Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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L'Institut National d'Éducation Populaire (INEP), 1950-1990 – Suite 01

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9. Les années 90 : la naissance de l'INJEP

1990 : l'Éducation Populaire retrouve son nom

Le décret n° 90-544 du 2 juillet 1990, sous le gouvernement de Michel Rocard, crée l'Institut National de la Jeunesse et de l'Éducation Populaire (INJEP). Le retour des mots « Éducation Populaire » est un geste politique fort, réclamé par le monde associatif.

De nouvelles missions

L'INJEP des années 90 reste à Marly. Il met l'accent sur l'observation de la jeunesse, la documentation, l'appui aux associations et aux collectivités, et la formation. Au milieu des années 1990, il lance la revue Agora débats/jeunesses, qui existe toujours.

Et après 1990

Pour mémoire, la suite de l'histoire :

10. Les Cahiers de l'animation

Une revue pour penser l'animation

Les Cahiers de l'animation sont la revue de l'INEP de 1972 à 1987 (certaines sources disent 1988, pour les derniers numéros diffusés). Ils sont fondés par Raymond Labourie et Geneviève Poujol, au sein du Département Études, Recherche, Documentation (DERD) créé en 1971.

Leur objectif, tel que le résume le service de documentation de l'INJEP : « développer une réflexion approfondie sur les problèmes d'animation et de formation à l'animation », en diffusant des recherches, des études, des enquêtes et des analyses d'expériences.

Pour la première fois, les professionnels et bénévoles de l'animation disposent d'une revue qui n'est ni un bulletin de mouvement ni une revue universitaire réservée aux spécialistes, mais un lieu de rencontre entre les deux mondes.

Pourquoi une revue en 1972 ?

Le contexte explique cette naissance :

  1. L'après-68 : l'Éducation Populaire est bousculée, critiquée, et doit repenser son rôle.
  2. La professionnalisation : les animateurs salariés se multiplient dans les MJC, les centres sociaux, les équipements municipaux ; ils ont besoin de références pour réfléchir à leur métier.
  3. Le passage au mot « animation » : on ne parle plus seulement d'« éducation populaire » mais d'« animation socioculturelle », et il faut comprendre ce que recouvre ce changement.
  4. L'entrée des sciences sociales : sociologues et historiens (autour de Joffre Dumazedier notamment) s'intéressent aux loisirs, aux associations, à la culture populaire.

L'équipe de rédaction

Trois rédacteurs en chef se succèdent :

Rédacteur en chefProfilPériode
Raymond LabourieSociologue, militant socialiste et syndicaliste CFDT, entré à l'INEP en 1967, directeur du DERDDébut des années 1970
Geneviève PoujolSociologue et historienne de l'Éducation Populaire1977-1986
Patrick GallaudChercheur à l'INEPAnnées 1980

La revue s'appuie sur un large réseau d'auteurs : chercheurs du CNRS et de l'université, formateurs de l'INEP, conseillers techniques et pédagogiques, responsables de fédérations, praticiens de terrain. Une étude publiée en 2008 dans l'ouvrage d'hommage à Geneviève Poujol s'intitule d'ailleurs « Des intellectuels sécants ? Enquête sur les auteurs des Cahiers de l'animation (1972-1987) » : ses auteurs étaient à la croisée de plusieurs mondes (recherche, militantisme, administration).

Quelques numéros repérés

Voici quelques numéros identifiés avec certitude :

NuméroDateContenu
N° 344e trimestre 1981Geneviève Poujol, « Éducation ouvrière et éducation populaire »
N° 49-50Avril 1985Patrick Gallaud (dir.), « Éducation populaire : jeunesse dans la France de Vichy, 1940-1944 »
N° 57-58Décembre 1986Jean-Paul Martin (dir.), « L'Espérance contrariée : éducation populaire et jeunesse à la Libération (1944-1947) »
N° 61-62Octobre 1987P. Griset, J.-C. Coffin, R. Labourie et autres, « Les chemins de l'animation »
Numéros de 19871987Réflexions sur la réduction du temps de travail et la commercialisation des loisirs

On remarque que les grands numéros historiques des années 80 (Vichy, la Libération) font des Cahiers une source majeure de l'histoire de l'Éducation Populaire.

Les grands thèmes

D'après les numéros connus et les travaux qui leur sont consacrés, les Cahiers ont traité notamment :

Un regard critique sur l'État

Le rapport de l'INJEP (La fabrique de l'éducation populaire et de l'animation) (2021) souligne que Labourie et Poujol ont porté, à travers les Cahiers, une critique tranchante du rôle de l'État : ils montraient comment des dispositifs définis d'en haut avaient parfois remplacé les initiatives venues des associations. C'est un paradoxe remarquable : une revue d'un établissement public, qui analyse de façon critique la politique de ce même État.

La fin brutale

La transformation de l'INEP en Institut National de la Jeunesse par le décret du 24 décembre 1987 entraîne la suppression des Cahiers de l'animation. Pour beaucoup, cette disparition est le symbole le plus fort du recul de l'Éducation Populaire dans la politique de l'État à ce moment-là. La revue Agora débats/jeunesses, lancée par l'INJEP au milieu des années 1990, reprendra en partie le flambeau de la réflexion, mais centrée sur la jeunesse.

Combien de numéros ?

La fiche du Comité d'histoire du ministère parle de 57 numéros et 500 articles en quinze ans. Or on trouve des numéros 61-62 en 1987. L'explication la plus probable est que beaucoup de numéros sont doubles (49-50, 57-58, 61-62) : 57 livraisons correspondraient alors à une numérotation qui monte au-delà de 60.

Où consulter les Cahiers aujourd'hui

11. Geneviève Poujol

Une figure emblématique

Geneviève Poujol (1930-2023) est sans doute la personne qui a le plus fait pour que l'Éducation Populaire devienne un objet d'histoire et de recherche. Sociologue, historienne, militante, rédactrice en chef des (Cahiers de l'animation), elle a donné à des générations d'animateurs et de chercheurs les mots et les repères pour comprendre d'où ils venaient.

Une enfance protestante et engagée

Geneviève Poujol naît à Toulon en 1930. Elle est la benjamine de quatre enfants. Son père, Pierre Poujol, professeur de lettres classiques, est une figure du christianisme social protestant ; sa mère est Marie Teissier de Caladon. Deux de ses frères, Jacques Poujol (plus tard professeur) et Robert Poujol (plus tard préfet et historien), entrent dans la Résistance.

Elle découvre le scoutisme très jeune : Petite Aile à Montpellier, puis Éclaireuse unioniste à Paris-Bastille à 12 ans, en pleine Occupation, alors que le scoutisme est interdit en zone occupée. Elle racontera plus tard la fierté de continuer malgré l'interdiction.

Une militante des mouvements

Toute sa jeunesse est marquée par l'engagement dans des mouvements d'origine protestante et d'Éducation Populaire :

De 1954 à 1968, elle est mariée à Michel Rocard, rencontré aux Éclaireurs unionistes ; ils ont deux enfants, Sylvie et Francis Rocard (devenu astrophysicien).

De l'action culturelle à l'INEP

À la fin des années 1960 et au début des années 1970, elle est permanente de l'Association pour la diffusion de la recherche sur l'action culturelle. Elle rejoint ensuite l'INEP, où elle travaille avec Raymond Labourie au sein du DERD. Ensemble, ils fondent les (Cahiers de l'animation) en 1972. Elle en devient rédactrice en chef de 1977 à 1986.

La thèse de 1976

En 1976, elle soutient une thèse de doctorat en sociologie, (La dynamique sociale des institutions socioculturelles), à l'université Paris-Descartes, sous la direction de Joffre Dumazedier, le grand sociologue des loisirs et cofondateur de Peuple et Culture. La même année, l'INEP publie (Éléments pour l'histoire de l'éducation populaire), issu de journées d'études organisées en 1975 : c'est l'un des tout premiers travaux collectifs sur ce sujet.

Les grandes œuvres

AnnéeTitreÉditeurRemarque
1976Éléments pour l'histoire de l'éducation populaireINEPActes des journées d'études de 1975
1978La Dynamique des associations, 1844-1905Histoire des associations avant la loi de 1901
1979Les Cultures populaires (avec Raymond Labourie)Privat, ToulouseOuvrage collectif de l'INEP, avec Maurice Agulhon et d'autres
1981L'Éducation populaire : histoires et pouvoirsÉditions ouvrièresSon livre de référence
1987Les militants culturels : notes pour une recherche (avec Anne Vincent-Buffault)INEP et ministère de la Culture
1996Dictionnaire biographique des militants, XIXe-XXe siècles (avec Madeleine Romer)L'HarmattanDe l'Éducation Populaire à l'action culturelle
2000 ou 2003Éducation populaire : le tournant des années soixante-dix (direction)L'HarmattanDate différente selon les sources
2003Un féminisme sous tutelle. Les protestantes françaises, 1810-1960Éditions de Paris-Max ChaleilL'engagement social des femmes protestantes

Ce qu'elle a apporté

Son apport peut se résumer en quatre idées (synthèse personnelle à partir des sources) :

  1. L'Éducation Populaire a une histoire : elle a montré qu'elle ne commence pas en 1944, mais plonge ses racines au XIXe siècle, dans les associations, le christianisme social, le mouvement ouvrier.
  2. Les rapports de pouvoir : son livre de 1981 s'intitule (Histoires et pouvoirs) ; elle a analysé les relations, souvent tendues, entre les associations et l'État.
  3. Les militants comptent : avec le (Dictionnaire biographique des militants), elle a sorti de l'oubli des centaines de personnes qui ont fait l'Éducation Populaire. Les chercheurs la qualifient de « prosopographe » (spécialiste des biographies collectives).
  4. La place des femmes : son travail sur les protestantes françaises éclaire un engagement social féminin longtemps ignoré.

Au CNRS, puis la retraite

Après l'INEP, elle rejoint le Laboratoire de sociologie du changement des institutions du CNRS, où elle poursuit ses recherches jusqu'à sa retraite en 1995. Elle continue ensuite à publier (jusqu'en 2003 au moins) et écrit aussi un texte plus personnel, (Le journal d'une bénévole), paru dans la revue (Vie sociale).

Hommages

En 2008, l'INJEP publie dans sa collection (Débats jeunesses) un ouvrage collectif en son honneur : « Un engagement à l'épreuve de la théorie. Itinéraires et travaux de Geneviève Poujol », sous la direction de Francis Lebon, Pierre Moulinier, Jean-Claude Richez et Françoise Tétard. On y trouve notamment les chapitres « Geneviève Poujol, une vie », « Geneviève Poujol, prosopographe », « De l'éducation populaire à l'animation », « Des intellectuels sécants ? » et une liste chronologique de ses travaux (1960-2005).

Elle meurt à Paris le 27 mars 2023, à 92 ans. L'INJEP lui rend hommage, et la revue (Agora débats/jeunesses) lui consacre la même année un article : « Geneviève Poujol, socio-historienne des associations et de l'éducation populaire (1930-2023) ». Elle a aussi une notice dans le Maitron, le grand dictionnaire biographique du mouvement ouvrier.

Pour les lecteurs d'aujourd'hui

Pour quiconque veut comprendre l'Éducation Populaire, les centres sociaux, les MJC ou les associations, lire Geneviève Poujol reste un passage obligé. Son (Éducation populaire : histoires et pouvoirs) (1981) est le meilleur point de départ.

12. Les grandes figures liées à l'INEP

PersonneRôlePériode
Maurice ArfeuxPremier responsable du centre de cadres1940-1941
André ThiébaudDirecteur du centre1941-1947
Jean GuéhennoDirecteur de la culture populaire, initiateur des instructeurs1944-1945
Christiane FaureActrice clé de l'Éducation Populaire d'État à la Libération1944 et après
Léon ChancerelFormateur au théâtre à l'Oflag IV-D, maître de nombreux instructeursAnnées 40
Jean Le VeugleCoordinateur pédagogique, Peuple et Culture1951-1953
César GeoffrayInstructeur, chant choral (À Cœur Joie)Années 50-60
Christiane GuillaumeResponsable des activités culturelles au ministère1946-1974
Maurice HerzogHaut-commissaire puis secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports1958-1966
Raymond LabourieSociologue, directeur du DERD, rédacteur en chefEntré en 1967
Geneviève PoujolSociologue et historienne, cofondatrice et rédactrice en chef des Cahiers (voir la partie 11)1972-1986 à l'INEP
Patrick GallaudRédacteur en chef des Cahiers de l'animationAnnées 80
Henri HutinDirecteur de l'INEP1983-1988
Jean-Paul MartinHistorien, colloque « L'Espérance contrariée »1985

Les directeurs de 1953 à 1983

À compléter — Les directeurs de l'INEP entre 1953 et 1983. Leurs noms restent à retrouver, auprès d'anciens de Marly ou du Comité d'histoire du ministère des Sports.

13. Les publications de l'INEP

Les grandes séries

Où les consulter aujourd'hui

Une partie des publications de l'INEP est référencée à la BnF (notice de l'INEP, 1953-1987) et Gallica a un partenariat avec l'INJEP. Les archives de l'Institut sont signalées sur FranceArchives. Les ouvrages de Geneviève Poujol sont en bibliothèque universitaire.

14. Bilan : ce que l'INEP a apporté

Les apports (synthèse)

Cette synthèse est la mienne, construite à partir des sources citées :

  1. Former des formateurs : des milliers de responsables associatifs, d'instructeurs, de CTP et de CEPJ sont passés par Marly.
  2. Un pont entre art et peuple : les stages de réalisation ont formé des amateurs exigeants et révélé des talents professionnels.
  3. Un lieu de débat : militants, fonctionnaires et intellectuels s'y sont rencontrés, parfois opposés.
  4. La recherche : avec le DERD et les (Cahiers de l'animation), l'Éducation Populaire est devenue un objet d'étude sérieux, et l'on a commencé à écrire son histoire.
  5. L'innovation pédagogique : audiovisuel, vidéo, éducation aux médias bien avant qu'on en parle partout.

Les limites et les tensions

15. Chronologie

DateÉvénement
3 octobre 1940Centre de formation de cadres de la jeunesse rurale à Marly-le-Roi
Octobre 1944Jean Guéhenno directeur de la culture populaire ; premiers instructeurs
3 janvier 1945Marly devient centre éducatif
17 octobre 1945Décret 45-2387 : Centre d'éducation populaire
1946L'État achète le château du Val Flory
1951-1953Jean Le Veugle coordinateur pédagogique
5 septembre 1953Décret 53-824 : création de l'INEP (et de l'INS, de 15 CREPS)
195615 160 stagiaires
1958Stage pour les Maisons des Jeunes d'AOF ; Maurice Herzog arrive
1959-1960Tentative d'annexion par le ministère Malraux
1964DECEP ; instructeurs devenus CTP ; création du FONJEP
1967Arrivée de Raymond Labourie
1971Création du DFSA et du DERD
1972Premier numéro des Cahiers de l'animation
1973Unités mobiles audiovisuelles
1974Acquisition rue Paul-Leplat ; départ de Christiane Guillaume
1975Vidéo promotion jeunesse
197633 155 journées-stagiaires, 418 stages ; travaux historiques de G. Poujol
1977G. Poujol rédactrice en chef ; coopération avec le Congo
1978G. Poujol, La Dynamique des associations
1979Stage « Jeune téléspectateur actif » ; Les Cultures populaires (Poujol et Labourie, Privat)
1981G. Poujol, L'Éducation populaire : histoires et pouvoirs
2 septembre 1982Décret 82-753 : nouvelles missions
1983Henri Hutin directeur
1985Décret 85-721 : corps des CEPJ ; colloque « L'Espérance contrariée » (10 décembre)
1987Colloque « Les chemins de l'animation »
24 décembre 1987Décret 87-1152 : l'INEP devient INJ ; fin des Cahiers
2 juillet 1990Décret 90-544 : création de l'INJEP
1995Retraite de Geneviève Poujol (CNRS)
1996Dictionnaire biographique des militants (Poujol et Romer)
2008Ouvrage d'hommage à Geneviève Poujol (INJEP)
2010Départ de Marly pour Paris 13e
Décembre 2015L'INJEP devient service à compétence nationale
27 mars 2023Mort de Geneviève Poujol à 92 ans

16. Témoignages et souvenirs

Mon regard

Cet espace est réservé à mes souvenirs et à ceux des membres de l'association. Quelques pistes de questions pour recueillir des témoignages :

  1. Ai-je fait un stage à Marly ? En quelle année, sur quel thème, avec quels formateurs ?
  2. Quelle était l'ambiance au château du Val Flory (repas, veillées, chants, débats) ?
  3. Ai-je participé à un stage de réalisation d'été ? Quelle pièce avons-nous montée ?
  4. Lisais-je les (Cahiers de l'animation) ? Quels articles m'ont marqué ?
  5. Comment ai-je vécu le passage de l'« éducation populaire » à l'« animation » ?
  6. Me souviens-je des noms des directeurs de l'INEP avant 1983 ?

Vos souvenirs, vos précisions

Un souvenir, une photo, une précision ou une correction sur ce sujet ? Écrivez-moi : chaque message sera lu, et pourra, avec votre accord, enrichir cet article. Votre nom et votre adresse ne servent qu'à vous répondre ; ils ne sont ni publiés ni transmis.

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Page mise à jour le 04/10/2026