Arrivée du téléphone dans tous les foyers, premières télécartes, débuts de l'informatique domestique (MO5, TO7, Commodore 64, Amstrad,…)
Des mois d'attente pour obtenir une ligne au téléphone dans chaque foyer, des jetons aux télécartes, puis le Minitel et les premiers ordinateurs familiaux : la France rattrape son retard et entre dans l'ère de la communication
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : « Allô ? »
Pourquoi ce récit ?
Aujourd'hui, presque chacun a un téléphone dans sa poche. Il est difficile d'imaginer qu'au début des années 1970, la France était l'un des pays développés les moins bien équipés en téléphone. Pour obtenir une ligne, il fallait attendre des mois, parfois des années. On téléphonait de la poste, du café, d'une cabine, ou chez le voisin qui « avait le téléphone ». Puis, en une dizaine d'années, tout a changé : le téléphone est arrivé dans presque tous les foyers, les télécartes ont remplacé les pièces dans les cabines, le Minitel a fait entrer les services en ligne dans les maisons, et les premiers ordinateurs familiaux ont fait leur apparition.
Ce récit raconte cette révolution de la communication dans la vie quotidienne. Le site consacre déjà plusieurs récits détaillés à l'histoire de l'informatique et d'Internet, auxquels nous renvoyons ; ici, nous nous intéressons surtout au téléphone, aux télécartes et à l'arrivée de l'ordinateur dans les familles françaises.
Il est présenté en deux pages : la première raconte le téléphone, du grand retard au rattrapage, et l'histoire des cabines et des télécartes ; la seconde raconte le Minitel, les premiers ordinateurs familiaux, le Plan Informatique pour Tous, et ce que tout cela a changé.
Quelques mots à connaître
– PTT : l'administration des Postes, Télégraphes et Téléphones, qui gérait le courrier et le téléphone ; sa branche téléphonique devient la Direction Générale des Télécommunications (DGT), puis France Télécom en 1988-1990.
– Central téléphonique : le bâtiment où se font les connexions entre les lignes ; il est d'abord manuel, avec des opératrices, puis automatique.
– Cabine téléphonique : un poste public, dans une petite cabine vitrée, où l'on paie la communication avec des jetons, des pièces ou une carte.
– Carte à puce : une carte en plastique contenant un petit composant électronique, la puce, inventée par le Français Roland Moreno en 1974.
– Télécarte : la carte à puce, vendue dans les bureaux de tabac et les postes, qui permet de téléphoner dans les cabines publiques.
– Minitel : le petit terminal, avec écran et clavier, relié à la ligne téléphonique, qui donnait accès à des services en ligne à partir des années 1980.
1. Le grand retard téléphonique
Un pays sous-équipé
Jusqu'au milieu des années 1970, le téléphone reste rare dans les foyers français : selon certaines estimations, seul un Français sur sept dispose du téléphone chez lui avant le milieu des années 1970. Les entreprises, les commerçants, les médecins, les notables ont une ligne ; la plupart des familles ouvrières et paysannes n'en ont pas. La France est très en retard par rapport aux États-Unis, à la Suède, à l'Allemagne ou à la Suisse.
L'attente
Pour obtenir une ligne, il faut déposer une demande aux PTT, et attendre parfois des mois, voire des années, faute de lignes et de centraux. Certains font jouer leurs relations ou un certificat médical pour passer devant. Le téléphone devient un signe de réussite sociale, et un sujet de plaisanteries : le célèbre sketch de Fernand Raynaud, « Le 22 à Asnières », en 1955, se moque d'un client qui n'arrive pas à obtenir une communication, malgré ses supplications à l'opératrice.
Les demoiselles du téléphone
Dans beaucoup de régions, et surtout à la campagne, les communications passent encore par des centraux manuels, où des opératrices, les « demoiselles du téléphone », branchent les fiches sur un grand tableau pour relier les correspondants. Pour appeler une autre ville, il faut demander l'« inter » et attendre parfois longtemps. L'automatisation progresse lentement ; elle ne sera achevée qu'à la fin des années 1970.
Téléphoner ailleurs
Faute de téléphone à la maison, on téléphone du bureau de poste, en attendant qu'une cabine se libère, de l'épicerie, du café, avec son appareil mural et son compteur, ou de la cabine publique. On reçoit parfois les appels chez un voisin, qui vient vous chercher. Les nouvelles importantes arrivent encore souvent par télégramme.
2. Le grand rattrapage (1974-1985)
Le téléphone pour tous
À partir de 1974, avec l'élection de Valéry Giscard d'Estaing, l'État décide de rattraper le retard. Un grand plan de développement du téléphone, lancé en 1975, mobilise des moyens considérables : construction de centraux électroniques, pose de millions de lignes, recrutement de techniciens. Le slogan des PTT résume l'ambition : donner le téléphone à tous les Français.
Une explosion
En une dizaine d'années, le nombre de lignes est multiplié par trois environ. Au début des années 1980, la majorité des foyers ont le téléphone ; à la fin des années 1980, presque tous. Le fameux téléphone gris S63 à cadran, puis les premiers téléphones à touches, s'installent dans les entrées et les salons. La France, qui était en retard, dispose désormais de l'un des réseaux les plus modernes du monde, et l'industrie française des télécommunications devient l'une des premières. (Le site raconte l'histoire du téléphone S63 dans le récit sur les objets du quotidien.)
La numérotation à huit chiffres (1985)
Le 25 octobre 1985, la France passe à la numérotation à huit chiffres : les numéros de province gagnent deux chiffres, et ceux de Paris et de sa région sont précédés d'un 4. Pour appeler de la province vers Paris, il faut composer le « 16-1 ». Ce changement, préparé par de grandes campagnes d'information, marque l'achèvement de la modernisation du réseau. En 1996, les numéros passeront à dix chiffres.
Les nouveaux services
Le téléphone apporte de nouveaux usages : l'horloge parlante, les renseignements, le réveil téléphonique, la météo, SOS Amitié, fondé en 1960, et, dans les années 1980, le répondeur et la télécopie, ou fax. Les premiers téléphones de voiture, avec le réseau Radiocom 2000, en 1986, annoncent les téléphones portables des années 1990.
3. Les cabines, les jetons et les pièces
La cabine téléphonique
Les cabines téléphoniques publiques, d'abord dans les bureaux de poste et les gares, se multiplient dans les rues, sur les places de village, dans les campings, au bord des routes. Avec leur porte vitrée, leur annuaire attaché par une chaîne, et la file d'attente, en été, devant la cabine du camping, elles font partie du paysage et des souvenirs de vacances.
Les jetons
Pendant longtemps, dans les cafés et dans certaines cabines, on téléphone avec des jetons, petites pièces de métal percées ou rainurées, achetées au comptoir. Puis les cabines à pièces se généralisent. Il faut avoir sur soi beaucoup de monnaie pour appeler loin, et l'on voit défiler les unités à toute vitesse sur le compteur.
Les cabines vandalisées
Dans les années 1970 et 1980, les cabines à pièces sont souvent vandalisées et pillées. Pour lutter contre ce fléau, et pour simplifier le paiement, les PTT cherchent une solution sans argent liquide : ce sera la télécarte.
4. La carte à puce et la télécarte
L'invention de Roland Moreno (1974)
Le 25 mars 1974, un inventeur autodidacte français, Roland Moreno, dépose le brevet de la carte à puce : une carte contenant une mémoire électronique, impossible à copier. Il en déposera une quarantaine d'autres. L'ingénieur Michel Ugon met au point, à la fin des années 1970, la carte à microprocesseur, plus sécurisée encore. C'est une invention française qui fera le tour du monde.
La télécarte (1983)
En 1983, les télécommunications françaises lancent la télécarte, une carte à puce jetable, vendue avec un nombre d'unités de communication, qui permet de téléphoner dans les cabines à carte. Au fil des années 1980, les cabines à carte remplacent les cabines à pièces. On achète sa télécarte de 50 ou de 120 unités au bureau de tabac, à la poste ou dans les maisons de la presse.
Une invention aux mille usages
La carte à puce trouve bien d'autres usages : la carte bancaire à puce, expérimentée en Bretagne à partir de 1986 et généralisée au début des années 1990, la carte SIM des téléphones portables, en 1991, puis la carte Vitale de l'Assurance Maladie, en 1998. (Le site raconte la carte Vitale dans le récit sur les progrès médicaux.)
5. Les télécartes de collection
La télécartophilie
Les télécartes, illustrées de publicités, de paysages, de monuments, de personnages, d'événements, deviennent rapidement des objets de collection. Dans les années 1980 et 1990, la « télécartophilie » est une véritable passion : on échange, on achète, on vend des télécartes, dans des bourses, des clubs, des catalogues spécialisés. Certaines cartes rares atteignent des prix élevés.
Des souvenirs dans les tiroirs
Beaucoup de familles ont conservé des télécartes usagées dans un tiroir, souvenirs de vacances, de coups de fil d'amoureux depuis une cabine, ou d'appels aux parents depuis le service militaire. Avec la disparition des cabines, au début du XXIe siècle, elles sont devenues les témoins d'une époque.
« Le 22 à Asnières. » — titre du célèbre sketch de Fernand Raynaud, 1955, sur les difficultés du téléphone
Voir aussi
– Objets du quotidien : le téléphone gris S63 à cadran et ses rituels.
– Progrès médicaux : la carte Vitale, autre carte à puce.
– Personnalités marquantes du show-business, du sport et de la culture : les humoristes de notre jeunesse.
À suivre
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Page mise à jour le 04/10/2026
