Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Sur le terrain — Témoignage — Murs, village de Provence, et son Foyer Rural (Vaucluse, 1982-1983) – Suite 01

Le Foyer Rural de Murs en pleine renaissance, Radio Murs et Radio Bigarreau, Rencontre et Veillée en Luberon, le cinéma dans la cuisine, le Cinéma Rural Itinérant et l'avant-première de « L'Orsalher »

01/10/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

4. Une vie associative en plein renouveau

Trois années de renaissance

Quand j'arrive à Murs, à la fin de l'année 1982, la vie associative connaît depuis trois ans un vrai renouveau, grâce à la dynamique impulsée par les habitants, les associations, la mairie et le Foyer Rural :

– la relance des fêtes traditionnelles ;

– la participation à Rencontre et Veillée en Luberon et à la fête votive ;

– l'expérience de Radio Murs, en septembre 1981, avec le Foyer Rural et l'Institut National de l'Audiovisuel (INA) ;

– un réseau de cinéma itinérant, mis en œuvre par le Foyer Rural, qui diffuse le cinéma dans les villages environnants, et qui se gère et se finance lui-même.

Le recensement des associations

Au cours de mon stage, j'ai pris contact avec les présidents des différentes associations du village. Ce recensement m'a permis de constater que la vie associative tenait une grande place à Murs, malgré un certain manque de motivation et de disponibilité de la part de certains bénévoles. Cela avait d'ailleurs été le cas du Foyer Rural lui-même, jusqu'en 1979 : il était alors en train de mourir, quand une nouvelle équipe, plus dynamique, l'a repris. Au moment de mon stage, le Foyer vivait un véritable renouveau, avec, au sein de son Conseil d'Administration élu en novembre 1982, une majorité de jeunes de 18 à 35 ans.

Pour un village de quelques centaines d'habitants, la liste était impressionnante : un Comité des Fêtes, l'Association des Parents d'Élèves, qui gérait la cantine de l'école (dix-sept enfants, l'instituteur et la cantinière), une Association Féminine de Vulgarisation Ménagère Agricole, un club d'échecs, une association de boules, la société de chasse, le CIVAM pour la formation des agriculteurs, et l'Aide à Domicile en Milieu Rural (ADMR), qui permettait aux personnes âgées de rester chez elles. Sans oublier les nombreux syndicats intercommunaux, pour l'eau, l'électricité, les ordures ménagères, qui montraient combien les petites communes devaient s'unir pour faire face.

5. Le Foyer Rural de Murs

Une association d'Éducation Populaire

Le Foyer Rural de Murs a été fondé le 10 janvier 1957 par Fernand Fabre, le maire de l'époque, sous la forme d'une association loi 1901. Il rayonnait sur Murs et sur les communes du canton de Gordes, et adhérait à la Fédération Départementale des Foyers Ruraux de Vaucluse et à la Fédération Nationale des Foyers Ruraux. Agréé « Association d'Éducation Populaire », il avait pour buts d'offrir un lieu ouvert à tous, d'étudier en commun les questions de la vie rurale, de favoriser le sport, d'organiser les loisirs et la culture (bibliothèque, conférences, théâtre, cinéma, concerts) et de renforcer la solidarité et l'entraide entre les habitants.

En décembre 1982, il comptait 230 membres actifs, pour une cotisation annuelle de 15 francs. Ils venaient de Murs (95 adhérents), de Joucas, de Gordes, de Lioux, de Goult, de Roussillon, et d'une vingtaine d'autres communes, dont Apt et Cavaillon. Son président, Henri Hontebeyrie, élu en 1979, était aussi président de la Fédération Départementale. Le nouveau Conseil d'Administration, élu le 13 novembre 1982, comptait beaucoup de jeunes, dont un représentant des adolescents du village, âgé de 19 ans. Le Foyer était installé dans une classe maternelle désaffectée, prêtée par la mairie, qui lui versait une subvention annuelle de 1 000 francs.

Le projet des Foyers Ruraux de Vaucluse

J'ai découvert à Murs la force du réseau des Foyers Ruraux. La Fédération Départementale de Vaucluse portait un véritable projet d'action culturelle en milieu rural. Son constat était lucide : le monde rural se transformait profondément, avec le tourisme, les résidences secondaires et l'arrivée de néo-ruraux, venus retrouver la terre ou habiter à la campagne en travaillant à la ville voisine. Ce renouvellement de la population était porteur d'espoir, mais aussi de conflits, car rien n'avait préparé des habitants d'origines et de cultures si différentes à vivre ensemble.

Les équipements culturels, eux, restaient concentrés dans les villes. D'où la volonté de recréer du lien par la rencontre, la fête et les loisirs, de travailler à l'échelle du « pays », entre villages voisins, et de s'appuyer sur les bénévoles, avec l'aide de professionnels et des pouvoirs publics. Depuis 1979, une ligne budgétaire du Ministère de la Culture soutenait l'action culturelle en milieu rural. En 1981-1982, les Foyers Ruraux du département proposaient ainsi des bibliothèques, l'enseignement de l'occitan et de l'arabe, des clubs d'archéologie, des danses traditionnelles, du théâtre, des ateliers photo et audiovisuels, des activités sportives et bien d'autres choses encore.

Les activités du Foyer

En 1982-1983, le Foyer Rural de Murs proposait du yoga, de la danse pour les adolescents et les adultes, de la guitare pour les enfants, de la flûte, du tennis de table, un Foyer du Troisième Âge intercommunal, un stage de danses provençales animé par le Cercle Provençal du Pays d'Apt, des projections-débats, des projections de vidéos et de diapositives, et des soirées conviviales : la veillée castagnade, la soirée des gâteaux des Rois, la soirée des oreillettes. Au mois de février 1983, le Programme du Foyer était chargé presque chaque jour : cinéma itinérant, veillée provençale, goûter des anciens, réunion de préparation du Caramentran, voyage au corso fleuri.

Les fêtes et les voyages

Le Foyer faisait vivre les fêtes traditionnelles du village :

– la fête de l'Ascension, avec, le matin, la montée vers la chapelle, une messe en plein air célébrée en provençal, puis l'aïoli champêtre, et l'après-midi la passo-carriero (le défilé dans les rues), les danses et les chants folkloriques et le concours de boules ;

– la fête de la Saint-Jean, avec son bûcher et son baleti, le bal populaire provençal ;

– le Caramentran, le carnaval ;

– la fête du 14 Juillet, avec son feu d'artifice, son concours de boules et son bal ;

– chaque été, au mois d'août, une représentation du Théâtre Mistral de Maillane ;

– le concert de Noël des chants traditionnels provençaux.

Il organisait aussi des voyages : le corso fleuri sur la Costa Brava, les châteaux de la Loire, San Remo, Aubagne et ses santonniers, avec l'exposition « Le Petit Monde de Marcel Pagnol », une croisière sur le Rhône, la Fête du Citron à Menton, des sorties à l'Opéra d'Avignon pour applaudir des opérettes.

6. Radio Murs et Radio Bigarreau

Radio Africa Oc – Radio Murs (septembre 1981)

Peu avant mon arrivée, Murs avait vécu une expérience étonnante. Du lundi 14 au dimanche 20 septembre 1981, dix hommes de radio venus du Congo, du Gabon, du Cameroun, du Mali, de la Mauritanie et d'autres pays d'Afrique, en stage à l'Institut National de l'Audiovisuel, ont animé une radio locale diffusée depuis le plateau de Murs, sur 88,60 MHz, pour la population du Pays d'Apt. Ces professionnels achevaient ainsi, par une expérience pratique, leur formation de cadres de la radiodiffusion. L'émetteur, d'une portée de 10 à 15 kilomètres, le studio et le poste de commande étaient installés au Foyer Rural de Murs.

La semaine précédente, encadrés par des formateurs et des techniciens, les stagiaires avaient préparé les émissions avec les habitants de Murs, de Lacoste et de Roussillon. Dès la fin du mois de juin 1981, ils avaient mené une enquête dans le Pays d'Apt, accueillis chaleureusement par la population. « Africa Oc » se voulait le reflet de la vie de la région, de ses activités, de son patrimoine culturel et historique : informations, services, reportages sur le terrain, portraits de figures locales, annonces des veillées, des expositions et des soirées dansantes, débats, tables rondes et beaucoup de musique. Une belle occasion d'échange entre les villages et l'Afrique.

Ce que la radio a révélé

Ce qui a paru le plus intéressant, c'est le système d'information entre les villages que cet outil pouvait aider à mettre en place. Chacun était informé de ce qui se passait à Murs, à Goult, à Roussillon, et chacun a eu le sentiment d'être plus solidaire de la vie des villages voisins. Les habitants commençaient à entrevoir les moyens d'une vie plus communautaire, et une radio pouvait devenir un vrai service pour un village comme Murs.

Le Foyer Rural, s'il en avait eu les moyens, la formation et les forces, aurait peut-être pu créer une radio « à sa mesure ». Radio Murs leur avait mis la puce à l'oreille : en regardant sur une carte de France où étaient installées les radios libres, ils avaient constaté qu'elles l'étaient toutes dans des villes. Les populations urbaines auraient-elles des besoins d'expression plus pressants que les ruraux ? Les ruraux, avec leurs Foyers, s'interrogeaient. Pour faire une radio, il faut de l'argent, des compétences et des hommes ; mais ils savaient désormais qu'un tel outil pouvait les aider à mieux communiquer et à affronter la disparition des services en milieu rural. Peut-être le moment était-il venu, pour eux, de se mettre autour d'une table et de décider ensemble comment faire vivre leurs villages, pour que leurs jeunes puissent y rester, y travailler et y avoir leur place.

Radio Bigarreau, la radio du Pays d'Apt (1982)

L'idée a fait son chemin. En janvier 1982, quelques habitants du Pays d'Apt, qui y songeaient depuis plusieurs années, se lancent, encouragés par la libération des ondes. En mars 1982, après des réunions et des débats, Radio Bigarreau émet pendant une semaine depuis Saignon : les gens accrochent, passent au studio, font de la radio, et en redemandent. Le 25 juin 1982, la radio devient permanente et émet dix-sept heures par jour, fabriquée par tous, individus et associations, avec quatre-vingts personnes autour de l'équipe.

7. Rencontre et Veillée en Luberon

Recréer le lien entre les villages

Nous vivions une période de grandes mutations : la radio, la télévision, les satellites et les ordinateurs bousculaient nos vies, mais les villages se transformaient, et la communication entre les hommes devenait difficile. « Rencontre et Veillée en Luberon » voulait prouver qu'autour du Luberon, les relations humaines pouvaient se développer et s'enrichir dans le creuset de la vie associative, qui détient une partie des racines des villages.

L'opération était née des efforts conjugués de plus de vingt associations locales, qui en assuraient l'organisation dans une vingtaine de communes, et d'un groupe d'animateurs professionnels et bénévoles, dont les chevilles ouvrières étaient les animateurs culturels de la Fédération Départementale des Foyers Ruraux et du Parc Naturel Régional du Luberon. Le Parc, qui regroupait presque toutes les communes de la région, en était naturellement le lieu de coordination.

Une programmation venue du pays

Le programme naissait des souhaits exprimés par les bénévoles des associations, au cours des réunions de travail. Chacun essayait de ne pas aller chercher trop loin ce qu'il pouvait trouver dans la région : la plupart des troupes, des chanteurs, des musiciens et des conteurs travaillaient ou habitaient dans le coin, et les associations choisissaient en majorité des créations réalisées par elles-mêmes. C'était essentiel pour que ces œuvres soient diffusées, discutées, pour encourager la création, et pour qu'une culture originale, née au sein des petites communes rurales, puisse se développer.

Depuis trois ans, l'opération montrait combien l'échange et la communication aident les femmes et les hommes du Luberon à prendre conscience de leur milieu et de leur culture. On voyait combien l'occitan provençal était présent dans les soirées, par le théâtre, le conte, la poésie et la chanson. En 1981-1982, Rencontre et Veillée en Luberon avait réuni 12 000 personnes au cours de 215 manifestations.

Le cinéma dans la cuisine (novembre 1982)

L'édition 1982-1983 a commencé, du 1er au 30 novembre 1982, par le « Mois du court-métrage paysan en Pays d'Apt », consacré au monde rural d'hier et d'aujourd'hui, dans huit villages, dont Murs. La formule était nouvelle : les veillées de cinéma avaient lieu chez l'habitant, dans les mas et les hameaux, à l'écart des villages, pour aller à la rencontre de ceux qui devaient habituellement se déplacer. Les agriculteurs qui recevaient la veillée invitaient leurs parents, leurs voisins et leurs amis, pour garder à la soirée son caractère intime, loin de toute forme de spectacle.

Une trentaine de courts-métrages, souvent réalisés par des gens de la région, ont ainsi été projetés dans la salle à manger du mas, sur les pratiques traditionnelles comme sur les problèmes agricoles du moment. Il s'agissait à la fois de faire circuler des films difficiles à voir ailleurs, de corriger l'image déformée et complaisante que le cinéma donne trop souvent des campagnes, et de réhabiliter la veillée. Ces films ont été un formidable point de départ pour discuter avec les agriculteurs eux-mêmes, au cœur de leur exploitation : sur les méthodes anciennes, les métiers disparus, mais aussi la mévente, la surproduction et la pollution. Dans ce creuset de la veillée, il s'agissait de renouer le fil du dialogue, d'appeler, dans la langue même du pays, la mémoire individuelle et collective du travail, de refuser le fatalisme, et de remettre à l'honneur le simple plaisir de la rencontre.

Parmi les films, un grand classique : « Farrebique », de Georges Rouquier (1946), chronique d'une famille paysanne du Rouergue au fil des quatre saisons, tournée avec les paysans de Goutrens, qui jouent leurs propres rôles : les veillées de l'hiver, l'arrivée de l'électricité au printemps, les foins et les moissons de l'été, les vendanges et la mort du grand-père à l'automne. Une exposition prêtée par l'association « Alpes de Lumière », sur le thème « Foulaisons et battages », a réveillé bien des mémoires.

Le Cinéma Rural Itinérant, circuit de Murs

Dans le cadre de Rencontre et Veillée en Luberon, en 1980-1981, le Foyer Rural de Murs a été à l'origine de la création d'un circuit de Cinéma Rural Itinérant, pour diffuser deux films par mois dans les villages. Le démarrage a eu lieu le 4 février 1981. Fin septembre 1982, le circuit commençait sa troisième saison, avec une programmation établie sur trois mois : « The Rose », « Elephant Man », « Le Syndrome chinois », « Autant en emporte le vent » en plein air, mais aussi des films plus rares.

En quinze mois, le bilan était remarquable : 13 villages participants, représentant 10 320 habitants, 30 films projetés au cours de 312 séances, 9 402 places vendues (5 901 adultes et 3 501 enfants) et 47 551 francs de recettes. Avec Goult, Saint-Martin-de-Castillon, Rustrel, Viens, Lagnes, Mormoiron, La Roque-sur-Pernes, Cabrières, Ménerbes, Gordes, Villars et Saint-Saturnin-d'Apt, ce réseau de bénévoles s'autofinançait totalement.

L'avant-première mondiale de « L'Orsalher » (25 février 1983)

Le 25 février 1983, pendant mon stage, le Cinéma Rural Itinérant de Murs a accueilli, à la salle des fêtes de Saint-Saturnin-d'Apt, l'avant-première mondiale de « L'Orsalher » (Le Montreur d'ours), de Jean Fléchet : une production autonome occitane, réalisée par un cinéaste et des comédiens vivant et travaillant au pays. Le film se déroule vers 1840 dans les Pyrénées de l'Ariège et à Toulouse : un jeune paysan pauvre, Gaston, refuse son destin d'ouvrier agricole, dresse un ours et part sur les routes pour le montrer, avant de rencontrer un colporteur de livres qui lui fait découvrir les idées nouvelles.

Ces avant-premières, données en février et mars 1983 dans dix-huit villes de France, étaient des séances de travail, sur une copie provisoire, réservées aux amis et aux soutiens du film. Un questionnaire était distribué à la sortie : l'histoire, les personnages, la musique, la durée, et surtout la question de la langue (fallait-il des sous-titres, un commentaire en français, ou garder la version occitane, où chaque personnage parle son propre dialecte ?). Les réponses ont servi à finir le film. Le réseau de cinéma de Murs avait aidé le réalisateur en souscrivant au financement : malgré les difficultés, le cinéma occitan allait de l'avant.

Voir aussi

– Histoire de l'Éducation Populaire, des origines à nos jours : les Foyers Ruraux dans la grande famille de l'Éducation Populaire.

– Les radios pirates et radios libres dans les années 70 et 80 : la libération des ondes.

– Langues régionales : le provençal, Frédéric Mistral et le Félibrige.

À suivre

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Page mise à jour le 04/10/2026