Religion et laïcité : pratique, évolution, dialogue
La messe du dimanche, le catéchisme, la communion solennelle, l'école libre et l'école laïque, puis le concile Vatican II, le recul de la pratique et la diversité nouvelle des religions en France
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : croire, pratiquer, vivre ensemble
Pourquoi ce récit ?
Dans notre enfance, la vie de beaucoup de familles était rythmée par la religion, même chez ceux qui ne pratiquaient guère : le baptême, le catéchisme, la communion solennelle avec son aube blanche et ses cadeaux, la messe du dimanche, les cloches qui sonnaient l'angélus, les processions, les mariages à l'église, les enterrements. Dans d'autres familles, au contraire, on était fièrement laïque, on envoyait les enfants à l'école publique, on se méfiait du curé, et l'on se mariait à la mairie seulement.
En une génération, ce paysage a profondément changé. La pratique religieuse a fortement reculé ; l'Église catholique s'est transformée avec le concile Vatican II ; de nouvelles religions, comme l'islam, sont devenues visibles avec l'immigration ; et la laïcité, principe fondamental de la République, a été au cœur de grands débats, comme la bataille de l'école libre en 1984.
Ce récit raconte cette évolution avec respect pour toutes les croyances et toutes les convictions, religieuses ou non. Il ne prend parti ni pour ni contre la religion : il décrit ce que les Français ont vécu.
Il est présenté en deux pages : la première décrit la place de la religion dans la France des années 1950, la laïcité, et la question de l'école ; la seconde raconte le concile Vatican II, le recul de la pratique, la diversité religieuse nouvelle, le dialogue entre les religions, et les grands débats sur la laïcité.
Quelques mots à connaître
– Laïcité : le principe selon lequel l'État est neutre à l'égard des religions, garantit la liberté de conscience et de culte, et ne reconnaît ni ne finance aucun culte.
– Paroisse : la communauté catholique d'un village ou d'un quartier, avec son église et son curé.
– Pratiquant : une personne qui participe régulièrement aux offices religieux, comme la messe du dimanche.
– Communion solennelle ou profession de foi : la grande fête religieuse des enfants catholiques vers douze ans, après le catéchisme.
– Concile : une grande assemblée des évêques de l'Église catholique ; le concile Vatican II s'est tenu à Rome de 1962 à 1965.
– École libre : le nom donné aux écoles privées, en majorité catholiques, par opposition à l'école publique, laïque.
– Œcuménisme : le dialogue et le rapprochement entre les différentes Églises chrétiennes.
1. La laïcité, principe de la République
La loi de 1905
La loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l'État, adoptée après de très vifs affrontements entre républicains et catholiques, est le fondement de la laïcité française. Elle garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes, et affirme que la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Les églises construites avant 1905 deviennent propriété des communes, qui les mettent à la disposition des fidèles. (En Alsace et en Moselle, allemandes en 1905, un régime particulier, le Concordat, s'applique toujours.)
Une République laïque
Après la Libération, la Constitution de 1946, puis celle de 1958, proclament que la France est une République « indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Les vieux affrontements entre « cléricaux » et « anticléricaux » s'apaisent peu à peu, même si la question de l'école reste sensible.
Deux France ?
Dans les années 1950, on parle encore parfois des « deux France » : celle du clocher et celle de l'école laïque, celle du curé et celle de l'instituteur. Dans certains villages, la rivalité entre l'école publique et l'école libre, entre le patronage paroissial et l'amicale laïque, entre la fanfare catholique et la fanfare laïque, fait partie de la vie locale.
2. La France catholique des années 1950
Une France très majoritairement catholique
Dans les années 1950, la grande majorité des Français se disent catholiques : selon l'IFOP, environ 81 % en 1952. Presque tous les enfants sont baptisés, la plupart font leur communion, se marient et sont enterrés à l'église. Mais la pratique régulière est beaucoup moins répandue : selon la même enquête, environ 27 % des Français vont à la messe chaque dimanche en 1952.
Une France religieuse contrastée
La pratique varie énormément d'une région à l'autre. En 1947, le chanoine Fernand Boulard publie une célèbre carte religieuse de la France rurale, qui montre des régions très pratiquantes, comme la Bretagne, la Vendée, l'Alsace, le Pays basque, la Savoie, une partie du Massif Central et du Nord, et des régions très détachées, comme le Bassin parisien, le Limousin, une partie du Centre et du Midi. Dans les Alpes, la pratique est souvent forte dans les villages de montagne. Dans les banlieues ouvrières, l'Église a perdu beaucoup de fidèles depuis longtemps.
La paroisse au cœur du village
La paroisse organise la vie de beaucoup de villages et de quartiers : la messe du dimanche, en latin, avec ses chants et son sermon, suivie de l'apéritif au café pour les hommes ; les vêpres ; le catéchisme du jeudi, jour sans école ; le patronage, qui accueille les enfants le jeudi et le dimanche pour des jeux, du sport, du théâtre, des sorties ; les kermesses, les processions de la Fête-Dieu, les pèlerinages, notamment à Lourdes. Le curé, en soutane, est une figure centrale, souvent présent dans chaque village.
La communion solennelle
La communion solennelle, vers douze ans, est l'un des grands moments de l'enfance : retraite de préparation, aube blanche ou brassard, cierge, procession dans l'église, photo de famille, grand repas, et cadeaux, souvent une montre, un missel, un stylo, parfois une bicyclette. Pour beaucoup, elle marque aussi la fin du catéchisme… et de la pratique.
3. Les protestants, les juifs et les autres
Les protestants
Les protestants, environ un million de personnes, sont présents surtout dans les Cévennes, le Gard, l'Alsace, le pays de Montbéliard, le Poitou, la Drôme, et dans certaines vallées des Alpes, comme le Queyras et la Vallée de Freissinières, dans nos Hautes-Alpes. Marqués par le souvenir des persécutions, attachés à la laïcité, ils jouent un rôle important dans la vie publique, l'enseignement et les œuvres sociales.
Les juifs
La communauté juive de France, durement frappée par la Shoah, qui a coûté la vie à environ 76 000 juifs déportés de France, se reconstruit après la guerre. Au début des années 1960, l'arrivée de nombreux juifs d'Afrique du Nord, notamment d'Algérie, en 1962, la transforme et la renouvelle : elle devient la plus importante d'Europe occidentale. Des synagogues, des écoles, des associations ouvrent dans de nombreuses villes. En 1948, l'historien Jules Isaac fonde l'Amitié judéo-chrétienne de France, qui œuvre au rapprochement entre juifs et chrétiens.
Les orthodoxes et les autres
Les orthodoxes, venus de Russie, de Grèce, d'Arménie, les musulmans, encore peu nombreux et souvent peu visibles dans les années 1950, et d'autres communautés religieuses complètent ce paysage. La Grande Mosquée de Paris, inaugurée en 1926, rend hommage aux soldats musulmans morts pour la France.
4. L'école laïque et l'école libre
Deux écoles
Depuis la fin du XIXe siècle, la France a deux systèmes scolaires : l'école publique, gratuite et laïque, voulue par Jules Ferry, et l'école privée, en grande majorité catholique, que ses défenseurs appellent l'école libre. Dans certaines régions, comme la Bretagne ou la Vendée, l'école libre accueille une grande partie des enfants. La « querelle scolaire » entre partisans des deux écoles est l'une des plus anciennes de la vie politique française.
La Loi Debré (31 décembre 1959)
La Loi Debré du 31 décembre 1959, du nom du Premier ministre Michel Debré, propose aux écoles privées des contrats avec l'État : en échange du respect des programmes et du contrôle de l'État, l'État prend en charge le salaire des enseignants. La plupart des écoles privées signent un contrat. Les défenseurs de la laïcité protestent vivement : en 1960, une pétition recueille près de 11 millions de signatures, mais la loi est maintenue. Elle organise jusqu'à aujourd'hui les relations entre l'État et l'enseignement privé.
Voir aussi
– L'école dans les années 50, 60, 70 et 80 : l'école publique et ses grandes réformes.
– Vie rurale – vie urbaine – périurbanisation : l'église, le curé et le village.
– Histoire de l'Éducation Populaire, des origines à nos jours : patronages, amicales laïques et mouvements de jeunesse.
À suivre
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Page mise à jour le 04/10/2026
