Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Catastrophes écologiques (marée noire, « Seveso », Tchernobyl, sensibilisation à l'écologie)

Des plages noires de pétrole, un nuage de dioxine, un réacteur nucléaire en feu : les grandes catastrophes qui ont réveillé la conscience écologique de notre génération

01/10/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

Introduction : quand la nature dit stop

Pourquoi ce récit ?

Pendant les Trente Glorieuses, le progrès semblait sans limites. Les usines, les pétroliers géants, les centrales, les produits chimiques étaient les symboles d'une prospérité nouvelle, et peu de gens s'interrogeaient sur leurs dangers. Puis, à partir de la fin des années 1960, une série de catastrophes a brutalement montré l'autre visage de ce progrès : des côtes souillées par le pétrole, des villages contaminés par la dioxine, des rivières empoisonnées, un nuage radioactif traversant l'Europe.

Pour notre génération, ces catastrophes ont été des chocs. Beaucoup se souviennent des images des plages bretonnes recouvertes de pétrole en 1978, des oiseaux englués, des bénévoles armés de seaux et de pelles. Beaucoup se souviennent aussi des semaines d'inquiétude qui ont suivi Tchernobyl, en 1986. Ces événements ont fait naître une conscience écologique nouvelle, et ont transformé les lois, les industries et les comportements.

Ce récit raconte ces grandes catastrophes, en France et dans le monde, et ce qu'elles ont changé. Le site consacre une autre thématique aux mouvements écologistes et alternatifs, et une autre encore aux premiers débats sur l'environnement et à la naissance de l'écologie politique.

Il est présenté en deux pages : la première raconte les premières catastrophes industrielles en France et les grandes marées noires, notamment celle de l'Amoco Cadiz ; la seconde raconte Seveso, les catastrophes chimiques et nucléaires, de Bhopal à Tchernobyl, les pollutions invisibles, et la prise de conscience qui en est née.

Quelques mots à connaître

– Marée noire : la pollution des mers et des côtes par du pétrole échappé d'un navire, d'un puits ou d'une installation.

– Pétrolier : un navire qui transporte du pétrole ; les supertankers des années 1970 transportent plus de 200 000 tonnes.

– Dioxine : un produit chimique très toxique, qui peut se former lors de certaines fabrications industrielles ou combustions.

– Radioactivité : le rayonnement émis par certaines matières, comme l'uranium, dangereux pour la santé à forte dose.

– Risque industriel majeur : un accident possible dans une usine, pouvant avoir des conséquences graves pour la population et l'environnement.

– Plan Polmar : le plan d'intervention de l'État en cas de pollution marine accidentelle.

1. Les premières catastrophes industrielles en France

Malpasset (2 décembre 1959)

Le 2 décembre 1959, au-dessus de Fréjus, dans le Var, le barrage de Malpasset, achevé quelques années plus tôt, cède brutalement après des pluies torrentielles. Une vague géante dévale la vallée du Reyran et dévaste la ville. La catastrophe fait 423 morts. C'est l'une des plus grandes catastrophes civiles de l'histoire de France. Elle rappelle que les grands ouvrages techniques peuvent, eux aussi, devenir dangereux, et conduit à renforcer la surveillance des barrages.

Feyzin (4 janvier 1966)

Le 4 janvier 1966, à la raffinerie de Feyzin, au sud de Lyon, une fuite de gaz provoque une série d'explosions et un gigantesque incendie : 18 personnes sont tuées, dont des pompiers, et des dizaines sont blessées. C'est l'une des premières grandes catastrophes de l'industrie pétrolière en France. Elle montre les dangers des installations installées près des habitations.

Une prise de conscience encore limitée

À l'époque, ces drames sont vécus comme des accidents, des fatalités, et non comme des signes d'un problème plus général. On parle encore peu de pollution ou d'environnement. Il faudra la répétition des catastrophes, et surtout la marée noire, pour que les choses changent.

2. Le Torrey Canyon (1967) : la première grande marée noire

Un supertanker sur les rochers

Le 18 mars 1967, le pétrolier libérien Torrey Canyon, chargé d'environ 120 000 tonnes de pétrole brut, s'échoue sur des rochers au large de la Cornouailles, à la pointe sud-ouest de l'Angleterre. C'est la première grande catastrophe d'un supertanker. Le pétrole se répand dans la Manche.

La Bretagne touchée

Quelques semaines plus tard, les nappes de pétrole atteignent les côtes de Bretagne, notamment le Trégor et la Côte de Granit Rose. Les Bretons découvrent avec effroi les plages noires, les rochers englués, les oiseaux mazoutés. Les moyens de lutte sont presque inexistants : on répand des détergents qui aggravent parfois la pollution ; les Britanniques bombardent l'épave pour faire brûler le pétrole.

Un premier avertissement

Le Torrey Canyon pousse les pays européens à réfléchir aux règles de la navigation des pétroliers et à la responsabilité des armateurs. Mais les supertankers continuent de se multiplier, alors que la consommation de pétrole explose.

3. L'Amoco Cadiz (16 mars 1978) : la Bretagne en deuil

Le naufrage de Portsall

Le 16 mars 1978, par une forte tempête, le supertanker Amoco Cadiz, battant pavillon libérien et affrété par une compagnie américaine, subit une avarie de gouvernail au large de la Bretagne. Les négociations pour son remorquage traînent. Dans la nuit, il s'échoue sur les rochers devant le petit port de Portsall, dans le Finistère. Il transporte 223 000 tonnes de pétrole brut, qui se répandent dans la mer en quelques jours.

Une côte dévastée

C'est l'une des plus grandes marées noires de l'histoire. Environ 360 kilomètres de côtes, de Brest à Saint-Brieuc, sont souillés. Selon le Cedre, entre 19 000 et 37 000 oiseaux meurent, ainsi que d'innombrables poissons, crustacés, coquillages ; 6 400 tonnes d'huîtres sont perdues. Les pêcheurs, les ostréiculteurs, les goémoniers, les hôteliers voient leur travail anéanti, au début de la saison touristique.

Les bénévoles sur les plages

Un immense élan de solidarité se lève. Des milliers de bénévoles, venus de toute la France, des soldats, des pompiers, des pêcheurs, ramassent à la main, avec des pelles, des seaux et des bottes, le pétrole qui recouvre les plages et les rochers. Au total, environ 7 000 personnes participent au nettoyage, et 100 000 tonnes de déchets mazoutés sont ramassées. Les images de ces volontaires couverts de pétrole, et des oiseaux agonisants, font le tour du monde.

La colère et le procès

La colère est immense contre la compagnie pétrolière et contre l'insuffisance des moyens de l'État. Les communes bretonnes et l'État français engagent un procès contre la compagnie Amoco devant les tribunaux américains, à Chicago. Après quatorze ans de procédure, elles obtiennent en 1992 une indemnisation d'environ 1,257 milliard de francs, bien inférieure à leurs demandes, mais c'est une première : le pollueur est condamné à payer.

Ce qui a changé

L'Amoco Cadiz a des conséquences durables : la création d'un rail de navigation au large d'Ouessant, qui éloigne les pétroliers des côtes ; le renforcement du Plan Polmar ; la création du Centre de Documentation, de Recherche et d'Expérimentations sur les Pollutions Accidentelles des Eaux (Cedre), à Brest, au début de 1979. Il faudra six à sept ans pour que les écosystèmes se rétablissent.

« 360 kilomètres de côtes, de Brest à Saint-Brieuc. » — d'après le Cedre, à propos de la marée noire de l'Amoco Cadiz

4. D'autres naufrages, d'autres pollutions marines

Une série noire

L'Amoco Cadiz n'est pas un cas isolé. Les côtes françaises, et surtout bretonnes, situées sur l'une des routes maritimes les plus fréquentées du monde, sont touchées à plusieurs reprises : l'Olympic Bravery et le Böhlen en 1976, le Gino en 1979, le Tanio en 1980. Plus tard viendront l'Erika, en 1999, et le Prestige, en 2002. Ailleurs, l'Exxon Valdez, en Alaska, en 1989, provoque une catastrophe qui bouleverse l'Amérique.

Les boues rouges de Corse (1972-1973)

En 1972, une usine chimique italienne de la société Montedison commence à déverser en mer, au large du Cap Corse, des boues rouges, des déchets industriels toxiques. Les pêcheurs constatent des dégâts. En février 1973, la Corse tout entière se soulève : manifestations, grèves, mobilisation des élus et des associations. Les rejets finissent par cesser. Cette lutte marque une étape dans la défense de la Méditerranée et dans l'éveil de la conscience corse.

La Méditerranée en danger

Dans les années 1970, la Méditerranée, mer fermée, est menacée par les rejets des villes et des usines, qui la transforment par endroits en égout. En 1976, les pays riverains signent la Convention de Barcelone pour la protéger. Le commandant Jacques-Yves Cousteau, dont les films sous-marins passionnent les téléspectateurs, alerte sur la dégradation des mers.

Voir aussi

– Émergence des écologistes, mouvements alternatifs, féminisme moderne : les mouvements nés de la prise de conscience écologique.

– Crise pétrolière, fin du plein emploi, chômage : le pétrole, au cœur de l'économie des années 1970.

– Transition vers la mondialisation : l'explosion du commerce maritime mondial.

À suivre

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Page mise à jour le 04/10/2026