Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Relations entre générations et solidarités de voisinage dans les années 50, 60, 70 et 80 – Suite 01

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7. Les solidarités de voisinage en ville

La cour, l'escalier et le palier

Dans les immeubles anciens des quartiers populaires, les logements sont petits et les murs minces ; la vie déborde sur l'escalier, le palier, la cour. On partage les toilettes du palier, le point d'eau, la cour pour étendre le linge. On se rend service : garder un enfant, prêter du sel ou du sucre, surveiller le logement pendant les vacances, porter les courses d'une personne âgée, appeler le médecin.

La concierge

Personnage central de l'immeuble parisien et des grandes villes, la concierge (ou gardienne) distribue le courrier, surveille les allées et venues, sort les poubelles, entretient l'escalier, et sait tout de la vie des locataires. Elle est à la fois une figure de solidarité (elle veille sur les personnes âgées, prévient en cas de problème) et de contrôle social (elle commente tout). Son rôle diminue fortement avec l'arrivée des interphones et des digicodes, dans les années 1970-1980.

Le quartier-village

Dans les grandes villes, les quartiers populaires (Belleville, Ménilmontant, la Croix-Rousse à Lyon, le Panier à Marseille, les quartiers ouvriers de Saint-Étienne, de Lille, de Roubaix…) fonctionnent comme de véritables villages :

La télévision chez le voisin

À la fin des années 1950 et au début des années 1960, quand peu de foyers ont la télévision, on va la regarder chez le voisin qui en possède une, ou au café. Les grandes émissions ((La Piste aux étoiles), (Intervilles), (Thierry la Fronde), les matchs de football, le Tour de France) réunissent voisins et enfants du quartier dans la même pièce. Paradoxalement, la télévision, qui a d'abord créé du lien, contribuera ensuite à replier les familles sur elles-mêmes (voir l'article « Histoire de la télévision »).

La solidarité ouvrière

Dans les quartiers et les cités ouvrières, la solidarité de voisinage se double d'une solidarité de classe : caisses de secours mutuel, collectes pour les grévistes, soupes populaires pendant les grandes grèves (les mineurs en 1963, Lip en 1973, la sidérurgie en 1978-1979), accueil des enfants de grévistes par d'autres familles. Les associations, les syndicats, les coopératives, les mutuelles, les comités d'entreprise font partie de ce tissu de solidarités.

Et dans les grands ensembles ?

Dans les grands ensembles construits à partir des années 1950, la vie de voisinage doit être réinventée (voir l'article « Urbanisation, grands ensembles et exode rural »). Les premiers habitants, venus de partout, ne se connaissent pas. Les solidarités se reconstruisent autour des enfants (l'école, le square, les activités), des amicales de locataires, des centres sociaux et des MJC, des clubs sportifs, des fêtes de quartier. Dans les années 1960, beaucoup d'habitants décrivent une vie de voisinage très riche ; elle se dégrade dans certains quartiers dans les années 1970-1980, avec la paupérisation et le départ des familles des classes moyennes.

8. Des solidarités qui se transforment

Pourquoi les liens se relâchent

Plusieurs évolutions contribuent à affaiblir les solidarités traditionnelles :

La solitude des personnes âgées

L'une des conséquences les plus douloureuses de ces transformations est l'isolement des personnes âgées, qui devient un sujet de préoccupation à partir des années 1960-1970. L'INA conserve de nombreux reportages sur ce thème, qui est « médiatisé depuis les années 1950 ». Des associations comme les Petits Frères des pauvres (fondés en 1946 par Armand Marquiset), qui organisent des visites, des repas et des vacances pour les personnes âgées isolées, jouent un rôle essentiel.

De nouvelles formes de solidarité

Mais les solidarités ne disparaissent pas : elles se transforment. À côté de la famille et du voisinage, se développent des solidarités organisées, fondées sur l'engagement volontaire :

9. Les grandes organisations de solidarité

OrganisationCréationFondateur ou origineMission principale
Secours populaire français1945 (nom actuel)Héritier du Secours rougeAide aux personnes en difficulté, vacances pour les enfants
Secours catholique1946Abbé Jean RodhainAide aux plus pauvres, accueil, accompagnement
Petits Frères des pauvres1946Armand MarquisetLutte contre l'isolement des personnes âgées
Emmaüs1949Abbé PierreCommunautés de compagnons, lutte contre le mal-logement
Fonds national de solidarité1956Loi de 1956Minimum vieillesse
ATD Quart Monde1957Père Joseph WresinskiLutte contre la grande pauvreté, avec les familles
SOS Amitié1960Association de bénévolesÉcoute téléphonique des personnes en détresse
Universités du troisième âge1973Pierre Vellas (Toulouse)Formation et vie sociale des retraités
Restos du cœur1985ColucheDistribution de repas (8,5 millions la première saison)
Téléthon1987AFM (Association française contre les myopathies)Collecte pour la recherche sur les maladies génétiques

Les Restos du cœur

Le 26 septembre 1985, sur Europe 1, l'humoriste Coluche lance un appel : « J'ai une petite idée comme ça… », pour ouvrir une « cantine gratuite » l'hiver. Les premiers restaurants ouvrent en décembre 1985. Dès le premier hiver, 5 000 bénévoles distribuent 8,5 millions de repas. Coluche meurt accidentellement le 19 juin 1986, mais l'œuvre continue. La « loi Coluche », votée à l'unanimité le 20 octobre 1988, permet de déduire des impôts une partie des dons aux associations d'aide aux plus démunis. La même année est créé le revenu minimum d'insertion (RMI).

L'existence même des Restos du cœur, à la fin des années 1980, dit beaucoup de la société de l'époque : la croissance des Trente Glorieuses est finie, le chômage de masse s'est installé, la « nouvelle pauvreté » touche des personnes que les solidarités familiales et de voisinage ne suffisent plus à protéger.

10. Tableau de synthèse : quarante ans de liens entre générations et entre voisins

AspectAnnées 1950Années 1960Années 1970Années 1980
Cohabitation des générationsFréquente, surtout à la campagneEn reculRare en villeProximité « à distance »
Personnes âgéesPauvreté, hospice, minimum vieillesse (1956)Rapport Laroque (1962), aide ménagèreClubs du troisième âge, universités du troisième âge (1973)Retraite à 60 ans (1982), génération pivot
JeunesseSoumise à l'autoritéCulture yé-yé, affirmation de la jeunesseContestation après Mai 68, libéralisationCrise, chômage, retour à la famille
Solidarités de voisinageEntraide agricole, veillées, cour et escalierTélévision chez le voisin, vie des grands ensemblesDéclin des veillées, interphonesAssociations de quartier, bénévolat
Solidarités organiséesSecours populaire, Secours catholique, EmmaüsATD Quart Monde, SOS AmitiéCentres sociaux, clubs, associationsRestos du cœur (1985), Téléthon (1987), RMI (1988)

11. Chronologie

DateÉvénement
1945Création de la Sécurité sociale et du régime général de retraite ; Secours populaire français
1946Secours catholique ; Petits Frères des pauvres
1949Fondation d'Emmaüs par l'abbé Pierre
1954Appel de l'abbé Pierre (1er février)
1956Création du Fonds national de solidarité (minimum vieillesse)
1957Fondation d'ATD Quart Monde
1959Première émission de (Salut les copains) sur Europe 1
1960Création de SOS Amitié
1962Rapport Laroque sur la politique de la vieillesse
1963Concert de la Nation (22 juin) ; naissance du mot « yé-yé »
1968Mai 68
1970Simone de Beauvoir publie (La Vieillesse) ; l'autorité parentale remplace l'autorité paternelle
1971-1975VIe Plan : développement du maintien à domicile
1973Première université du troisième âge à Toulouse
1975Loi sur les institutions sociales et médico-sociales
1976Françoise Dolto commence son émission sur France Inter
1981Création de l'UFUTA
1982Retraite à 60 ans
1985Appel de Coluche (26 septembre) et premiers Restos du cœur
1986Mort de Coluche (19 juin)
1987Premier Téléthon
1988Loi Coluche (20 octobre) ; création du RMI

Espace pour les témoignages

(Cet espace est réservé aux témoignages.)

Mes grands-parents

(Vivais-je avec mes grands-parents, ou près d'eux ? Que m'ont-ils transmis ? Quels souvenirs ai-je gardés des vacances chez eux ?)

L'entraide au village ou dans le quartier

(Les battages, les vendanges, le tue-cochon, les veillées ; l'escalier, la cour, la concierge, les commerçants qui faisaient crédit : mes souvenirs de solidarité entre voisins.)

Le conflit avec mes parents

(Les cheveux longs, la musique, les sorties, la politique : quels étaient les sujets de dispute avec mes parents ? Comment les choses se sont-elles apaisées ?)

Les bénévoles

(Bénévole dans un club du troisième âge, un centre social, une association caritative, aux Restos du cœur : mon engagement, et celui des bénévoles que j'ai connus.)

Vos souvenirs, vos précisions

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Page mise à jour le 04/10/2026