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L'Apartheid et Nelson Mandela – Suite 01

De Soweto à la libération de Mandela, de la fin de l'apartheid à la présidence de la « nation arc-en-ciel », et la France dans cette histoire

28/09/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

7. Soweto et la révolte de la jeunesse (1976-1977)

Le 16 juin 1976

En 1976, le gouvernement impose l'afrikaans, la langue des maîtres de l'apartheid, comme langue d'enseignement pour une partie des matières dans les écoles noires. Le 16 juin 1976, à Soweto, des milliers d'écoliers et de lycéens manifestent pacifiquement. La police tire. Parmi les premières victimes, un garçon de 12 ou 13 ans, Hector Pieterson : la photo de son corps porté par un camarade, sa sœur courant à ses côtés, fait le tour du monde. La révolte s'étend à tout le pays pendant des mois ; plusieurs centaines de jeunes sont tués (les estimations vont de 176 à plus de 500 morts). Le 16 juin est aujourd'hui en Afrique du Sud la Journée de la Jeunesse.

Steve Biko

Le jeune militant Steve Biko, fondateur du Mouvement de la Conscience noire, qui appelle les Noirs à se libérer d'abord du complexe d'infériorité imposé par l'apartheid, est arrêté en août 1977. Il meurt le 12 septembre 1977 des suites des coups reçus en détention. Sa mort provoque une immense émotion ; le chanteur britannique Peter Gabriel lui consacre en 1980 une chanson, « Biko ». En novembre 1977, l'ONU décrète un embargo obligatoire sur les armes à destination de l'Afrique du Sud.

8. Les années 1980 : l'isolement du régime

Le « grand crocodile »

À partir de 1978, le Premier ministre, puis président, Pieter Willem Botha, surnommé le « grand crocodile », tente de moderniser l'apartheid sans y renoncer : il supprime certaines discriminations mineures, crée en 1984 un parlement à trois chambres (Blancs, « Métis », Indiens), mais toujours sans les Noirs. Ces demi-mesures provoquent une nouvelle vague de révolte dans les townships à partir de 1984. Le régime proclame l'état d'urgence en 1985 et 1986 : des dizaines de milliers d'arrestations, des violences terribles, y compris entre groupes noirs rivaux.

Les sanctions internationales

Dans le monde entier, la pression s'accroît. Des pays et des entreprises cessent d'investir en Afrique du Sud ; des sanctions économiques sont votées, notamment par les États-Unis en 1986 et par la Communauté Européenne. L'Afrique du Sud est exclue de la plupart des compétitions sportives internationales (les Jeux olympiques depuis 1964, puis la Coupe du Monde de football, les grandes compétitions de rugby et de cricket), ce qui touche durement les Blancs, passionnés de sport. Des artistes refusent de s'y produire. Des consommateurs boycottent les produits sud-africains, comme les oranges « Outspan ».

« Free Nelson Mandela »

Mandela devient le symbole mondial de la lutte contre l'apartheid. Le régime le propose à plusieurs reprises de le libérer s'il renonce à la violence ; il refuse en 1985, par la voix de sa fille Zindzi : « Seuls les hommes libres peuvent négocier ». En 1984, le groupe britannique The Special AKA chante « Free Nelson Mandela ». En France, le chanteur sud-africain Johnny Clegg, blanc, qui chante avec des musiciens zoulous, triomphe en 1987-1988 avec « Asimbonanga », qui évoque Mandela. Le 11 juin 1988, un grand concert au Stade de Wembley, à Londres, pour ses 70 ans, est retransmis dans des dizaines de pays et vu par des centaines de millions de téléspectateurs. En 1988, le Parlement européen lui décerne le Prix Sakharov.

De Pollsmoor à Victor Verster

En 1982, Mandela est transféré de Robben Island à la Prison de Pollsmoor, près du Cap. À partir de 1985, il engage seul, en secret, des discussions avec des ministres, persuadé que seule une négociation peut éviter un bain de sang. En 1988, atteint de tuberculose, il est transféré dans une maison de la Prison Victor Verster, près de Paarl, où il reçoit des visites. En juillet 1989, il rencontre même, secrètement, le président Botha.

9. La libération et la fin de l'apartheid (1989-1994)

Frederik de Klerk

En 1989, Botha, malade, est remplacé par Frederik Willem de Klerk. Pragmatique, conscient que le pays est isolé et en crise, et encouragé par la fin de la guerre froide (la chute du Mur de Berlin enlève au régime l'argument de la « menace communiste »), il décide de changer de cap. Le 2 février 1990, devant le Parlement, il annonce la légalisation de l'ANC et des autres mouvements interdits, et la libération prochaine de Nelson Mandela.

Le 11 février 1990

Le dimanche 11 février 1990, vers 16 heures, Nelson Mandela sort de la Prison Victor Verster, à pied, la main dans celle de Winnie, le poing levé, après vingt-sept ans de détention. Des centaines de millions de téléspectateurs suivent l'événement en direct. Le soir, au Cap, du balcon de l'Hôtel de Ville, il s'adresse à une foule immense et appelle à poursuivre la lutte jusqu'à la fin de l'apartheid, tout en tendant la main aux Blancs.

Des négociations difficiles

Les années suivantes sont dangereuses. Les négociations entre le gouvernement et l'ANC avancent lentement, pendant que les violences font des milliers de morts, notamment entre partisans de l'ANC et du parti zoulou Inkatha, avec la complicité d'une partie des forces de sécurité. En juin 1991, les dernières grandes lois de l'apartheid sont abolies. Le 17 mars 1992, les électeurs blancs approuvent par référendum, à près de 69 %, la poursuite des réformes. Le 10 avril 1993, l'assassinat de Chris Hani, dirigeant très populaire de l'ANC, par un extrémiste blanc, menace de tout faire basculer ; Mandela appelle au calme à la télévision et évite l'explosion. En 1992, il se sépare de Winnie.

Le Prix Nobel de la Paix (1993)

En décembre 1993, Nelson Mandela et Frederik de Klerk reçoivent ensemble le Prix Nobel de la Paix, « pour leur travail en vue de la fin pacifique du régime d'apartheid et pour avoir jeté les bases d'une nouvelle Afrique du Sud démocratique ».

Les premières élections libres (27 avril 1994)

Du 26 au 29 avril 1994, pour la première fois, tous les Sud-Africains, quelle que soit leur couleur de peau, votent. Des files d'attente de plusieurs kilomètres se forment devant les bureaux de vote : des millions de Noirs votent pour la première fois de leur vie, à 30, 50 ou 80 ans. Nelson Mandela vote le 27 avril, jour aujourd'hui férié, la Journée de la Liberté. L'ANC obtient environ 62 % des voix. Le 10 mai 1994, à Pretoria, Nelson Mandela prête serment comme premier président noir et démocratiquement élu de l'Afrique du Sud, devant des dirigeants du monde entier. Frederik de Klerk devient l'un de ses vice-présidents.

« Jamais, jamais plus ce beau pays ne connaîtra l'oppression des uns par les autres. » — Nelson Mandela, discours d'investiture, 10 mai 1994

10. Le président de la « nation arc-en-ciel » (1994-1999)

Réconcilier

Président de 1994 à 1999, Nelson Mandela choisit la réconciliation plutôt que la vengeance. Il reçoit ses anciens geôliers, prend le thé avec la veuve de Verwoerd, garde dans son entourage des fonctionnaires de l'ancien régime. L'archevêque Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix 1984, parle de « nation arc-en-ciel ». En 1996, une nouvelle Constitution, l'une des plus progressistes du monde, est adoptée.

La Coupe du Monde de rugby (1995)

Le 24 juin 1995, à Johannesburg, l'Afrique du Sud gagne la Coupe du Monde de rugby qu'elle organise. Le rugby était le sport des Afrikaners, symbole de l'apartheid pour beaucoup de Noirs. Nelson Mandela descend sur la pelouse vêtu du maillot vert des Springboks et remet le trophée au capitaine blanc, François Pienaar, devant un stade en délire. Ce geste, raconté plus tard dans le film « Invictus » de Clint Eastwood (2009), reste l'un des grands symboles de la réconciliation.

La Commission Vérité et Réconciliation

En 1996, présidée par Desmond Tutu, la Commission Vérité et Réconciliation entend pendant des années les victimes et les bourreaux de l'apartheid. Ceux qui avouent entièrement leurs crimes politiques peuvent obtenir l'amnistie. Ce modèle, imparfait mais original, sera étudié dans le monde entier.

Les limites

La présidence de Mandela n'efface pas les inégalités : la pauvreté, le chômage, la violence et la crise du sida restent immenses, et la terre demeure en grande partie entre les mains des Blancs. Mandela lui-même reconnaîtra plus tard avoir tardé à affronter l'épidémie de sida. Il ne fait qu'un seul mandat et cède la place en 1999 à Thabo Mbeki, un exemple rare en Afrique à l'époque.

11. La France et l'apartheid

Des relations longtemps complaisantes

Dans les années 1960 et 1970, la France entretient des relations commerciales et militaires étroites avec le régime de Pretoria : elle lui vend des armes (avions Mirage, hélicoptères, sous-marins), malgré les appels de l'ONU à l'embargo, et participe à la construction de la centrale nucléaire de Koeberg. Après l'embargo obligatoire de l'ONU de novembre 1977, les ventes d'armes officielles cessent.

Le tournant de 1981

L'élection de François Mitterrand en 1981 marque un tournant : la France prend ses distances, permet à l'ANC d'ouvrir un bureau à Paris et soutient des sanctions économiques au milieu des années 1980. En France, le mouvement anti-apartheid mobilise des associations, des syndicats, des Églises, des artistes et de nombreux jeunes : pétitions, concerts, boycott.

L'assassinat de Dulcie September (1988)

Le 29 mars 1988, Dulcie September, représentante de l'ANC en France, est assassinée de plusieurs balles devant les bureaux de son organisation, dans le 10e arrondissement de Paris. Le crime, jamais élucidé, bouleverse l'opinion française. Des rues et des lieux portent aujourd'hui son nom en France.

Mandela en France

En juin 1990, quatre mois après sa libération, Nelson Mandela est reçu à Paris avec les honneurs réservés à un chef d'État par le président Mitterrand ; il est accueilli par une foule enthousiaste. Danielle Mitterrand, avec sa Fondation France Libertés, était très engagée pour sa libération. En 1994, François Mitterrand est le premier chef d'État étranger à effectuer une visite officielle dans l'Afrique du Sud démocratique. En juillet 1996, Nelson Mandela revient en France pour une visite d'État, reçu par le président Jacques Chirac.

12. La fin d'une vie, un héritage mondial

Les dernières années

Le jour de ses 80 ans, le 18 juillet 1998, Nelson Mandela épouse Graça Machel, veuve de l'ancien président du Mozambique. Après sa présidence, il se consacre à la lutte contre le sida (campagne « 46664 », son numéro de prisonnier), à l'éducation et à la paix, avec sa fondation. En 2009, l'ONU fait du 18 juillet, jour de son anniversaire, la Journée Internationale Nelson Mandela. En 2010, il fait sa dernière apparition publique lors de la finale de la Coupe du Monde de football organisée en Afrique du Sud.

Le 5 décembre 2013

Nelson Mandela meurt le 5 décembre 2013, à Johannesburg, à l'âge de 95 ans. Le monde entier lui rend hommage ; près d'une centaine de chefs d'État et de gouvernement assistent à la cérémonie en son honneur, le 10 décembre, dans un Stade de Soweto. Il est inhumé dans son village d'enfance, Qunu.

Ce qu'il nous laisse

Nelson Mandela reste l'une des grandes figures du XXe siècle : l'homme qui, après vingt-sept ans de prison, a choisi le pardon plutôt que la vengeance, et a su conduire un pays au bord de la guerre civile vers la démocratie. Son histoire rappelle aussi que l'apartheid n'est tombé que grâce à des millions de combattants anonymes, en Afrique du Sud et dans le monde. L'Afrique du Sud d'aujourd'hui reste marquée par de profondes inégalités : le combat pour l'égalité réelle continue.

« Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau. » — Nelson Mandela, « Un long chemin vers la liberté » (1994)

13. Chronologie complète

DateÉvénement
1652Fondation de la colonie du Cap par les Néerlandais
1688Arrivée des huguenots français
1899-1902Guerre des Boers
1910Création de l'Union Sud-Africaine
1912Fondation de l'ancêtre de l'ANC
1913Natives Land Act : les Noirs privés de terres
18 juillet 1918Naissance de Nelson Mandela à Mvezo
1944Création de la Ligue de la Jeunesse de l'ANC
Mai 1948Victoire du Parti National : début de l'apartheid
1949-1953Grandes lois de l'apartheid
1952Campagne de défi ; cabinet d'avocats Mandela et Tambo
26 juin 1955Charte de la Liberté à Kliptown
1956-1961Procès de la trahison, acquittement
21 mars 1960Massacre de Sharpeville (69 morts)
8 avril 1960Interdiction de l'ANC
16 décembre 1961Premières actions d'Umkhonto we Sizwe
5 août 1962Arrestation de Mandela
20 avril 1964Discours de Mandela au Procès de Rivonia
12 juin 1964Condamnation à la prison à perpétuité ; départ pour Robben Island
1976Transkei déclaré « indépendant »
16 juin 1976Soulèvement de Soweto
12 septembre 1977Mort de Steve Biko
Novembre 1977Embargo obligatoire de l'ONU sur les armes
1981Élection de François Mitterrand : la France prend ses distances
1982Transfert de Mandela à Pollsmoor
1984Chanson « Free Nelson Mandela »
1985-1986État d'urgence ; sanctions internationales
29 mars 1988Assassinat de Dulcie September à Paris
11 juin 1988Concert de Wembley pour les 70 ans de Mandela
1988Prix Sakharov ; transfert à Victor Verster
1989Frederik de Klerk succède à Botha
2 février 1990Légalisation de l'ANC
11 février 1990Libération de Nelson Mandela
Juin 1990Mandela reçu à Paris par François Mitterrand
Juin 1991Abolition des dernières grandes lois de l'apartheid
17 mars 1992Référendum des électeurs blancs pour les réformes
10 avril 1993Assassinat de Chris Hani
Décembre 1993Prix Nobel de la Paix pour Mandela et de Klerk
27 avril 1994Premières élections libres
10 mai 1994Investiture de Nelson Mandela, président
24 juin 1995Victoire des Springboks à la Coupe du Monde de rugby
1996Nouvelle Constitution ; Commission Vérité et Réconciliation ; visite d'État en France
1999Thabo Mbeki succède à Mandela
2009Création de la Journée Internationale Nelson Mandela (18 juillet)
5 décembre 2013Mort de Nelson Mandela

14. Espace pour les témoignages

À compléter : mes souvenirs de la lutte contre l'apartheid

Cette partie est réservée aux souvenirs : une manifestation, une pétition, un concert, un boycott, une action menée dans une association, un syndicat, une MJC ou un mouvement d'Éducation Populaire ; le choc des images de Soweto ; la chanson de Johnny Clegg ; l'émotion du 11 février 1990 devant la télévision ; la visite de Mandela à Paris ; un voyage en Afrique du Sud avant ou après 1994. Photos, badges, affiches et tracts sont les bienvenus.

15. Pour aller plus loin

Références

– Wikipédia : Apartheid

– Wikipédia : Nelson Mandela

– Wikipédia : Massacre de Sharpeville

– Wikipédia : Soulèvement de Soweto

– Wikipédia : Procès de Rivonia

– Wikipédia : Dulcie September

– France 24 : La France et l'apartheid, de l'indifférence à l'intransigeance

– INA : Nelson Mandela, une vie de combat pour l'égalité

– Fondation Nelson Mandela (en anglais)

Vidéos d'archives (INA)

– La libération de Nelson Mandela (Lumni, INA)

– La libération de Nelson Mandela

– Libération de Nelson Mandela

– Nelson Mandela à Paris (Fresques INA, François Mitterrand)

– Manifestation anti-apartheid

Où trouver des photos

– Wikimedia Commons : Nelson Mandela

– Wikimedia Commons : apartheid signs

– Wikimedia Commons : Robben Island

Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables librement, à condition de citer l'auteur et la licence indiqués sous chaque image. La célèbre photo d'Hector Pieterson (Sam Nzima) et les photos d'agences ne peuvent pas être reprises sans autorisation. Les photos personnelles (une manifestation, un badge, une affiche) sont les plus précieuses pour ce site.

Note de méthode

Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (encyclopédies, archives de l'INA, presse), recoupées entre elles. Les citations de Nelson Mandela sont données dans leur traduction française usuelle ; les formulations peuvent légèrement varier selon les traductions. Le nombre de morts du soulèvement de Soweto fait l'objet d'estimations très différentes. La date exacte de la visite de Mandela à Paris en juin 1990 varie selon les sources (7 ou 11 juin) ; seul le mois est retenu.

Vos souvenirs, vos précisions

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Page mise à jour le 04/10/2026