Vie rurale – vie urbaine – périurbanisation
Le village et ses commerces, la ville et ses nouveautés, puis le lotissement entre les deux : comment la frontière entre ville et campagne s'est brouillée en trente ans
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : deux mondes qui se rapprochent
Pourquoi ce récit ?
Dans les années 1950, il y avait la ville et il y avait la campagne, et tout le monde savait de quel côté il vivait. On était « de la ville » ou « de la campagne », avec des façons de parler, de s'habiller, de manger, de se distraire très différentes. Les citadins regardaient parfois les paysans de haut ; les ruraux se méfiaient des « gens de la ville ». Trente ans plus tard, cette frontière s'était brouillée : les villages se remplissaient de pavillons habités par des familles qui travaillaient en ville, les jeunes ruraux s'habillaient comme les jeunes citadins, et la télévision montrait à tous les mêmes émissions.
Ce récit raconte cette transformation vue de la vie quotidienne : ce qu'était la vie au village et la vie en ville dans notre enfance, ce qui a changé, et comment est apparu, entre les deux, ce monde nouveau que les géographes appellent le périurbain.
Le site raconte déjà l'exode rural et les grands ensembles dans le récit sur l'urbanisation, la transformation de l'agriculture dans le récit sur la métamorphose du monde rural, et les formes de l'habitat dans le récit sur l'architecture. Ici, nous nous intéressons à la façon de vivre : les commerces, l'école, les distractions, les déplacements, les liens entre voisins, et ce que nous en avons gardé.
Il est présenté en deux pages : la première décrit la vie au village et la vie en ville dans les années 1950 et 1960 ; la seconde raconte l'aménagement du territoire, le retour vers les campagnes à partir des années 1970, les résidences secondaires, les néo-ruraux, la rurbanisation, et ce que cette évolution a changé.
Quelques mots à connaître
– Commune rurale : pour l'INSEE, une commune qui n'appartient pas à une agglomération de plus de 2 000 habitants.
– Exode rural : le départ massif des habitants des campagnes vers les villes.
– Périurbanisation ou rurbanisation : l'installation de citadins dans les villages et les petites communes autour des villes, d'où ils continuent d'aller travailler en ville.
– Migrations pendulaires ou alternantes : les allers-retours quotidiens entre le domicile et le lieu de travail.
– Résidence secondaire : une maison que l'on possède en plus de son logement principal, pour les vacances et les week-ends.
– Néo-ruraux : les citadins qui choisissent de s'installer à la campagne pour y vivre et y travailler, notamment après 1968.
– Aménagement du territoire : la politique de l'État qui cherche à mieux répartir la population, les emplois et les équipements sur tout le pays.
1. La vie au village dans les années 1950 et 1960
Un monde où tout le monde se connaît
Au début des années 1950, près d'un Français sur deux vit encore dans une commune rurale. Le village est un petit monde où tout le monde se connaît, où l'on sait qui est le fils de qui, où l'on se salue dans la rue, où les nouvelles circulent vite, parfois trop. Les familles sont souvent installées là depuis des générations ; on se marie entre gens du canton.
L'école communale
Au centre du village, il y a l'école, souvent avec une classe unique, où un seul instituteur ou une seule institutrice enseigne à tous les enfants, du cours préparatoire au certificat d'études. L'instituteur est un personnage respecté, souvent secrétaire de mairie. Le certificat d'études primaires, passé vers quatorze ans, est la fierté des familles. (Le site consacre un récit à l'école des années 50 à 80.)
L'église et le curé
L'église et son clocher rythment la vie : la messe du dimanche, le catéchisme, les communions, les mariages, les enterrements, les processions et les fêtes religieuses. Le curé, souvent présent dans chaque paroisse jusqu'aux années 1960, est une figure importante, même si la pratique religieuse recule déjà fortement dans certaines régions. (Le site consacrera une thématique à la religion et à la laïcité.)
Le café, la mairie, la poste
Le café, souvent aussi épicerie, tabac ou dépôt de pain, est le lieu de rencontre des hommes, avec ses parties de cartes, de belote ou de tarot, et ses discussions politiques. La mairie, le bureau de poste, le monument aux morts, la place avec ses platanes ou ses tilleuls, le lavoir, la fontaine, la salle des fêtes complètent le décor.
Les commerces et les tournées
Les villages ont encore leurs commerçants et leurs artisans : le boulanger, l'épicier, le boucher, le forgeron ou maréchal-ferrant, le menuisier, le cordonnier, la couturière. Dans les plus petits, ce sont les tournées qui apportent le nécessaire : le boulanger, l'épicier, le boucher, le poissonnier passent avec leur camionnette, en klaxonnant, une ou deux fois par semaine. Les foires et les marchés du chef-lieu de canton sont de grands rendez-vous. (Le site raconte les métiers disparus dans une autre thématique.)
Les fêtes et les distractions
La fête patronale ou « vogue », avec son bal, ses manèges et ses stands, le 14 Juillet, les battages, les veillées d'hiver, les concours de boules, les matchs de football du dimanche, le cinéma ambulant qui passe de village en village, puis les premiers postes de télévision achetés par le café ou par quelques familles, sont les grandes distractions. (Le site consacre un récit aux bals populaires.)
2. Se déplacer à la campagne
À pied, à vélo, en car
Dans les années 1950, beaucoup de ruraux se déplacent encore à pied ou à vélo. On va au bourg, au marché, chez le médecin ou à la gare en vélo, parfois à cheval ou en carriole. Les cars relient les villages au chef-lieu, une ou deux fois par jour. Les petites lignes de chemin de fer desservent encore beaucoup de bourgs.
La mobylette et la voiture
À partir des années 1950, le Solex et la mobylette deviennent l'outil de liberté des jeunes ruraux : on va au bal du village voisin, au cinéma du bourg, au collège ou à l'apprentissage. Puis vient la voiture, la 2 CV, la 4 L, la 203, qui rapproche les villages des villes, mais qui condamne peu à peu les commerces locaux, puisque l'on peut aller faire ses courses plus loin.
Le ramassage scolaire
Dans les années 1960, avec l'allongement de la scolarité et la création des collèges, des cars de ramassage scolaire emmènent chaque matin les enfants des villages vers le bourg ou la petite ville. Les adolescents ruraux découvrent ainsi, tous les jours, la vie de la ville et les camarades venus d'ailleurs.
La fermeture des petites lignes
Dans le même temps, la SNCF ferme aux voyageurs des milliers de kilomètres de petites lignes jugées non rentables, surtout dans les années 1950 et au début des années 1970, remplacées par des cars. Pour beaucoup de villages, c'est le début d'un isolement que seule la voiture compensera.
3. La vie en ville
Le quartier
En ville, la vie s'organise autour du quartier, avec ses rues commerçantes, sa boulangerie, sa boucherie, sa crémerie, son marché, son bistrot, son cinéma de quartier, sa paroisse, son école. On y connaît ses voisins, sa concierge, ses commerçants. Les enfants jouent dans la rue, dans les cours d'immeuble, dans les squares. Beaucoup de familles ouvrières vivent dans des logements anciens, petits, sans confort, en attendant un appartement neuf.
Les nouveautés de la ville
La ville, c'est aussi le lieu des nouveautés : les grands magasins, les Prisunic et les Monoprix, puis les premiers supermarchés ; les grands cinémas aux affiches géantes ; les cafés et les dancings ; les librairies et les disquaires ; les piscines et les stades ; les lycées et l'université ; l'hôpital, les médecins spécialistes. Pour les jeunes ruraux, « aller en ville » est une petite aventure.
Métro, boulot, dodo
Pour les citadins, la vie est souvent rythmée par les trajets : le métro, le bus, le train de banlieue, puis la voiture et les embouteillages. L'expression « métro, boulot, dodo », reprise en Mai 68, résume la monotonie de la vie urbaine telle que beaucoup la ressentent. Les tramways, qui équipaient presque toutes les grandes villes avant la guerre, disparaissent dans les années 1950 et 1960, remplacés par les autobus.
La ville transformée par la voiture
Dans les années 1960 et 1970, les villes s'adaptent à l'automobile : voies rapides, parkings souterrains, boulevard périphérique de Paris achevé en 1973, autoroutes urbaines, centres commerciaux. Mais en réaction, des rues piétonnes apparaissent, comme à Rouen, avec la rue du Gros-Horloge, en 1970, puis dans beaucoup d'autres villes. Le RER parisien, dont la ligne A ouvre en 1977, et les métros de Marseille et de Lyon, à la fin des années 1970, modernisent les transports en commun ; le tramway fera son retour à Nantes en 1985 et à Grenoble en 1987.
Voir aussi
– Urbanisation, grands ensembles et exode rural : l'exode rural et les grands ensembles.
– Métamorphose du monde rural et agricole : la révolution silencieuse des campagnes.
– Relations entre générations et solidarités de voisinage : la vie entre voisins, au village et en ville.
À suivre
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Page mise à jour le 04/10/2026
