Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Crise pétrolière (1973 et 1979), fin du plein emploi, chômage – Suite 01

Le second choc pétrolier, l'agonie de la sidérurgie lorraine, les fermetures de mines et de chantiers, le chômage de masse des années 1980 et les solidarités nouvelles

01/10/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

6. 1979 : le second choc pétrolier

La révolution iranienne

En 1979, la révolution iranienne renverse le Chah d'Iran, puis la guerre éclate entre l'Iran et l'Irak, en 1980. La production de pétrole de ces deux grands pays chute, et le prix du baril s'envole de nouveau : il atteint plus de 30 dollars en 1980, soit environ dix fois son prix de 1973.

La chasse au gaspi

La France relance ses campagnes d'économies d'énergie : c'est l'époque de la « chasse au gaspi », avec ses spots télévisés et ses jeux-concours pour les automobilistes qui consomment le moins. Le chauffage est limité à 19 °C dans les logements et les bureaux par un décret du 22 octobre 1979. Les petites voitures économes, comme la Renault 5, la Peugeot 104 ou la Citroën Visa, connaissent un grand succès.

Une crise durable

Ce second choc frappe une économie déjà affaiblie. La croissance reste faible, l'inflation dépasse de nouveau 13 % en 1980, et le chômage continue de grimper : le taux de chômage atteint environ 5,6 % en 1980.

7. La Lorraine et le Nord : la fin d'un monde ouvrier

La sidérurgie lorraine

En 1974, la Lorraine produit encore plus de la moitié de l'acier français, avec près de 78 000 sidérurgistes. Mais la concurrence internationale, la baisse de la demande et le retard des usines provoquent une crise terrible. Malgré les promesses des gouvernements, les plans de restructuration se succèdent : en avril 1978, 13 500 suppressions d'emplois sont annoncées, puis un nouveau plan à la fin de 1978 touche notamment Longwy et Denain. Entre 1974 et 1980, environ 41 000 emplois disparaissent dans la sidérurgie lorraine.

Longwy, Denain : la colère

La réaction des sidérurgistes est massive et parfois violente : occupations d'usines, barrages, affrontements avec les forces de l'ordre à Longwy et à Denain au début de 1979. Le 23 mars 1979, une grande marche des sidérurgistes rassemble à Paris des dizaines de milliers de manifestants venus de Lorraine et du Nord. À Longwy, la CGT lance une radio libre, Lorraine Cœur d'Acier, qui donne la parole aux ouvriers, à leurs femmes, aux immigrés, et devient un symbole. (Le site raconte l'histoire des radios libres dans une autre thématique.)

Les nationalisations et le déclin

Nationalisée par la gauche en 1981-1982, la sidérurgie continue pourtant de perdre des emplois : en mars 1984, un nouveau plan provoque de nouvelles manifestations. Les derniers hauts-fourneaux lorrains de Gandrange et de Florange fermeront en 2009 et en 2011.

Les mines, le textile, les chantiers

D'autres industries historiques s'effondrent dans ces années-là :

– les mines de charbon du Nord et du Pas-de-Calais ferment l'une après l'autre ; la dernière, à Oignies, s'arrête en 1990 ; en Lorraine, la dernière mine de charbon fermera en 2004 ;

– le textile du Nord, des Vosges et de la région lyonnaise, concurrencé par les pays à bas salaires, licencie massivement ; le groupe Boussac fait faillite en 1978 ;

– les chantiers navals de La Ciotat, de La Seyne et de Dunkerque ferment dans les années 1980 ;

– à Saint-Étienne, la célèbre Manufrance, qui envoyait son catalogue dans des millions de foyers, est mise en liquidation au début des années 1980.

Des régions entières touchées

Ces fermetures frappent des villes et des bassins entiers qui vivaient d'une seule industrie : quand l'usine ferme, ce sont aussi les commerces, les clubs de sport, les fanfares, les colonies de vacances du comité d'entreprise, et toute une culture ouvrière qui disparaissent. Les familles partent, les jeunes s'en vont chercher du travail ailleurs, les cités ouvrières se vident.

« La sidérurgie ne quittera pas la Lorraine. » — Valéry Giscard d'Estaing, 1976, d'après le site BLE Lorraine

8. 1981-1986 : de l'espoir à la rigueur

La gauche au pouvoir

Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu président de la République. Le gouvernement de Pierre Mauroy mène une politique de relance : hausse du SMIC et des allocations, embauches dans la fonction publique, semaine de 39 heures et cinquième semaine de congés payés (janvier 1982), retraite à 60 ans (1982, applicable en 1983), nationalisations de grands groupes industriels et de banques. On espère faire reculer le chômage.

Le tournant de la rigueur (1983)

Mais la relance, dans un monde en crise, aggrave le déficit commercial et l'inflation, et le franc est dévalué trois fois. En mars 1983, le gouvernement choisit de rester dans le Système Monétaire Européen et engage une politique de rigueur. En 1984, Laurent Fabius devient Premier ministre et parle de modernisation. Les restructurations industrielles reprennent : Talbot à Poissy, à la fin de 1983, les chantiers navals, la sidérurgie. (Le site consacre un récit à la période François Mitterrand.)

Deux millions, puis davantage

Au début des années 1980, le nombre de demandeurs d'emploi dépasse les deux millions. Le taux de chômage atteint environ 9 % en 1985. Le chômage devient le premier sujet d'inquiétude des Français, et il le restera pendant des décennies.

9. Vivre avec le chômage : les réponses et les solidarités

Les dispositifs pour l'emploi

L'État multiplie les mesures : préretraites pour les salariés âgés des industries en crise, stages de formation, contrats aidés. En 1984, le gouvernement crée les Travaux d'Utilité Collective (TUC), qui permettent à des jeunes de 16 à 21 ans de travailler à mi-temps dans des associations, des mairies ou des hôpitaux, pour une petite indemnité. Beaucoup d'associations d'Éducation Populaire et de Centres Sociaux accueillent ces jeunes. (Le site raconte, dans l'histoire des Centres Sociaux, le tournant de l'insertion des années 1980.)

Les « nouveaux pauvres »

Au milieu des années 1980, on parle des « nouveaux pauvres » : des chômeurs en fin de droits, des familles qui ne peuvent plus payer leur loyer, des jeunes sans ressources. L'hiver 1984-1985, très froid, met cette pauvreté en lumière.

Les Restos du Cœur (1985)

En septembre 1985, l'humoriste Coluche lance à la radio l'idée de « Restaurants du Cœur », pour distribuer des repas gratuits pendant l'hiver. Le succès est immédiat : des milliers de bénévoles se mobilisent, et la première campagne commence en décembre 1985. Coluche meurt en juin 1986, mais les Restos du Cœur existent toujours, et une loi de 1988, dite « Loi Coluche », améliore les réductions d'impôt pour les dons aux associations.

Le RMI (1988)

En décembre 1988, le gouvernement de Michel Rocard crée le Revenu Minimum d'Insertion (RMI), un revenu minimum pour les personnes sans ressources, accompagné d'un engagement d'insertion. Le chômage de masse a transformé en profondeur la protection sociale française.

Une génération marquée

Pour les jeunes des années 1980, la crise devient un horizon permanent : petits boulots, intérim, stages, emplois précaires. Pour leurs parents, ouvriers licenciés à cinquante ans, c'est souvent la fin brutale d'une vie de travail et de fierté. Le pays des Trente Glorieuses, qui croyait au progrès sans fin, découvre la fragilité.

Voir aussi

– La période François Mitterrand : la relance de 1981 et le tournant de 1983.

– Histoire des Centres Sociaux, page 3 : les années 80, le tournant de l'insertion : comment les Centres Sociaux ont accompagné les chômeurs et les jeunes.

– Histoire des radios pirates et des radios libres : Lorraine Cœur d'Acier et les radios libres.

– Les métiers disparus ou transformés : mineurs, sidérurgistes, ouvriers du textile.

10. Chronologie

DateÉvénement
1958Création de l'assurance chômage (UNEDIC, ASSEDIC)
1967Création de l'Agence Nationale Pour l'Emploi
1971Fin de la convertibilité du dollar en or
Juin 1973Début de l'affaire Lip à Besançon
6 octobre 1973Guerre du Kippour
Octobre 1973 - janvier 1974Premier choc pétrolier : prix du baril multiplié par quatre
Mars 1974Plan Messmer : lancement du programme nucléaire
Avril 1974Première réglementation sur l'isolation des logements neufs
Mai 1974Élection de Valéry Giscard d'Estaing
1974Inflation supérieure à 13 % ; allocation supplémentaire d'attente
Novembre 1974Vitesse limitée à 90 km/h sur route et 130 km/h sur autoroute
1975Première récession depuis la guerre
1976Heure d'été ; Plan Barre
1977Un million de chômeurs ; Fessenheim ; manifestation de Creys-Malville
1978Plans de restructuration de la sidérurgie ; faillite de Boussac
Début 1979Révolte des sidérurgistes de Longwy et de Denain
23 mars 1979Marche des sidérurgistes à Paris
1979Révolution iranienne : second choc pétrolier
22 octobre 1979Chauffage limité à 19 °C
10 mai 1981Élection de François Mitterrand
Janvier 198239 heures et cinquième semaine de congés payés
Mars 1983Tournant de la rigueur
1984Travaux d'Utilité Collective ; nouveau plan acier
1985Taux de chômage d'environ 9 % ; création des Restos du Cœur
Décembre 1988Création du RMI
1990Fermeture de la dernière mine du Nord-Pas-de-Calais, à Oignies

11. Espace pour les témoignages

À compléter : mes souvenirs de la crise et du chômage

Cette partie est réservée aux souvenirs : les économies d'énergie à la maison, le pull de plus et le chauffage baissé ; la télévision qui s'arrêtait plus tôt le soir ; la file devant la pompe à essence ; un père, un frère ou un voisin licencié ; la fermeture de l'usine, de la mine ou du chantier de votre ville ; la première inscription à l'ANPE ; un stage, un TUC, un premier emploi difficile à trouver ; l'engagement bénévole aux Restos du Cœur ou dans une association d'insertion. Photos, coupures de journaux et souvenirs sont les bienvenus.

12. Pour aller plus loin

Références

– Global Chance : le choc pétrolier de 1973 et les économies d'énergie

– INSEE : l'essentiel sur le chômage

– Wikipédia : histoire du chômage en France

– BLE Lorraine : histoire de la sidérurgie lorraine de 1974 à 2012

– Wikipédia : crise de la sidérurgie dans le bassin lorrain

– Cairn, revue Vingtième Siècle : les ouvriers de Denain et de Longwy face aux licenciements (1978-1979)

– Persée : d'un choc pétrolier à l'autre, le point sur le chômage

Vidéos d'archives (INA)

– INA, Panorama Grand Est : Lorraine Cœur d'Acier, une radio pirate au centre des conflits sociaux

– INA, Panorama Grand Est : fermeture des deux hauts-fourneaux de la Chiers à Longwy

– Fédération CGT de la Métallurgie : 1979, la bataille de l'acier à Usinor Denain

Où trouver des photos

– Wikimedia Commons : choc pétrolier de 1973

– Wikimedia Commons : Longwy, sidérurgie

– Wikimedia Commons : affaire Lip

Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables, à condition de citer l'auteur et la licence. Les photos d'agences et de l'INA ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Les musées de la mine et de la sidérurgie, comme le Centre Historique Minier de Lewarde ou le Musée des Mines de fer de Neufchef, conservent de nombreuses images ; les photos de famille, à l'usine ou lors d'une manifestation, sont les plus précieuses pour ce site.

Note de méthode

Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (INSEE, travaux d'historiens, encyclopédies, archives de l'INA), recoupées entre elles. Les taux de chômage sont ceux de l'INSEE, au sens du Bureau International du Travail ; le nombre de chômeurs varie selon la façon de compter (chômeurs au sens du BIT ou demandeurs d'emploi inscrits), d'où des chiffres parfois différents selon les sources. Seuls un slogan publicitaire, un slogan des ouvriers de Lip et une courte déclaration politique sont cités. Aucune parole de chanson n'est citée.

Vos souvenirs, vos précisions

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Page mise à jour le 04/10/2026