Radioamateurs
Le morse, les indicatifs, les cartes QSL venues du bout du monde, les antennes dans le jardin et les satellites : la passion des radioamateurs, pionniers des ondes et bénévoles des secours
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : des amateurs qui parlent au monde
Pourquoi ce récit ?
Dans beaucoup de quartiers et de villages, on connaissait « le radioamateur » : un voisin passionné, souvent installé dans une petite pièce de sa maison remplie d'appareils, de câbles et de cartes postales venues du monde entier, avec une grande antenne dans le jardin ou sur le toit. Le soir, il « contactait » le Japon, le Brésil, l'Australie ou l'Antarctique, en morse ou en phonie. Pour les enfants, c'était un magicien des ondes.
Les radioamateurs sont des passionnés de radio qui ont passé un examen et obtenu une licence pour émettre, à titre privé et sans but commercial, sur des fréquences qui leur sont réservées. Ils sont les héritiers des pionniers de la TSF, et ont contribué à de nombreux progrès techniques. Ils jouent aussi un rôle discret mais précieux dans les secours. Ce récit raconte leur histoire et leur passion. Le site consacre d'autres récits à la TSF et à la Citizen Band.
Quelques mots à connaître
– Radioamateur : un passionné de radio titulaire d'une licence qui l'autorise à émettre sur les bandes de fréquences réservées aux amateurs.
– Indicatif : le nom de code unique attribué à chaque radioamateur, qui commence en France par la lettre F (par exemple F6, F5, F1, puis des lettres).
– Morse : le code de points et de traits, inventé au XIXe siècle, utilisé en télégraphie.
– QSO : une liaison, une conversation entre deux stations.
– Carte QSL : la carte postale que s'échangent deux radioamateurs pour confirmer un contact.
– DX : un contact à très longue distance, et, par extension, la chasse aux contacts lointains.
– Bandes décamétriques : les ondes courtes, qui permettent, en rebondissant sur les couches de l'atmosphère, de joindre le monde entier.
1. Les pionniers de la TSF amateur
Les premiers amateurs
Dès les débuts de la TSF, au début du XXe siècle, des passionnés construisent eux-mêmes leurs appareils pour écouter, puis pour émettre. En France, les premières liaisons entre amateurs ont lieu dès les années 1900. En 1912, les autorités attribuent aux amateurs les ondes de moins de 200 mètres, que l'on croyait alors sans intérêt pour les communications à longue distance.
Léon Deloy et la première liaison transatlantique (1923)
Le 27 novembre 1923, un radioamateur de Nice, Léon Deloy, indicatif 8AB (plus tard F8AB), réalise avec l'Américain Fred Schnell, à Hartford, aux États-Unis, la première liaison transatlantique bilatérale entre amateurs, en télégraphie, sur ondes courtes, avec des appareils de faible puissance. C'est une découverte capitale : les ondes courtes, que les professionnels dédaignaient, permettent de communiquer d'un continent à l'autre. Léon Deloy reçoit la Légion d'Honneur.
Le REF et l'Union internationale (1925)
En 1925 sont fondés à Paris le Réseau des Émetteurs Français (REF), qui rassemble les radioamateurs de France, et l'Union Internationale des Radioamateurs (IARU), qui défend leurs fréquences dans le monde entier. Le REF existe toujours, avec ses sections départementales.
2. Devenir radioamateur
L'examen et la licence
Pour devenir radioamateur, il faut passer un examen auprès de l'administration des PTT, puis des télécommunications : des épreuves de réglementation et de technique, sur l'électricité et la radio, et, pendant longtemps, une épreuve de morse, qu'il fallait savoir lire et transmettre à une certaine vitesse. L'examen réussi, on reçoit une licence et un indicatif, que l'on conserve souvent toute sa vie, et que l'on prononce fièrement au début de chaque contact.
Des amateurs de tous âges
Les radioamateurs viennent de tous les milieux : ingénieurs, techniciens, enseignants, militaires, artisans, agriculteurs, médecins, retraités, et aussi des jeunes, initiés dans les radio-clubs des lycées, des maisons de jeunes ou des associations. Les femmes, longtemps peu nombreuses, prennent peu à peu leur place.
Les radio-clubs
Les radio-clubs jouent un rôle essentiel : on y apprend la technique, le morse, on prépare l'examen, on construit des antennes, on participe à des concours. Ils sont souvent liés à l'Éducation Populaire et aux MJC, qui ont accueilli de nombreuses activités scientifiques et techniques pour les jeunes.
3. La station du radioamateur
Le « shack »
La pièce où le radioamateur installe sa station s'appelle, dans le jargon, le « shack » (« la cabane », en anglais). On y trouve l'émetteur-récepteur, longtemps à lampes, puis à transistors, un manipulateur de morse, un micro, une alimentation, des appareils de mesure, une horloge réglée sur l'heure universelle, une grande carte du monde avec les fuseaux horaires, et des boîtes remplies de cartes QSL.
Les antennes
L'antenne est la fierté du radioamateur : long fil tendu entre deux arbres, antenne verticale, ou grande antenne directionnelle « beam » sur un pylône, que l'on oriente vers le continent que l'on veut joindre. Les antennes font parfois l'objet de discussions avec les voisins ou la mairie.
Construire soi-même
Beaucoup de radioamateurs construisent eux-mêmes une partie de leur matériel, le « fait maison », à partir de schémas publiés dans les revues spécialisées. Le fer à souder et l'oscilloscope font partie de l'équipement. Cette culture du bricolage technique a formé de nombreux ingénieurs et techniciens.
4. La chasse aux contacts lointains
Le DX
L'une des grandes joies du radioamateur est de réaliser des contacts avec des pays lointains, ou des stations rares, sur une île perdue, une base de l'Antarctique, un pays fermé : c'est le DX. Selon la propagation des ondes, qui varie avec l'heure, la saison et l'activité du Soleil, on peut joindre l'autre bout du monde avec quelques watts.
Les cartes QSL
Après chaque contact, les deux radioamateurs échangent une carte QSL, carte postale souvent colorée, portant l'indicatif, le nom, la ville, la date, l'heure, la fréquence. Les radioamateurs collectionnent ces cartes, venues de dizaines, voire de centaines de pays, et les affichent fièrement. Des diplômes récompensent ceux qui ont contacté un grand nombre de pays.
Les concours
Des concours internationaux, que l'on appelle « contests », réunissent pendant un week-end des milliers de stations, qui cherchent à réaliser le plus grand nombre de contacts possible. Des expéditions sont organisées vers des îles inhabitées pour activer des « pays » rares.
5. Les radioamateurs et l'espace
Spoutnik et les satellites
En octobre 1957, ce sont souvent des radioamateurs du monde entier qui captent les premiers les « bip-bip » du satellite soviétique Spoutnik. En 1961, les radioamateurs américains lancent OSCAR 1, le premier satellite amateur, suivi de nombreux autres, construits par des bénévoles, qui servent de relais pour les communications entre amateurs. (Le site consacre un récit au premier homme sur la Lune et à la conquête spatiale.)
Parler avec les astronautes
Plus tard, des radioamateurs pourront parler directement avec des astronautes, depuis les stations spatiales, et des élèves de nombreuses écoles réaliseront des contacts avec l'espace grâce à eux.
6. Au service des secours
Quand les communications sont coupées
Lors des catastrophes, quand le téléphone et les réseaux sont coupés, les radioamateurs, avec leurs stations autonomes, sont souvent les premiers à établir des liaisons pour transmettre des nouvelles, appeler des secours, rassurer des familles. Ils l'ont fait lors de nombreux séismes, inondations, tempêtes, dans le monde entier.
Les ADRASEC
En France, les radioamateurs se sont organisés en Associations Départementales des Radioamateurs au Service de la Sécurité Civile (ADRASEC), qui travaillent avec les préfectures et la Sécurité Civile. Elles participent à la recherche des balises de détresse des avions et des bateaux, et assurent des liaisons radio de secours lors des catastrophes et des grands exercices.
7. Radioamateurs et cibistes
Deux mondes voisins
Dans les années 1980, l'essor de la Citizen Band fait connaître la radio à des millions de Français. Les radioamateurs regardent parfois avec méfiance ces cibistes qui émettent sans examen, et dont certains, avec des amplificateurs trop puissants, perturbent les ondes. Mais beaucoup de cibistes, passionnés par la technique, passent ensuite l'examen et deviennent radioamateurs. (Le site consacre un récit à la Citizen Band.)
Une passion qui vieillit
Aujourd'hui, avec Internet et le téléphone portable, les jeunes sont moins attirés par la radio d'amateur. En France, le nombre de radioamateurs diminue : on en comptait environ 13 000 en 2017. Pourtant, la passion reste vive, et les radioamateurs continuent d'expérimenter, avec les communications numériques, les satellites, les très hautes fréquences.
Ce que nous en gardons
Pour notre génération, le radioamateur du quartier, avec sa grande antenne et ses cartes du monde entier, incarnait le rêve d'un monde sans frontières, où l'on pouvait, depuis sa chambre, parler avec un inconnu à l'autre bout de la planète. Il annonçait, bien avant Internet, notre monde connecté.
« CQ, CQ, CQ… » — l'appel général lancé par un radioamateur pour chercher un correspondant, sur toutes les bandes du monde
Voir aussi
– Citizen Band : la cibi des années 1980.
– Radios TSF : les débuts de la radio.
– Premier homme sur la Lune : Spoutnik et la conquête spatiale.
– Les MJC dans les années 50, 60, 70 et 80 : les clubs scientifiques et techniques des jeunes.
8. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1890 | Édouard Branly invente le cohéreur |
| 1898 | Liaison radio entre le Panthéon et la Tour Eiffel |
| Années 1900 | Premières liaisons entre amateurs en France |
| 1912 | Les ondes de moins de 200 mètres attribuées aux amateurs |
| 27 novembre 1923 | Première liaison transatlantique entre amateurs, par Léon Deloy, de Nice |
| 1925 | Fondation du Réseau des Émetteurs Français et de l'Union Internationale des Radioamateurs |
| Octobre 1957 | Les radioamateurs captent les signaux de Spoutnik |
| 1961 | Lancement d'OSCAR 1, premier satellite amateur |
| 1980 | Légalisation de la Citizen Band en France |
| 2017 | Environ 13 000 radioamateurs en France |
9. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs de radioamateur
Cette partie est réservée aux souvenirs : votre indicatif, votre premier contact lointain, votre station, vos antennes ; l'examen et l'apprentissage du morse ; les cartes QSL reçues du monde entier ; le radio-club de votre jeunesse ; un radioamateur de votre quartier ou de votre famille ; une participation à des secours. Photos de stations, d'antennes, de cartes QSL et souvenirs sont les bienvenus.
10. Pour aller plus loin
Références
– Le Radioscope : histoire des radioamateurs
– Wikipédia (en anglais) : Léon Deloy
– Wikipédia (en anglais) : histoire de la radio d'amateur
– REF Finistère : qu'est-ce qu'un radioamateur ?
– ADRASEC 08 : la formidable histoire des télécommunications
Vidéos d'archives (INA)
– INA : la cibi, quand la radio jouait au réseau social
Où trouver des photos
– Wikimedia Commons : station de radioamateur
– Wikimedia Commons : cartes QSL
Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables, à condition de citer l'auteur et la licence. Les photos d'agences et de l'INA ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Vos photos de stations et vos cartes QSL sont précieuses pour ce site.
Note de méthode
Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (encyclopédies, associations de radioamateurs), recoupées entre elles. Les règles de l'examen ont souvent changé au fil des décennies ; elles sont résumées ici. Aucune parole de chanson n'est citée.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
