Marcel Pagnol
Le fils de l'instituteur d'Aubagne devenu dramaturge, cinéaste, académicien et conteur de l'enfance provençale : la vie d'un grand Monsieur
28/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : un conteur pour tous les Français
Pourquoi ce récit ?
Il suffit de quelques mots pour que toute une génération se mette à sourire : « Tu me fends le cœur ! », la partie de cartes de « Marius », la boulangère qui s'enfuit avec un berger, le petit Marcel qui chasse les bartavelles avec son père dans les collines. Marcel Pagnol a su raconter la Provence, ses gens simples, leurs joies, leurs peines et leur langage, avec une tendresse et un humour qui ont touché la France entière, puis le monde. Il fut tour à tour professeur, auteur de théâtre, pionnier du cinéma parlant, producteur, réalisateur, académicien et écrivain de ses souvenirs d'enfance, que des millions d'élèves ont lus en classe.
Ce récit présente ce grand Monsieur en deux pages : la première raconte sa vie et son œuvre écrite ; la seconde présente, un par un, ses films et les grands acteurs qui les ont portés.
Quelques mots à connaître
– Trilogie marseillaise : les trois pièces et films « Marius », « Fanny » et « César », qui racontent les amours de Marius et de Fanny sur le Vieux-Port de Marseille.
– Cinéma parlant : le cinéma avec le son, apparu à la fin des années 1920 (le premier grand film parlant, « Le Chanteur de jazz », sort aux États-Unis en 1927).
– Académie Française : l'institution, créée en 1635, qui réunit quarante écrivains élus à vie, les « Immortels ».
– Garrigue : les collines sèches de Provence, couvertes de thym, de romarin et de chênes kermès, que Pagnol a tant aimées.
1. L'enfance provençale (1895-1910)
Aubagne, 28 février 1895
Marcel Pagnol naît le 28 février 1895 à Aubagne, près de Marseille. Son père, Joseph Pagnol, est instituteur, laïque et républicain ; sa mère, Augustine Lansot, est couturière, douce et fragile. La famille s'installe bientôt à Marseille, où Joseph enseigne. Marcel a un frère, Paul, et une sœur, Germaine ; un second frère, René, naîtra plus tard. Enfant précoce, Marcel apprend à lire tout seul, à trois ans, en suivant la classe de son père.
Les étés de La Treille
Le grand bonheur de son enfance, ce sont les vacances d'été dans une maison louée avec son oncle Jules et sa tante Rose, la Bastide Neuve, dans les collines de La Treille, au pied du massif du Garlaban, près d'Aubagne. Il y découvre la garrigue, la chasse, les cigales, les sources, et rencontre un jeune paysan, Lili des Bellons, qui deviendra son ami. Ces étés inoubliables seront, cinquante ans plus tard, la matière de « La Gloire de mon père » et du « Château de ma mère ».
La mort d'Augustine
En 1910, sa mère meurt, à 36 ans. Marcel a quinze ans. Ce deuil marque profondément l'adolescent, et la fin du « Château de ma mère » lui rendra un hommage bouleversant.
2. Le professeur et le jeune écrivain (1910-1925)
Les études et la revue « Fortunio »
Élève brillant au Lycée Thiers de Marseille, Marcel écrit déjà des poèmes. En 1914, avec des camarades, il fonde une revue littéraire, « Fortunio », qui deviendra plus tard les célèbres « Cahiers du Sud ». Après la guerre, pendant laquelle il est mobilisé puis réformé, il obtient une licence d'anglais.
Professeur d'anglais
Il devient professeur d'anglais et enseigne dans plusieurs établissements du Midi (à Tarascon, Pamiers, Aix, puis au Lycée Saint-Charles de Marseille), avant d'être nommé en 1922 à Paris, au Lycée Condorcet. Mais la vie de professeur l'ennuie : il rêve de théâtre.
3. Le triomphe au théâtre (1925-1931)
Les premières pièces
À Paris, il écrit pour le théâtre. En 1925, « Les Marchands de gloire », écrite avec son ami Paul Nivoix, satire des profiteurs de la guerre, reçoit un bon accueil critique. Puis vient « Jazz » (1926), qui lui apporte un premier succès.
« Topaze » (1928)
Le vrai triomphe arrive en 1928 avec « Topaze », au Théâtre des Variétés : l'histoire d'un modeste professeur honnête et naïf, renvoyé de sa pension, qui devient l'homme de paille d'un conseiller municipal corrompu, puis un homme d'affaires sans scrupules. La pièce, féroce satire de l'argent roi, est jouée des centaines de fois et traduite dans le monde entier. Pagnol quitte l'enseignement.
« Marius » (1929) et « Fanny » (1931)
En 1929, au Théâtre de Paris, il fait jouer « Marius », qui transporte sur une scène parisienne le Vieux-Port de Marseille et son bar de la Marine : César, le patron au grand cœur, son fils Marius, qui rêve de partir en mer, Fanny, la petite marchande de coquillages qui l'aime, et le vieux maître voilier Panisse. Le rôle de César est tenu par un acteur marseillais de génie, Raimu. Le succès est immense. En 1931, la suite, « Fanny », connaît le même triomphe. Pagnol est devenu l'un des auteurs les plus célèbres de France.
« Tu me fends le cœur ! » : la réplique de César, dans la partie de cartes de « Marius », est devenue l'une des plus célèbres du théâtre et du cinéma français.
4. La passion du cinéma (1930-1954)
La révélation du parlant
En 1930, Pagnol découvre à Londres un film parlant. C'est une révélation : pour lui, le cinéma parlant est l'avenir du théâtre, qui pourra ainsi toucher des millions de spectateurs. Il publie un manifeste sur la « cinématurgie », qui fait scandale chez les critiques, attachés au cinéma muet comme art de l'image.
Un producteur indépendant
Il fait adapter « Marius » au cinéma en 1931 par Alexander Korda, pour la société américaine Paramount, avec la troupe du théâtre. Le film est un triomphe. Pagnol décide alors de devenir son propre producteur. Il fonde sa société, « Les Films Marcel Pagnol », et installe à Marseille ses propres studios, avec laboratoires et salles de montage, et plus tard son réseau de distribution et ses salles. Il tourne aussi en extérieurs, dans les collines de Provence, ce qui est alors très rare. En 1941, il achète près de Marseille le Château de la Buzine, où il rêve de créer une « cité du cinéma ».
Sa troupe et ses acteurs
Pagnol travaille avec une véritable famille d'acteurs : Raimu, Fernandel, Pierre Fresnay, Orane Demazis (sa compagne des années 1920-1930), Fernand Charpin, Alida Rouffe, Robert Vattier, puis sa femme, Jacqueline Pagnol, et Rellys. Beaucoup de ces films adaptent aussi l'œuvre d'un autre grand écrivain provençal, Jean Giono (« Jofroi », « Angèle », « Regain », « La Femme du boulanger »).
La seconde page de ce récit présente ces films un par un.
5. L'académicien et l'homme (1944-1974)
L'Académie Française
Le 4 avril 1946, Marcel Pagnol est élu à l'Académie Française. C'est le premier cinéaste à y entrer, ce qui fait grincer quelques dents. Il y est reçu le 27 mars 1947.
La famille
En 1945, il épouse l'actrice Jacqueline Bouvier, qui jouera dans plusieurs de ses films. Ils ont deux enfants, Frédéric, né en 1946, et Estelle, née en 1951, qui meurt à deux ans, en 1953 : un drame dont Pagnol ne se remettra jamais tout à fait. Il avait eu auparavant d'autres enfants avec d'autres compagnes, dont Jacques, fils d'Orane Demazis.
Les « Souvenirs d'enfance »
À partir de la fin des années 1950, Pagnol se consacre à l'écriture de ses Souvenirs d'enfance : « La Gloire de mon père » (1957), « Le Château de ma mère » (1958), « Le Temps des secrets » (1960), puis, publié après sa mort, « Le Temps des amours » (1977). Il y raconte avec humour et émotion son enfance, son père Joseph, sa mère Augustine, l'oncle Jules, l'ami Lili, la fameuse chasse aux bartavelles et le passage du canal à travers les propriétés privées. Ces livres, étudiés dans toutes les écoles de France, deviennent parmi les plus lus de la littérature française.
« L'Eau des collines »
En 1962-1963, il publie « L'Eau des collines », en deux volumes, « Jean de Florette » et « Manon des sources ». Il y développe l'histoire de son film de 1952 : dans un village de Provence, le Papet et son neveu Ugolin bouchent la source d'un terrain pour ruiner un nouveau venu bossu, Jean de Florette, sans savoir qu'il est le fils de la femme que le Papet a aimée. Des années plus tard, la fille de Jean, Manon, se vengera. C'est une grande tragédie paysanne.
La mort (18 avril 1974)
Marcel Pagnol meurt à Paris le 18 avril 1974, à 79 ans. Il est enterré, selon son vœu, dans le petit Cimetière de La Treille, au pied du Garlaban, près de sa mère, de son père et de son ami Lili, dans les collines de son enfance.
6. Ce qu'il nous laisse
La Provence dans le cœur des Français
Pagnol a donné à la Provence et à Marseille une image inoubliable, faite de soleil, de pétanque, de galéjades, mais aussi de dignité, de pudeur et de grands sentiments. Il a fait entrer l'accent et le parler provençal dans le théâtre et le cinéma nationaux, à une époque où l'on s'en moquait.
Les adaptations
Son œuvre continue de vivre : en 1986, Claude Berri adapte « Jean de Florette » et « Manon des sources », avec Yves Montand, Gérard Depardieu, Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart ; ces films connaissent un succès mondial. En 1990, Yves Robert adapte « La Gloire de mon père » et « Le Château de ma mère », avec Philippe Caubère et Nathalie Roussel. D'autres adaptations, au cinéma et à la télévision, suivront.
Les lieux de Pagnol
À Aubagne, sa maison natale est devenue un musée, et un circuit permet de parcourir les collines de La Treille et du Garlaban, sur les pas du petit Marcel. À Marseille, le Château de la Buzine accueille la Maison des Cinématographies de la Méditerranée.
À suivre
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Page mise à jour le 04/10/2026
