Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Jean Moulin, de la Résistance au Panthéon – Suite 01

L'arrestation de Caluire, la mort, l'entrée au Panthéon du 19 décembre 1964 et le discours d'André Malraux, le Procès de Klaus Barbie et la mémoire d'aujourd'hui

28/09/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

5. Caluire, 21 juin 1943

Un piège

Au printemps 1943, la Gestapo multiplie les arrestations. Le 9 juin 1943, le général Delestraint, chef de l'Armée Secrète, est arrêté à Paris. Jean Moulin convoque une réunion de responsables de la Résistance pour organiser sa succession. Elle a lieu le 21 juin 1943 à Caluire, près de Lyon, dans la maison du docteur Dugoujon, qui ignore la nature de la réunion et reçoit ses patients au rez-de-chaussée. Peu après l'arrivée des participants, la Gestapo fait irruption, conduite par le chef de la police allemande de Lyon, Klaus Barbie. Jean Moulin, qui se présente sous le nom de « Jacques Martel », est arrêté avec les autres.

La torture

Jean Moulin est emmené à Lyon, à la Prison de Montluc et dans les locaux de la Gestapo, où il est identifié et torturé pendant des jours par Klaus Barbie et ses hommes. Il ne livre aucun nom, aucune information. Selon les témoignages, notamment celui d'un codétenu, il est ramené dans sa cellule inconscient, le visage tuméfié. Il est ensuite transféré dans une villa de la Gestapo à Neuilly-sur-Seine, près de Paris, dans un état désespéré.

La mort

Jean Moulin meurt vers le 8 juillet 1943, sans doute dans le train qui le conduit vers l'Allemagne, près de Metz, des suites des tortures. Il avait 44 ans. Les circonstances exactes de sa mort restent mal connues. Son corps est incinéré ; l'urne contenant les cendres présumées de Jean Moulin est déposée au Cimetière du Père-Lachaise, à Paris. Il n'a rien révélé : aucun de ceux qu'il connaissait n'a été arrêté par sa faute.

Qui a trahi ?

L'arrestation de Caluire a suscité l'une des plus longues controverses de l'histoire de la Résistance. Un résistant de Combat, René Hardy, présent à Caluire alors qu'il n'y était pas invité, et seul à s'échapper, est soupçonné d'avoir été retourné par la Gestapo après une arrestation quelques jours plus tôt. Il est jugé deux fois, en 1947 et en 1950, et acquitté les deux fois, faute de preuves suffisantes. Beaucoup d'historiens le considèrent néanmoins comme responsable, directement ou non, de l'arrestation ; d'autres hypothèses ont été avancées, sans preuve. La vérité complète n'est sans doute plus accessible.

6. L'entrée au Panthéon (18 et 19 décembre 1964)

Pourquoi en 1964 ?

En 1964, la France célèbre le vingtième anniversaire de la Libération. Le général de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, veut honorer la Résistance à travers une figure qui la symbolise tout entière, et qui fut son représentant. Jean Moulin, qui avait réuni tous les mouvements et tous les partis autour de lui, et qui était mort sans parler, est choisi. C'est aussi une façon, pour de Gaulle, de rappeler que la Résistance intérieure a été unifiée sous son autorité. Le transfert des cendres est décidé.

Le 18 décembre : la veillée

Le vendredi 18 décembre 1964, l'urne contenant les cendres de Jean Moulin est retirée du Cimetière du Père-Lachaise. Elle est conduite à la crypte du Mémorial des Martyrs de la Déportation, à la pointe de l'île de la Cité, derrière Notre-Dame, inauguré deux ans plus tôt par de Gaulle. D'anciens résistants et déportés veillent toute la nuit auprès d'elle. Le soir, un cortège, éclairé par des torches, accompagne les cendres à travers Paris jusqu'au Panthéon, où elles sont veillées de nouveau par des compagnons de la Libération.

Le 19 décembre : la cérémonie

Le samedi 19 décembre 1964, par un froid glacial, la cérémonie officielle a lieu devant le Panthéon, dans la rue Soufflot. Le général de Gaulle, en uniforme, les membres du gouvernement, les grands noms de la Résistance, des compagnons de la Libération, des déportés, la sœur de Jean Moulin, Laure Moulin, et une foule nombreuse sont présents. La télévision, alors en noir et blanc, retransmet l'événement en direct à des millions de Français. Le catafalque est placé au pied des marches du Panthéon, sous un grand drapeau tricolore.

Le discours d'André Malraux

Le ministre des Affaires culturelles, l'écrivain André Malraux, lui-même ancien résistant, prononce alors l'éloge funèbre de Jean Moulin. D'une voix vibrante, parfois presque cassée, dans le vent glacé, il parle pendant une vingtaine de minutes. Il raconte l'histoire de Jean Moulin et de la Résistance, l'unification des mouvements, les maquis, les combattants de l'ombre, l'arrestation, la torture et le silence de Jean Moulin. Il évoque aussi tous les autres : les déportés, les fusillés, les femmes et les hommes anonymes de la Résistance.

Puis vient le passage le plus célèbre, qui commence par une apostrophe devenue légendaire : « Entre ici, Jean Moulin ». Malraux invite Jean Moulin à entrer au Panthéon accompagné de tous les martyrs de la Résistance et de la déportation, et il termine en s'adressant à la jeunesse de France, lui demandant de penser à cet homme en regardant son pauvre visage. À la fin de la cérémonie, le Chant des partisans retentit. Les cendres sont ensuite portées dans la crypte du Panthéon.

Un discours devenu un monument

Le discours de Malraux est considéré comme l'un des plus grands discours de l'histoire de la République. Il a été étudié par des générations d'élèves, et l'enregistrement, conservé par l'INA, continue de bouleverser ceux qui l'écoutent. Pour la génération qui l'a vu à la télévision en 1964, il reste un souvenir intense. Le texte du discours est encore protégé par le droit d'auteur, c'est pourquoi il n'est pas reproduit ici ; il peut être écouté en entier sur le site de l'INA (voir les liens en fin de page).

19 décembre 1964, rue Soufflot, par un froid glacial : André Malraux prononce l'éloge de Jean Moulin, et avec lui de toute la Résistance.

7. Le Procès de Klaus Barbie (1987)

Le « boucher de Lyon »

Après la guerre, Klaus Barbie, responsable de la mort de Jean Moulin, de la déportation des enfants juifs d'Izieu (avril 1944) et de très nombreux crimes à Lyon, échappe à la justice : il est employé par les services de renseignement américains, puis s'enfuit en Bolivie sous un faux nom. Il est condamné à mort par contumace en France en 1952 et 1954. Retrouvé grâce notamment au travail de Beate et Serge Klarsfeld, il est expulsé vers la France en février 1983.

Le Procès de Lyon

Son procès s'ouvre à Lyon le 11 mai 1987. Ce n'est pas pour la mort de Jean Moulin qu'il est jugé (les crimes de guerre étant prescrits), mais pour crimes contre l'humanité, imprescriptibles, notamment la rafle des enfants d'Izieu. Le procès, filmé pour l'histoire, fait entendre de nombreux témoins, dont des survivants. Le 4 juillet 1987, Klaus Barbie est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il meurt en prison à Lyon en 1991. Pour beaucoup, ce procès a été aussi une forme de justice rendue à Jean Moulin.

8. La mémoire de Jean Moulin

Partout en France

Jean Moulin est l'un des noms les plus donnés en France aux écoles (cinquième selon un décompte de 2015) et aux rues (troisième selon un décompte de 2016). Des lycées, des collèges, des places, des casernes, des stades, et même une université à Lyon (l'Université Lyon 3 Jean-Moulin) portent son nom. Des timbres, des pièces et des billets commémoratifs lui ont été consacrés.

Les lieux de mémoire

À Paris, le Musée de la Libération de Paris - Musée du Général-Leclerc - Musée Jean-Moulin, installé depuis 2019 place Denfert-Rochereau, présente sa vie et ses dessins. À Caluire, la maison du docteur Dugoujon est devenue un mémorial. À Lyon, le Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation évoque son action et celle de Klaus Barbie. À Béziers, sa ville natale, et à Chartres, un monument lui rend hommage. Le 48, rue du Four porte une plaque rappelant la première réunion du CNR.

Une figure qui rassemble

Jean Moulin est devenu, en France, le symbole de toute la Résistance : celui qui a réuni des hommes et des femmes de toutes opinions contre l'occupant et contre Vichy, et qui a préféré mourir plutôt que de parler. Son exemple est au cœur du Concours national de la Résistance et de la Déportation, auquel participent chaque année des dizaines de milliers de collégiens et de lycéens. Pour les associations d'Éducation Populaire, héritières pour beaucoup de l'esprit de la Résistance et du Programme du CNR, il reste une référence : celle d'un engagement au service du bien commun.

9. Chronologie

DateÉvénement
20 juin 1899Naissance de Jean Moulin à Béziers
1925Sous-préfet d'Albertville
1936Au cabinet de Pierre Cot, ministre de l'Air du Front populaire
Janvier 1937Plus jeune préfet de France, dans l'Aveyron
Janvier 1939Préfet d'Eure-et-Loir à Chartres
17 juin 1940Refus de signer un faux document ; tentative de suicide
18 juin 1940Appel du général de Gaulle à Londres
2 novembre 1940Révocation par Vichy
Octobre 1941Arrivée à Londres ; rencontre avec le général de Gaulle
1er-2 janvier 1942Parachutage dans les Alpilles
11 novembre 1942Invasion de la zone libre
Janvier 1943Création des Mouvements Unis de la Résistance
Février 1943Galerie Romanin à Nice ; second séjour à Londres
27 mai 1943Première réunion du Conseil National de la Résistance, 48 rue du Four à Paris
9 juin 1943Arrestation du général Delestraint
21 juin 1943Arrestation de Jean Moulin à Caluire
Vers le 8 juillet 1943Mort de Jean Moulin, près de Metz
15 mars 1944Programme du CNR, « Les Jours heureux »
1947 et 1950Procès et acquittements de René Hardy
18 décembre 1964Veillée au Mémorial des Martyrs de la Déportation, cortège aux flambeaux
19 décembre 1964Entrée au Panthéon ; discours d'André Malraux
Février 1983Expulsion de Klaus Barbie de Bolivie vers la France
11 mai - 4 juillet 1987Procès de Klaus Barbie à Lyon ; condamnation à perpétuité
1991Mort de Klaus Barbie en prison
2019Ouverture du nouveau Musée de la Libération de Paris - Musée Jean-Moulin
19 décembre 2024Soixantième anniversaire de l'entrée au Panthéon

10. Espace pour les témoignages

À compléter : mes souvenirs de Jean Moulin

Cette partie est réservée aux souvenirs : la cérémonie du 19 décembre 1964 regardée à la télévision, en famille ou à l'école ; le discours de Malraux étudié en classe ; un parent ou un grand-parent résistant, déporté ou témoin de la guerre ; une visite au Panthéon, à Caluire ou au Musée Jean-Moulin ; l'école ou la rue Jean-Moulin de votre commune ; la participation au Concours de la Résistance ; le Procès Barbie suivi en 1987. Photos, documents et récits familiaux sont les bienvenus.

11. Pour aller plus loin

Références

– Wikipédia : Jean Moulin

– Wikipédia : Discours du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon

– Wikipédia : Conseil National de la Résistance

– Wikipédia : Procès de Klaus Barbie

– Panthéon (Centre des monuments nationaux) : « Entre ici… »

– Chemins de mémoire : torche du transfert des cendres de Jean Moulin

– ImagesDéfense : transfert des cendres de Jean Moulin

– INA : Les grands discours du Panthéon

Vidéos d'archives (INA)

– 1964 : le discours intégral de l'hommage d'André Malraux à Jean Moulin

– 1964 : le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon

– Le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon (Lumni, INA)

– Hommage d'André Malraux à Jean Moulin : « Entre ici »

– Hommage d'André Malraux à Jean Moulin : l'arrestation et la torture

Où trouver des photos

– Wikimedia Commons : Jean Moulin

– Wikimedia Commons : Panthéon de Paris

– Wikimedia Commons : Mémorial Jean Moulin Caluire

Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables librement, à condition de citer l'auteur et la licence indiqués sous chaque image ; la célèbre photographie de Jean Moulin au chapeau, prise par son ami Marcel Bernard, est très diffusée, mais il faut vérifier ses conditions d'utilisation. Les photos de l'INA, d'ImagesDéfense et des agences ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Les photos personnelles (une plaque, une école Jean-Moulin, un souvenir familial de la Résistance) sont les plus précieuses pour ce site.

Note de méthode

Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (encyclopédies, Panthéon, Chemins de mémoire, archives de l'INA), recoupées entre elles. La date exacte et le lieu précis de la mort de Jean Moulin restent incertains (vers le 8 juillet 1943, près de Metz), et l'urne transférée au Panthéon contient ses cendres « présumées ». La date de la première rencontre avec le général de Gaulle varie selon les sources (24 ou 25 octobre 1941). Le discours d'André Malraux est encore protégé par le droit d'auteur : il est raconté et résumé, et seule son apostrophe la plus célèbre, « Entre ici, Jean Moulin », est citée. La question de la trahison de Caluire reste débattue par les historiens.

Vos souvenirs, vos précisions

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Page mise à jour le 04/10/2026