Architecture : HLM, grands ensembles, lotissements périurbains – Suite 01
L'appartement moderne, la fin des grands ensembles, les villes nouvelles, l'architecture des années 1970 et 1980, le triomphe du pavillon et la naissance d'un patrimoine
01/10/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
6. Habiter l'appartement moderne
Le confort, enfin
Pour beaucoup de familles venues des taudis des centres-villes, des bidonvilles, des cités de transit ou des fermes sans confort, l'appartement en HLM est une révolution : l'eau chaude au robinet, une salle d'eau avec baignoire ou douche, des WC à l'intérieur, le chauffage central collectif, une cuisine équipée d'un évier en grès ou en inox, parfois un vide-ordures sur le palier. Les enfants ont souvent leur propre chambre pour la première fois.
Un plan standardisé
Les logements sont conçus selon des normes précises : le « séjour », pièce principale, la cuisine, une ou plusieurs chambres, un couloir, souvent un balcon ou une loggia, un cellier ou une cave. Les plafonds sont bas, les cloisons minces : on entend les voisins. Les immeubles de quatre étages n'ont souvent pas d'ascenseur ; dans les tours, les ascenseurs tombent en panne. Les parkings, prévus pour peu de voitures, sont vite saturés.
Décorer son intérieur
À l'intérieur, les familles installent les meubles de l'époque : le buffet en formica, la table et les chaises en tube chromé, le canapé convertible, puis, dans les années 1970, le papier peint à grands motifs orange et marron, la moquette, les meubles en pin, le lampadaire à boule. Le téléviseur trône dans le séjour. (Le site consacrera une thématique aux objets du quotidien et à l'électroménager.)
Les espaces collectifs
Entre les immeubles, les espaces verts, les aires de jeux, les terrains de football improvisés, les caves et les halls d'entrée deviennent les territoires des enfants et des adolescents. Les Centres Sociaux, les Maisons des Jeunes et de la Culture, les maisons de quartier, les écoles, les centres commerciaux sont construits, souvent avec retard, pour faire vivre ces nouveaux quartiers. (Le site consacre de nombreux récits à l'histoire des Centres Sociaux et des MJC.)
7. La fin des grands ensembles et les villes nouvelles
La circulaire Guichard (21 mars 1973)
Au début des années 1970, les critiques se multiplient : monotonie, ségrégation sociale, dégradation rapide des bâtiments mal construits, isolement. Le 21 mars 1973, le ministre de l'Équipement Olivier Guichard signe une circulaire qui met fin à la construction de grands ensembles : désormais, les opérations de logement social ne doivent plus dépasser une certaine taille, et doivent mieux se mêler à la ville existante. C'est la fin d'une époque.
Les villes nouvelles
Pour organiser la croissance de la région parisienne, le préfet Paul Delouvrier fait adopter en 1965 un schéma directeur qui prévoit des villes nouvelles : Cergy-Pontoise, Évry, Marne-la-Vallée, Saint-Quentin-en-Yvelines et Melun-Sénart. En province, d'autres villes nouvelles naissent à L'Isle-d'Abeau, près de Lyon, à Villeneuve-d'Ascq, près de Lille, au Vaudreuil, en Normandie, et autour de l'Étang de Berre. On y cherche une ville plus complète, mêlant logements, emplois, commerces et loisirs, avec un réseau de transports, comme le RER.
Une architecture plus libre
Les années 1970 et 1980 voient naître des architectures plus variées, qui cherchent à rompre avec la barre et la tour :
– à Ivry-sur-Seine, Jean Renaudie et Renée Gailhoustet construisent, dans les années 1970, des immeubles en forme d'étoiles, avec des terrasses plantées à chaque logement ;
– à Noisy-le-Grand, l'architecte catalan Ricardo Bofill construit, de 1978 à 1983, les Espaces d'Abraxas, monumentaux, inspirés des palais et des théâtres antiques, puis, à Saint-Quentin-en-Yvelines, les Arcades du Lac ;
– des architectes comme Paul Chemetov, Henri Ciriani ou Christian de Portzamparc dessinent des ensembles plus petits, plus colorés, mieux reliés à la ville.
La loi de 1977 sur l'architecture
La loi du 3 janvier 1977 proclame dans son premier article que « l'architecture est une expression de la culture » et que la qualité des constructions et leur insertion harmonieuse dans le paysage sont d'intérêt public. Elle rend obligatoire le recours à un architecte pour la plupart des constructions, et crée dans chaque département un Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement (CAUE), chargé de conseiller les particuliers et les communes.
« L'architecture est une expression de la culture. » — Loi sur l'architecture, 3 janvier 1977, article 1er
8. Le triomphe du pavillon
Le rêve de la maison
Pendant que l'État construisait des grands ensembles, la plupart des Français rêvaient d'autre chose : une maison individuelle, avec un jardin, un garage, un portail, loin du bruit des voisins. Les enquêtes de l'époque le montrent sans cesse. À partir de la fin des années 1960, ce rêve devient accessible à des millions de familles.
Les « chalandonnettes » (1969)
En 1969, le ministre de l'Équipement Albin Chalandon lance un concours international de maisons individuelles à bas prix. Les maisons primées, construites en série, sont surnommées les « chalandonnettes ». Certaines, mal construites, deviennent un symbole de malfaçons ; mais le mouvement est lancé.
Les maisons sur catalogue
De grands constructeurs proposent désormais des maisons sur catalogue, que l'on choisit comme une voiture : les Maisons Phénix, à ossature métallique et panneaux de béton, très répandues, dont les publicités télévisées sont célèbres ; les maisons Bouygues ; des promoteurs venus des États-Unis, comme Kaufman & Broad, qui importent le modèle des lotissements américains, avec leurs rues courbes et leurs maisons de style « néo-régional ». On choisit le nombre de chambres, la couleur des volets, la forme de la cheminée.
Les lotissements périurbains
Les lotissements se multiplient à la périphérie des villes, puis dans les villages de plus en plus éloignés : on y trouve des maisons au crépi clair, au toit de tuiles, entourées d'une haie de thuyas. La loi de 1977 sur l'aide au logement et les prêts aidés à l'accession à la propriété permettent à des centaines de milliers de familles modestes d'acheter. La France entre dans l'ère de la périurbanisation : on habite à la campagne, et l'on travaille en ville, grâce à la voiture.
Les critiques
Ce modèle a ses détracteurs : on lui reproche la banalité des maisons, toutes semblables d'un bout à l'autre du pays, la consommation de terres agricoles, la dépendance à la voiture, l'isolement des familles, le coût des réseaux. Ces débats sur l'étalement urbain sont toujours d'actualité.
9. Démolir, réhabiliter, protéger
Les premières démolitions
Dans les années 1980, alors que certaines cités se dégradent et que les violences éclatent, notamment aux Minguettes, près de Lyon, en 1981, on commence à démolir des immeubles. Le 18 février 1986, à La Courneuve, la barre Debussy de la cité des « 4 000 » est détruite à l'explosif, devant les caméras de télévision. Ces images deviennent le symbole de l'échec des grands ensembles. La politique de la ville, lancée au début des années 1980, et plus tard les grands programmes de rénovation urbaine des années 2000, démoliront et reconstruiront de nombreux quartiers.
Réhabiliter
À côté des démolitions, des milliers d'immeubles sont réhabilités : isolation, nouvelles façades, halls refaits, espaces verts redessinés. Des architectes comme Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, Prix Pritzker en 2021, montrent qu'on peut transformer les barres au lieu de les démolir, en agrandissant les logements et en leur ajoutant des jardins d'hiver.
Un patrimoine
Enfin, le regard change. Depuis 1999, le label « Patrimoine du XXe siècle », devenu en 2016 « Architecture contemporaine remarquable », distingue des bâtiments et des ensembles de logements de grande qualité : les Courtillières de Pantin, le grand ensemble de Sarcelles, des cités de Fernand Pouillon, d'Émile Aillaud, de Jean Renaudie. La Cité Radieuse de Marseille est classée Monument Historique et inscrite au Patrimoine Mondial. Les grands ensembles sont désormais étudiés, visités, photographiés, et leurs habitants racontent leur histoire.
Ce que nous en gardons
Pour notre génération, ces architectures sont celles de notre vie : l'immeuble neuf où l'on a emménagé avec fierté, la cité où l'on a joué au ballon entre les barres, le pavillon où l'on a élevé ses enfants. Elles disent les rêves d'une époque, sa générosité et ses erreurs.
Voir aussi
– Urbanisation, grands ensembles et exode rural – Suite 01 : faire vivre les nouveaux quartiers, le rêve du pavillon et la crise des banlieues.
– Histoire des Centres Sociaux, page 2 : les années 70, l'âge d'or de l'animation : les Centres Sociaux dans les nouveaux quartiers.
– Montée des classes moyennes, accès aux biens de consommation : du HLM au pavillon.
10. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1894 | Loi Siegfried : création des Habitations à Bon Marché |
| 1928 | Loi Loucheur |
| 1933 | Congrès des CIAM : la future Charte d'Athènes |
| 1943 | Le Corbusier publie la Charte d'Athènes |
| 1947 - 1952 | Cité Radieuse de Marseille |
| 21 juillet 1950 | Les HBM deviennent les HLM |
| 1953 | Plan Courant ; « 1 % patronal » |
| Février 1954 | Appel de l'abbé Pierre |
| 1954 | Début du grand ensemble de Sarcelles |
| 1954 - 1962 | Les Courtillières à Pantin, d'Émile Aillaud |
| 1955 | Opération Million ; Unité d'Habitation de Rezé |
| 1957 | Début de la ville nouvelle de Mourenx |
| 31 décembre 1958 | Création des Zones à Urbaniser en Priorité |
| 1961 | Concours du Mirail à Toulouse |
| 1962 | La presse invente la « sarcellite » |
| 1965 | Schéma directeur de la région parisienne : les villes nouvelles |
| 1967 - 1971 | La Grande Borne à Grigny |
| 1969 | Concours des « chalandonnettes » |
| 21 mars 1973 | Circulaire Guichard : fin des grands ensembles |
| 1976 | Achèvement de Sarcelles : 12 368 logements |
| 3 janvier 1977 | Loi sur l'architecture ; création des CAUE |
| 1978 - 1983 | Espaces d'Abraxas à Noisy-le-Grand |
| 1981 | Violences aux Minguettes |
| 18 février 1986 | Destruction de la barre Debussy à La Courneuve |
| 1999 | Création du label « Patrimoine du XXe siècle » |
| 2008 | Label pour le grand ensemble de Sarcelles |
| 2016 | Œuvre de Le Corbusier au Patrimoine Mondial ; label « Architecture contemporaine remarquable » |
| 2021 | Prix Pritzker pour Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal |
11. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs de la cité et du pavillon
Cette partie est réservée aux souvenirs : l'emménagement dans un HLM neuf, avec la salle de bains et le chauffage central ; la vie dans une tour ou une barre, les voisins, l'ascenseur en panne, les jeux entre les immeubles ; le Centre Social ou la MJC du quartier ; la construction du pavillon familial, le choix sur catalogue, les week-ends de bricolage ; la démolition d'un immeuble où l'on a vécu. Photos des immeubles, des intérieurs et des chantiers sont les bienvenues.
12. Pour aller plus loin
Références
– Cité de l'Architecture et du Patrimoine : ensemble d'habitation des Courtillières
– Cité de l'Architecture et du Patrimoine : portrait d'Émile Aillaud
– Chroniques d'Architecture : Émile Aillaud et la théorie des grands ensembles
– Plateforme Ouverte du Patrimoine : grand ensemble de Sarcelles
– Architecture 50 : Sarcelles, une ville en train de naître
– Atlas du patrimoine de la Seine-Saint-Denis : les grands ensembles
– CAUE de l'Orne : la loi du 3 janvier 1977 sur l'architecture
– Union Sociale pour l'Habitat : Émile Aillaud, un plasticien de la construction
Vidéos d'archives (INA)
– INA, Jalons : la construction des grands ensembles de banlieue, l'exemple de Sarcelles
– INA : Jacques Henri-Labourdette et ses grands ensembles de Sarcelles
– INA : « Quarante mille voisins », Sarcelles en 1960
Où trouver des photos
– Wikimedia Commons : Cité Radieuse de Marseille
– Wikimedia Commons : Les Courtillières, Pantin
– Wikimedia Commons : Espaces d'Abraxas
Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables, à condition de citer l'auteur et la licence. Les photos d'agences et de l'INA ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Les fonds de la Cité de l'Architecture et des archives départementales conservent de nombreuses photos de chantiers ; les photos de famille devant l'immeuble ou le pavillon sont les plus précieuses pour ce site.
Note de méthode
Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (Cité de l'Architecture et du Patrimoine, Ministère de la Culture, revues d'architecture, encyclopédies), recoupées entre elles. Il complète, sans le répéter, le récit du site consacré à l'urbanisation et aux grands ensembles. Seule une phrase de la loi de 1977 est citée. Aucune parole de chanson n'est citée.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
