Charles de Gaulle – Suite 01
De la traversée du désert à la Ve République, de l'Algérie à Mai 68, jusqu'à la mort à Colombey-les-Deux-Églises le 9 novembre 1970
28/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
5. La traversée du désert (1946-1958)
Le discours de Bayeux et le RPF
Le 16 juin 1946, à Bayeux, de Gaulle expose sa conception des institutions : un président fort, arbitre au-dessus des partis, qui nomme le gouvernement, et un parlement aux pouvoirs limités. Ce projet est rejeté, et la IVe République est adoptée en octobre 1946. Le 7 avril 1947, à Strasbourg, il lance le Rassemblement du Peuple Français (RPF), qui connaît de grands succès électoraux, mais ne parvient pas à prendre le pouvoir. En 1953, il se retire de la vie politique.
Colombey-les-Deux-Églises
De Gaulle vit alors dans sa maison de La Boisserie, à Colombey-les-Deux-Églises, en Haute-Marne, achetée en 1934. Il y écrit ses Mémoires de Guerre, en trois tomes (1954, 1956, 1959), qui connaissent un grand succès et le font reconnaître comme un grand écrivain. Il y reçoit des visiteurs, se promène dans la forêt, joue aux cartes. En 1948, sa fille Anne meurt à vingt ans ; elle est enterrée dans le petit Cimetière de Colombey.
6. Le retour et la Ve République (1958-1962)
La crise de mai 1958
La IVe République, instable (plus de vingt gouvernements en douze ans), s'enlise dans la guerre d'Algérie, commencée en novembre 1954. Le 13 mai 1958, à Alger, des partisans de l'Algérie française et des militaires s'emparent du gouvernement général et réclament le retour de de Gaulle. Le pays est au bord de la guerre civile. Le 1er juin 1958, de Gaulle est investi président du Conseil par l'Assemblée Nationale, avec les pleins pouvoirs pour six mois et la mission de rédiger une nouvelle Constitution.
« Je vous ai compris »
Le 4 juin 1958, à Alger, devant une foule immense, il lance une formule volontairement ambiguë, que chacun interprète à sa façon. Pendant quatre ans, il va conduire, pas à pas, la France vers l'indépendance de l'Algérie.
La Constitution de 1958
Rédigée notamment par Michel Debré, la Constitution de la Ve République donne un rôle central au président de la République. Elle est approuvée par référendum le 28 septembre 1958, avec près de 80 % de « oui ». Le 21 décembre 1958, de Gaulle est élu président de la République par un collège de notables, et prend ses fonctions le 8 janvier 1959. Le 1er janvier 1960 entre en vigueur le nouveau franc.
La fin de la guerre d'Algérie
Le 16 septembre 1959, il reconnaît le droit des Algériens à l'autodétermination. Les partisans de l'Algérie française se révoltent : semaine des barricades à Alger en janvier 1960, puis putsch des généraux en avril 1961, auquel il fait face à la télévision, en uniforme, en condamnant un « quarteron de généraux en retraite » et en appelant les Français et les soldats à désobéir aux putschistes. L'Organisation de l'Armée Secrète (OAS) multiplie les attentats. Les Accords d'Évian, signés le 18 mars 1962, mettent fin à la guerre ; ils sont approuvés par 90 % des électeurs métropolitains le 8 avril 1962. L'Algérie devient indépendante le 5 juillet 1962. Près d'un million de pieds-noirs et des dizaines de milliers de harkis gagnent la métropole dans des conditions dramatiques. (Le site évoque la décolonisation et la guerre d'Algérie dans d'autres récits.)
L'attentat du Petit-Clamart (22 août 1962)
De Gaulle échappe à plusieurs attentats. Le plus célèbre a lieu le 22 août 1962, au Petit-Clamart, près de Paris : un commando de l'OAS mené par le colonel Bastien-Thiry mitraille sa voiture, une DS 19. Le général et sa femme sont indemnes. Bastien-Thiry sera condamné à mort et fusillé en 1963.
« Je vous ai compris ! » — Charles de Gaulle, Alger, 4 juin 1958
7. Le président de la République (1962-1969)
L'élection au suffrage universel
Après l'attentat du Petit-Clamart, de Gaulle propose que le président soit désormais élu au suffrage universel direct. La réforme est approuvée par référendum le 28 octobre 1962, malgré l'opposition de presque tous les partis. En décembre 1965, lors de la première élection présidentielle au suffrage universel, de Gaulle est mis en ballottage au premier tour, à la surprise générale, puis réélu au second tour, le 19 décembre, face à François Mitterrand, avec environ 55 % des voix.
La politique de grandeur et d'indépendance
Pour de Gaulle, la France doit retrouver son rang et son indépendance :
– dissuasion nucléaire : la première bombe atomique française explose au Sahara le 13 février 1960, et la « force de frappe » est constituée (le site consacre un récit à la dissuasion nucléaire) ;
– réconciliation franco-allemande : avec le chancelier Konrad Adenauer, il signe le Traité de l'Élysée le 22 janvier 1963 ;
– Europe des nations : il refuse deux fois (1963 et 1967) l'entrée du Royaume-Uni dans le Marché Commun ;
– indépendance vis-à-vis des États-Unis : il reconnaît la Chine populaire en 1964, retire la France du commandement intégré de l'OTAN en 1966, critique la guerre du Vietnam lors du discours de Phnom Penh le 1er septembre 1966 ;
– voyages retentissants : au Mexique en 1964, en Amérique latine, en URSS en 1966, et au Québec en juillet 1967, où il lance depuis le balcon de l'Hôtel de Ville de Montréal un « Vive le Québec libre ! » qui provoque une crise avec le Canada.
La modernisation du pays
Sous sa présidence, avec les Premiers ministres Michel Debré puis Georges Pompidou (1962-1968), la France connaît une croissance économique très forte : autoroutes, industrie, aéronautique (Caravelle, Concorde), nucléaire civil, spatial, grands ensembles, télévision. Le paquebot France, le Tunnel du Mont-Blanc, les Jeux de Grenoble (le site consacre des récits à ces sujets) sont inaugurés sous son autorité.
Les conférences de presse
De Gaulle utilise la télévision avec un talent exceptionnel : ses allocutions et ses grandes conférences de presse à l'Élysée, préparées et apprises par cœur, sont des événements suivis par des millions de Français.
8. Mai 68 et le départ (1968-1969)
Mai 68
En mai 1968, la révolte des étudiants, puis une grève générale qui touche près de dix millions de salariés, paralysent le pays. De Gaulle, qui paraît dépassé, disparaît mystérieusement le 29 mai 1968 : il s'est rendu en hélicoptère à Baden-Baden, en Allemagne, auprès du général Massu, commandant des forces françaises. Le lendemain, 30 mai, il revient, annonce à la radio la dissolution de l'Assemblée Nationale et appelle à l'action civique. Le soir même, un immense cortège de ses partisans défile sur les Champs-Élysées. Les élections de juin 1968 donnent une large majorité aux gaullistes. (Le site consacre un récit à Mai 68.)
Le référendum perdu (27 avril 1969)
Mais le lien avec le pays est abîmé. De Gaulle propose un référendum sur la réforme des régions et du Sénat, en annonçant qu'il partira s'il est désavoué. Le 27 avril 1969, le « non » l'emporte avec environ 52 % des voix. Le 28 avril 1969, peu après minuit, un bref communiqué annonce qu'il cesse d'exercer ses fonctions de président de la République à midi. Il se retire à Colombey, voyage en Irlande, puis en Espagne, et commence à écrire ses Mémoires d'Espoir.
9. La mort du général (9 novembre 1970)
Colombey, un soir de novembre
Le lundi 9 novembre 1970, en fin d'après-midi, à La Boisserie, alors qu'il fait une réussite aux cartes, Charles de Gaulle est pris d'un malaise : une rupture d'anévrisme. Il meurt vers 19 heures, à quelques jours de ses 80 ans. La nouvelle n'est annoncée que le lendemain matin.
« La France est veuve »
Le 10 novembre 1970, le président Georges Pompidou l'annonce aux Français à la télévision par une formule restée célèbre : « Le général de Gaulle est mort. La France est veuve. » Dans tout le pays, l'émotion est immense.
Deux cérémonies
De Gaulle avait laissé des consignes écrites dès 1952 : pas d'obsèques nationales, pas de discours, pas de ministres ni de délégations officielles à Colombey, seulement sa famille, les Compagnons de la Libération et le conseil municipal ; sur sa tombe, simplement son nom et ses dates. Le 12 novembre 1970, deux cérémonies ont lieu :
– à Colombey-les-Deux-Églises, des obsèques simples, dans l'église du village, en présence de sa famille, des Compagnons de la Libération et de quelque 40 000 anonymes venus de toute la France ; son cercueil est porté sur un engin blindé de reconnaissance, puis par des jeunes du village ; il est inhumé dans le petit cimetière, auprès de sa fille Anne ;
– à Paris, en même temps, une messe à la Cathédrale Notre-Dame, en présence de près d'une centaine de chefs d'État et de gouvernement du monde entier, dont le président américain Richard Nixon et le prince Charles.
Le soir, des centaines de milliers de Parisiens remontent les Champs-Élysées sous la pluie jusqu'à l'Arc de Triomphe, en hommage silencieux.
« Le général de Gaulle est mort. La France est veuve. » — Georges Pompidou, allocution télévisée, 10 novembre 1970
10. L'héritage
Les institutions
Les institutions de la Ve République, voulues par de Gaulle, sont toujours en vigueur, même si elles ont été souvent modifiées (quinquennat en 2000, par exemple). Tous ses successeurs, y compris François Mitterrand, qui l'avait combattu, les ont conservées.
Une mémoire partagée
Aujourd'hui, de Gaulle est la figure historique la plus admirée des Français, bien au-delà des gaullistes. La Croix de Lorraine géante, érigée à Colombey en 1972, et le Mémorial Charles de Gaulle, ouvert en 2008, accueillent chaque année des milliers de visiteurs. La Boisserie se visite. L'Aéroport de Roissy, le porte-avions nucléaire, des centaines de places, de rues, d'avenues et d'écoles portent son nom.
Les débats
Son action reste aussi discutée : la manière dont s'est terminée la guerre d'Algérie, le sort des harkis et des pieds-noirs, son style de pouvoir personnel, sa relation parfois brutale avec la presse et la télévision d'État, son attitude en Mai 68. Mais personne ne conteste que l'homme du 18 juin a incarné, pendant trente ans, une certaine idée de la France.
11. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 22 novembre 1890 | Naissance à Lille |
| 1934 | « Vers l'armée de métier » ; achat de La Boisserie à Colombey |
| Mai 1940 | Contre-attaques de la 4e Division Cuirassée |
| 5 juin 1940 | Sous-Secrétaire d'État à la Guerre |
| 17 juin 1940 | Départ pour Londres |
| 18 juin 1940 | Appel à la BBC |
| 28 juin 1940 | Reconnu par Churchill comme chef des Français Libres |
| 2 août 1940 | Condamné à mort par contumace par Vichy |
| 27 octobre 1940 | Manifeste de Brazzaville |
| 16 novembre 1940 | Création de l'Ordre de la Libération |
| 26 mai - 11 juin 1942 | Bataille de Bir Hakeim |
| 27 mai 1943 | Première réunion du Conseil National de la Résistance |
| 3 juin 1943 | Création du CFLN à Alger |
| 21 avril 1944 | Droit de vote des femmes |
| 14 juin 1944 | De Gaulle à Bayeux |
| 25-26 août 1944 | Libération de Paris ; descente des Champs-Élysées |
| Octobre 1945 | Création de la Sécurité Sociale |
| 20 janvier 1946 | Démission du chef du Gouvernement Provisoire |
| 16 juin 1946 | Discours de Bayeux |
| 7 avril 1947 | Lancement du RPF |
| 1954-1959 | Mémoires de Guerre |
| 13 mai 1958 | Crise d'Alger |
| 1er juin 1958 | De Gaulle président du Conseil |
| 4 juin 1958 | « Je vous ai compris » à Alger |
| 28 septembre 1958 | Référendum sur la Constitution de la Ve République |
| 21 décembre 1958 | Élu président de la République |
| 13 février 1960 | Première bombe atomique française |
| Avril 1961 | Putsch des généraux à Alger |
| 18 mars 1962 | Accords d'Évian |
| 22 août 1962 | Attentat du Petit-Clamart |
| 28 octobre 1962 | Référendum sur l'élection du président au suffrage universel |
| 22 janvier 1963 | Traité de l'Élysée avec l'Allemagne |
| 19 décembre 1965 | Réélu face à François Mitterrand |
| 1966 | Retrait du commandement intégré de l'OTAN |
| 24 juillet 1967 | « Vive le Québec libre ! » à Montréal |
| 29-30 mai 1968 | Voyage à Baden-Baden, dissolution de l'Assemblée |
| 27-28 avril 1969 | Référendum perdu et démission |
| 9 novembre 1970 | Mort à Colombey-les-Deux-Églises |
| 12 novembre 1970 | Obsèques à Colombey et messe à Notre-Dame |
12. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs du général de Gaulle
Cette partie est réservée aux souvenirs : un parent Français Libre, résistant ou Compagnon de la Libération ; les conférences de presse regardées en famille ; un passage du général dans votre ville, lors d'un de ses voyages en province ; les débats familiaux sur l'Algérie ; Mai 68 et la manifestation du 30 mai ; le référendum de 1969 ; l'annonce de sa mort en novembre 1970 ; une visite à Colombey-les-Deux-Églises. Photos, journaux conservés et souvenirs sont les bienvenus.
13. Pour aller plus loin
Références
– Fondation Charles de Gaulle : frise chronologique
– Fondation Charles de Gaulle : biographie
– Wikipédia : Charles de Gaulle
– Wikipédia (en anglais) : Appeal of 18 June
– Chemins de mémoire : « L'année de Gaulle » et l'année 1940
– INA : 25 août 1944, « Paris outragé ! Paris brisé ! Mais Paris libéré ! »
Vidéos d'archives (INA)
– Charles de Gaulle, paroles publiques : la Libération de Paris
– Charles de Gaulle, paroles publiques : 6 juin 1944, « La bataille suprême est engagée »
– Charles de Gaulle, paroles publiques : les « petites phrases » du Général
– Charles de Gaulle, paroles publiques : voyage à Montréal
– Charles de Gaulle : « Vive le Québec libre ! »
– Libération de Paris : discours du général de Gaulle
Où trouver des photos
– Wikimedia Commons : Charles de Gaulle
– Wikimedia Commons : Colombey-les-Deux-Églises
– Wikimedia Commons : Libération de Paris 1944
Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables librement, à condition de citer l'auteur et la licence indiqués sous chaque image ; beaucoup de photos de la Seconde Guerre mondiale prises par les armées alliées sont dans le domaine public. Les photos d'agences et de l'INA ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Les photos personnelles (une visite du général dans votre ville, un souvenir de famille) sont les plus précieuses pour ce site.
Note de méthode
Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (Fondation Charles de Gaulle, encyclopédies, archives de l'INA), recoupées entre elles. Seules de très courtes formules célèbres des discours du général et de Georges Pompidou sont citées ; l'appel du 18 juin est résumé. Les chiffres des référendums et des élections sont arrondis. Le nombre de personnes présentes à Colombey et de chefs d'État à Notre-Dame le 12 novembre 1970 sont ceux le plus souvent cités.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
