux, publient « La Rurbanisation ou la ville éparpillée ». Ils décrivent ce phénomène nouveau : des familles d'origine urbaine, souvent jeunes et avec enfants, s'installent à 20 ou 30 kilomètres des villes, dans des villages, tout en gardant leur emploi en ville, grâce à la voiture. Selon eux, entre un quart et un tiers des logements construits en dix ans relèvent de ce mouvement.
Le lotissement au village
Concrètement, cela se traduit par des lotissements de maisons individuelles en bordure des villages, avec leurs rues en impasse, leurs haies de thuyas, leurs garages et leurs barbecues. Les nouveaux habitants travaillent en ville, font leurs courses à l'hypermarché, et passent peu de temps au village. On parle de « villages dortoirs ». Les anciens habitants voient arriver ces nouveaux venus avec curiosité, parfois avec agacement ; mais leurs enfants remplissent de nouveau l'école, et certains s'investissent dans les associations et le conseil municipal.
Les entrées de ville et les zones commerciales
Entre la ville et la campagne apparaissent de nouveaux paysages : les zones commerciales et les zones d'activités, avec leurs hypermarchés, leurs magasins de bricolage, d'ameublement et de jardinage, leurs concessionnaires automobiles, leurs restaurants rapides, leurs ronds-points et leurs grands panneaux publicitaires. Ces « entrées de ville », toutes semblables d'une région à l'autre, deviendront dans les années 1990 le symbole d'une France banalisée. (Le site consacre un récit aux hypermarchés.)
« La Rurbanisation ou la ville éparpillée. » — titre du livre de Gérard Bauer et Jean-Michel Roux, 1976, qui a donné son nom à un phénomène
7. Ce qui a changé au village
La disparition des services
Dans les villages les plus éloignés des villes, le mouvement inverse se poursuit : les commerces ferment l'un après l'autre, le café-épicerie baisse le rideau, le bureau de poste devient une agence ouverte quelques heures, la classe unique ferme et les enfants sont regroupés dans l'école d'un village voisin, au sein d'un regroupement pédagogique. Le curé dessert désormais dix ou quinze paroisses. Le médecin de campagne, qui faisait ses visites à domicile à toute heure, devient plus difficile à trouver.
Une culture commune
En même temps, la différence entre la vie rurale et la vie urbaine s'atténue. La télévision, la radio, les journaux, la voiture, l'école, le service militaire, les vacances, la consommation rapprochent les modes de vie. Les jeunes ruraux écoutent la même musique, portent les mêmes vêtements et regardent les mêmes émissions que les jeunes citadins. Les patois et les langues régionales reculent. (Le site consacrera une thématique aux langues régionales.)
De nouvelles solidarités
Les villages inventent aussi de nouvelles formes de vie collective : les foyers ruraux, les comités des fêtes, les associations sportives et culturelles, les clubs du troisième âge, les fêtes de la musique ou du pain, les marchés de producteurs. Les nouveaux habitants et les anciens s'y retrouvent parfois. (Le site consacre plusieurs récits à l'Éducation Populaire et à la vie associative.)
8. Ce que nous en gardons
Un pays urbain, des cœurs ruraux
En une génération, la France est devenue un pays majoritairement urbain : un peu plus de la moitié des Français vivaient en ville en 1946, près des trois quarts au milieu des années 1970. Mais beaucoup de citadins ont gardé un lien fort avec la campagne : une maison de famille, des cousins agriculteurs, des souvenirs de vacances chez les grands-parents, un attachement au « pays » d'origine.
Les questions d'aujourd'hui
La périurbanisation, née dans les années 1970, pose aujourd'hui de grandes questions : la dépendance à la voiture et le prix des carburants, l'étalement urbain et la disparition des terres agricoles, l'éloignement des services publics, le sentiment d'abandon de certaines campagnes. Ces questions, qui ont nourri de grands mouvements sociaux récents, ont leurs racines dans les transformations que notre génération a vécues.
La nostalgie du village
Pour notre génération, le village de l'enfance, avec son café, son épicier, son instituteur et sa fête patronale, reste un souvenir très vivant, parfois idéalisé. Il n'a pas complètement disparu : il s'est transformé, et vit autrement. (Le site consacre un récit entier à la nostalgie.)
Voir aussi
– Architecture : HLM, grands ensembles, lotissements périurbains : le triomphe du pavillon et des maisons sur catalogue.
– Le Parc National de la Vanoise : le premier parc national français.
– Une enfance et une jeunesse dans les Hautes-Alpes : un témoignage sur la vie à la montagne.
– La Nostalgie : pourquoi les souvenirs d'enfance nous reviennent si fort.
9. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1946 | Un peu plus de la moitié des Français vivent en ville |
| 1947 | « Paris et le désert français » de Jean-François Gravier |
| Années 1950 | Le Solex et la mobylette se répandent dans les campagnes |
| Février 1963 | Création de la DATAR |
| 1963 | Mission Racine sur le littoral du Languedoc-Roussillon ; Parc National de la Vanoise |
| 1964 | Les huit métropoles d'équilibre ; Plan Neige |
| 1967 | Premiers parcs naturels régionaux ; premières communautés néo-rurales en Ardèche et en Ariège |
| Mai 1968 | L'expression « métro, boulot, dodo » fait le tour des murs |
| 1970 | Rue piétonne du Gros-Horloge à Rouen |
| Début des années 1970 | Fermeture de nombreuses petites lignes de chemin de fer |
| 1973 | Achèvement du boulevard périphérique de Paris |
| 1975 | Recensement : premiers signes de la fin de l'exode rural |
| 1976 | « La Rurbanisation ou la ville éparpillée » de Bauer et Roux |
| 1977 | Ouverture de la ligne A du RER |
| 1982 | Recensement : les communes rurales proches des villes gagnent des habitants |
| Début des années 1980 | Plus de deux millions de résidences secondaires |
| 1985 | Retour du tramway à Nantes |
| 1987 | Retour du tramway à Grenoble |
10. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs du village et de la ville
Cette partie est réservée aux souvenirs : le village de l'enfance, son école à classe unique, son café, son épicerie, sa fête patronale ; les tournées du boulanger et de l'épicier ; la mobylette et le car de ramassage scolaire ; la première fois en ville ; la vie dans un quartier de ville, ses commerces et sa concierge ; la maison de campagne de la famille ; l'arrivée des « hippies » ou des néo-ruraux dans la vallée ; la construction du lotissement au bout du village. Photos de villages, de places, de commerces et de fêtes sont les bienvenues.
11. Pour aller plus loin
Références
– INSEE : trente ans de démographie des territoires
– Persée : renaissance des communes rurales ou nouvelle forme d'urbanisation ?
– Économie Rurale : compte rendu de « La Rurbanisation ou la ville éparpillée »
– CQFD : Ardèche, d'une utopie l'autre (les néo-ruraux)
– Cairn : le retour à la terre, utopies rurales dans la France des années 1970
– Wikipédia (en anglais) : Jean-François Gravier
Vidéos d'archives (INA)
– INA : vues de Lille, années 1960
– INA, Jalons : la construction des grands ensembles de banlieue, l'exemple de Sarcelles
Où trouver des photos
– Wikimedia Commons : places de village en France
– Wikimedia Commons : La Grande-Motte
– Wikimedia Commons : Mobylette
Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables, à condition de citer l'auteur et la licence. Les photos d'agences et de l'INA ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Les cartes postales anciennes de villages, faciles à trouver dans les brocantes, et les photos de famille sont les plus précieuses pour ce site.
Note de méthode
Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (INSEE, travaux de géographes, de sociologues et d'historiens, encyclopédies), recoupées entre elles. Les chiffres de population et de résidences secondaires sont des ordres de grandeur arrondis. Aucune parole de chanson n'est citée.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
