Histoire de l'informatique
Des bouliers aux premiers ordinateurs : trois siècles d'inventions pour apprendre aux machines à calculer, à trier et à penser
28/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Voir aussi, sur un sujet voisin : Histoire de l'informatique dans les années 70, 80 et 90
Introduction : une histoire beaucoup plus ancienne qu'on ne le croit
Pourquoi raconter toute l'histoire ?
Pour ma génération, l'informatique est arrivée d'un coup, au début des années 1980 : un Thomson MO5 à l'école, un Amstrad CPC sous le sapin, un Commodore 64 chez un copain, puis le Minitel, le PC de bureau et enfin Internet. Pourtant, ces machines sont l'aboutissement d'une histoire très longue, qui commence avec les premiers outils de calcul, passe par des inventeurs géniaux du XVIIe et du XIXe siècle, par les savants de la Seconde Guerre mondiale et par les « cerveaux électroniques » des années 1950, avant d'arriver dans nos salons.
Cet article raconte cette histoire en entier, de la Pascaline à l'intelligence artificielle, en appuyant très fortement sur les années 1970, 1980 et 1990 : la naissance du micro-ordinateur, sa démocratisation auprès du grand public, la présentation détaillée, machine par machine, des ordinateurs familiaux (Thomson TO7 et MO5, Commodore, Amstrad, Oric, Sinclair, Apple, Atari, Amiga, IBM PC…) et celle des premiers systèmes d'exploitation (CP/M, MS-DOS, Windows 1.0 et ses successeurs, le système du Macintosh…).
Il complète l'article déjà publié sur le site, « Histoire de l'informatique dans les années 70, 80 et 90 », qui raconte en particulier le Plan Informatique pour Tous et le Minitel : ici, on remonte beaucoup plus loin, et on entre dans le détail des machines.
Comment l'article est organisé
L'article occupe deux pages. Cette première page va des origines jusqu'aux années 1970 : les machines à calculer, les pionniers, les grands ordinateurs, l'aventure française du Plan Calcul, puis le microprocesseur et les premiers micro-ordinateurs. La seconde page est consacrée à l'ordinateur à la maison : l'explosion des années 1980, les fiches détaillées de chaque machine, les systèmes d'exploitation, les supports de stockage, puis les années 1990 jusqu'à aujourd'hui, avec des tableaux de synthèse, une chronologie complète et un espace pour vos témoignages.
Quelques mots à connaître
– Ordinateur : machine qui traite automatiquement des informations en suivant un programme, c'est-à-dire une suite d'instructions enregistrée dans sa mémoire.
– Informatique : la science et les techniques du traitement automatique de l'information. Le mot est français : il a été créé en 1962 par l'ingénieur Philippe Dreyfus, à partir d'« information » et d'« automatique ».
– Programme et logiciel : le programme est la liste des instructions ; le logiciel est un programme ou un ensemble de programmes prêts à l'emploi (un jeu, un traitement de texte…).
– Matériel : la partie physique de l'ordinateur (boîtier, clavier, écran, circuits).
– Binaire : la façon dont l'ordinateur représente toute information, avec seulement deux chiffres, 0 et 1 (le courant passe ou ne passe pas). Un chiffre binaire est un bit ; huit bits forment un octet.
– Microprocesseur : une puce électronique qui contient tout le « cerveau » de calcul d'un ordinateur.
– Mémoire vive (RAM) : la mémoire de travail, qui s'efface quand on éteint ; mémoire morte (ROM) : la mémoire gravée une fois pour toutes, qui contient par exemple le langage BASIC des ordinateurs familiaux.
– Système d'exploitation : le logiciel de base qui fait fonctionner l'ordinateur et permet de lancer les autres programmes (MS-DOS, Windows, Mac OS, Linux…).
1. Avant l'ordinateur : compter, calculer, mécaniser
Des cailloux, des bouliers et des tables
L'homme a toujours cherché des aides pour compter. Le mot « calcul » vient d'ailleurs du latin calculus, le petit caillou avec lequel on comptait. Pendant des siècles, marchands et comptables utilisent des abaques (tables à jetons) et des bouliers, encore en usage en Asie. Au début du XVIIe siècle, le mathématicien écossais John Napier (Neper) invente les logarithmes (1614) et des réglettes de calcul, les « bâtons de Neper » (1617) ; peu après naît la règle à calcul, qui restera l'outil fétiche des ingénieurs jusqu'aux années 1970, avant d'être balayée par la calculatrice électronique.
La Pascaline (1642)
En 1642, un jeune Français de dix-neuf ans, Blaise Pascal, veut aider son père, chargé de collecter les impôts en Normandie, qui passe ses nuits à faire des additions. Il invente une machine à roues dentées capable d'additionner et de soustraire : la Pascaline. On en fabrique une vingtaine d'exemplaires ; plusieurs sont conservés, dont certains au Musée des Arts et Métiers à Paris. Quelques décennies plus tard, l'Allemand Leibniz conçoit une machine capable aussi de multiplier (1673) et décrit le système binaire, qui deviendra, trois siècles plus tard, la langue des ordinateurs.
L'arithmomètre, première calculatrice vendue en série
En 1820, le Français Charles-Xavier Thomas de Colmar fait breveter l'arithmomètre, une machine capable des quatre opérations. Produite en série à partir du milieu du XIXe siècle, elle est la première calculatrice mécanique vendue à grande échelle, dans les banques, les compagnies d'assurances et les administrations. Ses descendantes, les machines à manivelle, équiperont les bureaux jusqu'aux années 1960.
Le métier Jacquard et les cartes perforées (1801)
À Lyon, en 1801, Joseph-Marie Jacquard met au point un métier à tisser commandé par des cartes perforées : les trous indiquent quels fils soulever, et le motif se tisse tout seul. C'est une idée fondamentale : on peut donner des instructions à une machine en les inscrivant sur un support. Les cartes perforées resteront au cœur de l'informatique jusqu'aux années 1970.
Babbage et Ada Lovelace : l'ordinateur rêvé
Le mathématicien anglais Charles Babbage conçoit en 1822 une « machine à différences » pour calculer automatiquement des tables mathématiques, puis, à partir de 1834, une « machine analytique » beaucoup plus ambitieuse : elle devait avoir une mémoire, une unité de calcul et lire ses instructions sur des cartes perforées, comme un métier Jacquard. Elle ne sera jamais achevée, faute d'argent et à cause des limites de la mécanique de l'époque, mais son principe est celui d'un ordinateur. En 1843, Ada Lovelace, fille du poète Byron, publie des notes où elle décrit comment la machine pourrait calculer une suite de nombres : on la considère comme la première programmeuse de l'histoire. Elle pressent même que ces machines pourraient un jour composer de la musique.
Boole, ou la logique mise en équations
En 1854, le mathématicien anglais George Boole montre que le raisonnement logique (vrai ou faux, et, ou, non) peut s'écrire comme des calculs. Cette « algèbre de Boole » deviendra, au XXe siècle, la base du fonctionnement de tous les circuits électroniques.
Hollerith, le recensement et la naissance d'IBM
Aux États-Unis, le recensement de 1880 a demandé près de huit ans de dépouillement. Pour celui de 1890, l'ingénieur Herman Hollerith invente une machine à statistiques électromécanique qui lit des cartes perforées : chaque habitant est une carte, chaque trou une réponse. Le travail est fait en quelques années seulement. Hollerith fonde une entreprise qui, après plusieurs fusions, prend en 1924 le nom d'International Business Machines : IBM. Pendant cinquante ans, la « mécanographie » (le traitement des données par cartes perforées) règne dans les banques, les usines, les administrations et les compagnies d'assurances.
Bull, une entreprise française
En France, cette mécanographie a son champion : la Compagnie des Machines Bull, fondée au début des années 1930 pour exploiter les brevets de l'ingénieur norvégien Fredrik Rosing Bull. Installée à Paris, elle devient l'une des grandes entreprises européennes du secteur, et elle jouera un rôle central dans l'informatique française d'après-guerre.
2. Les pères fondateurs et la guerre (1936-1949)
Alan Turing et la machine universelle (1936)
En 1936, un jeune mathématicien britannique, Alan Turing, publie un article qui pose les bases théoriques de l'informatique : il imagine une machine abstraite, la « machine de Turing », capable d'exécuter n'importe quel calcul pourvu qu'on lui donne les bonnes instructions. C'est l'idée d'une machine universelle : un seul appareil, et des programmes différents pour des tâches différentes. L'année suivante, l'Américain Claude Shannon montre que les circuits électriques à relais peuvent réaliser les calculs de l'algèbre de Boole ; il sera aussi, en 1948, le père de la théorie de l'information, qui popularise le mot « bit ».
Konrad Zuse et le Z3 (1941)
En Allemagne, l'ingénieur Konrad Zuse construit dans l'appartement de ses parents une série de machines. Son Z3, achevé en 1941, fonctionne avec des relais électromécaniques et calcule en binaire : c'est l'un des tout premiers calculateurs programmables. Il sera détruit par un bombardement en 1943.
Bletchley Park, Enigma et le Colossus
Pendant la guerre, les Britanniques réunissent à Bletchley Park des mathématiciens, dont Turing, pour casser les codes secrets allemands, notamment ceux de la machine Enigma. Turing conçoit des machines électromécaniques pour accélérer le décryptage. En 1943-1944, l'ingénieur des postes Tommy Flowers construit le Colossus, un calculateur électronique à tubes à vide destiné à casser un autre code allemand. Son existence restera secrète jusque dans les années 1970, ce qui explique qu'il ait été longtemps oublié des livres d'histoire des techniques.
L'ENIAC, le géant de 30 tonnes (1946)
Aux États-Unis, l'armée finance à l'Université de Pennsylvanie la construction de l'ENIAC (Electronic Numerical Integrator And Computer), conçu par John Presper Eckert et John Mauchly pour calculer des tables de tir d'artillerie. Présenté au public en février 1946, c'est un monstre : environ 30 tonnes, près de 18 000 tubes à vide, une surface de plus de 160 m² et une consommation électrique énorme. On le « programme » en rebranchant des câbles et en réglant des interrupteurs, un travail long et minutieux confié à une équipe de six femmes mathématiciennes, longtemps oubliées elles aussi.
Von Neumann et le programme enregistré
En 1945, le mathématicien John von Neumann rédige un rapport qui décrit une idée décisive : ranger le programme dans la mémoire, au même titre que les données, au lieu de le câbler. C'est « l'architecture de von Neumann », sur laquelle reposent encore presque tous nos ordinateurs. Le premier ordinateur à exécuter un programme enregistré en mémoire est un petit prototype de l'Université de Manchester, surnommé « Baby », le 21 juin 1948 ; suit, en 1949, l'EDSAC de l'Université de Cambridge, premier ordinateur de ce type à rendre des services réguliers.
3. Les « cerveaux électroniques » des années 1950 et 1960
L'ordinateur devient un produit
Au début des années 1950, l'ordinateur sort des laboratoires. L'UNIVAC I (1951), construit par Eckert et Mauchly, est le premier ordinateur commercial américain ; il devient célèbre en 1952 en prédisant à la télévision, dès le soir de l'élection, la victoire d'Eisenhower à la présidence des États-Unis. IBM se lance à son tour avec l'IBM 701 (1952), puis l'IBM 650, vendu à près de deux mille exemplaires. Ces machines occupent une salle entière, coûtent des fortunes et sont réservées aux grandes administrations, aux banques, aux compagnies d'assurances, aux centres de recherche et à l'armée.
Deux mots français : « ordinateur » et « informatique »
En 1955, IBM France cherche un nom français pour ses nouvelles machines, plutôt que de traduire « computer » par « calculateur ». Elle interroge Jacques Perret, professeur de lettres à la Sorbonne, qui propose, dans une lettre du 16 avril 1955, le mot « ordinateur », un vieux mot de théologie désignant Dieu qui met de l'ordre dans le monde. Le mot fait fortune. En 1962, Philippe Dreyfus crée le mot « informatique », adopté par l'Académie française en 1967. La France est l'un des rares pays à ne pas dire « computer » !
Du tube au transistor, du transistor à la puce
Les premiers ordinateurs utilisent des tubes à vide, fragiles, encombrants et gourmands en électricité. En décembre 1947, trois chercheurs des laboratoires Bell, John Bardeen, Walter Brattain et William Shockley, inventent le transistor, un minuscule composant qui fait le même travail. Il remplace peu à peu les tubes dans les ordinateurs des années 1950 et 1960, dans les postes de radio (le « transistor » que l'on emporte à la plage) et partout ailleurs. En 1958-1959, Jack Kilby (Texas Instruments) et Robert Noyce (Fairchild) inventent le circuit intégré : plusieurs transistors gravés sur une même petite plaque de silicium, la « puce ». En 1965, Gordon Moore prédit que le nombre de transistors sur une puce doublera régulièrement : cette « Loi de Moore » se vérifiera pendant plus de cinquante ans.
Les langages de programmation
Programmer en binaire est un casse-tête. Dès les années 1950, on invente des langages plus proches du langage humain : FORTRAN (1957), créé chez IBM par John Backus pour les calculs scientifiques ; COBOL (1959), destiné à la gestion, fortement inspiré par les travaux de la pionnière américaine Grace Hopper ; plus tard BASIC (1964), conçu au Dartmouth College pour les étudiants débutants, qui deviendra le langage de tous les ordinateurs familiaux des années 1980, et Pascal (1970), très utilisé dans l'enseignement.
Le disque dur et le terminal
En 1956, IBM présente le RAMAC, le premier ordinateur équipé d'un disque dur : une armoire contenant cinquante disques de soixante centimètres de diamètre, pour une capacité d'environ 5 millions de caractères, soit l'équivalent de quelques photos d'aujourd'hui. Peu à peu, on n'utilise plus seulement des cartes perforées : des terminaux (un clavier et une imprimante, puis un écran) permettent de dialoguer directement avec l'ordinateur, et plusieurs personnes peuvent l'utiliser en même temps : c'est le « temps partagé ».
L'IBM System/360 (1964)
Le 7 avril 1964, IBM annonce le System/360, une famille d'ordinateurs compatibles entre eux, du plus petit au plus gros : un programme écrit pour l'un fonctionne sur les autres. C'est un pari industriel gigantesque et un triomphe. IBM domine alors l'informatique mondiale, au point que l'on parle de « Big Blue » et que les gouvernements européens s'inquiètent de leur dépendance.
La souris et la « mère de toutes les démonstrations » (1968)
Le 9 décembre 1968, à San Francisco, le chercheur Douglas Engelbart fait une démonstration restée légendaire : il présente la souris, des fenêtres à l'écran, des liens cliquables entre documents, le travail à plusieurs à distance et la visioconférence. Presque tout ce que nous utilisons aujourd'hui est déjà là, vingt ans avant que le grand public ne le découvre.
L'ordinateur et la conquête spatiale
Quand Apollo 11 se pose sur la Lune le 20 juillet 1969, le vaisseau est guidé par un petit ordinateur embarqué, l'Apollo Guidance Computer, l'un des premiers à utiliser des circuits intégrés. Sa puissance est bien inférieure à celle d'une simple calculatrice des années 1980 : c'est dire la rapidité des progrès qui vont suivre.
4. La France et l'informatique : de Bull au Plan Calcul
Bull, fleuron puis « affaire »
Après la guerre, la Compagnie des Machines Bull passe de la mécanographie à l'électronique. Son Gamma 3 (1952), un calculateur électronique associé aux machines à cartes, se vend à plus d'un millier d'exemplaires ; le Gamma 60 (vers 1960) est une machine très en avance, mais difficile à produire et à vendre. En difficulté financière, Bull passe en 1964 sous le contrôle de l'américain General Electric : c'est « l'affaire Bull », vécue comme une humiliation nationale au moment même où le général de Gaulle veut affirmer l'indépendance de la France.
Le Plan Calcul (1966)
En 1966, le gouvernement lance le Plan Calcul, pour doter la France d'une industrie informatique indépendante, capable notamment de fournir les ordinateurs dont la force de dissuasion nucléaire a besoin (les États-Unis ayant refusé de livrer certains grands calculateurs). Une nouvelle entreprise est créée, la Compagnie Internationale pour l'Informatique (CII), qui produit notamment les ordinateurs Iris ; une Délégation à l'informatique coordonne l'effort, et l'IRIA (futur INRIA) est fondé en 1967 pour la recherche. Au début des années 1970, la CII s'allie avec l'allemand Siemens et le néerlandais Philips dans Unidata, un « Airbus de l'informatique » européen, mais l'alliance est rompue en 1975 et la CII fusionne en 1976 avec Honeywell-Bull.
Le Plan Calcul laisse un bilan discuté : l'industrie française n'a pas réussi à rivaliser avec IBM, mais il a formé des milliers d'ingénieurs et de techniciens, créé des écoles et des laboratoires, et préparé des réussites comme les mini-ordinateurs Mitra ou le réseau Cyclades de Louis Pouzin (1971-1972), dont les idées inspireront Internet (voir l'article « Histoire de l'Internet »).
Le Micral N, premier micro-ordinateur (1973)
C'est une petite société française, R2E, dirigée par André Truong Trong Thi, qui commercialise en 1973 le Micral N, conçu par l'ingénieur François Gernelle autour du microprocesseur Intel 8008. Commandé à l'origine par l'INRA, il est aujourd'hui reconnu comme le premier micro-ordinateur de l'histoire vendu tout monté. L'article « Histoire de l'informatique dans les années 70, 80 et 90 » raconte en détail cette belle aventure.
« L'informatisation de la société » (1978)
À la demande du président Valéry Giscard d'Estaing, les hauts fonctionnaires Simon Nora et Alain Minc remettent en 1978 un rapport sur « l'informatisation de la société ». Ils y inventent le mot « télématique » (l'union de l'informatique et des télécommunications) et prédisent que ces techniques vont bouleverser le travail et la vie quotidienne. La même année, la loi « Informatique et Libertés » crée la CNIL pour protéger la vie privée face aux fichiers informatiques, après l'émotion suscitée en 1974 par le projet SAFARI d'interconnexion des fichiers administratifs. La France prépare aussi le Minitel, qui fera entrer la télématique dans les foyers au début des années 1980.
5. Des mini-ordinateurs au micro-ordinateur (1965-1980)
Les mini-ordinateurs
Entre les énormes ordinateurs centraux et les futurs micro-ordinateurs apparaît, dans les années 1960, une catégorie intermédiaire : les mini-ordinateurs, de la taille d'une armoire ou d'un réfrigérateur. Le PDP-8 de l'américain DEC (1965), vendu autour de 18 000 dollars, en est l'exemple le plus célèbre. Laboratoires, universités et usines peuvent désormais avoir « leur » ordinateur. C'est sur un mini-ordinateur de DEC que Ken Thompson et Dennis Ritchie créent, aux laboratoires Bell, le système Unix (1969-1971) et le langage C (1972), qui influencent encore l'informatique d'aujourd'hui.
Le microprocesseur (1971)
En novembre 1971, la société Intel, fondée trois ans plus tôt par Robert Noyce et Gordon Moore, commercialise le 4004 : toute l'unité de calcul d'un ordinateur tient sur une seule puce. Conçu à l'origine pour une calculatrice japonaise, il est suivi du 8008 (1972) puis du 8080 (1974). Des concurrents apparaissent : le 6800 de Motorola, le 6502 de MOS Technology, bon marché, et le Z80 de Zilog. Ces trois dernières puces équiperont la plupart des ordinateurs familiaux des années 1980.
Les calculatrices de poche
Les premières retombées visibles du microprocesseur, pour le grand public, sont les calculatrices électroniques de poche, qui apparaissent au début des années 1970. D'abord très chères, elles deviennent vite abordables ; la HP-35 de Hewlett-Packard (1972) remplace la règle à calcul des ingénieurs, et à la fin de la décennie les lycéens découvrent les calculatrices programmables de Texas Instruments et de Casio. Pour beaucoup, c'est le premier contact avec un « ordinateur » en miniature.
Le Xerox Alto, l'ordinateur du futur (1973)
Au centre de recherche de Xerox à Palo Alto, en Californie, des chercheurs construisent en 1973 l'Alto, un ordinateur personnel doté d'un écran graphique, d'une souris, de fenêtres, d'icônes, relié en réseau à ses voisins et à une imprimante laser. Xerox ne saura pas le commercialiser, mais l'Alto inspirera directement le Lisa et le Macintosh d'Apple, puis Windows.
Les amateurs américains : l'Altair et le Homebrew Computer Club
En janvier 1975, la revue Popular Electronics présente en couverture l'Altair 8800, un ordinateur en kit vendu environ 400 dollars par la petite société MITS. Il n'a ni clavier ni écran : on le programme avec des interrupteurs et on lit les résultats sur des petites lampes. Deux jeunes gens, Bill Gates et Paul Allen, écrivent pour lui un langage BASIC et fondent Microsoft. En Californie, des passionnés se retrouvent au Homebrew Computer Club pour échanger plans et astuces : parmi eux, Steve Wozniak et Steve Jobs, qui fondent Apple le 1er avril 1976 et vendent l'Apple I, une simple carte électronique.
1977, l'année des ordinateurs « prêts à brancher »
En 1977, trois machines vendues toutes montées ouvrent l'ère de l'ordinateur personnel : l'Apple II, le Commodore PET et le Tandy TRS-80. Elles sont présentées en détail, avec les autres machines, sur la page suivante. En 1979, le logiciel VisiCalc, premier tableur, fait de l'Apple II un vrai outil de travail : des comptables et des chefs d'entreprise achètent l'ordinateur uniquement pour ce programme. On appellera ce genre de logiciel une « application qui fait vendre la machine ».
Le jeu vidéo ouvre la voie
Parallèlement, le jeu vidéo fait entrer l'électronique dans les loisirs : Pong d'Atari (1972) dans les cafés, puis les consoles de salon comme l'Atari 2600 (1977) et, en France, les consoles à jeux intégrés branchées sur le téléviseur. Space Invaders (1978) et Pac-Man (1980) déclenchent une véritable folie des salles d'arcade. Pour beaucoup d'enfants et d'adolescents de la fin des années 1970, c'est la première rencontre avec un écran qui répond. Le lien entre jeu et ordinateur sera essentiel dans le succès des ordinateurs familiaux.
En quarante ans, de l'ENIAC au Thomson MO5, l'ordinateur est passé de trente tonnes à trois kilos, et du laboratoire militaire à la chambre des enfants. C'est l'une des transformations techniques les plus rapides de toute l'histoire humaine.
À suivre
Page suivante : Histoire de l'informatique – Suite 01 — L'ordinateur à la maison : les machines des années 1980 présentées une à une, les premiers systèmes d'exploitation, et la suite de l'histoire jusqu'à aujourd'hui
Page mise à jour le 04/10/2026
