Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Transition vers la mondialisation : export, import, changements des habitudes

Du « fabriqué en France » au « made in Japan » : comment, des années 1950 aux années 1980, la France s'est ouverte au monde, dans ses usines comme dans ses assiettes

01/10/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

Introduction : le monde entre dans nos maisons

Pourquoi ce récit ?

Dans les années 1950, presque tout ce que nous avions à la maison était « fabriqué en France » : la voiture venait de Billancourt, de Sochaux ou de Poissy, le poste de radio de Lyon ou de Paris, les chaussures de Romans ou de Fougères, les draps des Vosges, les jouets du Jura. Le café, le chocolat, les bananes et l'arachide venaient des colonies. Trente ans plus tard, la chaîne hi-fi était japonaise, le jean américain, la télévision montée en Asie, les chemises cousues au Maghreb ou en Extrême-Orient, et l'on mangeait des kiwis de Nouvelle-Zélande, des hamburgers et des pizzas.

C'est ce grand mouvement que l'on appellera plus tard la mondialisation : l'ouverture des frontières aux marchandises, aux capitaux, aux entreprises, aux modes de vie venus d'ailleurs. Il ne commence pas avec Internet : il se met en place pendant les Trente Glorieuses et s'accélère dans les années 1970 et 1980.

Ce récit raconte comment la France, pays longtemps protégé derrière ses droits de douane et tourné vers son Empire, s'est ouverte à l'Europe, puis au monde ; comment ses entreprises ont conquis des marchés à l'exportation ; comment les produits étrangers sont arrivés dans nos magasins ; et comment nos habitudes, de la cuisine aux loisirs, ont changé.

Il est présenté en deux pages : la première va de l'économie protégée de 1950 à la construction du Marché Commun et aux grands succès de l'exportation française ; la seconde raconte l'arrivée des produits étrangers, la concurrence japonaise, les délocalisations, l'« américanisation » des modes de vie, et le passage au grand marché européen.

Quelques mots à connaître

– Droits de douane : les taxes que l'on paie sur les marchandises qui entrent dans un pays ; ils protègent les productions nationales de la concurrence étrangère.

– Protectionnisme : la politique qui protège l'économie nationale par des droits de douane et des quotas ; son contraire est le libre-échange.

– Exportations et importations : les marchandises vendues à l'étranger, et celles qu'on achète à l'étranger.

– Balance commerciale : la différence entre les exportations et les importations ; elle est en déficit quand on achète plus qu'on ne vend.

– Marché Commun : la Communauté Économique Européenne (CEE), créée en 1957 par six pays, qui supprime les droits de douane entre eux.

– GATT : l'Accord Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce, signé en 1947, qui organise la baisse des droits de douane dans le monde ; il deviendra l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 1995.

– Délocalisation : le transfert d'une production vers un pays où elle coûte moins cher.

– Multinationale : une grande entreprise qui produit et vend dans de nombreux pays.

1. 1950 : une économie protégée, tournée vers l'Empire

À l'abri des frontières

Au début des années 1950, l'économie française est très protégée : des droits de douane élevés, des contingents d'importation, un contrôle des changes qui limite les sorties de devises. Beaucoup de patrons craignent la concurrence étrangère, en particulier allemande, et préfèrent un marché national bien gardé. Les Français, de leur côté, partent peu à l'étranger : il faut une autorisation de change pour emporter des devises.

L'Empire, débouché privilégié

Une grande partie du commerce extérieur se fait avec l'Empire colonial et la zone franc : l'Afrique du Nord, l'Afrique noire, l'Indochine achètent des tissus, des machines, des voitures françaises, et vendent du vin d'Algérie, des arachides du Sénégal, du cacao de Côte d'Ivoire, du caoutchouc d'Indochine. Au début des années 1950, la zone franc représente environ 40 % des exportations françaises. Avec les indépendances, cette part s'effondre en une dizaine d'années. (Le site consacre un récit aux Accords d'Évian et aux indépendances.)

Un pays qui importe son énergie

La France dépend de l'étranger pour son pétrole, son coton, sa laine, une partie de son charbon et de ses machines. L'aide américaine du Plan Marshall, de 1948 à 1951, lui permet de payer ces importations ; mais elle s'accompagne d'une incitation forte à ouvrir les frontières et à coopérer avec les autres pays d'Europe. (Le site consacre un récit à la Reconstruction d'après-guerre.)

2. L'Europe, première étape de l'ouverture

La CECA (1951)

Le 9 mai 1950, le ministre des Affaires Étrangères Robert Schuman, inspiré par Jean Monnet, propose de mettre en commun la production de charbon et d'acier de la France et de l'Allemagne, ennemies d'hier. Le Traité de Paris, signé en 1951, crée la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA) entre six pays : la France, l'Allemagne de l'Ouest, l'Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. C'est le premier pas de la construction européenne, et la première grande ouverture des frontières économiques.

Le Traité de Rome (25 mars 1957)

Le 25 mars 1957, les Six signent à Rome le traité qui crée la Communauté Économique Européenne (CEE), le « Marché Commun ». Ils s'engagent à supprimer peu à peu tous les droits de douane entre eux, et à établir un tarif extérieur commun vis-à-vis du reste du monde. Beaucoup d'industriels français s'inquiètent : pourront-ils résister à l'industrie allemande ? Le général de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, décide pourtant d'appliquer le traité, après une dévaluation du franc et la création du nouveau franc en 1960.

1er juillet 1968 : la fin des douanes entre les Six

La baisse des droits de douane se fait par étapes, plus vite que prévu. Le 1er juillet 1968, quelques semaines après Mai 68, les derniers droits de douane entre les six pays sont supprimés. Les camions franchissent les frontières sans payer de taxes, même s'il reste des contrôles aux postes-frontières. Les voitures allemandes et italiennes, les réfrigérateurs italiens, les produits néerlandais et belges arrivent en nombre dans les magasins français, tandis que les produits français se vendent dans toute la Communauté.

L'Europe devient le premier partenaire

En vingt ans, le commerce de la France se tourne massivement vers ses voisins : la part de la CEE dans les exportations françaises passe d'environ un cinquième en 1958 à près de la moitié au début des années 1970, et l'Allemagne de l'Ouest devient le premier partenaire commercial de la France, place qu'elle conservera très longtemps. La Politique Agricole Commune, lancée en 1962, ouvre aussi de grands débouchés européens à l'agriculture française.

L'élargissement

En 1973, le Royaume-Uni, l'Irlande et le Danemark entrent dans la Communauté, après deux refus du général de Gaulle, en 1963 et 1967. Puis viennent la Grèce en 1981, l'Espagne et le Portugal en 1986. L'arrivée des fruits, des légumes et des vins espagnols inquiète beaucoup les agriculteurs du Midi.

3. Le GATT et l'ouverture au monde

La baisse des droits de douane mondiaux

Au-delà de l'Europe, les grands pays industrialisés négocient dans le cadre du GATT, signé en 1947, une baisse générale des droits de douane. Les grandes négociations portent des noms de lieux ou de personnes : le Kennedy Round (1964-1967), qui réduit fortement les droits de douane sur les produits industriels, le Tokyo Round (1973-1979), puis l'Uruguay Round (1986-1994), qui aboutit à la création de l'Organisation Mondiale du Commerce en 1995. La Communauté Européenne négocie d'une seule voix au nom des Six, puis des Neuf, puis des Douze.

Une économie de plus en plus ouverte

La part de la production française vendue à l'étranger augmente sans cesse : les exportations, qui représentaient de l'ordre de 10 % de la richesse nationale au début des années 1960, en représentent environ le double au début des années 1980. Inversement, de plus en plus de produits achetés par les Français sont fabriqués ailleurs. L'économie française devient interdépendante de celle de ses voisins et du monde.

Les monnaies et les capitaux

L'ouverture concerne aussi l'argent. Après la fin du système de Bretton Woods, en 1971, les monnaies flottent les unes par rapport aux autres. Les pays européens créent en 1979 le Système Monétaire Européen et l'ECU, ancêtre de l'euro. Dans les années 1980, le contrôle des changes est peu à peu supprimé, et les capitaux circulent librement : les Français peuvent emporter autant d'argent qu'ils veulent en voyage, et les entreprises investir où elles veulent.

4. Les champions de l'exportation française

De grandes entreprises tournées vers le monde

Les Trente Glorieuses voient naître ou grandir de grands exportateurs français :

– Michelin, avec son pneu à carcasse radiale, le « X », breveté en 1946 et commercialisé à partir de 1949, qui conquiert le monde entier ;

– Renault et Peugeot, dont les R4, 404 et 504 roulent en Afrique, en Amérique latine, en Iran, et sont parfois fabriquées sur place ;

– BIC, avec son stylo « Cristal », lancé en 1950, vendu dans le monde entier ;

– Moulinex et SEB, champions du petit électroménager, avec la cocotte-minute et le moulin à légumes ;

– L'Oréal, les grandes maisons de parfums, de cognac, de champagne, de haute couture, qui font du luxe français une référence mondiale ;

– et l'agriculture, avec les céréales, le vin, les fromages, qui fait de la France l'un des premiers exportateurs agricoles du monde.

Les grands programmes technologiques

L'État soutient aussi de grands programmes industriels, souvent en coopération européenne, qui deviennent des fiertés nationales et des succès à l'exportation, plus ou moins grands :

– la Caravelle, premier avion de ligne à réaction court-courrier, en service en 1959 ;

– le Concorde, franco-britannique, premier vol en 1969, prouesse technique mais échec commercial ;

– l'Airbus A300, premier avion du consortium européen Airbus, créé en 1970, qui vole pour la première fois en 1972 et commence la conquête des compagnies du monde entier ;

– la fusée Ariane, dont le premier lancement réussit en 1979 ;

– le TGV, mis en service en 1981, et les centrales nucléaires, vendues à l'étranger.

Les « grands contrats »

Les gouvernements français, de De Gaulle à Mitterrand, accompagnent les industriels dans la recherche de « grands contrats » à l'étranger : usines clés en main, centrales, métros, avions, armement, vendus en Union Soviétique, au Moyen-Orient, en Amérique latine, en Afrique. Ces contrats, annoncés à la télévision, symbolisent la puissance industrielle du pays.

« L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. » — Déclaration de Robert Schuman, 9 mai 1950

Voir aussi

– Reconstruction d'après-guerre : le Plan Marshall et les débuts de la coopération européenne.

– Le Tunnel du Mont-Blanc : une grande voie d'échanges entre la France et l'Italie, ouverte en 1965.

– Le paquebot France : la vitrine du savoir-faire français sur les mers du monde.

À suivre

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Page mise à jour le 04/10/2026