Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Immigration, intégration, accueil des nouvelles populations, récits de migration – Suite 01

L'arrêt de l'immigration de travail en 1974, le regroupement familial, la deuxième génération, les réfugiés d'Asie, la Marche pour l'égalité, et les visages de l'intégration, de Kopa à Platini et d'Aznavour à Enrico Macias

01/10/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

5. 1974 : l'arrêt de l'immigration de travail

Le tournant

Avec le choc pétrolier et la montée du chômage, le gouvernement change de politique. Dès 1972, des circulaires, dites Marcellin-Fontanet, durcissent les conditions d'entrée et de séjour. Le 3 juillet 1974, quelques semaines après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing, le gouvernement suspend l'immigration de travailleurs. L'entrée des familles et des réfugiés reste possible.

Le regroupement familial (1976)

Puisque les travailleurs ne peuvent plus faire des allers-retours, beaucoup choisissent de rester et de faire venir leur famille. Un décret d'avril 1976 organise le regroupement familial. L'immigration change de visage : elle devient une immigration de familles, qui s'installent durablement, souvent dans les grands ensembles HLM des banlieues. En 1978, le Conseil d'État reconnaît le droit de mener une vie familiale normale.

L'aide au retour (1977)

En 1977, le secrétaire d'État Lionel Stoléru propose une aide au retour de 10 000 francs aux travailleurs étrangers qui acceptent de rentrer définitivement dans leur pays : on l'appelle familièrement « le million », en anciens francs. Elle est surtout utilisée par des Espagnols et des Portugais ; peu de Maghrébins l'acceptent. La Loi Bonnet de 1980 renforce les possibilités d'expulsion.

La politique de la gauche (1981-1984)

Après l'élection de François Mitterrand, en 1981, environ 130 000 étrangers en situation irrégulière sont régularisés, et les expulsions sont placées sous le contrôle des juges. En 1984, une loi crée la carte de résident de dix ans, qui donne aux immigrés installés une plus grande stabilité, après la Marche pour l'égalité.

6. Les réfugiés

Une terre d'asile

La France accueille aussi des réfugiés fuyant les persécutions : des Hongrois après l'écrasement de la révolution de 1956, des Espagnols antifranquistes, des Chiliens après le coup d'État de 1973, des Portugais opposés à la dictature et à la guerre coloniale, des opposants de nombreux pays.

Les « boat people » (1975-1985)

Après la victoire des communistes au Viêt-nam, au Cambodge et au Laos, en 1975, des centaines de milliers de personnes fuient leur pays, souvent sur des bateaux de fortune en mer de Chine : ce sont les « boat people ». En 1979, des intellectuels français d'opinions opposées, dont Jean-Paul Sartre et Raymond Aron, se réunissent pour soutenir l'opération « Un bateau pour le Viêt-nam ». La France accueille plus de cent mille réfugiés d'Asie du Sud-Est, qui s'installent notamment dans le 13e arrondissement de Paris, devenu le « quartier asiatique ».

7. La deuxième génération et l'intégration

L'école

Pour les enfants d'immigrés, l'école de la République est le premier lieu d'intégration : ils y apprennent la langue, l'histoire, les règles de la société française, et se font des amis de toutes origines. Beaucoup réussissent brillamment ; d'autres rencontrent de grandes difficultés, liées à la pauvreté de leur quartier, à la langue, aux discriminations. Les Centres Sociaux, les associations d'alphabétisation, les MJC jouent un rôle essentiel pour les enfants comme pour les parents. (Le site consacre une histoire en treize pages aux Centres Sociaux.)

Entre deux cultures

Les enfants nés en France de parents immigrés, que l'on appelle à l'époque la « deuxième génération », grandissent entre deux cultures : celle de leurs parents, avec sa langue, sa religion, sa cuisine, ses traditions, et celle de la France. Beaucoup deviennent Français par le droit du sol, à leur majorité. Ils inventent une culture nouvelle, dans la musique, le sport, le théâtre, la littérature.

Les tensions et le racisme

L'histoire de l'immigration est aussi marquée par des tensions et du racisme : insultes, discriminations dans l'emploi et le logement, contrôles au faciès, et parfois de terribles violences racistes, comme à Marseille à l'été 1973, ou les crimes qui frappent de jeunes Maghrébins au début des années 1980. Ces violences provoquent la colère et la mobilisation des jeunes et des associations.

La Marche pour l'égalité (1983)

Le 15 octobre 1983, une Marche pour l'égalité et contre le racisme part de Marseille ; à son arrivée à Paris, le 3 décembre 1983, plus de 100 000 personnes défilent. Elle marque l'entrée des enfants de l'immigration dans la vie publique. En 1984 naît SOS Racisme. (Le site raconte la Marche dans le récit sur le syndicalisme et l'engagement.)

8. Les visages de l'intégration

Le sport

Le sport offre de grands exemples d'intégration réussie. Raymond Kopa, fils d'un mineur polonais du Nord, devient le meilleur footballeur français des années 1950 et reçoit le Ballon d'Or en 1958. Michel Platini, petit-fils d'un immigré italien de Lorraine, devient le capitaine de l'équipe de France et le meilleur joueur d'Europe dans les années 1980. Beaucoup d'autres champions sont enfants d'immigrés. (Le site consacrera une thématique au football et au Mondial de 1982.)

La chanson et le spectacle

La chanson française doit beaucoup à des artistes nés ailleurs ou de parents immigrés : Yves Montand, né en Italie ; Charles Aznavour, fils d'Arméniens ; Serge Reggiani, né en Italie ; Dalida, née en Égypte de parents italiens ; Enrico Macias, né à Constantine ; Georges Moustaki, né en Égypte. (Le site consacre un récit aux grandes personnalités du spectacle.)

La vie quotidienne

Mais l'intégration se joue surtout au quotidien : le voisin portugais qui aide à refaire le toit, l'épicier tunisien ouvert le dimanche, le collègue espagnol à l'usine, les mariages mixtes, les amitiés d'école, les fêtes de quartier. Les cuisines, les mots, les musiques venus d'ailleurs ont enrichi la vie française.

9. Récits de migration et mémoire

Les récits

Chaque famille immigrée a son récit de migration : le départ du village, le voyage en train, en bateau ou à pied, l'arrivée dans une gare inconnue, le premier travail, la première chambre, la langue apprise, la famille qui rejoint, les retours au pays pour l'été, le choix de rester. Ces récits, longtemps tus par pudeur, sont de plus en plus recueillis par les enfants et les petits-enfants, par les associations, les musées et les historiens.

Un musée pour l'immigration

En 2007 ouvre, au Palais de la Porte Dorée, à Paris, la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration, devenue le Musée National de l'Histoire de l'Immigration, qui raconte deux siècles d'histoire de l'immigration en France, avec des objets, des photos et des témoignages donnés par les familles.

Ce que nous en gardons

Pour notre génération, l'immigration n'est pas une abstraction : ce sont des visages, des camarades de classe, des collègues de travail, des voisins, souvent des membres de nos propres familles. Selon l'INSEE, une part importante des Français d'aujourd'hui a au moins un grand-parent immigré. L'histoire de l'immigration fait pleinement partie de l'histoire de France, et de la nôtre.

Voir aussi

– Syndicalisme, luttes ouvrières, engagement politique : les grèves des foyers Sonacotra et la Marche pour l'égalité.

– Histoire des Centres Sociaux, page 3 : les années 80, le tournant de l'insertion : alphabétisation et accompagnement des familles.

– Personnalités marquantes du show-business, du sport et de la culture : Kopa, Montand, Aznavour et bien d'autres.

– Recettes de cuisine typiques, habitudes alimentaires : les cuisines venues d'ailleurs.

10. Chronologie

DateÉvénement
2 novembre 1945Ordonnance sur l'entrée et le séjour des étrangers ; création de l'Office National d'Immigration
1952Loi sur l'asile, application de la Convention de Genève
1956Création de la Sonacotral ; réfugiés hongrois
1958Raymond Kopa, Ballon d'Or
1962Environ 629 000 Italiens en France ; indépendance de l'Algérie
1968Plus de 600 000 Espagnols en France
Janvier 1970Drame du foyer d'Aubervilliers
1972Circulaires Marcellin-Fontanet
1973Violences racistes à Marseille ; réfugiés chiliens
3 juillet 1974Suspension de l'immigration de travail
1975Environ 3,4 millions d'étrangers en France ; 759 000 Portugais ; arrivée des premiers boat people
1975 - 1980Grève des loyers dans les foyers Sonacotra
Avril 1976Décret sur le regroupement familial
1977Aide au retour
1979« Un bateau pour le Viêt-nam »
1980Loi Bonnet
1981 - 1982Régularisation d'environ 130 000 étrangers
15 octobre - 3 décembre 1983Marche pour l'égalité et contre le racisme
1984Carte de résident de dix ans ; Fondation de SOS Racisme
2007Ouverture de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration

11. Espace pour les témoignages

À compléter : mes souvenirs et les récits de migration

Cette partie est réservée aux souvenirs : un camarade d'école, un voisin, un collègue venu d'ailleurs ; l'histoire de votre propre famille, si elle a connu l'immigration ; le bidonville ou la cité de transit près de chez vous ; les cours d'alphabétisation au Centre Social ; une amitié, un mariage, une fête qui ont rapproché des familles d'origines différentes. Les souvenirs sont les bienvenus, dans le respect de chacun et de toutes les origines.

12. Pour aller plus loin

Références

– Musée National de l'Histoire de l'Immigration : l'histoire de l'immigration en France après 1945

– Musée National de l'Histoire de l'Immigration : 1945-1984, législation et politique migratoire

– INSEE : histoire des migrations et diversité des origines géographiques des immigrés

– INSEE : l'essentiel sur les immigrés et les étrangers

– INED : les populations d'origine étrangère en France en chiffres

– Hérodote : 3 juillet 1974, la France suspend l'immigration de travailleurs

Vidéos d'archives (INA)

– INA : le bidonville de Champigny-sur-Marne

– INA : opération bidonvilles à Nanterre

– INA : ces misérables cités qu'on nomme « bidonvilles »

– INA : propos d'un jeune sur son bidonville

– Musée National de l'Histoire de l'Immigration : l'année 1973

Où trouver des photos

– Wikimedia Commons : bidonville de Nanterre

– Wikimedia Commons : Palais de la Porte Dorée

– Wikimedia Commons : immigration en France

Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables, à condition de citer l'auteur et la licence. Les photos d'agences et de l'INA ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Les photos de famille, avec l'accord des personnes, et les objets apportés du pays d'origine sont les plus précieux pour ce site.

Note de méthode

Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (INSEE, INED, Musée National de l'Histoire de l'Immigration, encyclopédies, travaux d'historiens), recoupées entre elles. Il présente les faits sans prendre parti dans les débats politiques sur l'immigration. Les chiffres sont ceux des recensements et des sources officielles, arrondis. Aucune parole de chanson n'est citée.

Vos souvenirs, vos précisions

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Page mise à jour le 04/10/2026