Le Rock and Roll
D'Elvis Presley à Johnny Hallyday : la musique qui a fait danser, rêver et scandaliser la jeunesse, ses tendances, ses bals, ses chanteurs, ses groupes et ses grands succès
28/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : « Rock Around the Clock »
Pourquoi ce récit ?
Au milieu des années 1950, une musique nouvelle traverse l'Atlantique : le rock and roll. Elle arrive par les disques, les films, les radios et les juke-boxes des cafés. Les parents trouvent ce bruit insupportable et ces déhanchements indécents ; les adolescents, eux, s'y reconnaissent immédiatement. Pour la génération née après la guerre, le rock and roll a été bien plus qu'une mode : une façon de se sentir jeune, libre et différent. On le dansait au bal du samedi soir, on l'écoutait sur le transistor, on imitait la coiffure d'Elvis ou la veste de cuir de Johnny.
Ce récit raconte cette histoire : d'où vient le rock and roll, qui l'a inventé, ses différentes tendances, son arrivée en France, les bals et la danse rock, les grands chanteurs, les groupes, les titres et les succès, puis ce qu'il est devenu jusqu'aux années 1980.
Quelques mots à connaître
– Rock and roll : littéralement « balancer et rouler », une expression argotique de la musique noire américaine, popularisée par le disc-jockey Alan Freed au début des années 1950 pour désigner cette nouvelle musique.
– Rhythm and blues : la musique populaire noire américaine des années 1940, rythmée et dansante, principale racine du rock.
– Country : la musique populaire blanche du sud des États-Unis, autre racine du rock.
– Rockabilly : le rock des débuts, mélange de rock et de country (« hillbilly »), joué par des chanteurs blancs du Sud.
– Juke-box : l'appareil des cafés où l'on choisissait un disque en glissant une pièce.
– 45 tours : le petit disque de deux ou quatre chansons, format roi du rock.
1. Les racines américaines (1940-1954)
Une musique métissée
Le rock and roll naît aux États-Unis, à la rencontre de plusieurs musiques : le blues et le rhythm and blues des musiciens noirs, le gospel des églises noires, la country des Blancs du Sud et le boogie-woogie du piano. Dans les années 1940 et au début des années 1950, des artistes noirs comme Fats Domino, Big Joe Turner, Ike Turner ou Sister Rosetta Tharpe jouent déjà une musique rythmée qu'on appellera bientôt « rock ». Mais dans une Amérique encore ségrégationniste, leur musique est cantonnée aux radios et aux disques « pour Noirs ».
Le déclic
Au début des années 1950, des disc-jockeys comme Alan Freed, à Cleveland, diffusent cette musique pour un public de jeunes Blancs de plus en plus nombreux. Les maisons de disques comprennent qu'il y a là un marché immense : celui des adolescents du baby-boom, qui ont de l'argent de poche et veulent leur propre musique.
2. L'explosion (1954-1959)
Bill Haley et « Rock Around the Clock »
En 1954, Bill Haley et son groupe, les Comets, enregistrent « Rock Around the Clock ». En 1955, la chanson est utilisée au générique du film « Graine de violence » (« Blackboard Jungle »), sur la jeunesse des lycées américains. Elle devient numéro un aux États-Unis et fait le tour du monde. Dans plusieurs pays, dont la France, les projections du film et des concerts de Bill Haley donnent lieu à des débordements de jeunes qui dansent dans les allées et cassent des fauteuils.
Elvis Presley, le « King »
En 1954, à Memphis, dans le Tennessee, un jeune chauffeur de camion de dix-neuf ans, Elvis Presley, enregistre ses premiers disques pour le petit label Sun Records de Sam Phillips. En 1956, avec « Heartbreak Hotel », puis « Hound Dog », « Don't Be Cruel », « Love Me Tender », il devient une star mondiale. Sa voix, sa beauté, sa gomina, ses déhanchements, qui lui valent le surnom d'« Elvis the Pelvis », scandalisent l'Amérique puritaine : à la télévision, on finit par ne le filmer qu'au-dessus de la ceinture. Il tourne des films et vend des millions de disques. De 1958 à 1960, il fait son service militaire en Allemagne, et passe quelques permissions à Paris, sans jamais y donner de concert. On l'appellera le « King », le roi du rock.
Les pionniers
Autour d'Elvis, une génération de pionniers invente le rock :
– Chuck Berry, guitariste et poète des adolescents, auteur de « Johnny B. Goode » et « Roll Over Beethoven » ;
– Little Richard, pianiste déchaîné au cri célèbre, avec « Tutti Frutti » et « Long Tall Sally » ;
– Jerry Lee Lewis, pianiste fou surnommé « The Killer », avec « Great Balls of Fire » ;
– Buddy Holly, à lunettes, avec « Peggy Sue » et « That'll Be the Day », qui inspirera les Beatles ;
– Gene Vincent, avec « Be-Bop-A-Lula », très populaire en France ;
– Eddie Cochran, avec « Summertime Blues » et « C'mon Everybody » ;
– Carl Perkins, auteur de « Blue Suede Shoes » ;
– Fats Domino, avec « Blueberry Hill » ;
– les Everly Brothers, et leurs harmonies à deux voix.
« Le jour où la musique est morte »
Très vite, le rock connaît ses drames. Le 3 février 1959, Buddy Holly, Ritchie Valens et The Big Bopper meurent dans un accident d'avion : les Américains parlent du « jour où la musique est morte ». Le 17 avril 1960, Eddie Cochran meurt dans un accident de voiture en Angleterre, dans lequel Gene Vincent est blessé. Little Richard se retire pour devenir pasteur, Jerry Lee Lewis est mis au ban après son mariage avec une cousine de treize ans, Chuck Berry est emprisonné. Au début des années 1960, le rock des pionniers s'essouffle aux États-Unis.
3. Les différentes tendances du rock
Les grandes familles
Le rock and roll n'est pas une musique unique, mais une famille de styles, qui ne cesse de se transformer :
| Tendance | Époque | Caractéristiques | Artistes représentatifs |
|---|---|---|---|
| Rhythm and blues | Années 1940-1950 | Musique noire rythmée, cuivres, piano | Fats Domino, Big Joe Turner |
| Rockabilly | 1954-1958 | Rock mêlé de country, contrebasse, écho de la voix | Elvis Presley, Carl Perkins, Gene Vincent |
| Rock and roll classique | 1955-1960 | Guitare électrique, piano, rythme endiablé | Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis |
| Doo-wop | Années 1950 | Chœurs vocaux, harmonies | The Platters, The Drifters |
| Twist | 1960-1963 | Danse et musique dérivées du rock | Chubby Checker |
| Rock anglais (beat, Merseybeat) | 1962-1966 | Groupes à guitares, compositions originales | Beatles, Rolling Stones, Kinks, Animals |
| Rock psychédélique | 1966-1970 | Longues improvisations, sons nouveaux | Jimi Hendrix, The Doors, Pink Floyd |
| Hard rock | Fin des années 1960-1970 | Guitares saturées, puissance | Led Zeppelin, Deep Purple |
| Rock progressif | Années 1970 | Morceaux longs et complexes | Pink Floyd, Genesis, Yes |
| Punk | 1976-1979 | Retour à la simplicité et à la révolte | Sex Pistols, The Clash |
| Rock des années 1980 | Années 1980 | New wave, rock français renouvelé | Téléphone, Indochine, Noir Désir |
Le twist, qui a eu sa propre folie, fait l'objet d'un récit séparé sur ce site.
4. Le rock arrive en France (1956-1963)
Les parodies de 1956
En France, les premiers « rocks » sont… des parodies. En 1956, l'écrivain et trompettiste Boris Vian, le compositeur Michel Legrand et le chanteur Henri Salvador, sous le pseudonyme américain d'« Henry Cording », enregistrent des morceaux humoristiques, dont « Rock and Roll Mops », pour se moquer de cette mode venue d'Amérique. Paradoxalement, ces disques font découvrir le rock à beaucoup de Français et sont aujourd'hui considérés comme des précurseurs.
Le Golf Drouot
À Paris, au 2 de la rue Drouot, un ancien salon de thé avec un mini-golf, le Golf Drouot, animé par Henri Leproux, devient à la fin des années 1950 le temple des jeunes amateurs de rock. On y écoute les derniers disques américains sur le juke-box, et les groupes amateurs y passent des auditions le vendredi soir, lors de « tremplins ». Beaucoup de futures vedettes y font leurs premiers pas. Le Golf Drouot ferme ses portes en 1981.
Johnny Hallyday, l'Elvis français
En 1960, un jeune chanteur de seize ans, Jean-Philippe Smet, qui a pris le nom de scène de Johnny Hallyday, enregistre son premier disque, avec « Laisse les filles », puis connaît le succès avec « Souvenirs, souvenirs ». Avec son jeu de scène inspiré d'Elvis, ses guitares électriques et sa fougue, il devient l'idole de la jeunesse française, et le restera pendant près de soixante ans. (Le site consacre un récit entier à Johnny Hallyday.)
Les groupes : Chaussettes Noires et Chats Sauvages
En 1961, deux groupes se disputent la faveur des jeunes : les Chaussettes Noires, emmenés par un jeune chanteur de Belleville, Eddy Mitchell, avec « Eddie sois bon », et les Chats Sauvages, emmenés par Dick Rivers, avec « Est-ce que tu le sais » et « Twist à Saint-Tropez ». On voit aussi apparaître les Vautours, les Pirates, les Fantômes, et des chanteurs comme Frankie Jordan ou Richard Anthony. Le Britannique Vince Taylor, vêtu de cuir noir, déchaîne les foules à l'Olympia en 1961 et 1962 ; il inspirera plus tard David Bowie.
Le scandale du Palais des Sports
Les concerts de rock font peur. Les blousons noirs, ces bandes de jeunes des quartiers populaires qui portent le blouson de cuir comme Marlon Brando dans « L'Équipée sauvage », y viennent en nombre, et certains concerts, comme ceux du Palais des Sports de Paris au début des années 1960, se terminent par des fauteuils cassés et des bagarres. La presse parle de « sauvages ». (Le site consacre un récit aux Blousons Noirs.)
Du rock au yéyé
À partir de 1962-1963, avec l'émission de radio « Salut les Copains » et le twist, le rock français s'adoucit et devient la vague yéyé : des chansons plus sages, souvent adaptées de succès américains, chantées par Sylvie Vartan, Claude François, Sheila ou France Gall. Les puristes du rock le regrettent, mais la musique des jeunes conquiert alors toute la France. (Le site consacre des récits à « Salut les Copains » et à « Âge tendre et tête de bois ».)
1956 : Boris Vian, Michel Legrand et Henri Salvador enregistrent des rocks pour s'en moquer. Sans le vouloir, ils viennent d'inventer le rock français.
5. Les bals et la danse rock
Le rock au bal du samedi soir
Dans les années 1950 et 1960, le bal reste le grand lieu de rencontre des jeunes, en ville comme à la campagne : bal du samedi soir, bal de la fête patronale, bal du 14 Juillet, bal des pompiers. Les orchestres de bal, qui jouaient jusque-là valses, tangos, paso-dobles et javas, ajoutent à leur répertoire des rocks, des slows et des twists, pour contenter les jeunes. Les parents regardent, parfois inquiets, les couples qui se lancent sur la piste. (Le site consacre un récit aux bals populaires et aux boîtes de nuit.)
La danse rock
La danse « rock » se danse à deux, sur un rythme rapide : le garçon fait tourner la fille, la lance, la rattrape, dans une suite de passes et de pirouettes. On l'apprend entre copains, au bal, dans les surprises-parties, en regardant les films américains. Dans les années 1960, se développe le rock acrobatique, où la danseuse est projetée en l'air ; il deviendra un véritable sport, avec ses compétitions et ses championnats, dans les années 1970 et 1980.
Les surprises-parties et les juke-boxes
Chez les copains, on organise des surprises-parties (on dira bientôt des « boums ») : on pousse les meubles, on apporte ses 45 tours, on danse les rocks et les slows sur l'électrophone. Dans les cafés, le juke-box permet d'écouter les derniers succès. Les scopitones, des juke-boxes à images, préfigurent les clips.
6. Les grands titres du rock and roll
| Titre | Artiste | Année |
|---|---|---|
| Rock Around the Clock | Bill Haley and His Comets | 1954 |
| Tutti Frutti | Little Richard | 1955 |
| Maybellene | Chuck Berry | 1955 |
| Heartbreak Hotel | Elvis Presley | 1956 |
| Blue Suede Shoes | Carl Perkins | 1956 |
| Be-Bop-A-Lula | Gene Vincent | 1956 |
| Blueberry Hill | Fats Domino | 1956 |
| Hound Dog | Elvis Presley | 1956 |
| Great Balls of Fire | Jerry Lee Lewis | 1957 |
| Peggy Sue | Buddy Holly | 1957 |
| Jailhouse Rock | Elvis Presley | 1957 |
| Johnny B. Goode | Chuck Berry | 1958 |
| Summertime Blues | Eddie Cochran | 1958 |
| Rock and Roll Mops | Henry Cording (Henri Salvador) | 1956 |
| Souvenirs, souvenirs | Johnny Hallyday | 1960 |
| Eddie sois bon | Les Chaussettes Noires | 1961 |
| Est-ce que tu le sais | Les Chats Sauvages | 1961 |
| Brand New Cadillac | Vince Taylor | 1959 |
Aucune parole de chanson n'est reproduite dans ce récit, car elles sont protégées par le droit d'auteur : seuls les titres sont cités.
7. Ce que le rock est devenu (1964-1990)
Les Anglais prennent le relais
À partir de 1963, ce sont les groupes anglais, Beatles et Rolling Stones en tête, qui relancent le rock, en écrivant leurs propres chansons. Les Rolling Stones, plus rebelles que les Beatles, jouent pour la première fois à l'Olympia de Paris en octobre 1964, dans une atmosphère électrique. (Le site consacre un récit à la Beatlemania.)
Les années 1970
Le rock devient la musique dominante de la jeunesse occidentale, en se divisant en de multiples tendances : psychédélique, hard rock, rock progressif, glam rock, puis punk à la fin de la décennie. Les grands festivals, de Woodstock (1969) à l'île de Wight (1970), rassemblent des centaines de milliers de jeunes. La mort d'Elvis Presley, le 16 août 1977, à 42 ans, est ressentie comme la fin d'une époque.
Le rock français des années 1980
En France, après des années de domination anglo-saxonne, une nouvelle génération de groupes chante le rock en français : Téléphone (fondé en 1976), Trust, Indochine, Noir Désir, Les Rita Mitsouko, Bashung en solo. Le rock français trouve enfin sa voix, quarante ans après les parodies de Boris Vian.
8. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| Années 1940 | Rhythm and blues noir américain |
| 1951-1952 | Alan Freed popularise l'expression « rock and roll » |
| 1954 | Elvis Presley enregistre chez Sun Records ; « Rock Around the Clock » |
| 1955 | Film « Graine de violence » ; succès mondial de Bill Haley |
| 1956 | Triomphe d'Elvis Presley ; parodies de Boris Vian et Henri Salvador en France |
| Fin des années 1950 | Le Golf Drouot devient le temple du rock parisien |
| 1958-1960 | Service militaire d'Elvis en Allemagne |
| 3 février 1959 | Mort de Buddy Holly |
| 1960 | Premiers disques de Johnny Hallyday ; mort d'Eddie Cochran |
| 1961 | Chaussettes Noires, Chats Sauvages, Vince Taylor à l'Olympia ; vague du twist |
| 1962-1963 | Naissance de la vague yéyé |
| 1964 | Les Rolling Stones à l'Olympia |
| 1969 | Festival de Woodstock |
| 1976-1977 | Punk ; création de Téléphone |
| 16 août 1977 | Mort d'Elvis Presley |
| 1981 | Fermeture du Golf Drouot |
| Années 1980 | Renouveau du rock français |
9. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs du rock and roll
Cette partie est réservée aux souvenirs : le premier disque d'Elvis ou de Johnny, le juke-box du café, le rock appris au bal du samedi soir ou dans une surprise-partie, un concert au Golf Drouot, à l'Olympia ou dans la salle des fêtes, le groupe de rock formé entre copains dans le local de la MJC, les disputes avec les parents sur la musique, la coiffure et le blouson de cuir. Photos, disques, billets et affiches sont les bienvenus.
10. Pour aller plus loin
Références
– Wikipédia (en anglais) : Rock music in France
– Wikipédia (en anglais) : Vince Taylor
– Wikipédia (en anglais) : Les Chats Sauvages
– Wikipédia (en anglais) : Golf-Drouot
– Radio Montmartre : quand Henri Salvador inventait le rock français sans le savoir en 1956
– NosEnchanteurs : Rue Drouot, saga d'un mini-golf devenu temple du rock
– Franceinfo : les États-Unis et nous, 1960, la folie du rock'n'roll
Vidéos d'archives (INA)
– 1960, rencontre avec les blousons noirs du square des Batignolles
– Bandes rivales : retour sur les Blousons Noirs
Où trouver des photos
– Wikimedia Commons : Elvis Presley
– Wikimedia Commons : juke-box
– Wikimedia Commons : Johnny Hallyday
Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables librement, à condition de citer l'auteur et la licence indiqués sous chaque image ; certaines photos américaines d'époque sont dans le domaine public. Les photos d'agences et les pochettes de disques sont protégées. Les photos personnelles (un bal, une boum, un groupe de copains) sont les plus précieuses pour ce site.
Note de méthode
Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (encyclopédies, presse, archives de l'INA), recoupées entre elles. Les dates des chansons sont celles de leur première sortie en disque. Les dates précises des incidents dans les concerts du Palais des Sports au début des années 1960 varient selon les sources et ne sont pas données. Aucune parole de chanson n'est reproduite.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
