Sur le terrain — Témoignage — Murs, village de Provence, et son Foyer Rural (Vaucluse, 1982-1983)
Mon stage pratique au Foyer Rural de Murs, à côté de Gordes, de décembre 1982 à mars 1983 : un village perché des Monts de Vaucluse, son histoire, et le début d'une belle et longue aventure
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : une extraordinaire et belle aventure
Murs, un coin de Provence que j'adore
Il y a des lieux qui marquent une vie. Pour moi, Murs, petit village perché des Monts de Vaucluse, à côté de Gordes, est de ceux-là. J'y ai vécu une extraordinaire et belle aventure, en deux temps.
Il y a d'abord eu une toute première période : mon stage pratique, en décembre 1982, puis en février et mars 1983, au Foyer Rural de Murs, dans le cadre de ma formation. Il y a eu ensuite une deuxième période, qui dure encore : depuis ce stage, j'y retourne régulièrement. Je m'y suis fait des amis. Mes parents et mes frères y sont venus à leur tour. C'est un coin que j'adore, et j'aime toute la région alentour, que je connais aujourd'hui par cœur.
Mon mémoire de stage
De ce stage, j'ai tiré un mémoire, rédigé à l'époque, qui s'intitule « Étude du Milieu Rural en Provence et plus particulièrement à Murs dans le Vaucluse ». J'y avais décrit la région, le canton, l'histoire du village, ses associations, et surtout la vie du Foyer Rural, que j'ai vu vivre de l'intérieur : ses activités, ses veillées, son cinéma itinérant, son expérience de radio locale, et la renaissance de son carnaval, le Caramentran.
Ce témoignage reprend ce mémoire, avec mes souvenirs d'aujourd'hui. Il raconte un village de Provence au début des années 1980, à un moment où le monde rural se transformait profondément, et où des bénévoles, avec leur Foyer Rural, se battaient pour que leur village reste vivant.
Il est présenté en trois pages : la première raconte le village et son histoire ; la seconde raconte la vie associative, le Foyer Rural, la radio, les veillées et le cinéma ; la troisième raconte le Caramentran, ce que la fête représente en milieu rural, et ce que Murs est devenu pour moi.
Quelques mots à connaître
– Foyer Rural : une association d'Éducation Populaire qui anime la vie d'un village (activités, fêtes, culture, loisirs), membre d'une Fédération Départementale et de la Fédération Nationale des Foyers Ruraux.
– Stage pratique : la période de travail sur le terrain qui complète la formation d'un animateur.
– Veillée : une soirée passée ensemble, autrefois au coin du feu, où l'on raconte, chante, discute.
– Caramentran ou Carmentran : le personnage du carnaval provençal, que l'on juge puis que l'on brûle ; son nom viendrait de « Carême entrant ».
– Provençal : la forme de la langue d'oc parlée en Provence.
1. Murs, village de Provence
L'arrivée au village
Le voyageur qui va de Carpentras à Apt, par la combe de Venasque, parcourt une longue route déserte et sinueuse avant d'atteindre le col du Puy-de-Griffon, que les cartes désignent aussi sous le nom de « Col de Murs ». Parvenu là, il découvre tout à coup un immense panorama vers le Sud. Au loin, dans le moutonnement de la montagne, se découpent dans le ciel les créneaux d'un donjon carré, qui se hisse au-dessus d'une colline pour faire le guet : c'est celui du Château de Murs. Château et village se dissimulent longtemps derrière un pli du terrain ; lorsqu'on les découvre enfin, après un dernier virage, on est déjà entré dans le bourg.
La surprise est la même quand on vient de Gordes. Dès la fin de la montée, le long des combes arides, le village apparaît à trois kilomètres sur son promontoire, et se découpe en ombre chinoise dans le soleil du matin, ou baigne déjà dans la lumière de midi. Au printemps, il est entouré de champs verdoyants et d'amandiers en fleurs. Serré sous son église et son château, il présente un équilibre harmonieux, presque parfait.
Même à l'âge de l'automobile, on éprouve alors le brusque désir de faire une pause, comme jadis les cavaliers qui descendaient de leur monture pour se restaurer à l'auberge avant de reprendre la route.
Un village que l'on ne quitte plus
Qui s'arrête à Murs pourrait bien ne jamais repartir. Il y a un charme subtil dans ces petites rues. Les enfants du pays le savent ; d'autres, épris de calme, de solitude et de paix, l'ont senti aussi. Habitants de toujours et nouveaux venus, adoptés au fil des années comme des hôtes et des amis, ont si bien compris la valeur de leur village, et redoutent tant de le voir défiguré, qu'ils ont fait dévier la circulation à un kilomètre de là. Je les comprends : c'est exactement ce que j'ai ressenti en arrivant à Murs.
Un village du Vaucluse depuis 1793
D'abord inscrit comme le dernier village du Nord de la Provence, dans le département des Bouches-du-Rhône, Murs fait partie depuis 1793 du département de Vaucluse, formé par la réunion de l'État d'Avignon, de l'ancien Comtat Venaissin, de la Principauté d'Orange, de la Viguerie d'Apt et du Comté de Sault.
2. Un peu d'histoire
Un gîte d'étape entre Apt et Carpentras
Le village est perché à 537 mètres d'altitude, sur un promontoire d'où l'on découvre, par temps clair, la montagne de Lure et, dans une échancrure du Luberon, au-dessus de Bonnieux, le sommet de la Sainte-Victoire. À ses pieds s'étend la plaine du Calavon, coupée par les collines d'ocre rouge de Roussillon. C'est un incomparable poste de vigie, à mi-chemin de la ligne droite qui relie Apt à Carpentras à travers les Monts de Vaucluse.
Son nom viendrait du latin « muros », les murailles ou les remparts : il désignerait une construction importante de l'époque gallo-romaine, située sur la piste qui reliait la colonie d'Apt à celle de Carpentras. Murs était alors un relais, un gîte d'étape à mi-chemin des deux villes. Bien plus tard, les évêques de Carpentras en tournée et les consuls du village emprunteront encore le même itinéraire.
Du Moyen Âge à la Renaissance
Au Moyen Âge, la seigneurie de Murs passe de main en main, entre la famille d'Agoult, l'Évêque de Carpentras et les Comtes de Toulouse. La première enceinte du château est construite au XIIe siècle, et l'église romane date de la même époque. Au XIVe siècle, pendant que les papes construisent leur palais à Avignon, le donjon de Murs s'achève. En 1462, la seigneurie passe à la famille d'Astouaud, qui la conservera plus de trois siècles, jusqu'à la Révolution. Le 21 janvier 1486, l'« acte d'habitation » définit les droits et les obligations du seigneur et des habitants.
Le « brave Crillon », né à Murs (1543)
Le 5 mars 1543, au cours d'un séjour chez sa sœur, Jeanne de Grillet-Brissac met au monde à Murs un garçon, Louis des Balbes de Berton, qui deviendra le célèbre « brave Crillon ». Chevalier de Malte, compagnon d'armes de cinq rois de France, il combat à Lépante en 1571 et devient l'un des plus fidèles soutiens du roi Henri IV, qui le qualifie de « premier capitaine du monde ». Il meurt à Avignon le 11 décembre 1615. Sa maison natale, près de l'église, se visite toujours.
La peste et le Mur de la Peste (1720-1722)
En mai 1720, un navire venu de Syrie, le Grand Saint-Antoine, apporte la peste à Marseille. L'épidémie gagne toute la Provence et fait des dizaines de milliers de victimes. Pour protéger le Comtat Venaissin, on construit en 1721 une longue muraille de pierres sèches dans la montagne : le Mur de la Peste, dont il reste d'importants vestiges sur le territoire de Murs. Le village, dernier bourg de Provence sur le chemin d'Apt à Carpentras, est épargné, si l'on en croit ses registres de sépultures.
Les guerres du XXe siècle
Pendant la Première Guerre mondiale, vingt-deux hommes du village sont tués à l'ennemi : une perte terrible pour une commune qui ne compte plus alors qu'environ 350 habitants. En 1920, le nouveau maire, André Vayson, n'accepte la mairie qu'à la condition que les anciennes querelles politiques soient oubliées. Au cours de l'été 1944, des résistants ouvrent le feu depuis le château sur un détachement allemand, puis disparaissent ; les hommes du village sont rassemblés sous la menace des armes, et c'est l'adjoint au maire qui, à force de plaider, parvient à sauver le village et ses otages.
Le déclin, puis la renaissance
Au milieu du XXe siècle, Murs semble condamné : beaucoup de vieilles maisons sont en ruines, on y compte tant d'anciens et si peu de jeunes. Mais le regain est proche. Avec la « civilisation des loisirs », l'attrait pour l'habitat rural et le travail des maires successifs, dont Fernand Fabre, le maire de la « Renaissance », le village est restauré et sauvé de la ruine, tout en gardant son caractère. Les maisons en ruines sont abattues ou rebâties lors des aménagements de 1955 à 1960. (Ces pages d'histoire s'appuient sur les mémoires de C. Flaud, écrits à Murs en décembre 1965, que j'avais consultés pour mon mémoire.)
3. Le village au début des années 1980
Cerisiers et moutons
Accroché sur le flanc sud des Monts de Vaucluse, le village domine la vallée du Calavon, depuis Apt jusqu'à Cavaillon. Au printemps, les cerisiers recouvrent les terres de leurs fleurs blanches : les récoltes de ces magnifiques fruits de table sont, avec l'élevage du mouton, les principales ressources de la commune. Le village et ses hameaux ont gardé leurs lignes pures d'origine ; c'est un lieu privilégié pour le calme et le repos.
Ce que j'aimais faire découvrir
– l'église romane du XIIe siècle, avec son lourd clocher carré terminé en terrasse ;
– la maison natale du brave Crillon, près de l'église ;
– la chapelle Notre-Dame-du-Salut, jolie construction romane ;
– les grottes de Bérigoule, où, à la fin du XVIe siècle, pendant les guerres de Religion, des familles protestantes réfugiées périrent enfumées ;
– le Mur de la Peste, construit au début du XVIIIe siècle à la limite du Comtat Venaissin ;
– les ateliers préhistoriques de Chattemuy, à deux kilomètres du village, où les hommes de la Préhistoire extrayaient le silex à l'aide de maillets de pierre, sur une bande de terrain de cinq à six kilomètres qui va jusqu'au voisinage de l'Abbaye de Sénanque. C'est un notable du village, Bruno Vayson, qui les découvrit et les explora le premier, entre 1870 et 1896.
Voir aussi
– Fêtes populaires : le Carmentran de Murs parmi les fêtes de nos villages.
– Vie rurale – vie urbaine – périurbanisation : le renouveau des villages et l'arrivée des néo-ruraux.
À suivre
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Page mise à jour le 04/10/2026
