Salut les Copains
L'émission de radio, le magazine et le concert de la Nation : l'aventure qui donna une voix, un journal et un nom à la jeunesse des années 1960
28/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : « Salut les copains ! »
Pourquoi ce récit ?
Pour ceux qui avaient entre douze et vingt ans au début des années 1960, trois mots suffisent à faire revenir toute une époque : « Salut les Copains ». C'était d'abord une émission de radio, écoutée chaque fin d'après-midi sur Europe n°1, le transistor collé à l'oreille en rentrant de l'école ou de l'atelier. C'était ensuite un magazine, attendu chaque mois, avec ses posters punaisés au mur de la chambre. C'était enfin une façon d'être jeune : les copains, les idoles, les 45 tours, les surprises-parties.
Ce récit raconte l'ensemble de cette aventure, qui a fait naître en France une véritable culture jeune, et qui a donné son nom à une génération : les « yéyés ». Il complète le récit consacré à l'émission de télévision « Âge tendre et tête de bois », sa cousine du petit écran.
Quelques mots à connaître
– Europe n°1 : une station de radio privée, créée en 1955, qui émettait depuis la Sarre, en Allemagne, pour contourner le monopole de l'État sur la radio en France. On l'appelle aujourd'hui Europe 1.
– Transistor : le petit poste de radio portatif à piles, qui se répand à la fin des années 1950 et permet aux jeunes d'écouter la radio où ils veulent, loin du poste familial.
– Hit-parade : le classement des disques les plus vendus ou les plus demandés.
– Chouchou : dans l'émission, le disque ou l'artiste favori de la semaine. Le mot devient aussi la mascotte du magazine.
– Yéyé : le surnom de la génération et de la musique des années 1960, tiré des « yeah, yeah » des chansons anglo-saxonnes.
1. Deux amoureux du jazz
Daniel Filipacchi et Frank Ténot
À l'origine de « Salut les Copains », il y a deux hommes, passionnés de jazz. Frank Ténot, né en 1925, journaliste et critique de jazz, et Daniel Filipacchi, né en 1928, photographe à Paris Match puis animateur de radio. Ensemble, ils présentent depuis 1955 sur Europe n°1 une émission de jazz, « Pour ceux qui aiment le jazz ». Ils ont l'oreille et le flair : à la fin des années 1950, ils voient arriver une nouvelle vague de jeunes auditeurs qui ne se reconnaissent ni dans l'accordéon, ni dans la chanson à texte de leurs parents, mais dans le rock'n'roll et les rythmes américains.
Une génération qui attend sa radio
À cette époque, la jeunesse du baby-boom arrive à l'adolescence. Les radios d'État proposent peu de programmes pour elle. Or le transistor change tout : pour la première fois, un adolescent peut avoir sa propre radio, l'emporter dans sa chambre, dans la rue, à la plage. Il manque seulement l'émission qui lui parle.
2. L'émission de radio (1959-1969)
Le 19 octobre 1959
Le 19 octobre 1959, Europe n°1 lance « Salut les Copains ». Le titre vient d'une chanson de Gilbert Bécaud (1957). L'émission est diffusée du lundi au vendredi, de 17 heures à 19 heures, c'est-à-dire exactement à l'heure où les collégiens, les lycéens et les apprentis rentrent chez eux. Daniel Filipacchi la présente, avec Frank Ténot, sur un ton décontracté et complice, en tutoyant presque ses auditeurs.
La formule
On y entend les disques à la mode, américains, anglais et bientôt français, des nouvelles des artistes, des interviews, et le « chouchou » de la semaine, un disque que l'émission soutient et qui devient souvent un succès. Le ton est nouveau : on parle aux jeunes comme à des copains, sans leçon de morale. L'émission devient un lieu de découverte : un titre joué par Filipacchi peut lancer un chanteur inconnu en quelques jours.
Un succès immense
Le succès est considérable. Selon une enquête citée par les historiens, plus de 40 % des jeunes de 12 à 15 ans écoutaient l'émission à son apogée. Les maisons de disques se l'arrachent, et les jeunes chanteurs français, qui adaptent souvent en français des succès américains, y trouvent leur tremplin : Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et ses Chaussettes Noires, Dick Rivers et ses Chats Sauvages, Richard Anthony, Sylvie Vartan, Françoise Hardy, Claude François, Sheila, France Gall, Frank Alamo, Petula Clark, et bien d'autres. En 1961, Johnny Hallyday publie même un disque intitulé « Salut les copains ».
La fin de l'émission
L'émission dure dix ans, jusqu'en 1969. Entre-temps, la musique des jeunes a beaucoup changé : l'arrivée des Beatles et des Rolling Stones, la pop, le folk, la contestation de Mai 68. La formule « copains » vieillit ; d'autres émissions prennent le relais.
3. Le magazine (1962-2006)
Un journal pour les jeunes
Fort du succès de l'émission, Daniel Filipacchi lance en juillet 1962 le magazine mensuel « Salut les Copains ». On y trouve des photos en couleurs des idoles, des reportages sur leur vie, leurs tournées et leurs vacances, des interviews, le hit-parade, le courrier des lecteurs, et surtout des posters que l'on découpe et que l'on épingle au mur de sa chambre. Le magazine atteint des chiffres de diffusion impressionnants : plus d'un million d'exemplaires par numéro à son apogée.
Jean-Marie Périer, le photographe des idoles
Les photos du magazine sont en grande partie l'œuvre de Jean-Marie Périer, jeune photographe, fils de l'acteur François Périer, qui suit les idoles dans leur vie de tous les jours, en tournée, en vacances, en coulisses. Ses images, spontanées et colorées, construisent la légende des yéyés et restent aujourd'hui les plus reproduites de la période.
La « photo du siècle » (12 avril 1966)
Le 12 avril 1966, pour célébrer le quatrième anniversaire du magazine, Jean-Marie Périer réunit, dans un studio de la rue des Acacias, à Paris, 46 vedettes de la chanson française, sur une idée de Daniel Filipacchi. Il a fallu trois semaines pour organiser la séance et faire venir tout le monde. On y voit notamment Johnny Hallyday (installé sur un escabeau pour dominer la scène), Sylvie Vartan, Claude François, France Gall, Serge Gainsbourg, Dick Rivers, Antoine, Christophe et un jeune Michel Berger. Frank Alamo, retenu par son service militaire, est absent. Publiée en poster dans le numéro 47, en juin 1966, elle est restée dans l'histoire sous le nom de « photo du siècle ».
Les autres magazines de Filipacchi
Le succès pousse Daniel Filipacchi à créer d'autres titres : « Mademoiselle Âge tendre » (1964), destiné aux jeunes filles, et « Lui » (1963), destiné aux hommes. Il deviendra l'un des grands patrons de la presse française, en reprenant notamment Paris Match. Le magazine « Salut les Copains » change ensuite plusieurs fois de formule et de nom (« Salut ! »), avant de disparaître en 2006.
4. Le concert de la Nation (22 juin 1963)
Une fête pour le premier anniversaire
Pour fêter le premier anniversaire du magazine, Europe n°1 et « Salut les Copains » organisent un concert gratuit le soir du samedi 22 juin 1963, place de la Nation, à Paris. À l'affiche : Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Richard Anthony, Dick Rivers et d'autres vedettes du moment. Les organisateurs attendaient quelques dizaines de milliers de jeunes.
Une marée humaine
Ils sont beaucoup plus nombreux : les estimations vont de 150 000 à 200 000 personnes, venues de Paris, de la banlieue et parfois de province. Jamais on n'avait vu autant de jeunes rassemblés en France pour de la musique. La foule déborde, grimpe sur les arbres, les kiosques et les voitures ; il y a des bousculades et quelques dégradations. Le lendemain, une partie de la presse s'indigne et parle de « voyous » et de « sauvageons ». D'autres y voient simplement la joie d'une jeunesse qui se découvre nombreuse.
Edgar Morin et le mot « yéyé »
Quelques jours plus tard, le sociologue Edgar Morin publie dans le quotidien « Le Monde » une analyse restée célèbre, intitulée « Salut les copains ». Il y décrit l'apparition d'une nouvelle classe d'âge, les adolescents, avec sa culture, ses idoles, ses codes et sa consommation, et il popularise le mot « yéyé » pour la désigner. Le concert de la Nation devient ainsi un moment fondateur de l'histoire de la jeunesse en France.
Place de la Nation, 22 juin 1963 : entre 150 000 et 200 000 jeunes rassemblés pour un concert gratuit. Jamais la France n'avait vu sa jeunesse aussi nombreuse, ni aussi joyeuse.
5. Ce que « Salut les Copains » a changé
La naissance d'une culture jeune
Avant « Salut les Copains », les jeunes écoutaient la musique de leurs parents. Après, ils ont leur musique, leurs idoles, leur radio, leur journal, leur vocabulaire (« copain », « super », « formidable », « idole », « chouchou »), leurs vêtements et leurs danses. Les industries du disque, de la mode et de la publicité découvrent un nouveau marché. Le mouvement se prolonge à la télévision avec « Âge tendre et tête de bois » d'Albert Raisner.
L'adaptation française de la musique anglo-saxonne
Une grande partie des succès des années « Salut les Copains » sont des adaptations en français de chansons américaines ou anglaises. Cette pratique, parfois moquée, a permis à des millions de jeunes Français de découvrir le rock, le twist et la pop, et a formé des générations d'artistes et de musiciens de studio.
Les critiques
L'aventure a aussi ses critiques : on reproche aux yéyés des textes jugés légers, une musique formatée, la puissance commerciale de ceux qui fabriquent les idoles, l'uniformisation des goûts. Les chanteurs « rive gauche » et les auteurs à texte (Brassens, Brel, Ferrat, Barbara) représentent alors une tout autre tradition, que beaucoup de jeunes découvriront d'ailleurs aussi à la même époque.
L'Éducation Populaire face aux yéyés
Dans les MJC, les foyers de jeunes, les patronages et les Centres Sociaux, le phénomène pose question aux animateurs : faut-il combattre cette culture commerciale ou s'appuyer sur elle ? Beaucoup choisissent la seconde voie : clubs de disques, soirées dansantes, groupes de musique amateurs, qui répètent dans les caves des MJC, concours de jeunes talents. Ce sera l'un des terrains de rencontre entre l'Éducation Populaire et la culture jeune des années 1960.
6. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1955 | Création d'Europe n°1 ; Filipacchi et Ténot y présentent une émission de jazz |
| 1957 | Chanson « Salut les copains » de Gilbert Bécaud |
| 19 octobre 1959 | Première émission « Salut les Copains » sur Europe n°1 |
| 1960 | Premiers disques de Johnny Hallyday |
| 1961 | Johnny Hallyday publie un disque intitulé « Salut les copains » ; vague du twist |
| Mai 1961 | Première émission « Âge tendre et tête de bois » à la télévision |
| Juillet 1962 | Premier numéro du magazine « Salut les Copains » |
| 1963 | Création du magazine « Lui » |
| 22 juin 1963 | Concert de la place de la Nation |
| Juillet 1963 | Articles d'Edgar Morin dans « Le Monde » : le mot « yéyé » se répand |
| 1964 | Création de « Mademoiselle Âge tendre » |
| 12 avril 1966 | « Photo du siècle » de Jean-Marie Périer |
| Juin 1966 | Publication de la photo en poster dans le numéro 47 |
| 1969 | Fin de l'émission de radio |
| 2006 | Disparition du magazine |
7. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs de « Salut les Copains »
Cette partie est réservée aux souvenirs : l'émission écoutée chaque soir sur le transistor, le premier numéro du magazine acheté avec son argent de poche, les posters au mur de la chambre, les 45 tours du chouchou de la semaine, les surprises-parties, les copains avec qui l'on échangeait les journaux, et peut-être la soirée du 22 juin 1963 à la Nation. Photos, numéros du magazine conservés, disques et souvenirs de clubs de jeunes ou de MJC sont les bienvenus.
8. Pour aller plus loin
Références
– Wikipédia : Salut les copains (émission de radio))
– Wikipédia (en anglais) : Salut les copains (radio program))
– Wikipédia (en anglais) : Salut les copains (magazine))
– Wikipédia (en anglais) : Jean-Marie Périer
– Wikipédia (en anglais) : Frank Ténot
– Europe 1 : 12 avril 1966, la photo du siècle de Salut les copains
– Flammarion : Nos années Salut les copains (1959-1976), de Christophe Quillien et Jean-Marie Périer
Vidéos d'archives (INA)
– Témoignage de Frank Ténot sur le concert yéyé à la Nation
– Les 50 ans de Salut les copains
– Publicité « Salut les copains »
– Salut les copains sur Europe 1 (mediaclip INA)
Où trouver des photos
– Wikimedia Commons : Salut les copains
– Wikimedia Commons : transistor années 1960
– Wikimedia Commons : place de la Nation
Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables librement, à condition de citer l'auteur et la licence indiqués sous chaque image. Les photos de Jean-Marie Périer et celles du magazine sont protégées par le droit d'auteur et ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Les photos personnelles (une chambre avec ses posters, un numéro conservé, une surprise-partie) sont les plus précieuses pour ce site.
Note de méthode
Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (encyclopédies, archives d'Europe 1 et de l'INA, ouvrages de référence), recoupées entre elles. Le nombre de participants au concert de la Nation varie selon les sources (de 150 000 à 200 000). La date de premier numéro du magazine (juillet 1962) et le chiffre de diffusion (plus d'un million d'exemplaires à l'apogée) sont les plus souvent cités. La date du changement de nom du magazine varie selon les sources ; seule sa disparition en 2006 est retenue ici. Les vidéos de l'INA n'ont pas pu être visionnées pour ce récit : les titres sont ceux des fiches.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
