Charles de Gaulle
De l'appel du 18 juin 1940 à la Libération : le général rebelle qui refusa la défaite et devint le chef de la France Libre
28/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : un homme face à l'Histoire
Pourquoi ce récit ?
Pour tous ceux qui ont grandi pendant les Trente Glorieuses, le général de Gaulle était une présence familière : sa haute silhouette, son képi, ses bras levés en V, sa voix si particulière dans les conférences de presse télévisées, ses formules restées célèbres. Pour les uns, il était le sauveur de la France, deux fois ; pour les autres, un homme autoritaire et d'un autre temps. Mais tous reconnaissent qu'il a marqué l'histoire du pays plus qu'aucun autre homme du XXe siècle.
Ce récit présente son parcours, depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu'à sa mort, en deux pages : la première va de 1940 à 1946, du refus de la défaite à la Libération ; la seconde va de 1946 à 1970, de la « traversée du désert » à la présidence de la Ve République, jusqu'à sa mort à Colombey-les-Deux-Églises.
Quelques repères avant 1940
Charles de Gaulle naît le 22 novembre 1890 à Lille, dans une famille catholique et patriote. Son père, Henri, est professeur. Il choisit la carrière militaire, entre à l'École de Saint-Cyr, et sert pendant la Première Guerre mondiale, où il est blessé trois fois et fait prisonnier à Verdun en 1916 ; il tente cinq fois de s'évader. Il épouse en 1921 Yvonne Vendroux ; ils auront trois enfants, Philippe, Élisabeth et Anne, née handicapée, à qui il vouera une tendresse infinie. Dans les années 1930, dans des livres comme « Vers l'armée de métier » (1934), il défend une idée nouvelle : une armée de chars et de soldats professionnels, capable d'attaquer vite. On ne l'écoute guère en France… mais les Allemands appliquent cette doctrine.
Quelques mots à connaître
– France Libre : le mouvement créé par de Gaulle à Londres en 1940 pour continuer le combat ; ses soldats forment les Forces Françaises Libres.
– Régime de Vichy : le gouvernement du maréchal Pétain, installé à Vichy de 1940 à 1944, qui collabore avec l'Allemagne nazie.
– Résistance intérieure : les mouvements et réseaux qui combattent l'occupant sur le sol français.
– Gaullisme : les idées politiques de de Gaulle (indépendance nationale, État fort, rassemblement au-dessus des partis) et le mouvement qui s'en réclame.
– Ve République : le régime politique fondé par la Constitution de 1958, voulue par de Gaulle, toujours en vigueur.
1. Juin 1940 : le refus de la défaite
Un général de brigade dans la débâcle
En mai 1940, l'armée allemande envahit la France. Le colonel de Gaulle commande la 4e Division Cuirassée et mène à Montcornet, puis à Abbeville, les rares contre-attaques réussies de la campagne. Il est nommé général de brigade à titre temporaire. Le 5 juin 1940, le président du Conseil Paul Reynaud le fait entrer au gouvernement comme Sous-Secrétaire d'État à la Défense nationale et à la Guerre. Il plaide pour la poursuite de la guerre depuis l'Empire, en Afrique du Nord.
Le départ pour Londres (17 juin 1940)
Mais le 16 juin, Paul Reynaud démissionne et le maréchal Pétain devient président du Conseil. Le 17 juin, Pétain annonce à la radio qu'il faut « cesser le combat » et demande l'armistice. Le même jour, de Gaulle, qui refuse la défaite, s'envole pour Londres dans l'avion du général britannique Spears.
L'appel du 18 juin 1940
Le 18 juin 1940, au micro de la BBC, il lance un appel aux Français : la France a perdu une bataille, mais la guerre est mondiale, l'Empire et les Alliés disposent de forces immenses, et il invite les officiers, soldats, ingénieurs et ouvriers qui se trouvent en Grande-Bretagne à se mettre en rapport avec lui. Il conclut que la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Très peu de Français l'entendent ce jour-là, mais le texte est repris dans des journaux du sud de la France, et l'appel, renouvelé les jours suivants, devient le symbole du refus. Le 22 juin, l'armistice est signé.
Seul contre Vichy
Le 28 juin 1940, le Premier ministre britannique Winston Churchill reconnaît de Gaulle comme « chef des Français Libres ». Le régime de Vichy le fait condamner à mort par contumace le 2 août 1940. Autour de lui, les premiers volontaires sont peu nombreux : quelques milliers de soldats, de marins et d'aviateurs, des pêcheurs de l'île de Sein, des jeunes gens qui ont traversé la Manche. Le 14 juillet 1940, ils défilent à Londres.
« La flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. » — Charles de Gaulle, appel du 18 juin 1940, à la BBC
2. La France Libre (1940-1943)
L'Empire se rallie
Dès l'été 1940, grâce notamment au gouverneur Félix Éboué, le Tchad, puis le Cameroun, le Congo et l'Oubangui-Chari rallient la France Libre : c'est l'Afrique Française Libre, qui donne à de Gaulle un territoire. L'expédition de Dakar, en septembre 1940, est en revanche un échec. Le 27 octobre 1940, à Brazzaville, il crée le Conseil de Défense de l'Empire, et le 16 novembre, l'Ordre de la Libération, qui honorera les « Compagnons de la Libération ».
Les combats des Forces Françaises Libres
Les Forces Françaises Libres se battent sur tous les fronts : à Koufra, en Libye, où la colonne du colonel Leclerc prend un fort italien en mars 1941 et jure de ne déposer les armes que lorsque le drapeau flottera sur la Cathédrale de Strasbourg ; en Érythrée ; en Syrie ; et surtout à Bir Hakeim, en Libye, où, du 26 mai au 11 juin 1942, les soldats du général Kœnig résistent pendant seize jours à l'armée de Rommel, un fait d'armes qui redonne confiance aux Alliés dans l'armée française. Le 14 juillet 1942, la France Libre devient la France Combattante.
Des alliés difficiles
De Gaulle se montre intransigeant avec ses alliés, qu'il soupçonne de vouloir disposer de la France et de son Empire. Ses relations avec Churchill sont orageuses, et le président américain Franklin Roosevelt se méfie de lui, au point de soutenir d'autres personnalités, comme l'amiral Darlan puis le général Giraud, après le débarquement allié en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, dont de Gaulle n'a même pas été prévenu.
Jean Moulin et la Résistance intérieure
En France, les mouvements de résistance se développent. De Gaulle confie à l'ancien préfet Jean Moulin, parachuté en janvier 1942, la mission de les unifier. Le 27 mai 1943, Jean Moulin réunit à Paris le Conseil National de la Résistance, qui reconnaît de Gaulle comme son chef. Cette reconnaissance est décisive face aux Alliés. (Le site consacre un récit entier à Jean Moulin.)
3. D'Alger à Paris (1943-1944)
Le Comité Français de la Libération Nationale
En mai 1943, de Gaulle s'installe à Alger. Le 3 juin 1943, il crée avec le général Giraud le Comité Français de la Libération Nationale (CFLN), dont il devient bientôt le seul président, en octobre 1943. L'armée française d'Afrique, rééquipée par les Américains, reprend le combat en Italie, sous les ordres du général Juin.
Le droit de vote des femmes
Le 21 avril 1944, une ordonnance du CFLN accorde aux femmes le droit de vote et d'éligibilité. Elles voteront pour la première fois en avril 1945.
Le débarquement et Bayeux
Le 3 juin 1944, le CFLN devient le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF). Le 6 juin 1944, les Alliés débarquent en Normandie. Le 14 juin, de Gaulle pose le pied sur le sol français, à Courseulles, et se rend à Bayeux, où la foule l'acclame : l'administration de Vichy s'efface devant ses représentants, ce qui oblige les Américains, qui prévoyaient d'administrer eux-mêmes la France libérée, à renoncer à leur projet.
La Libération de Paris (25-26 août 1944)
Le 19 août 1944, Paris se soulève. Le 25 août 1944, la 2e Division Blindée du général Leclerc et les Forces Françaises de l'Intérieur libèrent la capitale. Le soir, à l'Hôtel de Ville, de Gaulle prononce un discours resté célèbre, qui commence par l'évocation de Paris outragé, brisé, martyrisé, mais libéré par lui-même, par son peuple, avec le concours des armées de la France. Le 26 août, il descend à pied les Champs-Élysées devant une foule immense, de l'Arc de Triomphe à Notre-Dame.
« Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! » — Charles de Gaulle, Hôtel de Ville de Paris, 25 août 1944
4. Le Gouvernement Provisoire (1944-1946)
Rétablir l'État
Chef du Gouvernement Provisoire, de Gaulle s'attache à rétablir l'autorité de l'État, à désarmer les milices, à éviter la guerre civile et à faire reconnaître la France comme l'une des grandes puissances victorieuses. Le GPRF est reconnu par les Alliés le 23 octobre 1944. Il fait entrer au gouvernement des communistes, des socialistes, des démocrates-chrétiens. La France obtient une zone d'occupation en Allemagne, un secteur à Berlin, et un siège permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU.
Les grandes réformes
Appliquant en grande partie le Programme du Conseil National de la Résistance, le Gouvernement Provisoire engage des réformes qui vont fonder les Trente Glorieuses :
– la nationalisation des houillères, de Renault, du gaz et de l'électricité, des grandes banques et des assurances ;
– la création de la Sécurité Sociale (ordonnances d'octobre 1945) et des allocations familiales ;
– la création des Comités d'Entreprise ;
– la création du Commissariat Général au Plan, confié à Jean Monnet, pour organiser la reconstruction ;
– la création de l'École Nationale d'Administration (ENA) et du Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA), en 1945.
La démission du 20 janvier 1946
Mais de Gaulle s'oppose aux partis, qui veulent un régime où l'Assemblée domine le gouvernement. Estimant qu'il ne peut gouverner comme il l'entend, il démissionne brusquement le 20 janvier 1946, persuadé qu'on le rappellera vite. On ne le rappellera que douze ans plus tard.
À suivre
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