Le Parc National de la Vanoise
Le premier parc national français (1963) : sauver le bouquetin, protéger la haute montagne, et la première grande bataille écologiste du pays
28/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : la montagne protégée
Pourquoi ce récit ?
Au début des années 1960, la France se couvre de chantiers : autoroutes, barrages, grands ensembles, et, en montagne, stations de ski construites « à partir de rien » en haute altitude. Au même moment, une poignée de passionnés obtiennent que l'on protège un morceau de haute montagne savoyarde, entre la Tarentaise et la Maurienne, pour y sauver le bouquetin, animal presque disparu des Alpes françaises. Le 6 juillet 1963 naît ainsi le Parc National de la Vanoise, le premier Parc National de France.
Quelques années plus tard, ce parc devient le théâtre de la première grande bataille écologiste du pays, l'« affaire de la Vanoise », qui oppose les promoteurs d'une station de ski aux défenseurs de la nature, et qui contribue à la création du premier Ministère de l'Environnement. Ce récit raconte cette histoire, de ses origines à aujourd'hui.
Le parc en quelques chiffres
| Donnée | Chiffre |
|---|---|
| Création | Décret du 6 juillet 1963 |
| Département | Savoie, entre Tarentaise et Maurienne |
| Surface du cœur du parc | Environ 534 kilomètres carrés |
| Point culminant | La Grande Casse, 3 855 mètres |
| Voisin italien | Le Parc National du Grand Paradis (créé en 1922) |
| Ensemble Vanoise - Grand Paradis | Plus de 1 250 kilomètres carrés d'espaces protégés d'un seul tenant |
| Bouquetins en 1963 | Quelques dizaines |
| Bouquetins aujourd'hui | Environ 2 000 à 2 500 en Vanoise |
| Visiteurs | Plus d'un demi-million par an |
| Emblème | Le bouquetin des Alpes |
Quelques mots à connaître
– Parc national : un territoire où la nature est protégée par la loi, avec des règles strictes (interdiction de chasser, de cueillir, de construire, de circuler en véhicule à moteur…), géré par un établissement public de l'État.
– Cœur du parc (autrefois « zone centrale ») : la partie la plus protégée, où la réglementation est la plus stricte.
– Zone périphérique, devenue aire d'adhésion : les communes situées autour du cœur, où le parc encourage un développement respectueux de la nature, sans les mêmes interdictions.
– Garde-moniteur : l'agent du parc, à la fois gardien, guide, naturaliste et policier de la nature.
– Bouquetin : une grande chèvre sauvage des montagnes, aux longues cornes recourbées chez le mâle, capable de se déplacer sur des parois vertigineuses.
1. Aux origines : sauver le bouquetin
Un animal au bord de l'extinction
Le bouquetin des Alpes a été massacré pendant des siècles : sa viande, sa peau, et surtout les prétendues vertus médicinales de ses cornes, de son sang et de certains de ses os, le rendaient précieux. Au début du XIXe siècle, il ne reste plus qu'une petite centaine de bouquetins dans toutes les Alpes, réfugiés dans le massif du Grand Paradis, en Italie.
Le Grand Paradis, modèle italien
C'est grâce à la chasse royale que le bouquetin est sauvé : le roi d'Italie Victor-Emmanuel II, grand chasseur, fait du Grand Paradis une réserve de chasse royale au milieu du XIXe siècle, où le bouquetin est protégé par des gardes. En 1922, cette réserve devient le Parc National du Grand Paradis, l'un des premiers parcs nationaux d'Europe. Les bouquetins s'y multiplient, puis franchissent la frontière et recolonisent peu à peu les montagnes françaises voisines, en haute Maurienne et en haute Tarentaise, où ils restent très vulnérables au braconnage.
Des pionniers savoyards
Dès l'entre-deux-guerres, des naturalistes et des chasseurs s'inquiètent. Des mesures de protection sont prises localement. Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs personnalités militent pour un parc : parmi elles, le docteur Marcel Couturier, grand spécialiste du bouquetin, et surtout Gilbert André, un Savoyard qui imagine un « parc culturel » original : non pas une nature mise sous cloche, mais un territoire où la protection de la faune et des paysages irait de pair avec le maintien de la vie des villages, de l'agriculture de montagne, de l'architecture et des traditions, grâce notamment à une vaste zone périphérique.
2. La naissance du premier parc national (1960-1963)
La loi du 22 juillet 1960
Jusqu'en 1960, la France n'a pas de loi sur les parcs nationaux, contrairement aux États-Unis (Yellowstone, 1872), à la Suisse ou à l'Italie. La loi du 22 juillet 1960 crée enfin ce statut. Le projet de la Vanoise est confié à l'administration des Eaux et Forêts, qui le prépare avec les élus et les associations.
Le décret du 6 juillet 1963
Le décret du 6 juillet 1963 crée le Parc National de la Vanoise, le premier de France. Il sera suivi par les parcs de Port-Cros (1963, en mer, au large de Hyères), des Pyrénées (1967), des Cévennes (1970), des Écrins (1973), du Mercantour (1979) et, plus tard, de la Guadeloupe, de la Réunion, de la Guyane, des Calanques et des Forêts. Le parc comprend une zone centrale, protégée, qui couvre surtout la haute montagne, et une vaste zone périphérique, qui englobe les villages et les stations de ski des vallées.
Les premiers pas
Le premier président du conseil d'administration est Joseph Fontanet, homme politique savoyard, et le premier directeur Maurice Bardel. En 1964, trente-six premiers gardes-moniteurs sont recrutés, souvent des enfants du pays, anciens bergers, guides ou chasseurs. Ils balisent les sentiers, restaurent les refuges, surveillent la faune, luttent contre le braconnage et accueillent les visiteurs. Un conseil scientifique est créé dès 1964.
Un succès inattendu
Les promoteurs du parc attendaient quelques milliers de visiteurs par an : ils en voient arriver des centaines de milliers. Les Français découvrent, grâce aux congés payés, à l'automobile et au goût nouveau pour la randonnée, les joies de la montagne l'été. Les premières sorties accompagnées par des gardes commencent en 1970. Les refuges de la Vanoise, comme celui du col de la Vanoise, au pied de la Grande Casse, deviennent des lieux mythiques de la randonnée.
3. L'affaire de la Vanoise (1969-1972)
Le temps de l'or blanc
Dans les années 1960, l'État lance le Plan Neige (à partir de 1964) pour développer le ski et attirer les devises étrangères. On construit en haute altitude de grandes stations « intégrées », conçues d'un seul bloc par des promoteurs : Courchevel, La Plagne, Flaine, Les Arcs, Tignes, Avoriaz… La Tarentaise devient le premier domaine skiable du monde. Beaucoup de communes de montagne, longtemps pauvres et touchées par l'exode rural, y voient leur chance.
Le projet de Val Chavière
En 1969, un promoteur, Pierre Schnebelen, qui avait déjà réalisé Tignes-Val Claret, propose de créer une nouvelle station, Val Thorens, au fond de la vallée des Belleville, et de l'étendre, par une seconde station baptisée Val Chavière, côté Maurienne, jusqu'aux glaciers de Péclet et de Chavière, pour y pratiquer le ski d'été. Le projet prévoit des dizaines de milliers de lits, des remontées mécaniques, un parking souterrain. Le problème : une partie des terrains se trouve dans la zone centrale du parc. Il faudrait donc la « déclasser », c'est-à-dire retirer une partie du territoire au parc. Des élus locaux puissants soutiennent le projet, qui promet des emplois dans une Maurienne frappée par le déclin industriel.
Une mobilisation sans précédent
Pour les défenseurs de la nature, céder une seule fois, ce serait ouvrir la porte à la disparition des parcs nationaux. Les associations de protection de la nature, notamment la Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature (FFSPN, aujourd'hui France Nature Environnement) et la Fédération Rhône-Alpes (FRAPNA), les clubs de montagne, des scientifiques, des journalistes, dont Jean Carlier, de la radio RTL, lancent une campagne nationale : articles, émissions, pétitions, lettres aux ministres, manifestations. La mobilisation dépasse même les frontières. C'est la première fois, en France, que l'opinion publique se passionne ainsi pour la protection d'un espace naturel.
La victoire des défenseurs du parc
Le débat monte jusqu'au sommet de l'État. Après des hésitations et des décisions contradictoires, le président Georges Pompidou tranche finalement contre le déclassement du cœur du parc (en 1971 ou 1972 selon les sources). La station de Val Chavière n'est pas construite. Val Thorens, elle, voit le jour en dehors de la zone centrale et devient l'une des plus hautes stations d'Europe. Seule concession : deux téléskis sur le glacier de Chavière, exploités de 1974 à 1987, puis abandonnés à cause du recul du glacier, et démontés en 2002.
La naissance de l'écologie politique
L'affaire de la Vanoise marque un tournant. Elle pèse sur le programme des « 100 mesures pour l'environnement » du gouvernement Chaban-Delmas (1970) et contribue à la création, en janvier 1971, du premier Ministère de la Protection de la Nature et de l'Environnement, confié à Robert Poujade. Elle forme toute une génération de militants, qui se retrouveront dans les combats écologistes des années 1970 (le Larzac, les centrales nucléaires, la candidature de René Dumont à l'élection présidentielle de 1974).
L'affaire de la Vanoise (1969-1972) : pour la première fois en France, l'opinion publique se mobilise pour qu'un espace naturel protégé ne soit pas sacrifié à une station de ski.
4. La nature de la Vanoise
Des paysages de haute montagne
Le parc s'étend sur un massif de haute montagne, entre environ 1 250 et 3 855 mètres d'altitude, avec plus d'une centaine de sommets de plus de 3 000 mètres, dont la Grande Casse (3 855 mètres), la Dent Parrachée ou la Pointe de la Réchasse. Ses glaciers, parmi les plus vastes des Alpes françaises, comme ceux de la Vanoise, reculent fortement avec le réchauffement du climat. On y trouve des lacs d'altitude, des alpages, des forêts de mélèzes et de pins cembro, des gorges et des cascades.
La faune
Le bouquetin est l'emblème du parc : de quelques dizaines en 1963, il est passé à environ 2 000 à 2 500 individus, et la Vanoise a servi de réservoir pour réintroduire l'espèce dans d'autres massifs. On y observe aussi le chamois, la marmotte, le lièvre variable, l'hermine, l'aigle royal, le gypaète barbu (grand vautour réintroduit dans les Alpes à partir des années 1980, que l'on peut de nouveau apercevoir en Vanoise), le lagopède (la perdrix des neiges), le tétras-lyre, le chocard à bec jaune. Le loup, revenu naturellement d'Italie dans les Alpes françaises au début des années 1990, et le lynx fréquentent aussi le massif.
La flore
Plus de mille espèces de plantes à fleurs poussent dans le parc, dont de nombreuses espèces rares ou protégées adaptées au froid et à l'altitude : edelweiss, génépi, gentianes, saxifrages, androsaces, chardon bleu des Alpes, sabot de Vénus, lis martagon, rhododendrons. La cueillette y est interdite.
Les hommes
Le parc est aussi un territoire habité et travaillé : alpages où montent chaque été les troupeaux de vaches tarines et abondances, qui donnent le lait du beaufort ; chapelles, hameaux d'alpage, chalets d'altitude ; villages de Pralognan-la-Vanoise, Termignon, Bonneval-sur-Arc, Champagny-en-Vanoise, Peisey-Nancroix. La cohabitation entre la protection de la nature, l'agriculture de montagne, la chasse autour du parc, la randonnée et les grandes stations de ski qui l'entourent (Val-d'Isère, Tignes, Les Trois Vallées, Les Arcs, La Plagne) n'a jamais été simple, mais elle fait l'originalité de la Vanoise.
5. Le parc d'hier à aujourd'hui
Le jumelage avec le Grand Paradis
Le Parc National de la Vanoise et le Parc National du Grand Paradis, qui se touchent le long de la frontière, sont jumelés depuis 1972. Ensemble, ils forment l'un des plus grands espaces protégés des Alpes, où les bouquetins et les chamois passent librement d'un pays à l'autre.
La réforme de 2006 et la charte
La loi du 14 avril 2006 réforme les parcs nationaux : la zone centrale devient le « cœur », et la zone périphérique devient l'« aire d'adhésion », où chaque commune choisit d'adhérer ou non à une charte fixant des objectifs communs. En Vanoise, la charte adoptée en 2015 est d'abord rejetée par la plupart des communes, qui y voient une contrainte pour leur développement ; des conventions de partenariat sont ensuite signées. Ce débat montre que la question posée par l'affaire de la Vanoise (comment concilier protection et développement ?) reste d'actualité.
Les défis d'aujourd'hui
Le parc doit aujourd'hui faire face au réchauffement climatique, qui fait fondre les glaciers et modifie la faune et la flore, à la fréquentation touristique de plus d'un demi-million de visiteurs par an, au retour du loup et aux tensions avec les éleveurs, et à la pression des domaines skiables voisins. En 2023, il a fêté ses soixante ans.
6. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1872 | Création de Yellowstone, premier parc national du monde (États-Unis) |
| Milieu du XIXe siècle | Réserve de chasse royale du Grand Paradis, qui sauve le bouquetin |
| 1922 | Création du Parc National du Grand Paradis (Italie) |
| Années 1950 | Gilbert André imagine un « parc culturel » en Vanoise |
| 22 juillet 1960 | Loi sur les parcs nationaux |
| 6 juillet 1963 | Décret de création du Parc National de la Vanoise, premier parc national français |
| 1963 | Création du Parc National de Port-Cros |
| 1964 | Recrutement des 36 premiers gardes-moniteurs ; conseil scientifique ; lancement du Plan Neige |
| 1969 | Projet de Val Thorens et Val Chavière : début de l'affaire de la Vanoise |
| 1970 | Les « 100 mesures pour l'environnement » ; premières sorties accompagnées dans le parc |
| Janvier 1971 | Création du Ministère de la Protection de la Nature et de l'Environnement (Robert Poujade) |
| 1971-1972 | Georges Pompidou tranche contre le déclassement du cœur du parc |
| 1972 | Jumelage avec le Parc National du Grand Paradis |
| 1973 | Création du Parc National des Écrins |
| 1974-1987 | Téléskis sur le glacier de Chavière |
| Années 1990 | Retour naturel du loup dans les Alpes françaises |
| 14 avril 2006 | Réforme des parcs nationaux : cœur et aire d'adhésion |
| 2015 | Charte du parc |
| 2023 | Soixante ans du parc |
7. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs de la Vanoise
Cette partie est réservée aux souvenirs : une première randonnée dans le parc, une nuit en refuge, la rencontre avec un bouquetin ou une marmotte, un garde-moniteur qui a fait découvrir la montagne, une colonie de vacances ou un séjour de centre de vacances en Savoie, un camp d'été avec une MJC ou une association d'Éducation Populaire, l'engagement dans l'affaire de la Vanoise ou dans une association de protection de la nature, la vie d'un berger ou d'un agriculteur d'alpage. Photos, carnets de randonnée, cartes et souvenirs de refuge sont les bienvenus.
8. Pour aller plus loin
Références
– Parc National de la Vanoise : un peu d'histoire
– Légifrance : décret n°63-651 du 6 juillet 1963 créant le Parc National de la Vanoise
– Wikipédia : Parc National de la Vanoise
– Altitude News : Le Parc National de la Vanoise a 60 ans
– Altitude News : L'affaire de la Vanoise, ou le destin contrarié de la station Val Chavière
– Association pour l'Histoire de la Protection de la Nature : regards croisés sur une mobilisation
– Cairn : L'affaire de la Vanoise et son analyste (revue Vingtième Siècle)
– Office Français de la Biodiversité : le Parc National de la Vanoise fête ses 60 ans
Vidéos d'archives (INA)
– Recherche « Parc National de la Vanoise » sur le site de l'INA
Où trouver des photos
– Wikimedia Commons : Parc National de la Vanoise
– Wikimedia Commons : bouquetin Vanoise
– Wikimedia Commons : Grande Casse
Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables librement, à condition de citer l'auteur et la licence indiqués sous chaque image. Les photos du Parc national et des agences ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Les photos personnelles (randonnées, refuges, animaux) sont les plus précieuses pour ce site.
Note de méthode
Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (site du Parc national, Légifrance, encyclopédies, revues d'histoire de l'environnement), recoupées entre elles. La date de la décision finale de Georges Pompidou dans l'affaire de la Vanoise varie selon les sources (1971 ou 1972), et aucun chiffre fiable du nombre de signatures des pétitions n'a été trouvé. Les effectifs de bouquetins sont des estimations. Aucune vidéo de l'INA spécifique n'a pu être vérifiée pour ce récit : un lien vers la recherche du site de l'INA est proposé à la place.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
