Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Radios TSF

Du poste à galène au poste à lampes avec son « œil magique », de Radio Tour Eiffel à Europe n° 1 : l'histoire de la TSF, la radio qui a réuni les familles autour du poste avant la télévision

01/10/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

Introduction : « le poste »

Pourquoi ce récit ?

Avant la télévision, il y avait « le poste ». Dans la cuisine ou la salle à manger, un gros meuble de bois verni, avec son tissu doré devant le haut-parleur, ses boutons, son cadran éclairé où défilaient des noms de villes lointaines, Hilversum, Luxembourg, Monte-Carlo, Droitwich, et son petit « œil magique » vert qui s'ouvrait et se refermait quand on cherchait une station. On l'appelait encore souvent la TSF, pour Télégraphie Sans Fil. Toute la famille s'y retrouvait pour écouter les informations, les feuilletons, les jeux, les chansons et les matchs.

Ce récit raconte l'histoire de la TSF et de la radio en France, des premières expériences du début du XXe siècle aux années 1960, quand le transistor et la télévision vont bouleverser son usage. Le site consacre d'autres récits aux radios pirates et aux radios libres, au transistor et aux objets du quotidien, et à « Salut les Copains » ; nous ne faisons ici que les évoquer.

Quelques mots à connaître

– TSF : la Télégraphie Sans Fil, puis la Téléphonie Sans Fil ; par extension, la radio elle-même et le poste récepteur.

– Poste à galène : le premier type de récepteur de radio, très simple, qui utilise un petit cristal, la galène, et s'écoute au casque.

– Poste à lampes : un récepteur qui utilise des lampes, des tubes électroniques, pour amplifier le son.

– Ondes longues, moyennes, courtes : les gammes d'ondes radio utilisées par les stations ; les ondes longues portent loin, les ondes courtes permettent d'écouter le monde entier.

– Modulation de fréquence (FM) : un mode de diffusion apparu après la guerre, qui offre un son de meilleure qualité, sans parasites.

– Radio périphérique : une station privée émettant depuis un pays voisin de la France (Luxembourg, Monaco, Sarre, Andorre), pour contourner le monopole de l'État.

1. Des ondes sans fil

Les pionniers

À la fin du XIXe siècle, les savants découvrent les ondes électromagnétiques. En 1890, le physicien français Édouard Branly invente un détecteur d'ondes, le cohéreur. L'Italien Guglielmo Marconi réalise les premières liaisons de télégraphie sans fil, et, en 1899, il transmet un message à travers la Manche. La TSF sert d'abord aux navires, aux armées, aux transmissions d'heure et de météo.

La Tour Eiffel

En France, le capitaine, puis général, Gustave Ferrié installe un émetteur militaire au sommet de la Tour Eiffel, sauvant ainsi le monument, promis à la démolition. Pendant la Première Guerre mondiale, la TSF joue un rôle important. Après la guerre, le 24 décembre 1921, la station de la Tour Eiffel commence à diffuser régulièrement des émissions destinées au public : une demi-heure par jour de bulletins météorologiques, de revue de presse et de musique.

2. Les débuts de la radio en France

Radiola (1922)

Le 6 novembre 1922, la première radio privée française, Radiola, commence ses émissions régulières, avec son célèbre speaker Marcel Laporte, qu'on surnomme « Radiolo ». Elle devient Radio-Paris en 1924. D'autres stations naissent : Radio PTT en 1923, le Poste Parisien en 1924, puis Radio-Cité en 1935, et de nombreuses stations régionales, publiques ou privées.

Les postes à galène et à lampes

Dans les années 1920, beaucoup d'amateurs fabriquent eux-mêmes leur poste à galène, avec une bobine de fil, un petit cristal et une pointe métallique qu'on promène pour trouver la station, et l'on écoute au casque. Puis viennent les postes à lampes, plus puissants, avec un haut-parleur, qui permettent l'écoute en famille. Des revues, comme « La T.S.F. pour tous », expliquent comment les construire.

La radio entre dans les foyers

Dans les années 1930, la radio devient un phénomène de masse. Une redevance sur les postes de radio est créée en 1933. Le 15 mars 1933, Radio-Luxembourg commence ses émissions vers la France, avec de la publicité et des programmes très populaires. On écoute les informations, les chansons de Charles Trenet, de Tino Rossi ou de Lucienne Boyer, les pièces de théâtre, les reportages sportifs, comme le Tour de France, et le feuilleton « La Famille Duraton », créé en 1937, qui durera près de trente ans.

3. La radio dans la guerre

Radio-Paris et Radio Londres

Pendant l'Occupation, de 1940 à 1944, Radio-Paris est contrôlée par les Allemands et diffuse la propagande de l'occupant. De l'autre côté de la Manche, la BBC diffuse chaque soir l'émission « Les Français parlent aux Français », que l'on appelle Radio Londres. Malgré l'interdiction et le brouillage, des millions de Français l'écoutent, le poste caché, le son au plus bas. Les « messages personnels », phrases mystérieuses destinées à la Résistance, annoncent les parachutages et, en juin 1944, le débarquement. (Le site consacre des récits à Charles de Gaulle et à Jean Moulin.)

L'appel du 18 juin

C'est à la radio, au micro de la BBC, que le général de Gaulle lance son appel du 18 juin 1940. Très peu de Français l'entendent ce jour-là, mais l'appel devient le symbole de la Résistance, et la radio, l'arme de la liberté.

4. La radio de l'après-guerre

Le monopole de l'État

À la Libération, l'État établit un monopole sur la radio : les stations privées sont supprimées ou nationalisées, et la Radiodiffusion Française (RDF), devenue RTF en 1949, puis ORTF en 1964, gère toutes les stations publiques. En 1963, les chaînes nationales prennent les noms de France Inter, France Culture et France Musique.

Les radios périphériques

Pour échapper au monopole, des radios privées émettent depuis l'étranger, tout près des frontières : Radio-Luxembourg, qui devient RTL en 1966 ; Radio Monte-Carlo, depuis Monaco ; Radio Andorre ; et surtout Europe n° 1, qui commence à émettre le 1er janvier 1955 depuis la Sarre. Ces radios, financées par la publicité, plus libres et plus modernes dans leur ton, attirent un public immense.

Les grandes émissions familiales

Dans les années 1950 et 1960, la radio est au cœur de la vie familiale. On écoute :

– « La Famille Duraton », feuilleton d'une famille française moyenne, jusqu'en 1966 ;

– « Le Jeu des 1000 francs », lancé en 1958, enregistré dans les salles des fêtes de toute la France, où le présentateur pose des questions aux candidats du coin ;

– les radio-crochets, où des amateurs viennent chanter ;

– les feuilletons, les pièces de théâtre, les retransmissions des matchs de football et du Tour de France ;

– « Le Masque et la Plume », émission de critique culturelle lancée en 1955 ;

– et, à partir de 1959, sur Europe n° 1, « Salut les Copains », l'émission des jeunes. (Le site consacre un récit à « Salut les Copains ».)

Le temps des voix

Les voix des speakers, des animateurs, des reporters deviennent familières à des millions de Français. Les annonces publicitaires, les indicatifs musicaux, les slogans des radios périphériques entrent dans la mémoire collective.

5. Les ondes et les postes

Chercher les stations

Sur les gros postes, on choisit la gamme d'ondes : les grandes ondes, pour les grandes stations nationales et périphériques ; les petites ondes, pour les stations régionales ; les ondes courtes, qui permettent, le soir, de capter des radios lointaines, en Afrique, en Amérique, en Union Soviétique, avec leurs sifflements et leurs crachotements. Faire tourner le bouton et voir défiler l'aiguille sur le cadran est un véritable voyage.

La modulation de fréquence

Après la guerre, la modulation de fréquence (FM) apparaît en France. Elle offre un son de grande qualité, sans parasites, mais une portée plus courte. Elle se répand dans les années 1960 et 1970, notamment pour la musique, puis devient, avec les radios libres des années 1980, la principale façon d'écouter la radio. (Le site consacre un récit aux radios pirates et aux radios libres.)

Les marques et les postes

Les postes de radio des années 1930 à 1960 portent des noms familiers : Radiola, Ducretet-Thomson, Pathé-Marconi, Philips, Grundig, Telefunken, Schneider, Océanic. Leurs meubles en bois, leurs cadrans en verre sérigraphié, leur œil magique, puis, dans les années 1950, leurs formes en bakélite colorée, sont devenus des objets de collection.

6. Du poste au transistor

La révolution du transistor

À la fin des années 1950, le transistor permet de fabriquer des postes portables, légers, fonctionnant sur piles. La radio sort du salon : on l'emporte à la plage, au jardin, au travail, dans sa chambre. Les jeunes écoutent leur musique, à l'écart des parents. Le gros poste à lampes est relégué au grenier. (Le site raconte la révolution du transistor dans le récit sur les objets du quotidien.)

La concurrence de la télévision

Dans les années 1960, la télévision devient le centre de la soirée familiale. La radio se replie sur le matin, la voiture, le travail, et devient un média plus personnel. Mais elle reste, pour beaucoup, la compagne des journées, et le premier moyen d'apprendre les grandes nouvelles.

7. Les collectionneurs de TSF

Une passion

Aujourd'hui, de nombreux collectionneurs et clubs restaurent les vieux postes de TSF, cherchent les lampes de remplacement, refont les tissus et les vernis. Des musées de la radio et des expositions présentent ces postes, qui racontent un siècle de technique et de design. Dans les brocantes, un beau poste des années 1950 retrouve sa place dans le salon, comme un meuble de famille.

Ce que nous en gardons

Pour notre génération, le poste de TSF des parents et des grands-parents évoque des soirées en famille, les voix familières des speakers, les feuilletons attendus, les nouvelles du monde. Il évoque aussi, pour nos parents, le souvenir de la guerre et de Radio Londres. La radio a été la première grande fenêtre ouverte sur le monde dans les foyers français.

« Ici Londres. Les Français parlent aux Français. » — annonce de l'émission de la BBC, 1940-1944

Voir aussi

– Histoire des radios pirates et des radios libres : la libération des ondes.

– Objets du quotidien : la révolution du transistor.

– Salut les Copains : l'émission des jeunes sur Europe n° 1.

– Charles de Gaulle : l'appel du 18 juin 1940.

8. Chronologie

DateÉvénement
1890Édouard Branly invente le cohéreur
1899Marconi transmet un message à travers la Manche
24 décembre 1921Premières émissions régulières de la Tour Eiffel
6 novembre 1922Début des émissions régulières de Radiola
1923Radio PTT
1924Radiola devient Radio-Paris ; Poste Parisien
1933Redevance sur les postes de radio ; Radio-Luxembourg (15 mars)
1935Radio-Cité
1937Premier épisode de « La Famille Duraton »
18 juin 1940Appel du général de Gaulle à la BBC
1940 - 1944Radio Londres et les messages personnels
1945Monopole d'État sur la radio
1er janvier 1955Début d'Europe n° 1
1955« Le Masque et la Plume »
1958« Le Jeu des 1000 francs »
1959« Salut les Copains » sur Europe n° 1
1963France Inter, France Culture, France Musique
1966Radio-Luxembourg devient RTL ; fin de « La Famille Duraton »
1981Libération des ondes : radios libres en FM

9. Espace pour les témoignages

À compléter : mes souvenirs de la TSF

Cette partie est réservée aux souvenirs : le poste de radio de la maison, sa marque, sa place dans la cuisine ou la salle à manger, son œil magique ; les émissions écoutées en famille, la Famille Duraton, le Jeu des 1000 francs, les matchs et le Tour de France ; les souvenirs de guerre et de Radio Londres racontés par les parents ; un poste à galène fabriqué par un grand-père ; le premier transistor. Photos de postes anciens et souvenirs sont les bienvenus.

10. Pour aller plus loin

Références

– Wikipédia (en anglais) : la radio à Paris

– Wikipédia (en anglais) : Radiola)

– Wikipédia (en anglais) : Émile Girardeau

– Radio France : les 100 ans de la radio

– Le Mirebalais Indépendant : les beaux jours de la radio avant la télé

Vidéos d'archives (INA)

– INA : messages personnels et informations de Radio Londres

– INA : 95 ans de radio

– INA (Facebook) : Radio Londres ou la guerre des ondes

Où trouver des photos

– Wikimedia Commons : postes de TSF anciens

– Wikimedia Commons : poste à galène

– Wikimedia Commons : émetteur de la Tour Eiffel

Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables, à condition de citer l'auteur et la licence. Les photos d'agences et de l'INA ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Vous pouvez photographier vous-même vos anciens postes de radio : ces photos sont précieuses pour ce site.

Note de méthode

Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (encyclopédies, Radio France, sites de collectionneurs), recoupées entre elles. Seule une courte annonce historique de la BBC est citée. Aucune parole de chanson n'est citée.

Vos souvenirs, vos précisions

Un souvenir, une photo, une précision ou une correction sur ce sujet ? Écrivez-moi : chaque message sera lu, et pourra, avec votre accord, enrichir cet article. Votre nom et votre adresse ne servent qu'à vous répondre ; ils ne sont ni publiés ni transmis.

Page mise à jour le 04/10/2026