L'épopée des Verts de Saint-Étienne
Des titres des années 1960 à la finale de Glasgow en 1976 : l'AS Saint-Étienne, ses joueurs, ses grands matchs, le Chaudron de Geoffroy-Guichard et « Allez les Verts »
28/09/2026
Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative
Introduction : « Qui c'est les plus forts ? »
Pourquoi ce récit ?
Au milieu des années 1970, la France entière est « verte ». Même ceux qui ne s'intéressaient pas au football suivent, à la télévision, les soirées européennes de l'AS Saint-Étienne. Les Verts, comme on les appelle à cause de la couleur de leur maillot, redonnent au football français, alors très faible au niveau international, une fierté oubliée. Leur stade, Geoffroy-Guichard, surnommé le « Chaudron », vibre comme nul autre. Le 12 mai 1976, à Glasgow, en Écosse, ils perdent de justesse la finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions face au Bayern de Munich, après avoir touché deux fois les poteaux, que l'on dira « carrés ». Le lendemain, des centaines de milliers de Parisiens les acclament sur les Champs-Élysées. Et toute la France chante « Allez les Verts ».
Ce récit raconte cette épopée, des années 1960 aux années 1980 : les dirigeants, les entraîneurs, les joueurs, les grands matchs, l'ambiance, la chanson, et la fin d'une époque.
Quelques mots à connaître
– ASSE : l'Association Sportive de Saint-Étienne, le club de football de la ville.
– Coupe d'Europe des Clubs Champions (ou « Coupe des Champions », « C1 ») : la compétition qui réunissait chaque année les champions de chaque pays d'Europe, ancêtre de l'actuelle Ligue des Champions.
– Match aller et match retour : en Coupe d'Europe, deux équipes se rencontrent deux fois, chez l'une puis chez l'autre ; on additionne les scores.
– Chaudron : le surnom du Stade Geoffroy-Guichard, à cause de l'ambiance brûlante qui y règne les soirs de match.
1. Un club né d'une entreprise
Le Casino et Geoffroy-Guichard
L'AS Saint-Étienne est née en 1919 de l'association sportive des employés de la chaîne de magasins d'alimentation Casino, fondée par Geoffroy Guichard, dont le vert était la couleur. Le club devient professionnel en 1933. Son stade, construit à la fin des années 1920 sur un terrain offert par la famille Guichard, porte le nom du fondateur de Casino.
Une ville ouvrière
Saint-Étienne est alors une ville de mineurs, de métallurgistes et d'ouvriers de l'armement, durement touchée par la fermeture progressive des mines de charbon à partir des années 1960. Le club, soutenu par une population fière et passionnée, devient le symbole de la ville et de sa dignité ouvrière.
Les premiers titres
Sous la direction de l'entraîneur Jean Snella, l'ASSE remporte son premier titre de champion de France en 1957, puis une première Coupe de France en 1962. Parmi ses joueurs, l'attaquant algérien Rachid Mekhloufi, qui quitte le club en 1958 pour rejoindre l'équipe du Front de Libération Nationale algérien, puis revient en 1962 et devient l'un des grands artistes du club.
2. Les années 1960 : la domination du football français
Roger Rocher, le président bâtisseur
En 1961, un industriel des travaux publics, Roger Rocher, devient président du club. Ambitieux, autoritaire, il va faire de l'ASSE l'un des grands clubs d'Europe. Il le dirigera jusqu'en 1982.
Snella, puis Batteux
Sous Jean Snella, l'ASSE est de nouveau championne en 1964 et en 1967. Puis Albert Batteux, l'ancien entraîneur du grand Stade de Reims des années 1950 et de l'équipe de France de 1958, lui succède et remporte trois titres consécutifs, en 1968, 1969 et 1970, avec deux doublés championnat-Coupe de France en 1968 et 1970. Saint-Étienne domine le football français.
Les joueurs de la fin des années 1960
Parmi les vedettes de cette génération : le gardien Georges Carnus, les défenseurs Bernard Bosquier et Roland Mitoraj, le jeune milieu de terrain Aimé Jacquet (futur sélectionneur champion du monde en 1998), le rugueux Robert Herbin, surnommé « le Sphinx », l'ailier Georges Bereta, l'avant-centre Hervé Revelli, qui deviendra le meilleur buteur de l'histoire du club, et le Malien Salif Keïta, attaquant virtuose, élu Ballon d'Or africain en 1970, adoré du public.
3. Les années Herbin : la génération 1974-1976
Robert Herbin, l'entraîneur
En 1972, Robert Herbin, ancien joueur du club, devient entraîneur, à 33 ans. Silencieux et exigeant, il construit une nouvelle équipe, en grande partie issue du centre de formation du club, et lui impose une préparation physique très moderne. Il la dirigera jusqu'en 1983.
La composition de l'équipe
L'équipe qui fait vibrer la France de 1974 à 1977 repose sur quelques grands noms :
| Poste | Joueur | Particularité |
|---|---|---|
| Gardien | Ivan Ćurković | Yougoslave, sûr et spectaculaire |
| Arrière droit | Gérard Janvion | Rapide, international français |
| Défenseur central | Osvaldo Piazza | Argentin, puissant, adoré du public |
| Défenseur central | Christian Lopez | Élégant, international français |
| Arrière gauche | Pierre Repellini, puis Gérard Farison | Formés au club |
| Milieu | Jean-Michel Larqué | Capitaine, meneur de jeu, tireur de coups francs |
| Milieu | Dominique Bathenay | Infatigable, frappe lourde |
| Milieu | Jacques Santini | Travailleur, futur entraîneur |
| Milieu | Christian Synaeghel | Solide récupérateur |
| Attaquant | Hervé Revelli | Buteur de légende |
| Attaquant | Patrick Revelli | Frère d'Hervé, ailier |
| Attaquant | Dominique Rocheteau | « L'Ange vert », dribbleur aux cheveux longs |
| Attaquant | Christian Sarramagna | Ailier gauche |
| Défenseurs et remplaçants | Alain Merchadier, Yves Triantafilos, Jacques Zimako… | Les autres membres de l'effectif, selon les saisons |
Les titres
L'ASSE est championne de France en 1974, 1975 et 1976, et remporte la Coupe de France en 1974, 1975 et 1977.
4. Les grandes soirées européennes
Split, novembre 1974 : le premier miracle
En Coupe des Champions 1974-1975, les Verts perdent le match aller contre le club yougoslave Hajduk Split 4 à 1. Au retour, à Geoffroy-Guichard, ils l'emportent 5 à 1, après prolongation, dans une ambiance indescriptible. C'est le début de la légende. Ils éliminent ensuite le Ruch Chorzów, en Pologne, avant d'être battus en demi-finale par le Bayern de Munich (0-0 à Saint-Étienne, 0-2 à Munich).
Kiev, 17 mars 1976 : la plus belle nuit du Chaudron
En quart de finale de la Coupe des Champions 1975-1976, l'ASSE rencontre le Dynamo Kiev, l'équipe soviétique du Ballon d'Or Oleg Blokhine. À l'aller, dans le froid de Simferopol, en Crimée, les Verts perdent 2 à 0. Au retour, le 17 mars 1976, devant près de 38 000 spectateurs, Blokhine manque une occasion immense à 0-0, en voulant dribbler une nouvelle fois le gardien Ćurković ; sur le contre, Hervé Revelli marque (64e minute). Jean-Michel Larqué double la marque sur coup franc (71e). En prolongation, alors que plusieurs joueurs souffrent de crampes, Dominique Rocheteau, blessé à la cuisse, marque le troisième but (112e). Saint-Étienne gagne 3 à 0. Pour beaucoup, c'est le plus beau match de l'histoire du club. En demi-finale, les Verts éliminent le PSV Eindhoven (1-0, 0-0).
Glasgow, 12 mai 1976 : la finale et les poteaux carrés
Le mercredi 12 mai 1976, au Stade de Hampden Park, à Glasgow, devant près de 55 000 spectateurs, dont des milliers de supporters stéphanois, l'ASSE dispute la finale contre le Bayern de Munich de Franz Beckenbauer, Sepp Maier, Gerd Müller et Karl-Heinz Rummenigge, double tenant du titre. Rocheteau, blessé, commence sur le banc. Les Verts dominent la première mi-temps : une frappe de Dominique Bathenay et une tête de Jacques Santini heurtent la barre transversale. À la 57e minute, sur un coup franc tiré par Beckenbauer, Franz Roth marque le seul but du match. Rocheteau entre en fin de rencontre, trop tard. Le Bayern gagne 1 à 0.
Les poteaux de Hampden Park, de section carrée et non ronde, auraient, dit-on, empêché le ballon de rentrer : l'expression « les poteaux carrés » est restée dans la mémoire collective comme le symbole de la malchance stéphanoise. En 2013, le Club de Saint-Étienne a racheté ces poteaux, désormais exposés dans son musée.
Les Champs-Élysées, 13 mai 1976
Le lendemain, 13 mai 1976, les Verts, pourtant battus, sont accueillis en héros à Paris. Ils remontent les Champs-Élysées dans un bus découvert, devant des centaines de milliers de personnes, puis sont reçus à l'Élysée par le président Valéry Giscard d'Estaing. Aucune équipe vaincue n'avait jamais été fêtée ainsi.
Liverpool, 1977
En 1977, les Verts sont éliminés par Liverpool, futur vainqueur de l'épreuve (1-0 à Saint-Étienne, puis 1-3 à Anfield), au terme d'un match retour épique.
12 mai 1976 : à Glasgow, deux tirs sur la barre, un but de Franz Roth, et la France entière pleure les « poteaux carrés ».
5. L'ambiance et la folie verte
Le Chaudron
Les soirs de Coupe d'Europe, le Stade Geoffroy-Guichard est plein bien avant le coup d'envoi. Les supporters chantent sans interruption, agitent des drapeaux verts, et les tribunes semblent trembler. Les adversaires, disent les joueurs, perdent souvent leurs moyens dans le Chaudron. Les supporters stéphanois, mineurs, ouvriers, employés, familles, sont réputés pour leur fidélité, même dans les mauvais jours.
Toute la France derrière les Verts
Le phénomène dépasse Saint-Étienne. Les matchs sont retransmis en direct à la télévision, à une époque où c'est encore rare, et regardés par des millions de Français. Partout, des enfants portent le maillot vert avec le nom de la Manufacture (la Manufacture d'Armes et Cycles de Saint-Étienne, Manufrance, sponsor du club), collectionnent les vignettes Panini, se font couper les cheveux comme Rocheteau. Les Verts deviennent des vedettes des magazines, de la publicité et de la chanson. Le cri des supporters, « Qui c'est les plus forts ? Évidemment c'est les Verts ! », résonne dans toutes les cours d'école.
6. « Allez les Verts » : le grand succès du disque
Une chanson écrite en dix minutes
En 1976, un ancien chanteur de la vague yéyé, Jacques Bulostin, dit Monty, écrit « Allez les Verts ! », sur une musique de Jean-Louis d'Onorio, au rythme proche du disco, avec des chœurs d'hommes et des bruits de foule. Il raconte l'avoir écrite en une dizaine de minutes, arrêté au bord des Champs-Élysées. Le président Roger Rocher, d'abord méfiant, finit par l'adopter.
Un triomphe
La chanson, simple et facile à chanter, devient l'hymne du club et de toute la France du football. Le disque est un énorme succès : selon les sources, il se serait vendu à plusieurs millions d'exemplaires et serait resté en tête des ventes pendant des mois. Il donne naissance à une mode des chansons de supporters, et Monty écrit en 1978 « Allez les Bleus » pour l'équipe de France. Plus de quarante ans après, la chanson retentit toujours à Geoffroy-Guichard.
7. Platini, le dernier titre et la chute (1979-1984)
Michel Platini à Saint-Étienne
En 1979, Roger Rocher fait venir de Nancy le meilleur joueur français, Michel Platini. Avec lui, le Néerlandais Johnny Rep, vice-champion du monde, et de jeunes talents comme Laurent Paganelli, l'ASSE remporte son dixième titre de champion de France en 1981, un record à l'époque. Mais la magie des années 1970 n'est plus tout à fait là. Platini part en 1982 pour la Juventus de Turin.
L'affaire de la « caisse noire »
En 1982, un scandale éclate : le club disposait d'une « caisse noire », une comptabilité occulte servant notamment à verser des compléments de salaire non déclarés aux joueurs. Roger Rocher doit quitter la présidence ; il sera condamné par la justice, et plusieurs joueurs sont mis en cause. Le club, affaibli, est relégué en deuxième division en 1984.
Le souvenir
L'ASSE a depuis connu des hauts et des bas, plusieurs descentes et remontées, et une Coupe de la Ligue en 2013. Mais l'épopée des années 1970 reste unique : un Musée des Verts au Stade Geoffroy-Guichard, des livres, des films, des anniversaires célébrés par toute la ville entretiennent la mémoire de cette génération.
8. Le palmarès des années d'or
| Compétition | Années |
|---|---|
| Champion de France | 1957, 1964, 1967, 1968, 1969, 1970, 1974, 1975, 1976, 1981 |
| Coupe de France | 1962, 1968, 1970, 1974, 1975, 1977 |
| Finale de la Coupe des Champions | 1976 (défaite 0-1 contre le Bayern de Munich) |
| Demi-finale de la Coupe des Champions | 1975 |
9. Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1919 | Création de l'association sportive des employés de Casino |
| 1933 | Le club devient professionnel |
| 1957 | Premier titre de champion de France, avec Jean Snella |
| 1961 | Roger Rocher devient président |
| 1962 | Première Coupe de France |
| 1964 et 1967 | Titres de champion avec Jean Snella |
| 1968-1970 | Trois titres consécutifs avec Albert Batteux |
| 1970 | Salif Keïta, Ballon d'Or africain |
| 1972 | Robert Herbin devient entraîneur |
| 1974-1976 | Trois titres consécutifs |
| Novembre 1974 | Victoire 5-1 contre Hajduk Split |
| Avril 1975 | Demi-finale perdue contre le Bayern de Munich |
| 17 mars 1976 | Victoire 3-0 contre le Dynamo Kiev |
| 12 mai 1976 | Finale de Glasgow perdue 0-1 contre le Bayern |
| 13 mai 1976 | Défilé sur les Champs-Élysées |
| 1976 | « Allez les Verts ! » de Monty |
| 1977 | Coupe de France ; élimination par Liverpool |
| 1979 | Arrivée de Michel Platini |
| 1981 | Dixième titre de champion de France |
| 1982 | Affaire de la caisse noire ; départ de Roger Rocher |
| 1984 | Relégation en deuxième division |
| 2013 | Le club rachète les « poteaux carrés » de Glasgow |
10. Espace pour les témoignages
À compléter : mes souvenirs des Verts
Cette partie est réservée aux souvenirs : un match vécu dans le Chaudron, la soirée de Kiev ou de Glasgow regardée en famille ou au café, le défilé des Champs-Élysées, le maillot vert Manufrance, les vignettes Panini, le disque de Monty, les matchs de football joués dans la cour de l'école ou au club de la commune en imitant Rocheteau ou Larqué. Photos, billets, écharpes et coupures de presse sont les bienvenus.
11. Pour aller plus loin
Références
– Wikipédia : Association sportive de Saint-Étienne
– Wikipédia (en anglais) : 1976 European Cup final
– Wikipédia : Coupe des clubs champions européens 1975-1976
– Wikipédia : Allez les Verts !
– Poteaux carrés : 17 mars 1976, ASSE 3-0 Dynamo Kiev--Quarts-de-Finales-de-C1.html)
– Le Footichiste : « Allez les Verts » de Monty
– Sud Radio : Jacques Monty, « J'ai écrit Allez les Verts en dix minutes »
Vidéos d'archives (INA)
– Recherche « Saint-Étienne 1976 » sur le site de l'INA
Où trouver des photos
– Wikimedia Commons : AS Saint-Étienne
– Wikimedia Commons : Stade Geoffroy-Guichard
Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables librement, à condition de citer l'auteur et la licence indiqués sous chaque image. Les photos d'agences et de presse sportive sont protégées. Les photos personnelles (un match, une écharpe, un maillot) sont les plus précieuses pour ce site.
Note de méthode
Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (encyclopédies, sites de supporters, presse), recoupées entre elles. Les chiffres de ventes du disque « Allez les Verts » varient beaucoup selon les sources et ne sont donc donnés que de façon prudente. La composition de l'équipe varie selon les saisons ; le tableau présente les joueurs les plus marquants. L'histoire des poteaux carrés relève en partie de la légende : rien ne prouve que des poteaux ronds auraient changé le résultat. Aucune vidéo de l'INA spécifique n'a pu être vérifiée pour ce récit : un lien vers la recherche du site de l'INA est proposé à la place.
Vos souvenirs, vos précisions
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Page mise à jour le 04/10/2026
