Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Syndicalisme, luttes ouvrières, engagement politique, partis, mouvements citoyens

Le délégué, le tract, la grève, la manifestation du 1er Mai, la réunion de cellule et le comité de quartier : comment notre génération et celle de nos parents se sont engagées

01/10/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

Introduction : s'engager

Pourquoi ce récit ?

Dans beaucoup de nos familles, il y avait un militant : le père délégué CGT à l'usine, l'oncle cheminot qui ne manquait jamais un 1er Mai, la tante institutrice syndiquée à la FEN, le voisin conseiller municipal, le cousin à la JOC, la grand-mère qui vendait « L'Humanité Dimanche » ou « La Croix » à la sortie de la messe. Nous-mêmes, nous avons parfois collé des affiches, distribué des tracts, manifesté contre la guerre du Viêt-nam, pour le Larzac ou contre le racisme, adhéré à un syndicat, à un parti ou à une association.

L'engagement a été au cœur de la vie de millions de Français pendant les Trente Glorieuses et les années 1970 et 1980. Il prenait des formes variées : le syndicalisme, qui défend les salariés dans l'entreprise ; l'engagement politique, dans un parti ; et les mouvements citoyens, qui se mobilisent pour une cause, comme la paix, l'environnement, les droits des femmes ou la lutte contre le racisme.

Le site consacre déjà des récits à Mai 68, à la lutte du Larzac, au Front populaire et à l'Éducation Populaire, et en consacrera d'autres au féminisme et à l'écologie. Ce récit-ci s'intéresse à la vie militante elle-même : les organisations, les grandes luttes ouvrières, les partis, la façon de militer, et les transformations de l'engagement jusqu'aux années 1980.

Il est présenté en deux pages : la première est consacrée au syndicalisme et aux luttes ouvrières ; la seconde à l'engagement politique, aux partis, aux mouvements citoyens et à l'évolution du militantisme.

Quelques mots à connaître

– Syndicat : une association de salariés qui défend leurs intérêts (salaires, conditions de travail, emploi) ; les syndicats se regroupent en confédérations nationales.

– Délégué du personnel et délégué syndical : des salariés élus ou désignés pour représenter leurs collègues auprès de la direction.

– Comité d'entreprise : l'instance créée en 1945, où les élus du personnel sont consultés sur la marche de l'entreprise et gèrent les activités sociales et culturelles.

– Grève : l'arrêt collectif du travail pour appuyer des revendications ; c'est un droit inscrit dans la Constitution depuis 1946.

– Militant : une personne qui s'engage activement, de façon bénévole, dans un syndicat, un parti ou une association.

– Cellule et section : les groupes de base des partis politiques, dans un quartier ou une entreprise.

– Mouvement citoyen : une mobilisation de citoyens, souvent en dehors des partis, autour d'une cause.

1. Les grandes confédérations syndicales

La CGT

La Confédération Générale du Travail (CGT), fondée en 1895, est la plus ancienne et, pendant toute la période, la plus puissante des confédérations ouvrières. À la Libération, elle compte plusieurs millions d'adhérents. Très proche du Parti Communiste, elle est particulièrement forte chez les mineurs, les métallurgistes, les cheminots, les dockers, les travailleurs du Livre, de l'électricité et du gaz. Ses dirigeants, comme Benoît Frachon puis Georges Séguy, sont des personnages connus de tous.

La scission de Force Ouvrière (1947-1948)

Avec le début de la Guerre Froide, en 1947, des militants qui refusent l'influence communiste quittent la CGT, sous la direction de Léon Jouhaux, et fondent en 1948 la CGT-Force Ouvrière (FO), attachée à l'indépendance syndicale et à la négociation. Elle s'implante surtout chez les fonctionnaires et les employés. La même année, les enseignants refusent de choisir et créent la Fédération de l'Éducation Nationale (FEN), autonome.

De la CFTC à la CFDT (1964)

La Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC), née en 1919, s'inspire de la doctrine sociale de l'Église. Dans les années 1950, une partie de ses militants, souvent passés par la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, veut un syndicalisme plus ouvert. En novembre 1964, la majorité de la CFTC abandonne sa référence chrétienne et devient la Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT) ; une minorité garde le nom de CFTC. Dans les années 1970, la CFDT, dirigée par Edmond Maire, défend l'autogestion et soutient des luttes comme celle de Lip.

Les cadres et les autres

La Confédération Générale des Cadres (CGC), créée en 1944, représente les ingénieurs, les cadres et les agents de maîtrise. Dans les campagnes, la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA) défend les agriculteurs. Les étudiants ont leur syndicat, l'UNEF, très engagée contre la guerre d'Algérie. (Le site raconte, dans d'autres thématiques, le monde agricole et Mai 68.)

2. La vie syndicale dans l'entreprise

Le délégué

Dans l'usine, l'atelier, le bureau, la gare ou l'école, le délégué est un personnage central. Il recueille les plaintes, discute avec le contremaître et la direction, organise les réunions, distribue les tracts à la porte, collecte les cotisations, accompagne les collègues en difficulté. Il prend souvent des risques pour sa carrière, voire pour son emploi.

Le tract, le panneau, la réunion

Le tract, tapé à la machine et tiré à la ronéo dans le local syndical, est l'outil de base du militant. Il est distribué à l'aube, à l'entrée de l'usine ou à la sortie du métro. Le panneau syndical affiche les communiqués. Les assemblées générales, à la cantine ou dans la cour, décident des actions. Les cotisations sont collectées chaque mois, avec un timbre collé sur la carte d'adhérent.

Le comité d'entreprise

Créés en 1945, les comités d'entreprise gèrent les activités sociales et culturelles : bibliothèques, colonies de vacances, voyages, arbres de Noël, cantines, clubs sportifs. Dans les grandes entreprises, comme EDF-GDF, la SNCF ou Renault, ces activités sont très développées et marquent la vie de millions de familles. Pour les enfants de salariés, la colonie du comité d'entreprise est souvent les premières vacances loin de la maison.

La section syndicale (1968)

Jusqu'en 1968, la présence syndicale dans l'entreprise n'est pas reconnue par la loi. Après Mai 68 et les accords de Grenelle, la loi du 27 décembre 1968 reconnaît la section syndicale d'entreprise et le délégué syndical, protégés contre le licenciement. En 1982, les lois Auroux renforcent encore les droits des salariés et de leurs représentants.

3. Les grandes grèves de l'après-guerre à 1968

1947-1948 : les grèves de la Guerre Froide

En avril-mai 1947, une grève chez Renault, à Billancourt, provoque le départ des ministres communistes du gouvernement. En novembre-décembre 1947, puis à l'automne 1948, de très dures grèves, notamment dans les mines, opposent la CGT et le gouvernement ; l'armée est envoyée dans les bassins miniers, et des mineurs sont tués et licenciés. Ces conflits laissent des traces profondes dans les familles de mineurs.

Août 1953 : la grève des services publics

En août 1953, contre des décrets qui menacent leurs retraites, les fonctionnaires, les cheminots, les postiers, les gaziers et électriciens se mettent en grève, au cœur des vacances. Près de quatre millions de salariés cessent le travail ; des vacanciers restent bloqués loin de chez eux. Le gouvernement de Joseph Laniel finit par reculer.

Saint-Nazaire et les chantiers (1955)

En 1955, les ouvriers des chantiers navals de Saint-Nazaire et de Nantes mènent de longues grèves, avec des affrontements violents, et obtiennent de fortes augmentations de salaire. Ces conflits annoncent une série de luttes pour une meilleure part des fruits de la croissance.

La grève des mineurs de 1963

Le 1er mars 1963, les mineurs de charbon se mettent en grève pour obtenir des augmentations de salaire. Le général de Gaulle signe un décret de réquisition, mais les mineurs refusent d'obéir. Soutenus par une immense solidarité dans tout le pays (collectes, accueil des enfants de mineurs par des familles d'autres régions), ils tiennent 35 jours et obtiennent satisfaction. C'est un échec rare pour le général de Gaulle.

Avant 1968

À la fin des années 1960, des grèves annoncent la grande explosion de Mai 68 : la Rhodiaceta à Besançon et à Lyon en 1967, avec l'occupation de l'usine et des débats sur la culture et la vie des ouvriers ; les ouvriers de la Saviem, à Caen, au début de 1968. (Le site consacre un récit entier à Mai 68 sous toutes ses facettes, qui fut aussi la plus grande grève de l'histoire de France.)

4. Les luttes des années 1970 et 1980

Les « grèves de la dignité »

Après Mai 68, les ouvriers spécialisés (OS) des chaînes, souvent des femmes, des jeunes ruraux et des immigrés, mènent des grèves d'un genre nouveau, pour la dignité autant que pour les salaires. En 1972, à Saint-Brieuc, les ouvrières et ouvriers du Joint Français, en majorité des femmes, font grève pendant huit semaines, du 15 février au 8 mai 1972, et obtiennent satisfaction, grâce à une immense solidarité de toute la Bretagne. Une photo prise pendant ce conflit, montrant un ouvrier face à un CRS, fera le tour de la France.

Lip et l'autogestion

En 1973, à Besançon, les ouvriers de l'horlogerie Lip occupent leur usine menacée et remettent la production en marche eux-mêmes. Le conflit devient un symbole national de l'autogestion. (Le site raconte l'affaire Lip dans le récit consacré à la crise pétrolière.)

Les luttes contre les fermetures

Avec la crise, les luttes changent de nature : il s'agit désormais de défendre l'emploi face aux fermetures d'usines. Les sidérurgistes de Longwy et de Denain en 1979, les ouvriers de Talbot à Poissy en 1983-1984, les mineurs, les ouvriers du textile et des chantiers navals se battent, souvent en vain, pour sauver leurs emplois. (Le site raconte ces luttes dans le récit sur la crise et le chômage.)

Les travailleurs immigrés

Les travailleurs immigrés, longtemps tenus à l'écart, prennent leur place dans les luttes : grèves des loyers dans les foyers Sonacotra, de 1975 à 1980, grèves dans l'automobile au début des années 1980, combats pour la régularisation et pour l'égalité des droits.

Le déclin syndical

À partir de la fin des années 1970, le syndicalisme recule : le taux de syndicalisation, qui était d'environ 30 % des salariés à la fin des années 1940 et encore d'environ 20 % au milieu des années 1970, tombe à environ 10 % au début des années 1990. La fermeture des grandes usines, où les syndicats étaient forts, la montée du chômage et de la précarité, l'individualisme et les divisions syndicales expliquent ce déclin.

5. Le 1er Mai et la culture militante ouvrière

Le 1er Mai

Le 1er Mai, journée internationale des travailleurs, est le grand rendez-vous de la culture ouvrière. Chaque année, les syndicats défilent dans toutes les villes, avec leurs banderoles, leurs drapeaux, leurs fanfares. Depuis 1941, le 1er Mai est aussi la fête du muguet, que l'on vend au coin des rues. Selon les années, les syndicats défilent unis ou séparés, ce qui en dit long sur l'état de leurs relations.

La Fête de l'Humanité

Chaque année en septembre, la Fête de l'Humanité, organisée par le journal du Parti Communiste, réunit des centaines de milliers de personnes, d'abord à Vincennes, puis à La Courneuve à partir de 1971 : concerts, débats, stands des fédérations régionales, cuisine de tous les pays. Pour beaucoup de jeunes des années 1970, c'est l'un des grands concerts de l'année.

Les chrétiens dans le monde ouvrier

L'engagement ouvrier n'est pas seulement communiste ou socialiste. La Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), fondée en 1927, et l'Action Catholique Ouvrière forment des milliers de militants, qui rejoignent souvent la CFTC puis la CFDT. Après la guerre, des prêtres-ouvriers travaillent en usine pour partager la vie des ouvriers ; Rome met fin à leur expérience en 1954, avant qu'elle ne reprenne plus tard sous d'autres formes.

Une culture du collectif

Les militants partagent une culture : les chansons de lutte, les journaux militants, les écoles de formation syndicale, les bibliothèques ouvrières, les colonies de vacances, les coopératives, les jardins ouvriers. Cette culture du collectif, très liée à l'Éducation Populaire, a marqué toute une génération. (Le site consacre plusieurs récits à l'Éducation Populaire et au Front populaire de 1936.)

Voir aussi

– Mai 68 sous toutes ses facettes : la plus grande grève de l'histoire de France.

– Le Front populaire de 1936 et Léo Lagrange : les racines des congés payés et des loisirs populaires.

– Crise pétrolière, fin du plein emploi, chômage : Lip, Longwy, Denain et les luttes pour l'emploi.

À suivre

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Page mise à jour le 04/10/2026