Le Front populaire de 1936 et Léo Lagrange – Suite 01
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8. L'héritage : la Fédération Léo Lagrange
La naissance (1950)
En 1950, pour le dixième anniversaire de sa mort, des militants socialistes, parmi lesquels le jeune Pierre Mauroy (futur Premier ministre), créent les Clubs Léo Lagrange, qui deviennent la Fédération Léo Lagrange. Reconnue d'utilité publique, association d'Éducation Populaire, elle développe des clubs de loisirs, des centres de vacances, des activités culturelles et sportives, puis, au fil des décennies, l'animation, la petite enfance, la formation professionnelle, l'insertion et l'accompagnement des politiques éducatives locales.
Un nom partout en France
Des centaines de stades, de gymnases, d'écoles, de rues, une station de métro portent le nom de Léo Lagrange, ce qui témoigne de la place qu'il occupe dans la mémoire collective. En 1981, la création du ministère du Temps libre par François Mitterrand et Pierre Mauroy se réclame explicitement de son exemple (voir l'article « La période François Mitterrand »).
9. Les six valeurs fondamentales et les principes d'action
D'où viennent ces valeurs ?
Léo Lagrange n'a pas laissé de « charte » en six points : il est mort à 39 ans, après seulement deux années d'action gouvernementale. Les six valeurs fondamentales et les principes d'action présentés ici sont ceux que la Fédération Léo Lagrange a formulés pour prolonger son héritage, et qu'elle affiche aujourd'hui dans ses documents et sur les sites de ses associations. Elles traduisent, dans le langage de l'Éducation Populaire contemporaine, les idées que Léo Lagrange défendait en 1936 : la démocratie, la dignité des travailleurs, l'accès de tous au sport, au tourisme et à la culture, le refus de l'embrigadement.
Les six valeurs fondamentales
- L'égalité : chacun, quelle que soit son origine sociale, doit avoir accès aux loisirs, au sport, à la culture et à l'éducation. C'est le cœur du combat de 1936 : les vacances et le sport ne doivent plus être réservés aux privilégiés.
- La liberté : les loisirs sont un temps libre, choisi, non imposé. Léo Lagrange refusait de « caporaliser » la jeunesse : l'État offre des moyens, chacun choisit son chemin.
- La fraternité : les activités collectives (sport, auberges de jeunesse, vacances, clubs) sont des occasions de rencontre, d'entraide et d'amitié entre personnes différentes.
- La participation de tous : chacun peut et doit prendre part à la vie collective, à la vie associative et à la vie démocratique ; les membres ne sont pas des consommateurs d'activités mais des acteurs.
- La justice sociale : réduire les inégalités, compenser par l'action collective ce que la naissance et le revenu refusent à certains ; c'est le sens des billets populaires, des équipements publics et du tourisme social.
- La laïcité : respect de toutes les convictions, liberté de conscience, ouverture à tous sans distinction, dans la tradition républicaine.
Les principes d'action de l'Éducation Populaire
La Fédération les formule ainsi (paraphrase fidèle de ses textes) :
- donner à tous les moyens, tout au long de la vie, de s'épanouir et d'exercer pleinement sa citoyenneté ;
- disposer de moyens de formation tout au long de la vie ;
- compléter l'action de l'école et de la famille pour favoriser l'égalité des chances ;
- proposer des loisirs et des activités de qualité, pour tous les âges, qui contribuent au progrès social ;
- favoriser l'échange culturel et la mixité sociale ;
- offrir aux jeunes un espace d'engagement et d'expression citoyenne ;
- concilier la découverte de soi et l'ouverture aux autres.
Les leviers d'action
La Fédération met aussi en avant quatre grands leviers :
- investir le temps libre pour grandir et s'émanciper ;
- développer les capacités à penser le monde ;
- éduquer et former tout au long de la vie ;
- accompagner les initiatives et les projets.
Elle insiste enfin sur l'expérience de toutes les mixités : sociale, culturelle, générationnelle et entre les femmes et les hommes.
Tableau de correspondance entre 1936 et aujourd'hui
| Valeur | Ce que faisait Léo Lagrange en 1936 | Ce que la Fédération en fait aujourd'hui |
|---|---|---|
| Égalité | Billets de train à -40 % pour les ouvriers | Accès de tous aux loisirs, à la culture, à l'éducation |
| Liberté | Refus d'embrigader la jeunesse | Activités choisies, engagement volontaire |
| Fraternité | Auberges de jeunesse, sport collectif | Mixités sociale, culturelle, générationnelle |
| Participation de tous | Sport de masse plutôt que sport-spectacle | Adhérents acteurs, vie associative, expression des jeunes |
| Justice sociale | Équipements publics, tourisme social | Égalité des chances, complément de l'école et de la famille |
| Laïcité | Tradition républicaine du Front populaire | Respect des convictions, ouverture à tous |
10. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 28 novembre 1900 | Naissance de Léo Lagrange à Bourg-sur-Gironde |
| 1918 | Léo Lagrange s'engage volontairement à 17 ans |
| 1923 | Inscription au barreau de Paris |
| Mai 1932 | Léo Lagrange élu député du Nord |
| 6 février 1934 | Émeutes des ligues à Paris |
| 12 février 1934 | Grève générale et manifestations unitaires |
| 27 juillet 1934 | Pacte d'unité d'action socialistes-communistes |
| 14 juillet 1935 | Serment du Rassemblement populaire |
| Janvier 1936 | Programme « Pain, Paix, Liberté » |
| 26 avril et 3 mai 1936 | Victoire électorale du Front populaire |
| 11 mai 1936 | Début des grèves (Breguet, Le Havre) |
| 4 juin 1936 | Gouvernement Léon Blum ; Léo Lagrange sous-secrétaire d'État |
| 7-8 juin 1936 | Accords de Matignon |
| 10 juin 1936 | Discours de Léo Lagrange à la jeunesse |
| 18 juin 1936 | Dissolution des ligues |
| 20, 21 et 24 juin 1936 | Lois sur les congés payés, les 40 heures, les conventions collectives |
| Juillet 1936 | Début de la guerre d'Espagne ; Olympiades populaires de Barcelone annulées |
| Été 1936 | Premiers congés payés ; billets populaires |
| 9 août 1936 | Scolarité jusqu'à 14 ans |
| Octobre 1936 | Dévaluation du franc |
| 17 novembre 1936 | Suicide de Roger Salengro |
| 1937 | Brevet sportif populaire |
| 13 février 1937 | Annonce de la « pause » |
| 21 juin 1937 | Démission de Léon Blum |
| Mars-avril 1938 | Second gouvernement Blum |
| 30 novembre 1938 | Échec de la grève générale |
| 9 juin 1940 | Mort de Léo Lagrange au combat |
| 1950 | Création des Clubs puis de la Fédération Léo Lagrange |
| 1981 | Le ministère du Temps libre se réclame de son héritage |
11. Espace pour les témoignages
À compléter : mémoires du Front populaire et de Léo Lagrange
Cette partie est réservée aux souvenirs familiaux (les premiers congés payés des parents ou grands-parents, les photos de 1936, les grèves) et aux témoignages de celles et ceux qui ont milité, travaillé ou fréquenté un club, un centre ou une association Léo Lagrange. Photos, cartes d'adhérent, affiches, programmes de séjours sont les bienvenus.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
