Progrès médicaux (vaccins, antibiotiques, pilule contraceptive, généralisation de la Sécurité Sociale, carte Vitale,…)
Des sanatoriums aux greffes du cœur, de la pénicilline au scanner, du carnet de santé à la carte Vitale : quarante ans de progrès qui ont allongé nos vies de plus de dix ans
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : vivre plus longtemps, et mieux
Pourquoi ce récit ?
Nos grands-parents avaient peur de maladies dont nous avons presque oublié le nom : la tuberculose, qui remplissait les sanatoriums ; la poliomyélite, qui laissait des enfants paralysés ; la diphtérie, la coqueluche, la variole, les infections qui emportaient une jeune mère après un accouchement ou un enfant après une simple angine. Dans la France de 1946, un enfant sur quinze environ mourait avant son premier anniversaire.
En une quarantaine d'années, de la Libération à la fin des années 1980, la médecine a fait des progrès plus importants qu'en plusieurs siècles. Les antibiotiques, les vaccins, les nouveaux médicaments, la chirurgie moderne, les techniques d'imagerie, et surtout l'accès de tous aux soins grâce à la Sécurité Sociale, ont transformé nos vies. L'espérance de vie a progressé de plus de dix ans.
Ce récit raconte ces progrès tels que les familles les ont vécus : les piqûres de pénicilline, le vaccin contre la polio sur un morceau de sucre, la radio des poumons à l'école, la première greffe du cœur, le premier bébé éprouvette, mais aussi l'arrivée du sida au début des années 1980. Il raconte aussi la longue histoire de la Sécurité Sociale, jusqu'à la carte Vitale. Le site consacrera une autre thématique au médecin de famille et aux campagnes de santé publique.
Il est présenté en deux pages : la première va de la santé des Français en 1945 aux antibiotiques, aux vaccins, aux nouveaux médicaments, à la pilule et aux nouveaux hôpitaux ; la seconde raconte la chirurgie et l'imagerie modernes, la procréation médicalement assistée, le sida, et l'extension de la Sécurité Sociale jusqu'à la carte Vitale.
Quelques mots à connaître
– Antibiotique : un médicament qui détruit les bactéries ou empêche leur multiplication ; le premier est la pénicilline.
– Vaccin : une préparation qui apprend au corps à se défendre contre une maladie infectieuse.
– Espérance de vie : le nombre moyen d'années qu'un nouveau-né peut espérer vivre, dans les conditions de mortalité de l'année.
– Mortalité infantile : le nombre d'enfants qui meurent avant l'âge d'un an, pour mille naissances.
– CHU : le Centre Hospitalier Universitaire, qui réunit les soins, l'enseignement de la médecine et la recherche.
– Greffe : le remplacement d'un organe malade par un organe sain, prélevé sur un donneur.
– Imagerie médicale : les techniques qui permettent de voir l'intérieur du corps (radiographie, échographie, scanner, IRM).
1. La santé des Français en 1945
Une espérance de vie encore courte
Au lendemain de la guerre, l'espérance de vie à la naissance est d'environ 60 ans pour les hommes et 65 ans pour les femmes. La mortalité infantile est encore très élevée : près de 70 enfants sur 1 000 meurent avant leur premier anniversaire en 1946. Les privations de la guerre ont affaibli la population ; beaucoup d'enfants souffrent de rachitisme ou de carences.
Les grandes maladies infectieuses
La tuberculose, maladie contagieuse des poumons, est l'une des premières causes de mortalité chez les jeunes adultes. On la soigne alors par le repos, le grand air et le soleil, dans les sanatoriums de montagne, comme ceux de Briançon, dans nos Hautes-Alpes, du Plateau d'Assy, en Haute-Savoie, ou de Hauteville, dans l'Ain, où des malades passent des mois, voire des années. La diphtérie, la coqueluche, la rougeole, la scarlatine frappent les enfants ; la poliomyélite provoque des épidémies redoutées.
Une médecine encore démunie
Le médecin de famille, souvent seul, dispose de peu de médicaments vraiment efficaces. Beaucoup de familles modestes hésitent à le faire venir, car les soins coûtent cher, et la Sécurité Sociale, créée en 1945, ne couvre alors que les salariés. Les remèdes de grand-mère, les ventouses, les cataplasmes de moutarde ou de farine de lin sont encore largement utilisés.
2. La révolution des antibiotiques
La pénicilline
Découverte en 1928 par le Britannique Alexander Fleming, la pénicilline n'est produite en grande quantité qu'à partir de la Seconde Guerre mondiale, aux États-Unis et en Angleterre. Elle arrive en France avec les armées alliées, à la Libération, d'abord rare et précieuse, puis largement répandue dans les années qui suivent. Pour la première fois, on peut guérir rapidement des infections qui étaient souvent mortelles : pneumonies, septicémies, méningites, infections après une blessure ou un accouchement.
La fin de la tuberculose
En 1944, l'Américain Selman Waksman découvre la streptomycine, premier antibiotique efficace contre la tuberculose. Elle est suivie, dans les années 1950, d'autres médicaments, que l'on associe pour éviter les résistances. En quelques années, la tuberculose recule spectaculairement. Les sanatoriums se vident peu à peu dans les années 1960 et 1970, et beaucoup sont transformés en hôpitaux, en centres de rééducation, en maisons de repos ou en centres de vacances.
Les piqûres
Pour notre génération, les antibiotiques de l'enfance, ce sont souvent les piqûres de pénicilline dans les fesses, faites par l'infirmière ou par une voisine qui « savait faire les piqûres », puis les sirops et les comprimés. Leur usage devient si courant qu'on en abuse ; il faudra attendre les années 2000 pour qu'une campagne rappelle que « les antibiotiques, c'est pas automatique ».
3. Les vaccins protègent les enfants
Le BCG obligatoire (1950)
Le vaccin contre la tuberculose, le BCG (Bacille de Calmette et Guérin, deux chercheurs de l'Institut Pasteur), mis au point en 1921, devient obligatoire pour les enfants et les jeunes par la loi du 5 janvier 1950. Beaucoup d'entre nous se souviennent de la « cuti », le test cutané à la tuberculine fait à l'école, et de la petite cicatrice laissée par le vaccin sur le bras.
La fin de la poliomyélite
La poliomyélite, qui paralysait chaque année des centaines d'enfants et en tuait certains, inspire une grande peur : les images d'enfants dans des « poumons d'acier », ces machines qui les aidaient à respirer, ont marqué les esprits. Le vaccin injectable de l'Américain Jonas Salk, en 1955, puis le vaccin oral de Albert Sabin, donné sur un morceau de sucre au début des années 1960, font reculer la maladie. En France, la vaccination contre la polio devient obligatoire en 1964.
La victoire contre la variole
La variole, maladie terrible qui défigurait ou tuait, est combattue par une grande campagne mondiale de vaccination de l'Organisation Mondiale de la Santé. En 1980, l'OMS déclare la variole éradiquée de la planète : c'est la première maladie humaine vaincue par l'homme. La vaccination obligatoire contre la variole est supprimée en France à la fin des années 1970.
Le carnet de santé et les nouveaux vaccins
Le carnet de santé, qui suit l'enfant de sa naissance à l'âge adulte, se généralise. Les vaccins contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, puis, dans les années 1970 et 1980, contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, protègent nos enfants. En 1981, un vaccin contre l'hépatite B, mis au point notamment en France, à Tours, par le professeur Philippe Maupas, est commercialisé.
4. Soigner l'esprit et le corps des femmes
Les médicaments de l'esprit (1952)
En 1952, à l'Hôpital Sainte-Anne, à Paris, les psychiatres Jean Delay et Pierre Deniker découvrent les effets de la chlorpromazine, premier médicament efficace contre les grandes maladies mentales. C'est une révolution française qui fait le tour du monde : les malades peuvent être soignés sans être enfermés toute leur vie. Viennent ensuite les antidépresseurs et les tranquillisants, très largement prescrits à partir des années 1960, parfois trop.
L'accouchement sans douleur
En 1952, le docteur Fernand Lamaze, à la maternité des Bluets, à Paris, introduit en France la méthode de l'accouchement sans douleur par la préparation psychologique et la respiration, venue d'Union Soviétique. Les femmes sont préparées à leur accouchement par des cours. Dans les années 1970 et 1980, l'anesthésie péridurale se répand. La surveillance des grossesses, avec les visites prénatales obligatoires et, à partir des années 1970, l'échographie, fait chuter la mortalité des mères et des nouveau-nés.
La pilule
La pilule contraceptive, mise au point aux États-Unis par le docteur Gregory Pincus et autorisée en 1960 dans ce pays, est autorisée en France par la Loi Neuwirth du 28 décembre 1967. Elle donne aux femmes la maîtrise de leur fécondité, et change profondément la vie des couples. (Le site raconte en détail ce combat dans les récits consacrés à la condition féminine et aux avancées du droit.)
5. De nouveaux hôpitaux
La réforme Debré (1958)
L'ordonnance du 30 décembre 1958, préparée par le professeur Robert Debré, père du Premier ministre Michel Debré, crée les Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) : dans chaque grande ville universitaire, l'hôpital, la faculté de médecine et la recherche sont réunis, et les grands médecins travaillent à plein temps à l'hôpital. Cette réforme fait de l'hôpital français l'un des meilleurs du monde.
L'hôpital se modernise
Dans les années 1960 et 1970, de grands hôpitaux modernes sont construits dans toute la France, avec leurs blocs opératoires, leurs services de réanimation, leurs laboratoires. Les salles communes de trente lits, héritées du XIXe siècle, laissent place à des chambres de deux ou trois lits. Les religieuses infirmières sont remplacées peu à peu par des infirmières diplômées.
Le SAMU (1968)
En 1968, le professeur Louis Lareng crée à Toulouse le premier Service d'Aide Médicale Urgente (SAMU), qui envoie des médecins sur les lieux des accidents et des malaises, avec des ambulances équipées. Le numéro 15 et les SAMU se généralisent dans toute la France dans les années 1970 et 1980. Combiné à la lutte contre les accidents de la route, il sauve des milliers de vies.
Voir aussi
– Le rôle de la femme, la condition féminine et l'évolution des droits : la pilule, la Loi Neuwirth et la Loi Veil.
– Reconstruction d'après-guerre : la création de la Sécurité Sociale en 1945.
– Une enfance et une jeunesse dans les Hautes-Alpes : un témoignage sur la vie dans les Hautes-Alpes.
À suivre
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Page mise à jour le 04/10/2026
