Les Jeux Olympiques de Grenoble 1968
Du 6 au 18 février 1968, la France accueille le monde : Killy et ses trois médailles d'or, Schuss la mascotte, la première grande fête olympique en couleur, et une ville transformée
28/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : quand Grenoble devint la capitale du monde
Pourquoi ce récit ?
En février 1968, trois mois avant Mai 68, la France vit une grande fête sportive : les Xe Jeux Olympiques d'hiver, à Grenoble et dans les montagnes voisines. Pour beaucoup d'entre nous, ce sont les images de Jean-Claude Killy, le jeune skieur de Val-d'Isère, qui remporte les trois épreuves de ski alpin, celles de la petite mascotte Schuss sur son ski, et les premières retransmissions en couleur, que peu de foyers pouvaient encore voir en couleur. Pour Grenoble, ces Jeux sont aussi une révolution : en quatre ans, la ville se couvre d'autoroutes, d'une nouvelle gare, d'un nouvel Hôtel de Ville, d'une Maison de la Culture, d'un aéroport et d'équipements sportifs.
Ce récit raconte toute l'histoire de ces Jeux : la candidature, les grands travaux, la cérémonie d'ouverture, les épreuves et les champions, les faits marquants, et ce qu'il en reste aujourd'hui.
Les Jeux en quelques chiffres
| Donnée | Chiffre |
|---|---|
| Dates | Du 6 au 18 février 1968 |
| Édition | Xe Jeux Olympiques d'hiver |
| Pays participants | 37 |
| Athlètes | 1 163 (952 hommes et 211 femmes) |
| Épreuves | 35, dans 6 sports |
| Médailles françaises | 9 (4 en or, 3 en argent, 2 en bronze), 3e rang des nations |
| Premier pays au classement | La Norvège |
| Téléspectateurs dans le monde | De l'ordre de 600 millions (estimation) |
Quelques mots à connaître
– CIO : le Comité International Olympique, qui attribue les Jeux à une ville.
– Ski alpin : les épreuves de descente, de slalom géant et de slalom, où l'on descend des pentes entre des portes.
– Ski nordique : le ski de fond, le saut à ski et le combiné nordique.
– Biathlon : une épreuve qui combine ski de fond et tir à la carabine.
– Mascotte : un personnage qui symbolise un événement ; Schuss est souvent présenté comme la première mascotte olympique, même si elle n'était pas encore officielle.
1. La candidature et les grands travaux (1960-1968)
Pourquoi Grenoble ?
Au début des années 1960, Grenoble est une ville en pleine croissance : ses industries (électricité, électronique, métallurgie), son université, ses laboratoires de recherche et son centre d'études nucléaires attirent des milliers de nouveaux habitants. Elle est aussi la porte des Alpes, entourée de massifs (Vercors, Chartreuse, Belledonne, Oisans) où le ski se développe. Soutenue par l'État, la ville se porte candidate aux Jeux d'hiver de 1968.
L'attribution (janvier 1964)
Le 29 janvier 1964, à Innsbruck, en Autriche, le Comité International Olympique attribue les Jeux de 1968 à Grenoble, face à plusieurs villes, dont Calgary, au Canada, Lahti, en Finlande, et Sapporo, au Japon. C'est une grande victoire pour la France du général de Gaulle, qui veut montrer au monde un pays moderne. En 1965, un jeune ingénieur, Hubert Dubedout, est élu maire de Grenoble à la tête d'une liste de citoyens engagés : c'est son équipe qui doit accompagner la transformation de la ville.
Une ville transformée
Les Jeux servent d'accélérateur à des travaux que la ville attendait depuis longtemps. L'État, sous l'impulsion notamment du Premier ministre Georges Pompidou, investit des sommes considérables. En quatre ans, Grenoble reçoit :
– des autoroutes vers Lyon et Chambéry, et des voies rapides dans l'agglomération ;
– une nouvelle gare et un aéroport, celui de Grenoble-Saint-Geoirs, à une cinquantaine de kilomètres ;
– un nouvel Hôtel de Ville, dans le parc Paul-Mistral, décoré par des artistes contemporains ;
– la Maison de la Culture, œuvre de l'architecte André Wogenscky, inaugurée par le ministre des Affaires Culturelles André Malraux quelques jours avant les Jeux ;
– un Village Olympique pour les athlètes, transformé ensuite en logements, et un centre de presse ;
– le Palais des Sports, avec sa grande coupole, et le Stade de Glace, pour le patinage et le hockey ;
– un anneau de vitesse pour le patinage de vitesse ;
– un grand stade provisoire de près de 60 000 places, construit pour la seule cérémonie d'ouverture et démonté ensuite.
La ville se couvre aussi d'œuvres d'art : un symposium de sculpture est organisé, et le sculpteur américain Alexander Calder installe devant la gare un grand stabile d'acier, « Les Trois Pics ».
Le coût
Ces travaux ont coûté très cher. L'État en a pris la plus grande part, mais la ville de Grenoble s'est lourdement endettée : selon les sources, elle a mis près de trois décennies à rembourser sa part. Ce débat sur le coût des Jeux et sur leur héritage n'a jamais vraiment cessé.
2. Des Jeux dispersés dans les montagnes
Les sites des épreuves
Grenoble n'a pas de pistes de ski en ville : les épreuves se déroulent dans plusieurs stations autour de la cuvette, parfois à plus d'une heure de route, ce qui vaut aux Jeux le surnom de « Jeux éclatés ».
| Site | Massif | Épreuves |
|---|---|---|
| Grenoble (Stade de Glace, Palais des Sports, anneau de vitesse) | Ville | Patinage artistique, hockey sur glace, patinage de vitesse |
| Chamrousse | Belledonne | Ski alpin (descente, slalom géant, slalom) |
| Autrans | Vercors | Ski de fond, biathlon, saut au petit tremplin |
| Saint-Nizier-du-Moucherotte | Vercors | Saut au grand tremplin |
| Villard-de-Lans | Vercors | Luge |
| L'Alpe d'Huez | Oisans | Bobsleigh |
Le tremplin de Saint-Nizier
Le grand tremplin de saut à ski de Saint-Nizier-du-Moucherotte, construit en 1966-1967 face à Grenoble, avec des tribunes pour des dizaines de milliers de spectateurs, est salué comme l'un des plus beaux du monde. Mais il est mal exposé : faute de neige suffisante, il faut en apporter par hélicoptère. Utilisé encore une dizaine d'années après les Jeux, il est ensuite abandonné. Aujourd'hui, envahi par la forêt, il est devenu l'un des symboles des « ruines olympiques », et des projets de mise en valeur sont étudiés.
3. La cérémonie d'ouverture (6 février 1968)
Le général de Gaulle ouvre les Jeux
Le mardi 6 février 1968, dans le grand stade provisoire, devant quelque 60 000 spectateurs et des centaines de millions de téléspectateurs, le général de Gaulle déclare ouverts les Xe Jeux Olympiques d'hiver. Les délégations défilent, les drapeaux flottent, et la Patrouille de France dessine dans le ciel les cinq anneaux olympiques en fumées colorées.
La flamme olympique
Arrivée de Grèce et portée par des milliers de relayeurs à travers la France, la flamme olympique entre dans le stade. Le dernier relayeur est le patineur artistique Alain Calmat, médaillé d'argent aux Jeux d'Innsbruck de 1964. Il gravit les quelque 96 marches qui mènent à la vasque et allume la flamme. Des milliers de petits parachutes aux couleurs des nations sont lâchés sur la foule.
Le 6 février 1968, le général de Gaulle ouvre les Jeux, et Alain Calmat gravit les marches de la vasque pour allumer la flamme olympique.
4. Jean-Claude Killy, le héros des Jeux
Le skieur de Val-d'Isère
Jean-Claude Killy, né en 1943 à Saint-Cloud et élevé à Val-d'Isère, en Savoie, est en 1968 le meilleur skieur du monde. Il a remporté en 1967 la première Coupe du Monde de ski alpin. Toute la France attend de lui des médailles d'or à domicile.
Le triplé
À Chamrousse, il remporte successivement :
– la descente, le 9 février, avec une avance minime sur son coéquipier Guy Périllat ;
– le slalom géant, le 12 février, avec une large avance ;
– le slalom, le 17 février, dans des conditions de brouillard très difficiles.
Il égale ainsi l'exploit de l'Autrichien Toni Sailer, triple champion olympique en 1956 : trois médailles d'or dans les trois épreuves de ski alpin. Il devient un héros national et une vedette internationale, sa photo fait la une de tous les magazines.
L'affaire Schranz
La victoire de Killy en slalom est entachée d'une polémique. Le grand rival autrichien, Karl Schranz, affirme avoir été gêné, pendant sa manche, par une silhouette (un contrôleur ou un policier, selon les versions) qui a traversé la piste dans le brouillard. Il est autorisé à repartir et réalise un meilleur temps que Killy. Mais le jury l'accuse ensuite d'avoir manqué une porte avant l'incident et annule son résultat. Killy est déclaré vainqueur. L'Autriche proteste vivement ; l'affaire reste l'une des grandes polémiques de l'histoire du ski.
La suite de sa vie
Après les Jeux, Killy arrête la compétition amateur, devient une vedette de la publicité, du cinéma et des affaires, puis, avec Michel Barnier, copréside le Comité d'Organisation des Jeux Olympiques d'Albertville de 1992.
5. Les autres médaillés français
Les skieuses
Les skieuses françaises brillent elles aussi :
– Marielle Goitschel, déjà championne olympique en 1964, remporte l'or en slalom ;
– Isabelle Mir obtient l'argent en descente ;
– Annie Famose remporte l'argent en slalom géant et le bronze en slalom.
Le patineur
Patrick Péra obtient la médaille de bronze en patinage artistique.
Le bilan français
| Athlète | Épreuve | Médaille |
|---|---|---|
| Jean-Claude Killy | Descente | Or |
| Jean-Claude Killy | Slalom géant | Or |
| Jean-Claude Killy | Slalom | Or |
| Marielle Goitschel | Slalom | Or |
| Guy Périllat | Descente | Argent |
| Isabelle Mir | Descente | Argent |
| Annie Famose | Slalom géant | Argent |
| Annie Famose | Slalom | Bronze |
| Patrick Péra | Patinage artistique | Bronze |
Avec 9 médailles, toutes ou presque dans le ski alpin, la France se classe au 3e rang des nations, derrière la Norvège et l'Union Soviétique. C'est son meilleur résultat aux Jeux d'hiver à l'époque, et la consécration de l'équipe de France de ski, alors la meilleure du monde.
6. Les faits marquants des Jeux
Les premières fois
Les Jeux de Grenoble marquent plusieurs premières dans l'histoire olympique :
– les premiers contrôles antidopage et les premiers tests de féminité obligatoires aux Jeux d'hiver ;
– la première grande retransmission en couleur des Jeux d'hiver, suivie par des centaines de millions de téléspectateurs ;
– la première mascotte, Schuss, un petit skieur stylisé en forme d'éclair, bleu, blanc et rouge, dessiné par Aline Lafargue, que l'on retrouve sur des peluches, des porte-clés et des affiches.
Les grands champions étrangers
La Norvège termine en tête du classement des nations, pour la première fois depuis 1952 devant l'Union Soviétique. L'Américaine Peggy Fleming remporte le patinage artistique et devient une star. La Canadienne Nancy Greene gagne le slalom géant féminin. Le fondeur italien Franco Nones devient le premier non-Scandinave champion olympique de ski de fond.
« 13 jours en France »
Le cinéaste Claude Lelouch, avec François Reichenbach, réalise le film officiel des Jeux, « 13 jours en France ». Plutôt qu'un simple compte rendu sportif, c'est une chronique pleine de poésie, qui filme les champions comme les spectateurs, les coulisses et la montagne, sur une musique de Francis Lai. Le film est resté un classique du cinéma sportif.
7. L'héritage des Jeux
Une ville modernisée
Pour Grenoble, les Jeux ont été un formidable accélérateur de modernisation : routes, gare, aéroport, logements, équipements culturels et sportifs. La Maison de la Culture, devenue la MC2, l'Hôtel de Ville et le Palais des Sports sont toujours en service. Le Village Olympique est devenu un quartier d'habitation. Le Stade de Glace, rénové, continue d'accueillir sportifs et patineurs.
Les « ruines olympiques »
D'autres équipements ont connu un sort moins heureux. Le grand tremplin de Saint-Nizier est abandonné depuis plus de trente ans. La piste de bobsleigh de l'Alpe d'Huez a été laissée à l'abandon, envahie par la végétation, et la piste de luge de Villard-de-Lans n'a plus servi après 1980. Le tremplin d'Autrans, en revanche, est toujours utilisé. Ces vestiges nourrissent aujourd'hui une réflexion sur la manière d'organiser des Jeux durables.
Un souvenir populaire
Pour la génération des Trente Glorieuses, les Jeux de Grenoble restent le souvenir d'une France joyeuse et confiante, juste avant les bouleversements de Mai 68. En 2018, Grenoble a fêté leur cinquantième anniversaire. La France a ensuite accueilli de nouveau les Jeux d'hiver à Albertville en 1992, et les accueillera dans les Alpes françaises en 2030.
8. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 29 janvier 1964 | Le CIO attribue les Jeux de 1968 à Grenoble |
| 1965 | Hubert Dubedout élu maire de Grenoble |
| 1966-1967 | Grands travaux : autoroutes, gare, Hôtel de Ville, Village Olympique, tremplin de Saint-Nizier |
| Début février 1968 | André Malraux inaugure la Maison de la Culture |
| 6 février 1968 | Cérémonie d'ouverture par le général de Gaulle ; Alain Calmat allume la flamme |
| 9 février 1968 | Killy champion olympique de descente |
| 12 février 1968 | Killy champion olympique de slalom géant |
| 17 février 1968 | Killy champion olympique de slalom ; affaire Schranz |
| 18 février 1968 | Clôture des Jeux |
| 1968 | Film « 13 jours en France » de Claude Lelouch et François Reichenbach |
| Mai 1968 | Les événements de Mai 68 |
| 1992 | Jeux Olympiques d'Albertville, coorganisés par Jean-Claude Killy |
| 2018 | Cinquantième anniversaire des Jeux de Grenoble |
| 2030 | Jeux d'hiver prévus dans les Alpes françaises |
9. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs des Jeux de Grenoble
Cette partie est réservée aux souvenirs : les épreuves regardées à la télévision, en noir et blanc le plus souvent, à la maison, à l'école ou au café ; une épreuve vécue sur place, à Chamrousse, à Autrans ou à Grenoble ; la mascotte Schuss offerte en cadeau ; le passage de la flamme dans votre ville ou votre village ; les travaux de Grenoble ; une sortie de ski avec la MJC ou le club de la commune pour imiter Killy. Photos, billets, badges, cartes postales et objets souvenirs sont les bienvenus.
10. Pour aller plus loin
Références
– Wikipédia : Jeux olympiques d'hiver de 1968
– Wikipédia (en anglais) : 1968 Winter Olympics
– Wikipédia (en anglais) : France at the 1968 Winter Olympics
– Institut Georges-Pompidou : les JO de Grenoble de 1968 et leurs enjeux (PDF)
– Altitude News : le tremplin de saut à ski des Jeux de Grenoble grignoté par la forêt
– Université Grenoble Alpes : Grenoble, du prestige aux vestiges olympiques
– Équipe de France olympique : Grenoble 1968
Vidéos d'archives (INA)
– Ouverture des JO d'hiver par le général de Gaulle (Lumières sur Rhône-Alpes, INA)
– 1968 : Jean-Claude Killy triple champion olympique de ski alpin à Grenoble
– Jeux Olympiques : victoire au slalom de Jean-Claude Killy
– Killy et Goitschel triomphent aux J.O. de Grenoble
– Les coulisses de l'exploit : Jean-Claude Killy
– Les moments forts de la soirée de commémoration des 50 ans des JO de Grenoble
Où trouver des photos
– Wikimedia Commons : 1968 Winter Olympics
– Wikimedia Commons : Jean-Claude Killy
– Wikimedia Commons : tremplin de Saint-Nizier
Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables librement, à condition de citer l'auteur et la licence indiqués sous chaque image. Les photos d'agences, de l'INA et du CIO, ainsi que la mascotte Schuss, sont protégées. Les photos personnelles (une épreuve, un billet, un objet Schuss) sont les plus précieuses pour ce site.
Note de méthode
Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (encyclopédies, Institut Georges-Pompidou, Université Grenoble Alpes, archives de l'INA), recoupées entre elles. Le coût exact des Jeux et la durée du remboursement de la dette de la ville varient selon les sources : aucun chiffre précis n'est donc donné. Les villes concurrentes de Grenoble et le nombre exact de marches de la vasque sont ceux le plus souvent cités. Le chiffre de 600 millions de téléspectateurs est une estimation de l'époque.
Vos souvenirs, vos précisions
Un souvenir, une photo, une précision ou une correction sur ce sujet ? Écrivez-moi : chaque message sera lu, et pourra, avec votre accord, enrichir cet article. Votre nom et votre adresse ne servent qu'à vous répondre ; ils ne sont ni publiés ni transmis.
Page mise à jour le 04/10/2026
