Crise pétrolière (1973 et 1979), fin du plein emploi, chômage
En 1973, puis en 1979, le prix du pétrole flambe et la croissance s'essouffle : la fin des Trente Glorieuses et l'entrée dans l'ère du chômage de masse
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : la fin de l'insouciance
Pourquoi ce récit ?
Pour notre génération, le chômage était presque un mot inconnu pendant l'enfance. Nos pères changeaient de travail quand ils le voulaient ; les jeunes trouvaient un emploi le lendemain de la fin de leurs études ou de leur service militaire ; on entrait à l'usine, au bureau, à la Poste ou à la SNCF pour toute une vie. Puis, au milieu des années 1970, tout a basculé. Le mot « crise » est entré dans les conversations, et il n'en est plus jamais vraiment sorti.
Tout commence en octobre 1973, quand les pays producteurs de pétrole décident d'augmenter brutalement leurs prix. Ce premier choc pétrolier, suivi d'un second en 1979, marque la fin des Trente Glorieuses. La croissance ralentit, les prix s'envolent, les usines ferment, et le chômage s'installe durablement, frappant d'abord les jeunes, les femmes, les ouvriers des vieilles industries et des régions entières, comme la Lorraine ou le Nord.
Ce récit raconte ces années de bascule, telles que les familles les ont vécues : les économies d'énergie et la « chasse au gaspi », les files devant l'ANPE, les grandes luttes des sidérurgistes, les nouvelles formes de pauvreté, et les solidarités qui se sont inventées pour y faire face.
Il est présenté en deux pages : la première va de la France du plein emploi au premier choc pétrolier et à ses suites, jusqu'au milieu des années 1970 ; la seconde raconte le second choc de 1979, la crise de la sidérurgie et des vieilles industries, la montée du chômage de masse dans les années 1980, et les réponses de l'État et de la société.
Quelques mots à connaître
– OPEP : l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, créée en 1960, qui regroupe les grands pays producteurs (Arabie Saoudite, Iran, Irak, Koweït, Venezuela…).
– Baril : l'unité de mesure du pétrole, environ 159 litres ; son prix est fixé en dollars.
– Inflation : la hausse générale des prix ; quand elle est forte, l'argent perd de sa valeur.
– Plein emploi : une situation où presque tous ceux qui veulent travailler trouvent un emploi.
– Chômage de masse : un chômage qui touche durablement une part importante de la population active.
– ANPE : l'Agence Nationale Pour l'Emploi, créée en 1967, où les chômeurs s'inscrivent et cherchent du travail ; elle deviendra Pôle Emploi en 2008, puis France Travail.
– Désindustrialisation : le recul de l'industrie (mines, sidérurgie, textile, chantiers navals) dans l'économie et dans l'emploi.
1. La France du plein emploi
Des emplois pour tous
Pendant les Trente Glorieuses, la croissance économique est forte, autour de 5 % par an, et l'emploi abonde. Les usines manquent de bras : elles font venir des travailleurs d'Italie, d'Espagne, du Portugal, d'Algérie, du Maroc. Le chômage est très faible : au milieu des années 1960, on compte quelques centaines de milliers de chômeurs, pour la plupart entre deux emplois.
Les premiers signaux
Pourtant, dès la fin des années 1960, des signes d'essoufflement apparaissent : les mines de charbon commencent à fermer, le textile souffre de la concurrence étrangère, et le nombre de chômeurs augmente lentement. En 1967, le gouvernement crée l'Agence Nationale Pour l'Emploi (ANPE). L'assurance chômage existe depuis 1958, gérée par les syndicats et le patronat dans l'UNEDIC et les ASSEDIC.
La fin de Bretton Woods
En 1971, les États-Unis mettent fin à la convertibilité du dollar en or : le système monétaire mis en place après la guerre s'effondre, les monnaies flottent, et l'inflation commence à monter partout dans le monde. Le terrain est prêt pour une crise.
2. Octobre 1973 : le premier choc pétrolier
La guerre du Kippour
Le 6 octobre 1973, jour de la fête juive du Yom Kippour, l'Égypte et la Syrie attaquent Israël. En soutien aux pays arabes, les pays arabes producteurs de pétrole décident de réduire leur production et décrètent un embargo contre les pays jugés favorables à Israël, comme les États-Unis et les Pays-Bas. Dans le même temps, les pays de l'OPEP augmentent fortement leurs prix.
Un prix multiplié par quatre
En quelques mois, d'octobre 1973 à janvier 1974, le prix du baril de pétrole est multiplié par quatre, passant d'environ 3 dollars à près de 12 dollars. Or la France, qui n'a presque pas de pétrole, importe alors environ les trois quarts de son énergie, et le pétrole en fournit à lui seul les deux tiers : l'essence, le fioul domestique, l'électricité des centrales au fioul, la pétrochimie, les transports, tout dépend de l'or noir.
Les premières mesures
Le gouvernement de Pierre Messmer, sous la présidence de Georges Pompidou, malade, réagit dans l'urgence :
– des limitations de vitesse sont instaurées sur les routes et les autoroutes, à partir de la fin de 1973, puis fixées à 90 km/h sur route et 130 km/h sur autoroute en novembre 1974 ;
– les programmes de la télévision s'arrêtent plus tôt le soir, pour économiser l'électricité ;
– l'éclairage des vitrines et des monuments est limité la nuit ;
– on demande aux Français de baisser le chauffage, qui sera plus tard limité à 19 °C par un décret d'octobre 1979.
« En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées »
Une Agence pour les Économies d'Énergie est créée (décidée en 1973, officialisée en 1974). Ses campagnes publicitaires, à la télévision et à la radio, deviennent célèbres, avec un slogan resté dans toutes les mémoires : « En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées ». Les premières réglementations sur l'isolation des logements neufs datent d'avril 1974. En 1976, la France adopte l'heure d'été, pour profiter plus longtemps de la lumière du jour.
« En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées. » — slogan de la campagne pour les économies d'énergie, années 1970
3. Le grand pari du nucléaire
Le Plan Messmer (mars 1974)
Pour réduire la dépendance au pétrole, le Premier ministre Pierre Messmer annonce en mars 1974 un immense programme de centrales nucléaires : treize réacteurs d'un coup, puis des dizaines d'autres dans les années suivantes. EDF construit à un rythme jamais vu : Fessenheim, en Alsace, est mise en service en 1977, puis viennent le Bugey, Gravelines, Tricastin, Dampierre, Saint-Laurent, Blayais, et bien d'autres. Au milieu des années 1980, le nucléaire fournit la majorité de l'électricité française.
Les contestations
Ce programme suscite de fortes oppositions : manifestations de Fessenheim (1971), du Bugey, et surtout de Creys-Malville, en Isère, en juillet 1977, contre le surgénérateur Superphénix, où un manifestant, Vital Michalon, est tué. Ces luttes contribuent à la naissance de l'écologie politique, que le site raconte dans une autre thématique.
Les autres réponses
La France développe aussi ses économies d'énergie, ses recherches sur l'énergie solaire (un Commissariat à l'Énergie Solaire est créé en 1978), le chauffage électrique dans les logements neufs, et ses achats de pétrole auprès de nouveaux fournisseurs. Le TGV, électrique, conçu dans ces années-là, sera lui aussi une réponse au choc pétrolier.
4. L'inflation et les premières fermetures (1974-1976)
La valse des étiquettes
Le premier effet de la crise, c'est la hausse des prix. En 1974, l'inflation dépasse 13 % : le prix de l'essence, du fioul, puis de presque tout s'envole. Les salaires suivent, souvent indexés sur les prix, ce qui entretient la spirale. Les ménages voient fondre la valeur de leur épargne, mais ceux qui ont emprunté pour acheter une maison voient leurs dettes s'alléger.
La croissance s'arrête
En 1975, pour la première fois depuis la guerre, la production française recule. Les entreprises réduisent leurs embauches, multiplient le chômage partiel, puis licencient. Les secteurs les plus fragiles, comme le textile, la chaussure, la construction navale, la sidérurgie et les mines, sont les premiers touchés.
Le chômage s'installe
Le taux de chômage, qui ne dépassait pas 4 % avant 1973, atteint environ 3,6 % en 1975 et ne cesse ensuite d'augmenter. Le cap du million de chômeurs est franchi vers 1977. En 1974, une allocation supplémentaire d'attente est créée pour les salariés licenciés pour raisons économiques, qui touchent pendant un an près de 90 % de leur ancien salaire.
L'affaire Lip (1973-1974)
À Besançon, l'usine de montres Lip est menacée de fermeture en juin 1973. Les ouvriers occupent l'usine, s'emparent du stock de montres et remettent eux-mêmes la production en route, avec un slogan resté célèbre : « On fabrique, on vend, on se paie ». Le conflit, soutenu par toute la France militante, devient un symbole : celui de salariés qui refusent la fermeture et proposent une autre façon de travailler, l'autogestion. Il annonce les grands conflits des années suivantes.
5. Giscard d'Estaing, Raymond Barre et l'austérité (1974-1981)
Un président face à la crise
Élu en mai 1974 après la mort de Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing veut moderniser la société : majorité à 18 ans, divorce par consentement mutuel, Loi Veil sur l'IVG. Mais la crise économique domine son septennat. Son premier gouvernement, dirigé par Jacques Chirac, tente de relancer la consommation en 1975, ce qui aggrave l'inflation et le déficit commercial.
Le Plan Barre (1976)
En août 1976, Raymond Barre, économiste réputé, devient Premier ministre. Il lance en septembre 1976 un plan de rigueur : blocage des prix pendant trois mois, modération des salaires, hausse des impôts, réduction des déficits. Il annonce aux Français des efforts de longue durée. Pour les jeunes, il lance en 1977 des pactes pour l'emploi, avec des stages et des exonérations de charges pour les entreprises qui embauchent.
Les jeunes et les femmes en première ligne
Le chômage frappe d'abord les jeunes sans qualification, qui ne trouvent plus de premier emploi, et les femmes, de plus en plus nombreuses à travailler, souvent dans des emplois précaires. Pour la première fois depuis la guerre, une génération entière découvre que le diplôme ne garantit plus un travail, et que l'avenir sera peut-être moins facile que celui de ses parents.
Voir aussi
– Présidents, gouvernements, Parlement et grandes réformes : les septennats de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d'Estaing.
– Modernisation et changements dans les années 50, 60, 70 et 80 : la grande croissance, et sa fin.
À suivre
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Page mise à jour le 04/10/2026
