Histoire de la Télévision
Des premières images en noir et blanc aux trois chaînes des années 1970 : les speakerines, le journal, les grands reportages et les émissions qui ont rassemblé les familles françaises (années 1950 à 1980)
28/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Voir aussi, sur un sujet voisin : Histoire de la télévision dans les années 50, 60, 70 et 80
Introduction : le poste au milieu du salon
Pourquoi ce récit ?
Pour la génération née après la guerre, l'arrivée de la télévision à la maison a été un événement. On se souvient du jour où le poste, lourd meuble en bois avec son écran bombé, a été installé dans le salon ou la salle à manger ; des soirées chez les voisins qui l'avaient avant nous ; de l'antenne sur le toit ; de la mire, de l'interlude, de la speakerine souriante qui annonçait les programmes ; de la messe du dimanche, de « La Séquence du spectateur » à midi, de « La Piste aux étoiles », d'« Intervilles », de « Thierry la Fronde », de Nounours et du Marchand de sable. La télévision a changé la vie des familles, les conversations, les loisirs, la politique et la culture.
Ce récit présente la télévision française des années 1950 aux années 1980 sous toutes ses facettes, en deux pages : la première raconte l'histoire des chaînes, les présentatrices et les présentateurs, le journal et les grands reportages ; la seconde présente les émissions cultes, les feuilletons, les jeux et les émissions pour les enfants.
Quelques mots à connaître
– RTF, puis ORTF : la Radiodiffusion-Télévision Française (1949-1964), devenue l'Office de Radiodiffusion-Télévision Française (1964-1974), l'organisme d'État qui détient le monopole de la radio et de la télévision.
– Speakerine : la présentatrice qui annonce les programmes entre deux émissions, en regardant les téléspectateurs.
– Mire : l'image fixe, avec des cercles et des lignes, diffusée quand il n'y a pas de programme, pour régler son poste.
– Interlude : les petits films diffusés entre deux émissions, comme les célèbres « Jeux de l'interlude » ou le moulin qui tourne.
– Redevance : la taxe annuelle payée par les possesseurs d'un téléviseur pour financer la télévision publique.
1. L'histoire des chaînes (1949-1987)
Les débuts (1935-1958)
Les premières émissions régulières de télévision en France remontent à 1935, depuis Paris, pour quelques centaines de récepteurs. Après la guerre, la RTF reprend les émissions. En 1948, la France choisit une norme d'image très fine, à 819 lignes, plus précise que celle des autres pays, mais qui rend les postes plus chers. Le 29 juin 1949, Pierre Sabbagh présente le premier journal télévisé. En 1953, le couronnement de la reine Élisabeth II, retransmis en direct depuis Londres, fait découvrir la télévision à beaucoup de Français.
Un équipement progressif
Au début des années 1950, la télévision reste un luxe : un poste coûte l'équivalent de deux mois de salaire ouvrier. On compte environ 24 000 téléviseurs en 1952, un million en 1959, et dix millions en 1968. En 1969, les émetteurs couvrent 95 % du territoire. On regarde d'abord la télévision au café, chez les voisins, à la salle des fêtes ou au patronage, avant de l'avoir chez soi.
L'ORTF et la deuxième chaîne (1964)
Le 8 avril 1964 est inaugurée la deuxième chaîne. Le 27 juin 1964, la RTF devient l'ORTF. La télévision reste sous le contrôle étroit du gouvernement : le ministre de l'Information intervient dans les journaux, et certains sujets ou chansons sont écartés de l'antenne. En Mai 68, les journalistes et techniciens de l'ORTF font grève pour obtenir plus de liberté ; beaucoup seront licenciés.
La couleur (1er octobre 1967)
Le 1er octobre 1967, la deuxième chaîne diffuse ses premiers programmes en couleur, selon un procédé français, le SECAM. Mais les postes couleur sont chers : en 1971, moins de 1 % des foyers en possèdent un ; il faut attendre les années 1980 pour que la couleur se généralise.
La troisième chaîne et l'éclatement de l'ORTF
Le 31 décembre 1972, la troisième chaîne, régionale, commence à émettre. Le 1er janvier 1975, l'ORTF est découpé en sociétés indépendantes : TF1, Antenne 2, FR3, Radio France, la SFP (production) et l'INA (archives).
La fin du monopole (années 1980)
Dans les années 1980, le paysage change radicalement : Canal+, première chaîne payante, en 1984 ; La Cinq et TV6 en 1986 ; privatisation de TF1 en 1987, qui passe au groupe Bouygues ; M6 en 1987. La télévision entre dans l'ère de la concurrence et de la publicité, et le nombre de chaînes et d'heures de programmes explose.
2. Les speakerines et les présentatrices
Les premières stars de la télévision
Pendant des décennies, les speakerines sont les visages les plus familiers de la télévision. Elles annoncent les programmes, souhaitent la bonne nuit, présentent les excuses de la chaîne en cas de panne (« Nous vous prions de nous excuser pour cette interruption momentanée de l'image »), et deviennent des vedettes que les téléspectateurs considèrent presque comme des membres de la famille.
Les grandes speakerines
– Jacqueline Joubert, choisie sur concours en 1949, première grande star, qui présentera aussi l'Eurovision et produira des émissions pour la jeunesse ;
– Catherine Langeais, la plus populaire, plus de vingt-cinq ans à l'antenne, jusqu'en 1975, voix de « La Séquence du spectateur » ;
– Jacqueline Huet, élégante et souriante, de 1958 à 1975 ;
– Jacqueline Caurat, qui présente aussi une émission sur la philatélie ;
– Anne-Marie Peysson, aux yeux clairs, dans les années 1960 et 1970 ;
– Denise Fabre, arrivée à la télévision au début des années 1960, qui devient l'une des plus aimées des années 1970 ;
– Évelyne Leclercq, Fabienne Égal, Marie-Ange Nardi.
Le célèbre fou rire de Denise Fabre
Denise Fabre est restée dans les mémoires pour ses fous rires à l'antenne. Le plus célèbre date de 1978, lors du jeu « Kaléidoscope », avec le magicien Garcimore, dont les tours ratés et l'accent la font rire aux larmes pendant de longues minutes, sans qu'elle puisse reprendre son sérieux ; l'INA le compte parmi ses archives les plus regardées. Selon la presse, un autre fou rire en direct, en 1979, lors d'un duplex depuis la Suisse, lui aurait valu trois semaines de mise à pied de la part de sa chaîne. Ces moments de spontanéité, rares dans une télévision alors très sérieuse, l'ont rendue encore plus populaire.
Les speakerines, visages souriants de la télévision, furent les premières vedettes du petit écran, presque des membres de la famille.
3. Le journal télévisé et ses présentateurs
Le journal de 20 heures
Le journal télévisé devient le grand rendez-vous du soir. On le regarde en famille, pendant le dîner. Le général de Gaulle y apparaît souvent, et utilise la télévision pour ses allocutions et ses conférences de presse. Ses opposants dénoncent une « voix de la France » trop proche du pouvoir.
Les grands présentateurs
– Pierre Sabbagh, pionnier du journal en 1949 ;
– Léon Zitrone, présentateur du journal, commentateur des grands événements (mariages royaux, Tour de France, courses hippiques, défilés du 14 Juillet), réputé pour sa culture et sa diction ;
– Joseph Pasteur, Michel Péricard, Georges de Caunes ;
– Roger Gicquel, sur TF1 à partir de 1975, célèbre pour son ton grave ; le 18 février 1976, il ouvre son journal par une phrase restée célèbre sur la peur qui s'empare de la France après l'enlèvement et le meurtre d'un enfant ;
– Yves Mourousi, qui rajeunit le journal de 13 heures à partir de 1975 ;
– Patrick Poivre d'Arvor, Christine Ockrent, première femme à présenter seule un journal de 20 heures en 1981, Bruno Masure, Claude Sérillon dans les années 1980.
4. Les grands reportages et les grands directs
« Cinq Colonnes à la Une » (1959-1968)
Le magazine « Cinq Colonnes à la Une », de Pierre Lazareff, Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barrère, diffusé une fois par mois de 1959 à 1968, invente le grand reportage télévisé : la guerre d'Algérie vue par les appelés, la vie des mineurs, la faim dans le monde, les grandes figures de l'époque. Les mêmes producteurs animent aussi « Lectures pour tous » (1953-1968), consacrée aux livres.
Les grands magazines
D'autres magazines marquent leur époque : « Les Dossiers de l'écran » (1967-1991), d'Armand Jammot, où un film est suivi d'un débat avec des témoins et des questions des téléspectateurs par téléphone ; « Zoom », « Panorama », « Les Cinq Dernières Minutes » pour le policier, et plus tard « Apostrophes » (1975-1990), l'émission littéraire de Bernard Pivot, et « Le Grand Échiquier » (1972-1989) de Jacques Chancel.
Les grandes soirées de direct
La télévision fait vivre en direct les grands événements : le couronnement d'Élisabeth II (1953), les funérailles de Kennedy (1963), les Jeux Olympiques de Grenoble (1968), et surtout, dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, les premiers pas de l'homme sur la Lune, suivis par des millions de Français réveillés en pleine nuit. Les soirées électorales, les Tours de France et les grands matchs rassemblent aussi les familles. (Le site consacre des récits aux Jeux de Grenoble, à l'assassinat de Kennedy et à l'épopée des Verts de Saint-Étienne.)
À suivre
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Page mise à jour le 04/10/2026
