Syndicalisme, luttes ouvrières, engagement politique, partis, mouvements citoyens – Suite 01
Les partis, les élections, l'Union de la Gauche, les militants de quartier et les grandes causes citoyennes, de la paix au Larzac et à la lutte contre le racisme
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
6. Les grands partis politiques
Le Parti Communiste Français
À la Libération, le Parti Communiste Français (PCF), auréolé de son rôle dans la Résistance, est le premier Parti de France : il obtient environ 28 % des voix aux élections de novembre 1946. Il compte des centaines de milliers d'adhérents, dirige de nombreuses municipalités de banlieue, la « banlieue rouge », et possède tout un réseau d'associations, de journaux, de colonies de vacances. Son secrétaire général, Maurice Thorez, puis Waldeck Rochet et Georges Marchais, sont des figures familières. Il reste autour de 20 % des voix jusqu'aux années 1970, avant de reculer nettement à partir de 1981.
Les socialistes : de la SFIO au PS
La Section Française de l'Internationale Ouvrière (SFIO), le vieux parti socialiste de Jean Jaurès et de Léon Blum, dirigée après la guerre par Guy Mollet, s'affaiblit avec la guerre d'Algérie. En 1960 naît le Parti Socialiste Unifié (PSU), petit parti d'intellectuels et de militants chrétiens de gauche, où milite Michel Rocard. En juin 1971, au congrès d'Épinay, François Mitterrand prend la tête du nouveau Parti Socialiste (PS), qui devient en dix ans le premier parti de gauche.
Les gaullistes, les centristes, la droite
À droite, le gaullisme domine la Ve République : Union pour la Nouvelle République (UNR) en 1958, puis UDR, puis Rassemblement pour la République (RPR), fondé par Jacques Chirac en 1976. Les centristes et les libéraux se regroupent en 1978 dans l'Union pour la Démocratie Française (UDF), autour de Valéry Giscard d'Estaing. À l'extrême droite, le Front National, fondé en 1972, perce aux élections à partir de 1983-1984.
Le Programme Commun (1972)
Le 27 juin 1972, le PS, le PCF et les radicaux de gauche signent un Programme Commun de gouvernement. L'Union de la Gauche suscite un grand espoir, se rompt en 1977, puis se reforme pour le second tour de l'élection présidentielle de 1981, qui porte François Mitterrand au pouvoir. (Le site consacre un récit à la période François Mitterrand.)
7. La vie militante dans les partis
Militer au quotidien
Militer dans un parti, dans les années 1950 à 1980, c'est assister aux réunions de cellule ou de section, payer sa cotisation, vendre le journal du parti le dimanche matin sur le marché ou en porte-à-porte, coller des affiches la nuit, avec un seau de colle et un pinceau, parfois sous l'œil des colleurs du parti adverse, distribuer des tracts aux sorties d'usines, tenir les bureaux de vote, organiser des fêtes et des banquets.
Les campagnes électorales
Les élections mobilisent fortement : réunions publiques dans les préaux d'école et les salles des fêtes, avec des orateurs venus de Paris ; panneaux électoraux couverts d'affiches ; soirées électorales à la télévision, où l'on attend les premières estimations. La participation est souvent très élevée : plus de 80 % des électeurs votent aux élections présidentielles de 1965, 1974 et 1981.
Le militant municipal
Beaucoup d'engagements sont locaux : le conseiller municipal, l'adjoint au maire, le maire d'un petit village, souvent bénévoles, consacrent des heures à leur commune. Les élections municipales de 1977 marquent l'arrivée de nombreux jeunes élus, parfois issus des associations, du syndicalisme ou de l'Éducation Populaire.
Les jeunes et l'engagement
Après 1968, beaucoup de jeunes s'engagent dans l'extrême gauche (trotskistes, maoïstes), dans le PSU, dans les mouvements chrétiens, ou dans les comités de soutien aux luttes. D'autres s'engagent dans les jeunesses des grands partis. Ces engagements de jeunesse marqueront durablement beaucoup d'entre eux, même lorsqu'ils prendront ensuite d'autres chemins.
8. Les mouvements citoyens
Pour la paix et la solidarité internationale
Dans les années 1950, l'Appel de Stockholm contre la bombe atomique (1950) recueille des millions de signatures en France. Dans les années 1960 et 1970, on manifeste contre la guerre du Viêt-nam, pour le Chili après le coup d'État de 1973, contre l'apartheid en Afrique du Sud. De nouvelles associations naissent : Amnesty International France (1971), Médecins Sans Frontières (1971), et de nombreux comités de solidarité avec le tiers-monde. (Le site consacre des récits à Martin Luther King et à Nelson Mandela.)
Contre la pauvreté
L'abbé Pierre fonde Emmaüs en 1949 et lance son appel de l'hiver 1954. Le père Joseph Wresinski crée en 1957, au camp de sans-logis de Noisy-le-Grand, le mouvement qui deviendra ATD Quart Monde. Coluche lance les Restos du Cœur en 1985.
Les consommateurs
Face à la société de consommation, les consommateurs s'organisent : l'Union Fédérale des Consommateurs, née en 1951, lance le magazine « Que Choisir » en 1961 ; l'Institut National de la Consommation est créé en 1966, et son magazine « 50 Millions de Consommateurs » en 1970.
Le Larzac, le nucléaire, l'écologie, le féminisme
Les années 1970 voient naître de grands mouvements citoyens : la lutte du Larzac (1971-1981), les manifestations contre les centrales nucléaires, le Mouvement de Libération des Femmes, les premières listes écologistes aux élections, avec la candidature de René Dumont à la présidentielle de 1974. (Le site consacre un récit à la lutte du Larzac, et consacrera une thématique à l'écologie et au féminisme.)
La Marche pour l'égalité (1983) et SOS Racisme
Au début des années 1980, les enfants de l'immigration prennent la parole. Après de graves violences aux Minguettes, près de Lyon, et la blessure par balle d'un jeune, Toumi Djaïdja, une Marche pour l'égalité et contre le racisme, inspirée de Gandhi et de Martin Luther King, part de Marseille le 15 octobre 1983, avec une poignée de marcheurs, soutenus par le prêtre Christian Delorme et le pasteur Jean Costil. À son arrivée à Paris, le 3 décembre 1983, plus de 100 000 personnes défilent ; une délégation est reçue par le président de la République, qui annonce une carte de séjour et de travail de dix ans. En 1984 naît SOS Racisme, avec son badge en forme de main jaune, porté par des centaines de milliers de jeunes.
9. L'engagement change de visage
Du parti à l'association
Dans les années 1980, l'engagement se transforme. Les grands partis et les syndicats perdent des adhérents, tandis que les associations se multiplient : on s'engage plus volontiers pour une cause précise, pour un temps limité, près de chez soi, que pour une organisation et une idéologie. Le nombre d'associations créées chaque année ne cesse d'augmenter.
La fin des grandes espérances ?
La chute des espoirs révolutionnaires, le recul du communisme, le tournant de la rigueur de 1983, la montée du chômage et de l'abstention électorale marquent la fin d'une époque. Beaucoup de militants des années 1960 et 1970 restent pourtant engagés autrement : dans leur commune, dans les Centres Sociaux, dans les associations d'aide aux chômeurs, d'insertion, d'alphabétisation, d'aide aux réfugiés, d'environnement.
« Changer la vie. » — titre du Programme du Parti Socialiste, 1972
Ce que nous en gardons
Pour notre génération, l'engagement fait partie de notre histoire : nous avons connu le temps où le délégué syndical était un héros du quotidien, où l'on discutait politique au repas de famille jusqu'à se fâcher, où l'on croyait pouvoir « changer la vie ». Ces engagements, quels qu'ils aient été, ont souvent façonné nos amitiés, nos convictions et nos vies.
Voir aussi
– Engagés associatifs, militants anonymes et « héros du quotidien » : ceux qui se sont engagés sans bruit.
– La lutte du Larzac (1971-1981) : un grand mouvement citoyen des années 1970.
– La période François Mitterrand : l'Union de la Gauche au pouvoir.
– L'Apartheid et Nelson Mandela : une grande cause de solidarité internationale.
10. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1895 | Fondation de la CGT |
| 1919 | Fondation de la CFTC |
| 1927 | Fondation de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne |
| 1944 | Création de la Confédération Générale des Cadres |
| 1945 | Création des comités d'entreprise |
| Novembre 1946 | Le Parti Communiste, premier Parti de France |
| Avril - mai 1947 | Grève chez Renault ; départ des ministres communistes |
| 1947 - 1948 | Grandes grèves ; scission de la CGT et naissance de Force Ouvrière et de la FEN |
| 1949 | Fondation d'Emmaüs |
| 1950 | Appel de Stockholm contre la bombe atomique |
| Août 1953 | Grève des services publics |
| 1954 | Fin de l'expérience des prêtres-ouvriers |
| 1955 | Grèves de Saint-Nazaire et de Nantes |
| 1957 | Fondation du mouvement qui deviendra ATD Quart Monde |
| 1960 | Fondation du PSU |
| 1er mars - avril 1963 | Grève des mineurs |
| Novembre 1964 | La CFTC devient la CFDT |
| 1967 | Grève de la Rhodiaceta |
| Mai - juin 1968 | Grève générale ; accords de Grenelle |
| 27 décembre 1968 | Reconnaissance de la section syndicale d'entreprise |
| Juin 1971 | Congrès d'Épinay : François Mitterrand à la tête du PS |
| 1971 | Début de la lutte du Larzac ; la Fête de l'Humanité à La Courneuve |
| 15 février - 8 mai 1972 | Grève du Joint Français à Saint-Brieuc |
| 27 juin 1972 | Programme Commun de la gauche |
| 1973 | Affaire Lip |
| 1974 | Candidature écologiste de René Dumont |
| 1976 | Fondation du RPR |
| 1978 | Fondation de l'UDF |
| Mars 1979 | Luttes des sidérurgistes de Longwy et de Denain |
| 10 mai 1981 | Élection de François Mitterrand |
| 1982 | Lois Auroux |
| 15 octobre - 3 décembre 1983 | Marche pour l'égalité et contre le racisme |
| 1984 | Fondation de SOS Racisme |
| 1985 | Création des Restos du Cœur |
11. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs d'engagement
Cette partie est réservée aux souvenirs : un père, une mère ou un proche délégué syndical ; une grève vécue en famille ; le 1er Mai et le muguet ; la Fête de l'Humanité ; les affiches collées la nuit et les tracts distribués au petit matin ; une réunion publique pendant une campagne électorale ; la première manifestation ; l'engagement dans un mouvement chrétien, un parti, une association de solidarité ; la Marche pour l'égalité ou le badge de SOS Racisme. Les souvenirs sont les bienvenus, dans le respect de toutes les convictions.
12. Pour aller plus loin
Références
– SNES Grenoble : chronologie succincte du syndicalisme, de 1944 à nos jours
– Wikipédia : chronologie du syndicalisme en France
– Wikipédia : grève des mineurs français de 1963
– Wikipédia (en anglais) : la grève du Joint Français
– Wikipédia (en anglais) : la Marche pour l'égalité et contre le racisme
– Cairn : les Marches pour l'égalité et contre le racisme
– Observation de la société : une France très peu syndiquée
Vidéos d'archives (INA)
– INA, Lumières sur Rhône-Alpes : grèves des mineurs
– INA, Panorama Grand Est : Lorraine Cœur d'Acier, une radio pirate au centre des conflits sociaux
Où trouver des photos
– Wikimedia Commons : 1er Mai en France
– Wikimedia Commons : grève des mineurs 1963
– Wikimedia Commons : Fête de l'Humanité
Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables, à condition de citer l'auteur et la licence. Les photos d'agences, de journaux et de l'INA ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Les instituts d'histoire sociale des syndicats et les archives départementales conservent de nombreux tracts, affiches et photos ; les photos de famille, en manifestation ou au 1er Mai, sont les plus précieuses pour ce site.
Note de méthode
Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (encyclopédies, sites des organisations, travaux d'historiens, archives de l'INA), recoupées entre elles. Il cherche à présenter toutes les sensibilités avec équilibre. Les taux de syndicalisation et les résultats électoraux sont des ordres de grandeur arrondis. Aucune parole de chanson n'est citée.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
