Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Jean Ferrat

Le chanteur de « La Montagne », poète des humbles et militant fidèle à ses idées, qui choisit de vivre dans un village de l'Ardèche

28/09/2026

Version de travail — Cet article est une version de travail : il a vocation à s'enrichir de vos souvenirs, de vos photos et de vos précisions. Notre démarche participative

Introduction : « Que la montagne est belle »

Pourquoi ce récit ?

Pour notre génération, Jean Ferrat est une voix chaude et grave, une moustache et un regard doux, et surtout des chansons qu'on a tous fredonnées. « La Montagne », qui raconte les jeunes qui quittent les villages pour la ville, « Nuit et brouillard », sur la déportation, « Que serais-je sans toi » et « Aimer à perdre la raison », sur des poèmes d'Aragon. Il était un artiste engagé, fidèle à ses idées de justice sociale, souvent en conflit avec la télévision d'État, et un homme libre qui avait choisi de vivre loin de Paris, dans un petit village de l'Ardèche. Quand il meurt, en mars 2010, des milliers de personnes viennent de toute la France lui dire adieu dans ce village.

Ce récit présente sa vie, ses chansons et ses succès, son militantisme, son village d'Antraigues et la grande cérémonie de ses obsèques.

Quelques mots à connaître

– Chanson à texte : une chanson où les paroles, souvent poétiques ou engagées, comptent autant que la musique (Brassens, Brel, Ferré, Barbara, Ferrat).

– Compagnon de route : une personne proche d'un parti politique, en particulier du Parti Communiste, sans en être membre.

– ORTF : l'Office de Radiodiffusion-Télévision Française, qui détenait le monopole de la radio et de la télévision publiques jusqu'en 1974, et exerçait parfois une censure.

– Exode rural : le départ massif des habitants des campagnes vers les villes, très fort pendant les Trente Glorieuses.

1. Une enfance marquée par la guerre (1930-1950)

Jean Tenenbaum

Jean Tenenbaum, qui prendra le nom de scène de Jean Ferrat, naît le 26 décembre 1930 à Vaucresson, près de Paris. Son père, Mnacha Tenenbaum, est un artisan joaillier juif, né en Russie et naturalisé français ; sa mère est catholique. La famille s'installe à Versailles en 1935.

La déportation du père

Pendant l'Occupation, son père, obligé de porter l'étoile jaune, est arrêté et déporté à Auschwitz en 1942, où il meurt. Jean a onze ans. Il est caché et protégé par des militants communistes. Cette blessure, qu'il n'évoquera ouvertement que très tard, et sa reconnaissance envers ceux qui l'ont aidé marqueront toute sa vie et toute son œuvre.

Les débuts

Il doit quitter le lycée pour travailler, dans un laboratoire de chimie notamment. Passionné de musique, il joue de la guitare dans un orchestre de jazz et se produit dans des troupes de théâtre amateur.

2. Les cabarets et les premiers succès (1950-1963)

Les cabarets de la Rive Gauche

Au début des années 1950, il chante dans les cabarets parisiens, comme La Colombe ou l'Échelle de Jacob, où débutent aussi beaucoup d'auteurs-compositeurs. En 1956, il met en musique un poème de Louis Aragon, « Les Yeux d'Elsa », que chante André Claveau : c'est le début d'une longue fidélité au poète.

Christine Sèvres et Gérard Meys

Il rencontre la chanteuse Christine Sèvres, qu'il épouse en 1961 et qui fera avec lui plusieurs duos. Elle mourra d'un cancer en 1981. Il travaille avec l'éditeur et producteur Gérard Meys, qui restera son ami et son soutien toute sa vie, et avec l'arrangeur Alain Goraguer, qui signe les orchestrations de nombreuses chansons.

« Ma môme » (1960)

Le premier grand succès arrive en 1960 avec « Ma môme », une tendre chanson d'amour pour une jeune ouvrière de banlieue, loin des vedettes à la mode. Suivent « Deux enfants au soleil » (1961) et « C'est beau la vie » (1963), sur des musiques qu'il compose.

3. Les grandes chansons (1963-1972)

« Nuit et brouillard » (1963)

En 1963, Jean Ferrat enregistre « Nuit et brouillard », qui évoque les convois de déportés vers les camps nazis, et dédiée en réalité à son père. Le titre reprend celui du film d'Alain Resnais (1956) sur les camps. La chanson dérange : l'ORTF la juge inopportune, au moment de la réconciliation franco-allemande, et la diffuse très peu. Mais elle touche profondément le public et reçoit le Grand Prix du Disque de l'Académie Charles-Cros. Elle est aujourd'hui étudiée dans les écoles.

« La Montagne » (1964)

En 1964, il écrit « La Montagne », sur une musique qu'il compose, avec des paroles qui décrivent la beauté des villages de montagne et le départ des jeunes vers les villes, les usines et les HLM, où ils achètent à crédit ce qui leur manque. C'est la chanson de l'exode rural des Trente Glorieuses. Elle devient son plus grand succès et l'une des chansons préférées des Français, reprise dans les écoles, les chorales, les fêtes de village. Il l'a écrite après avoir découvert l'Ardèche.

Les poèmes d'Aragon

Jean Ferrat met en musique de nombreux poèmes d'Aragon, qui disait que Ferrat lui avait fait découvrir sa propre poésie : « Que serais-je sans toi » (1964), « Nous dormirons ensemble », « Aimer à perdre la raison » (1971), « Heureux celui qui meurt d'aimer », « Un jour, un jour ». En 1971, l'album « Ferrat chante Aragon » se vend à plus de deux millions d'exemplaires.

Les chansons engagées

D'autres chansons, plus politiques, lui valent des démêlés avec la télévision : « Potemkine » (1965), qui chante la révolte des marins du cuirassé russe en 1905, est écartée de l'antenne ; « Ma France » (1969), une déclaration d'amour à la France des humbles, des ouvriers et des révoltés, de Jean Jaurès à la Commune, est longtemps interdite à la télévision ; « Camarade » (1969) dénonce l'invasion de la Tchécoslovaquie par les chars soviétiques en 1968.

La fin de la scène

Au début des années 1970, au sommet de son succès, après des récitals triomphaux, notamment au Palais des Sports de Paris, Jean Ferrat décide d'arrêter la scène, en 1972-1973. Il ne remontera plus sur les planches, mais continuera d'enregistrer des disques.

« La Montagne » (1964) : la chanson de l'exode rural et des villages qui se vident, devenue l'une des chansons préférées des Français.

4. Le militant (1960-2010)

Un homme de gauche fidèle et libre

Jean Ferrat n'a jamais été membre du Parti Communiste, mais il en fut un compagnon de route fidèle, par reconnaissance envers les communistes qui l'avaient protégé enfant, et par conviction : il défend la justice sociale, la paix, les ouvriers, les paysans et les peuples opprimés. Il chante à la Fête de l'Humanité et dans de nombreux galas de soutien.

Mais pas aveugle

Il sait aussi se montrer critique : il condamne l'invasion de Prague en 1968 et, en 1980, avec « Le Bilan », il répond au dirigeant communiste Georges Marchais, qui avait qualifié de « globalement positif » le bilan des pays de l'Est, en rappelant les crimes commis au nom du communisme. Il reste fidèle à un idéal, tout en refusant le mensonge.

La femme est l'avenir de l'homme

En 1975, il chante « La femme est l'avenir de l'homme », d'après un vers d'Aragon, qui accompagne les combats féministes de l'époque. Il s'engagera aussi plus tard pour l'environnement, contre la mondialisation libérale et pour la défense de la chanson française face à la standardisation commerciale des radios.

Contre la télévision commerciale

Toute sa vie, il dénonce la médiocrité d'une partie de la télévision et de la radio, et refuse de se plier aux exigences du « show-business ». Ses rares apparitions à la télévision, dans les années 1980 et 1990, sont des événements.

5. Antraigues-sur-Volane, le village de sa vie

La découverte de l'Ardèche

En 1964, Jean Ferrat découvre Antraigues-sur-Volane, un village perché de l'Ardèche, sur un piton rocheux, au-dessus de la vallée de la Volane, à quelques kilomètres d'Aubenas. Il s'y installe avec Christine Sèvres, dans une maison au pied du village. C'est là qu'il passera l'essentiel de sa vie, loin de Paris.

Un villageois parmi les autres

À Antraigues, il est simplement « Jean ». Il joue à la pétanque sur la place avec les habitants, fréquente le café, pêche, cultive son jardin, reçoit ses amis. Il s'engage dans la vie locale et est élu conseiller municipal du village. Les touristes viennent parfois le voir, et les villageois le protègent des indiscrets.

Les dernières années

En 1991, il publie son dernier album de chansons nouvelles, avec notamment « Nul ne guérit de son enfance », où il revient sur sa jeunesse et, pour la première fois directement, sur son père. En 1995, il enregistre encore des poèmes d'Aragon. Il vit aux côtés de sa compagne, Colette Laffont, qu'il épouse en 1992 selon plusieurs sources. Malade depuis plusieurs années, il reste attaché à son village jusqu'au bout.

6. La mort et la grande cérémonie des obsèques (2010)

La mort de Jean Ferrat

Jean Ferrat meurt le samedi 13 mars 2010, à l'Hôpital d'Aubenas, à 79 ans, des suites d'un cancer. L'annonce provoque une très grande émotion dans tout le pays : les radios diffusent ses chansons en boucle, ses disques se vendent de nouveau par centaines de milliers et se retrouvent en tête des ventes.

Les obsèques du 16 mars 2010

Le mardi 16 mars 2010, les obsèques ont lieu à Antraigues-sur-Volane. Dans ce village de quelques centaines d'habitants, plus de 5 000 personnes selon la presse, venues de toute la France, parfois en car, se pressent dans les ruelles et sur la place, sous le soleil de mars. Le cercueil est exposé sur la place du village, la place où il jouait aux boules, au milieu de ses amis, des habitants, de sa famille, d'artistes, de responsables politiques et d'anonymes. Des haut-parleurs diffusent ses chansons, reprises en chœur par la foule, et « La Montagne » résonne une dernière fois sur la montagne ardéchoise. Il n'y a pas de cérémonie officielle, mais des mots simples d'amis et du maire. La cérémonie est largement retransmise par les télévisions. Il est ensuite inhumé dans le petit cimetière du village.

Un hommage national

Dans les jours et les semaines qui suivent, des hommages sont organisés dans toute la France, des chorales chantent ses chansons, des rues, des places, des écoles et des salles de spectacle reçoivent son nom. À Antraigues, sa maison et le village deviennent un lieu de pèlerinage pour ses admirateurs. Un album d'hommage réunissant de nombreux chanteurs paraît en 2015.

7. Ses principales chansons

ChansonAnnéeParolesThème
Ma môme1960Pierre FrachetAmour d'une jeune ouvrière
Deux enfants au soleil1961Claude DelécluseAmours de jeunesse
C'est beau la vie1963Michelle Senlis et Claude DelécluseBonheur simple
Nuit et brouillard1963Jean FerratLa déportation
Que serais-je sans toi1964Louis AragonL'amour
La Montagne1964Jean FerratL'exode rural
Potemkine1965Georges CoulongesLa révolte des marins de 1905
Ma France1969Jean FerratLa France des humbles
Camarade1969Jean FerratL'invasion de la Tchécoslovaquie
Aimer à perdre la raison1971Louis AragonL'amour
La femme est l'avenir de l'homme1975Jean Ferrat, d'après AragonL'égalité des femmes et des hommes
Le Bilan1980Jean FerratLa critique du communisme soviétique
Nul ne guérit de son enfance1991Jean FerratL'enfance et le père

Aucune parole de chanson n'est reproduite dans ce récit, car elles sont protégées par le droit d'auteur : seuls les titres sont cités.

8. Chronologie

DateÉvénement
26 décembre 1930Naissance de Jean Tenenbaum à Vaucresson
1942Déportation de son père à Auschwitz
Début des années 1950Débuts dans les cabarets parisiens
1956Premier poème d'Aragon mis en musique
1960« Ma môme »
1961Mariage avec Christine Sèvres
1963« Nuit et brouillard » ; Grand Prix du Disque
1964« La Montagne », « Que serais-je sans toi » ; découverte d'Antraigues
1965« Potemkine »
1969« Ma France », « Camarade »
1971« Ferrat chante Aragon », plus de deux millions d'exemplaires
1972-1973Fin des récitals sur scène
1975« La femme est l'avenir de l'homme »
1980« Le Bilan »
1981Mort de Christine Sèvres
1991Dernier album de chansons nouvelles
13 mars 2010Mort à Aubenas
16 mars 2010Obsèques à Antraigues-sur-Volane

9. Espace pour les témoignages

À compléter : mes souvenirs de Jean Ferrat

Cette partie est réservée aux souvenirs : un récital de Jean Ferrat au Palais des Sports ou à la Fête de l'Humanité, « La Montagne » chantée à l'école, en colonie ou dans une chorale, un voyage à Antraigues, une partie de pétanque sur la place du village, le souvenir de ses obsèques, les disques de Ferrat écoutés en famille ou entre militants, une soirée chanson française dans une MJC ou un Centre Social. Photos, billets et souvenirs sont les bienvenus.

10. Pour aller plus loin

Références

– Wikipédia : Jean Ferrat

– Wikipédia (en anglais) : Jean Ferrat

– Wikipédia (en anglais) : Antraigues-sur-Volane

– La Presse : plus de 5 000 personnes aux obsèques de Jean Ferrat

– ICI (France Bleu) : les obsèques de Jean Ferrat dans le petit village d'Antraigues

– INA : 1965, Jean Ferrat interprète « Que la montagne est belle »

Vidéos d'archives (INA)

– Jean Ferrat, « Nuit et brouillard »

– Jean Ferrat, « Que la montagne est belle »

– Antraigues et Jean Ferrat (Lumières sur Rhône-Alpes, INA)

– Jean Ferrat, « Que serais-je sans toi ? » (Lumni, INA)

Où trouver des photos

– Wikimedia Commons : Jean Ferrat

– Wikimedia Commons : Antraigues-sur-Volane

Les photos de Wikimedia Commons sont en général réutilisables librement, à condition de citer l'auteur et la licence indiqués sous chaque image. Les photos d'agences et les pochettes de disques sont protégées. Les photos personnelles (un récital, le village d'Antraigues, les obsèques) sont les plus précieuses pour ce site.

Note de méthode

Ce récit a été rédigé à partir de sources publiques (encyclopédies, presse, archives de l'INA), recoupées entre elles. Aucune parole de chanson n'est reproduite. Les années de certaines chansons et les auteurs de paroles indiqués dans le tableau sont ceux le plus souvent cités, mais peuvent varier selon les éditions. La date exacte de l'arrêt de la scène (1972 ou 1973), celle du mariage avec Colette Laffont et le nombre de personnes présentes aux obsèques varient selon les sources. Les mandats municipaux de Jean Ferrat sont indiqués sans dates précises, faute de source vérifiée.

Vos souvenirs, vos précisions

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Page mise à jour le 04/10/2026