Politiques majeurs (Simone Veil, Pierre Mendès France,…)
Deux destins qui ont marqué la France : Pierre Mendès France, l'homme de la vérité et de la décision, et Simone Veil, rescapée d'Auschwitz devenue la conscience de la République
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : des femmes et des hommes qui ont compté
Pourquoi ce récit ?
Des années 1950 aux années 1980, la vie politique française a été marquée par de fortes personnalités. Certaines ont dirigé le pays, d'autres n'ont exercé le pouvoir que peu de temps, mais toutes ont laissé une trace : une loi, une décision courageuse, une manière de faire de la politique. Notre génération a grandi avec leurs noms, leurs voix à la radio et leurs visages à la télévision.
Le site consacre déjà un récit complet au général de Gaulle, et raconte ailleurs les présidents, les gouvernements et les grandes réformes, la période François Mitterrand et les avancées du droit. Celui-ci propose des portraits : il s'attache aux personnes, à leur parcours et à ce qu'elles ont apporté, au-delà des étiquettes politiques. Les jugements sur leur action restent, bien sûr, l'affaire de chacun.
Il est présenté en deux pages : la première est consacrée à deux figures que beaucoup de Français, de toutes opinions, tiennent en grande estime, Pierre Mendès France et Simone Veil ; la seconde présente les présidents et d'autres responsables qui ont marqué la période : Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, et plusieurs autres.
Quelques mots à connaître
– Président du Conseil : sous la IVe République (1946-1958), le chef du gouvernement, dont le rôle est proche de celui de l'actuel Premier ministre.
– Investiture : le vote par lequel les députés acceptent un nouveau chef de gouvernement.
– Député : un élu de l'Assemblée Nationale, qui vote les lois.
– Magistrat : un juge ou un procureur.
– Parlement Européen : l'assemblée des députés élus dans les pays de la Communauté Européenne, puis de l'Union Européenne.
– Panthéon : le monument parisien où reposent les personnalités auxquelles la Nation rend hommage.
1. Pierre Mendès France (1907-1982)
Un jeune homme brillant
Pierre Mendès France naît à Paris le 11 janvier 1907, dans une famille juive d'origine portugaise. Il devient très jeune avocat, puis, en 1932, à 25 ans, il est élu député de l'Eure : c'est alors le plus jeune député de France. Membre du Parti radical, spécialiste des questions économiques, il est sous-secrétaire d'État au Trésor en 1938, dans le gouvernement de Léon Blum.
La guerre : prison, évasion, aviation
En 1940, il veut continuer la guerre depuis l'Afrique du Nord. Arrêté, il est condamné par la justice du régime de Vichy à l'issue d'un procès injuste. En juin 1941, il s'évade de la Prison de Clermont-Ferrand, gagne Londres et rejoint la France Libre : il sert comme navigateur dans le groupe de bombardement Lorraine et participe à des missions au-dessus de la France occupée.
Un ministre qui démissionne
À la Libération, le général de Gaulle le nomme ministre de l'Économie nationale. Il propose une politique de rigueur pour lutter contre l'inflation, mais n'est pas suivi : il démissionne le 5 avril 1945. Ce trait de caractère restera le sien : il préfère quitter le pouvoir plutôt que de faire ce qu'il juge mauvais.
« Gouverner, c'est choisir »
En juin 1953, il demande l'investiture des députés pour devenir président du Conseil. Il présente un programme précis et exigeant, résumé par une formule restée célèbre :
Gouverner, c'est choisir.
(Pierre Mendès France, discours d'investiture, Assemblée Nationale, juin 1953.)
Il manque l'investiture de quelques voix. Mais un an plus tard, après la défaite française de Diên Biên Phu en Indochine, en mai 1954, les députés se tournent vers lui.
Sept mois et dix-sept jours (1954-1955)
Le 18 juin 1954, Pierre Mendès France devient président du Conseil. Il s'engage à obtenir la paix en Indochine dans un délai d'un mois, ou à démissionner. Il tient parole : les accords de Genève, signés dans la nuit du 20 au 21 juillet 1954, mettent fin à la guerre d'Indochine. Le 31 juillet 1954, à Carthage, il annonce l'autonomie interne de la Tunisie, première étape vers son indépendance. Son gouvernement doit aussi faire face, à partir du 1er novembre 1954, au début de l'insurrection en Algérie. Il est renversé par les députés le 5 février 1955, après sept mois et dix-sept jours au pouvoir.
Les causeries et le verre de lait
Pierre Mendès France invente une nouvelle manière de parler aux Français : chaque samedi, il s'adresse à eux à la radio, dans des « causeries » simples et directes, où il explique son action. Il lance aussi une campagne contre l'alcoolisme, et fait distribuer du lait aux enfants des écoles : beaucoup de Français de notre génération se souviennent du « verre de lait » de Mendès France.
L'homme de la rigueur morale
En 1958, il s'oppose au retour du général de Gaulle dans les conditions de l'époque, et perd son siège de député. Il rejoint ensuite le Parti Socialiste Unifié (PSU). En mai 1968, il est présent au meeting du Stade Charléty. Il ne reviendra jamais au pouvoir, mais reste pour beaucoup une référence : celle d'un homme politique qui dit la vérité aux citoyens et respecte ses engagements. Il meurt à Paris le 18 octobre 1982, à sa table de travail.
2. Simone Veil (1927-2017)
Une enfance niçoise brisée
Simone Jacob naît à Nice le 13 juillet 1927, dans une famille juive laïque ; son père, André Jacob, est architecte. Pendant l'Occupation, la famille vit sous de fausses identités. En mars 1944, Simone passe son baccalauréat ; quelques jours plus tard, elle est arrêtée par la Gestapo.
La déportation
En avril 1944, elle est déportée depuis Drancy vers Auschwitz-Birkenau, avec sa mère, Yvonne, et sa sœur Madeleine, dite Milou. Elle a seize ans. Elle survit à la faim, au travail forcé, puis, en janvier 1945, à l'évacuation du camp et à la « marche de la mort ». Sa mère meurt du typhus à Bergen-Belsen, peu avant la libération du camp en avril 1945. Son père et son frère, déportés de leur côté, ne reviendront jamais. Simone Veil portera toute sa vie, tatoué sur son bras, son numéro de déportée.
Juriste et magistrate
De retour en France, elle reprend ses études de droit et entre à Sciences Po. En 1946, elle épouse Antoine Veil ; ils auront trois fils. Elle devient magistrate en 1956, à une époque où les femmes sont rares dans ce métier. À l'administration pénitentiaire, elle se bat pour améliorer les conditions de vie des détenus. En 1970, elle est la première femme nommée secrétaire générale du Conseil Supérieur de la Magistrature.
Ministre de la Santé et la loi de 1975
Le 28 mai 1974, le président Valéry Giscard d'Estaing et le Premier ministre Jacques Chirac la nomment ministre de la Santé. Elle est chargée d'un projet de loi très difficile : autoriser l'interruption volontaire de grossesse (IVG), alors interdite, alors que des centaines de milliers de femmes avortent chaque année clandestinement, au péril de leur vie. Le 26 novembre 1974, elle présente le texte devant une Assemblée composée presque uniquement d'hommes :
Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
(Simone Veil, Assemblée Nationale, 26 novembre 1974.)
Pendant trois jours de débats, elle subit des attaques et des insultes d'une violence extrême, parfois en lien avec son passé de déportée. Elle tient bon. Dans la nuit du 29 novembre 1974, la loi est adoptée par 284 voix contre 189, grâce aux voix de la gauche et d'une partie de la majorité. Elle est promulguée le 17 janvier 1975, pour cinq ans, puis confirmée définitivement par la loi du 31 décembre 1979. (Le site raconte cette réforme dans le récit sur les avancées du droit.)
La première présidente du Parlement Européen (1979)
En 1979, pour les premières élections du Parlement Européen au suffrage universel, Simone Veil conduit une liste. Le 17 juillet 1979, elle est élue présidente du Parlement Européen, la première à occuper cette fonction, et elle le restera jusqu'en 1982. Pour cette ancienne déportée, la réconciliation franco-allemande et la construction européenne sont le combat d'une vie.
Une figure aimée des Français
Simone Veil est de nouveau ministre de 1993 à 1995, puis membre du Conseil Constitutionnel de 1998 à 2007. Elle préside la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et témoigne inlassablement auprès des jeunes. Elle est élue à l'Académie française en 2008. Elle meurt le 30 juin 2017. Le 1er juillet 2018, elle entre au Panthéon, avec son mari, Antoine : elle est la cinquième femme honorée de cette manière.
Voir aussi
– Avancées du droit : la loi de 1975 et les grandes réformes de société.
– Décolonisation, Guerre d'Algérie, Indochine : la fin de la guerre d'Indochine en 1954.
– Charles de Gaulle : le portrait du fondateur de la Ve République.
À suivre
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Page mise à jour le 04/10/2026
